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Delphine Allès, Bertrand Badie et Stéphane Paquin, Les mots du nouveau monde, CNRS Éditions
« Anthropocène, désinformation, multi-alignement, décolonial, genre, sécurité humaine, smart power, Sud global, civilisationnisme… autant de termes qu’il faut savoir écouter, si l’on veut comprendre le monde actuel.
Ce livre propose d’analyser le langage des relations internationales renouvelé sous l’effet d’au moins trois ruptures majeures depuis 1945 : la décolonisation, qui a déstabilisé le monopole de la parole occidentale, la dépolarisation, qui implique de nommer des formes inédites de coopération ou de conflit, et la mondialisation qui, en consacrant l’interdépendance et la mobilité, ouvre un champ lexical en constante expansion.
Chacun de ces mots récemment forgés ou reconstruits voit sa préhistoire, ses acceptions multiples, ses faiblesses et les tensions ou les risques générés par ses usages retracés et questionnés. L’engouement naïf pour le néologisme étant aussi dangereux que le conservatisme dogmatique, il est urgent de donner aux mots du nouveau monde la rigueur conceptuelle et la profondeur historique dont ils ont besoin pour nous aiguiller. »
Parution le 5 mars
Odd Arne Westad, The Coming Storm. Power, Conflict and Warnings from History, Allen Lane
« La grande majorité des personnes vivant aujourd’hui ont atteint l’âge adulte dans un monde remarquablement stable, dominé par une ou deux superpuissances. Cela ne veut pas dire que le monde a été paisible, mais il a été dans une certaine mesure prévisible. Alors qu’un nombre croissant de grandes puissances se disputent désormais la suprématie régionale, notre monde est devenu plus fragile, imprévisible et explosif.
Pour comprendre les menaces qui pèsent sur nous dans ce nouveau contexte complexe, nous devons nous tourner vers les leçons de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, une époque où les grandes puissances s’affrontaient et cherchaient à dominer leur région, où le nationalisme et le populisme étaient en plein essor, et où beaucoup estimaient que la mondialisation les avait laissés pour compte : une époque, en d’autres termes, qui présente d’étranges similitudes avec la nôtre.
Si l’histoire nous enseigne quelque chose, c’est maintenant que nous devons en tenir compte, afin de ne pas nous retrouver dans une autre guerre entre grandes puissances à cause de la combinaison fatale du chauvinisme, de la peur, du fatalisme et de la stupidité pure et simple qui ont déclenché la première grande guerre du XXe siècle. »
Parution le 5 mars
Robert Templer, The Shah’s Party. And the Iranian Revolution That Followed, Hurst
« The Shah’s Party retrace les années fastes de l’Iran, riche en pétrole. En 1971, huit ans avant la chute de la dynastie, le shah Mohammad Reza Pahlavi et son épouse glamour, Farah Diba, ont organisé l’un des plus grands rassemblements de dirigeants mondiaux jamais vu, pour célébrer le 2 500e anniversaire de la monarchie perse. Mais cet événement plus étrange que la fiction, organisé dans une ville de tentes près des ruines antiques de Persépolis, s’est déroulé dans un contexte d’agitation gauchiste croissante et de tournant vers l’islam politique.
Ruhollah Khomeini, un mollah en exil, a lancé une campagne acharnée contre le Shah. Populiste habile, Khomeini a exploité les inégalités et les ressentiments croissants pour promouvoir sa vision théocratique, en particulier parmi ceux qui avaient quitté les campagnes à la recherche de travail. Le style autocratique du Shah était mal perçu dans un monde de plus en plus préoccupé par les droits de l’homme.
La fête de Persépolis est devenue un symbole du régime iranien, permettant aux détracteurs du Shah de le présenter comme un dirigeant répressif et déconnecté des difficultés du peuple. Le populisme religieux novateur de Khomeini et sa maîtrise de la communication ont écrasé le Shah ; celui-ci a attendu trop longtemps pour s’engager sur la voie de la démocratie, perdant ainsi le soutien de son armée, de son peuple et de ses alliés. »
Parution le 5 mars
Giacomo Pacini, L’Italia e il lodo Moro. Diplomazia segreta negli anni della guerra fredda, Einaudi
« Le 17 décembre 1972, depuis un bureau anonyme de l’ambassade italienne à Beyrouth, partit une note qui allait rester cachée pendant des décennies dans les archives des services secrets italiens. Elle était signée par le colonel Stefano Giovannone, chef du Centre Sid (Service d’information de défense) dans la capitale libanaise et figure clé de la diplomatie secrète que l’Italie avait mise en place dans l’une des régions les plus instables du monde.
Quelques lignes, sèches et bureaucratiques, qui marquaient le début d’une stratégie qui allait réécrire les règles des relations entre l’Italie et le terrorisme international.
Cette note constitue aujourd’hui le premier document accessible attestant l’existence d’un dialogue souterrain entre l’État italien et certaines formations armées liées à l’OLP (Organisation de libération de la Palestine). Un accord informel, destiné à évoluer et à s’étendre au fil du temps, qui allait entrer dans l’histoire sous le nom conventionnel de « lodo Moro » (méthode Moro).
L’accord permettait aux miliciens de se déplacer librement en Italie et, même s’ils étaient arrêtés en possession d’armes ou d’explosifs, il favorisait leur libération rapide. En échange, les groupes concernés s’engageaient à ne pas attaquer des cibles italiennes, tandis l’Italie se chargeait de promouvoir la reconnaissance diplomatique de l’OLP comme seul représentant légitime du peuple palestinien. »
Parution le 5 mars
Élisabeth Roudinesco, Le Divan des femmes, Seuil
« Épouses ou amantes des hommes qui composèrent le premier cercle psychanalytique, les femmes durent batailler ferme pour se faire une place dans un univers qui n’avait pas été conçu pour elles, puis s’imposer progressivement comme cheffes d’écoles et créatrices de nouvelles approches de l’inconscient.
Les découvertes, les débats, les controverses qui furent originellement alimentées par l’étude des symptômes et des souffrances de toutes ces anonymes sont racontées ici avec science et pédagogie au long d’un récit passionnant, hommage de l’historienne de la psychanalyse à l’engagement de toutes ces femmes, qu’elles soient devenues célèbres (de Lou-Andréa Salomé à Françoise Dolto) ou demeurées dans l’ombre.
Depuis le berceau viennois de la découverte freudienne, la saga se déploie dans le monde entier – Berlin, Saint-Pétersbourg, Londres, Paris, New York, Buenos Aires, Rio de Janeiro-, chaque ville générant son lot de personnalités d’exception (patientes ou thérapeutes) et d’avancées cliniques majeures auxquelles les femmes ont pris une part décisive.
Chacun, chacune aussi, au terme de cette lecture bouleversante, reconnaîtra sa dette. »
Parution le 6 mars
Bruno Maida, « I tamburi di guerra mi fanno tremare ». L’infanzia in Ucraina (2022-2026), Laterza
« Les enfants ukrainiens, comme tous les enfants, dessinent : ils dessinent des chars et des avions, des incendies et des explosions, des maisons en ruines et des tombes. Ils se dessinent eux-mêmes et leurs familles. Ils dessinent des fuites et des destructions. Mais ils dessinent aussi des images d’espoir et des rêves pour l’avenir.
La guerre en Ukraine éclate en 2022. Comme dans tous les conflits depuis le XXe siècle, les enfants en sont les premières victimes et des protagonistes actifs. Les enfants sont mobilisés et deviennent des acteurs mobilisateurs, ils agissent, se souviennent et oublient, comme tous les civils touchés par la guerre. En tant que tels, ils laissent des traces et des sources utiles à l’historien pour raconter ce qu’ils ont vécu pendant la guerre : la vie quotidienne sous les bombes ; la destruction des écoles et l’énorme travail des humanitaires et des enseignants pour mettre en place un enseignement alternatif et un semblant de normalité ; le soin des blessures physiques et psychologiques au sein d’un système hospitalier qui est parmi les premiers à être touché par les bombardements ; les formes et les manières dont l’enfance interprète, donne un sens et représente la guerre ; le rôle des parents dans la protection des enfants ; les conséquences extrêmes de la guerre sur leur vie, contraints de fuir et d’émigrer, mais aussi touchés par les opérations d’enlèvement et de repeuplement mises en place par les Russes.
Ce livre aborde l’histoire du présent à travers les yeux de ceux qui ne figurent généralement pas dans les livres d’histoire. »
Parution le 6 mars
Enric Juliana et Esteban Hernández, Viaje a un Nuevo Mundo, Arpa
« Le monde que nous connaissions a cessé d’exister. L’ordre né après la guerre froide s’effondre tandis que surgissent de nouvelles formes de pouvoir, de nouvelles légitimités et de vieux fantômes que nous croyions dépassés.
Dans Viaje a un Nuevo Mundo, Enric Juliana et Esteban Hernández explorent cette période de transition à travers une conversation lucide et exigeante. Le livre aborde des questions centrales du débat contemporain — le retour des empires, la crise du projet européen, la montée des leaderships autoritaires, la transformation des États-Unis et la position de l’Espagne dans le nouveau scénario mondial — d’un point de vue inédit, attentif aux connexions, aux causes profondes et aux conséquences à long terme. Il ne se limite pas à décrire les changements en cours, mais explore les impulsions qui les sous-tendent, telles que le désir d’ordre, la pulsion de vengeance ou la méfiance envers l’avenir. »
Parution le 11 mars
François Godicheau, Pierre Salmon et Mercedes Yusta Rodrigo, La guerre d’Espagne (1936-1939).La démocratie assassinée, Tallandier
« Espagne, juillet 1936. Un putsch tente d’abattre la République. L’assassinat de la démocratie par des militaires, des monarchistes et des fascistes était prémédité de longue date. L’intensité de la réaction populaire et de la résistance du régime, moins attendue, transforme ce conflit en une guerre sanglante de presque trois ans. Une guerre a la fois politique et sociale, civile et internationale : Mussolini et Hitler soutiennent les troupes du général Franco, l’URSS s’engage du côté républicain alors que les démocraties libérales s’abstiennent. Le monde regarde l’Espagne et se mobilise pour cette guerre qui fait plus de 500 000 morts et autant d’exilés.
Aujourd’hui, de nombreuses recherches et archives, mais aussi des témoignages, permettent d’écrire une nouvelle histoire de la guerre d’Espagne. Cette histoire dévoile le long travail de sape de la démocratie par les forces réactionnaires et l’extrême droite espagnole, bien avant 1936. Elle montre les mécanismes profonds de la dictature franquiste et se penche enfin sur l’expérience au jour le jour des acteurs de cet épisode majeur du XXe siècle européen. »
Parution le 12 mars
Jean-Philippe Beja, Surveiller et punir en Chine. Laogaï et technosurveillance, de 1946 à nos jours, La Découverte
« On travaillait de l’aube à la tombée du jour, et le soir, on avait la séance d’éducation politique… Tous rivalisaient d’enthousiasme pour dénoncer leurs codétenus. Ces réunions étaient atroces : à leur issue, nombreux sont ceux qui se sont pendus, empoisonnés ou jetés dans la rivière… » Les témoignages de victimes du système de répression chinois constituent l’essentiel de ce livre.
Dès avant sa prise du pouvoir en 1949, le Parti s’est acharné contre ceux qu’il accusait d’être ses ennemis. Dans les villes, les comités de voisinage interviennent dès qu’un citoyen se comporte de manière « anormale » ; les « ennemis de classe », les éléments douteux sont placés sous surveillance sur leur lieu de travail. Ils finissent souvent au laogai, camp de réforme par le travail. De 1949 à 1976, des dizaines de millions de « droitiers », propriétaires fonciers, déviationnistes de tous ordres, y sont passés. Mais les camps n’ont pas disparu à la mort du « Grand Timonier ».
Dans les années 1980, jeunes délinquants ou non-conformistes, protestataires ouvriers et étudiants, croyants, paysans insurgés y sont envoyés. Après l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2012, le laogai, sous un autre nom, est utilisé à grande échelle dans le Xinjiang, pour faire des Ouighours des « citoyens modèles et modernes ». Couplé à un système de surveillance de tous les instants, le laogai reste un instrument essentiel du Parti depuis quatre-vingts ans. »
Parution le 12 mars
Laurent Warlouzet, Liberty, Solidarity and Community. Capitalism and European Integration. 1945 to the Present, Cambridge University Press
« Comment les pays européens ont-ils relevé le défi du capitalisme industriel et de la concurrence des superpuissances ? À travers une analyse de l’intégration européenne de 1945 à nos jours, Laurent Warlouzet soutient que la réponse européenne a consisté à créer à la fois de nouvelles institutions et un cadre de gouvernance original pour le capitalisme.
Au-delà du cas européen, il démontre que le capitalisme n’est pas seulement une lutte entre les partisans du libre marché et leurs adversaires, favorables aux politiques sociales et environnementales, car il existe un troisième camp qui défend le protectionnisme et des politiques de défense robustes.
La gouvernance du capitalisme repose donc sur trois principes fondamentaux : la liberté, la solidarité et la communauté. Le livre explore les débats entre Européens sur la manière d’aborder l’interdépendance mondiale en termes politiques, économiques et environnementaux. Il s’appuie sur de nouvelles sources archivistiques recueillies dans huit pays. »
Parution le 12 mars
Barry Eichengreen, Money Beyond Borders : Global Currencies from Croesus to Crypto, Princeton University Press
« Les doutes quant à la domination internationale du dollar ne font que croître dans un contexte marqué par les inquiétudes liées aux droits de douane, au dysfonctionnement politique et à l’effritement des alliances internationales. Le dollar continuera-t-il à régner en maître ? Dans Money Beyond Borders, Barry Eichengreen replace les défis auxquels est confronté le dollar dans une perspective historique en retraçant l’histoire des devises transfrontalières, depuis l’invention des pièces de monnaie au VIIe siècle avant J.-C. jusqu’aux cryptomonnaies d’aujourd’hui et aux monnaies numériques des banques centrales de demain.
Money Beyond Borders raconte comment les pièces grecques et romaines sont devenues les premières véritables monnaies internationales. Il explique comment le florin d’or florentin est devenu le « billet vert de la Renaissance » et comment il a été remplacé par l’argent espagnol et une monnaie fiduciaire néerlandaise. Le livre explique pourquoi la livre sterling a dominé l’économie internationale au XIXe siècle, pourquoi le dollar s’est hissé au sommet pendant la Seconde Guerre mondiale et pourquoi il a survécu aux prédictions de chute imminente de sa prééminence depuis les années 1970.
La longue histoire des monnaies internationales montre que les mêmes facteurs qui encouragent leur utilisation généralisée finissent par conduire à leur abandon. Money Beyond Borders démontre que le dollar se trouve actuellement dans la phase descendante de ce cycle et examine qui seront les gagnants et les perdants lorsque les investisseurs se détourneront du billet vert. »
Parution le 17 mars
Alya Aglan, La double mort de Marc Bloch, Flammarion
« En juin 2026, Marc Bloch (1886-1944) entre au Panthéon. L’historien, assassiné par les nazis, rejoint ainsi le cortège des résistants honorés par la Nation.
Or l’hommage se double ici d’une réparation symbolique : la patrie réintègre celui qu’elle a elle-même expulsé. Car avant d’être exécuté, Marc Bloch fut rejeté hors de la communauté nationale par les lois antisémites de Vichy : exclu de l’École des Annales qu’il avait fondée, privé de ses droits, spolié de tous ses biens. À la violence de l’occupant s’était ajoutée celle de l’État français, sa mort physique étant précédée d’une mort civique largement absente du récit commémoratif. Mais aucune célébration ne saurait effacer l’Histoire.
En rappelant la double mort de cet immense historien, Alya Aglan rend avant tout hommage à sa vie, à son combat intellectuel et moral contre les démons de l’époque, fidèle à sa devise : faire de l’histoire, c’est d’abord établir les faits – même les plus dérangeants. »
Parution le 18 mars
Nicole Grajewski, Russia and Iran. Partners in Defiance from Syria to Ukraine, Hurst
« L’invasion à grande échelle de l’Ukraine par Vladimir Poutine en 2022 a mis en lumière le partenariat florissant entre la Russie et l’Iran. Moscou s’est tourné vers Téhéran pour obtenir des drones et des munitions afin d’alimenter sa soi-disant « opération militaire spéciale ». Le soutien de l’Iran à la guerre menée par la Russie reflète le renforcement des liens russo-iraniens depuis une décennie, qui a débuté avec le déclenchement de la guerre civile syrienne en 2011.Malgré une relation historiquement marquée par la méfiance et les attentes non satisfaites, les deux régimes ont collaboré pour promouvoir leurs intérêts communs en Syrie, où la coordination sur le champ de bataille s’est rapidement transformée en un alignement politique beaucoup plus profond.
S’appuyant sur de nombreuses sources primaires russes et persanes, ainsi que sur des entretiens avec des élites des deux pays, Nicole Grajewski dévoile les moteurs d’une coopération toujours plus étroite entre le Kremlin et la République islamique. Détaillant les structures internes, les inquiétudes communes et les ambitions plus larges qui sous-tendent cet alignement, elle explore la genèse de l’antagonisme mutuel de la Russie et de l’Iran envers l’ordre mondial dominé par l’Occident, l’impact des préoccupations profondes des dirigeants concernant la sécurité de leurs régimes et des protestations internes, ainsi que la trajectoire future du partenariat dans le cadre d’un ordre mondial plus large. »
Parution le 19 mars
Andreas Fulda, Wenn China angreift. Ein Szenario, C.H. Beck
« En 2027, un avion de chasse chinois s’écrase dans l’espace aérien taïwanais après une manœuvre risquée. Les dirigeants de Pékin ordonnent alors l’attaque de l’État insulaire. Les États-Unis, divisés sur le plan intérieur, entrent en guerre, mais beaucoup trop tard : la Chine a déjà annexé Taïwan, avec le soutien de la Russie, de l’Iran et de la Corée du Nord.
Les conséquences géopolitiques et économiques mondiales sont dévastatrices : les États-Unis et la Chine se disputent la domination mondiale, une troisième guerre mondiale menace, l’économie européenne s’effondre. L’Allemagne est particulièrement touchée en raison de ses liens avec la Chine.
Dans son scénario, le politologue Andreas Fulda analyse les conséquences mondiales d’une invasion de Taïwan par la Chine et montre des moyens d’éviter le conflit. »
Parution le 20 mars
Volker Ullrich, Helmuth James von Moltke. Wie man den Mut zum Widerstand findet, C.H. Beck
« Résister à la dictature hitlérienne exigeait un sacrifice total. C’était une question de vie ou de mort. Elle supposait le renoncement aux attraits d’une vie de famille insouciante et d’une carrière prometteuse. Elle impliquait de surmonter la peur et de se préparer chaque jour à lutter contre un régime inhumain. Elle nécessitait beaucoup de courage, une grande indépendance d’esprit, un sens aigu du bien et du mal et une boussole morale fiable.
Helmuth James von Moltke, né le 11 mars 1907 dans le domaine familial de Kreisau en Silésie, était l’un des rares à posséder ces qualités. Contrairement à la plupart des membres de l’opposition bourgeoise conservatrice et militaire à Hitler, il fut dès le début un adversaire intransigeant du national-socialisme. Il fut également l’inspirateur du Kreisauer Kreis, ce groupe de résistance qui, comme aucun autre, parvint, après des années de discussions laborieuses, à s’accorder sur un programme détaillé pour une refondation de l’Allemagne après Hitler.
Comment Moltke est-il devenu ce qu’il était ? D’où tirait-il sa force ? Comment trouvait-il le courage de résister ? »
Parution le 20 mars
Stefan C. Aykut et Amy Dahan, La mutation climatique. Gouvernance, géopolitique, démocratie, Presses de Sciences-Po
« La mutation climatique alimente directement les dislocations du monde, quand des événements extrêmes frappent des populations ou quand des politiques de transition mal conçues fragilisent le tissu social. Mais elle s’entrelace aussi, de façon plus souterraine, avec d’autres crises : quand l’argent des énergies fossiles finance la désinformation, quand les guerres accélèrent les émissions carbone ou quand la course aux armements relègue le climat au second plan, voire au troisième. Une polycrise forme désormais l’arrière-fond du drame climatique. Elle agit comme une loupe grossissante, révélant l’inadéquation croissante de nos institutions, héritées de la modernité industrielle, de la guerre froide ou de la Pax Americana, face aux défis du présent.
L’impératif est donc de lier la question climatique aux enjeux non seulement écologiques et planétaires, mais aussi géopolitiques, sociaux, démocratiques, de prendre acte de notre nouvelle condition humaine afin d’explorer, comme Bruno Latour le suggérait, la voie pour des ‘politiques de l’atterrissage‘. »
Parution le 20 mars
Georges Vigarello, Les Logiques du corps. Une autre manière de penser le temps, Seuil
« Mobilisant aussi bien les savoirs scientifiques que les conceptions philosophiques et religieuses, ou encore les œuvres de fiction et l’histoire de l’art, Georges Vigarello explore les différentes façons par lesquelles les sociétés occidentales ont pensé le corps humain dans son unité. Avec un souci d’intelligibilité remarquable, il met en lumière la succession de modèles (le modèle humoral, fibreux, énergétique, informationnel) par lesquels le corps a été appréhendé depuis l’Antiquité jusqu’au temps présent.
Au-delà d’une telle succession, il porte une attention subtile à ses usages, aux manières d’être et d’agir qui ne cessent d’évoluer au cours de l’histoire. Le livre montre comment le corps occidental est travaillé par des principes décisifs d’affranchissement, d’individualisation et de sensibilité, ouvrant sur une manière totalement inédite de penser le temps : dynamique centrale, originale, traversant la longue durée, d’où les individus tirent leur force, comme leur possible fragilité.
Notre propre conception contemporaine du corps en sort singulièrement dépaysée. »
Parution le 20 mars
Trevor Jackson, The Insatiable Machine How Capitalism Conquered the World, W. W. Norton & Company
« Aujourd’hui, la grande majorité d’entre nous vit sous un système économique appelé capitalisme, qui touche presque tous les aspects de notre vie, et la plupart des gens n’ont jamais connu autre chose. Pourtant, un rapide coup d’œil au monde qui nous entoure révèle que les choses ne peuvent pas rester ainsi éternellement : une économie fondée sur l’accumulation et la consommation infinies de ressources est en contradiction avec une planète aux ressources limitées. Comment en sommes-nous arrivés là ?
Trevor Jackson explique d’où vient le capitalisme, comment il s’est répandu à travers le monde et comment il est devenu le mode d’organisation dominant. Il retrace le développement du capitalisme depuis la construction accidentelle d’un système monétaire international jusqu’à la création du système bancaire, l’émergence d’une nouvelle forme d’esclavage au XVIIIe siècle, l’industrialisation des combustibles fossiles et enfin le système capitaliste mondial diffusé par l’impérialisme au XIXe siècle. Au fil des pages, les lecteurs découvrent le rôle surprenant des mûriers chinois, du fromage hollandais, de la graisse de baleine, des gin tonics impériaux, des conquistadors espagnols, des mineurs mexicains et des banquiers anglais dans l’histoire et le développement du capitalisme.
The Insatiable Machine montre que le capitalisme n’est pas une caractéristique naturelle, permanente ou inévitable de la vie humaine, mais plutôt un système économique qui a une histoire. Et qui, tout comme il a été créé par les hommes, peut être détruit par eux. »
Parution le 24 mars
Quinn Slobodian et Ben Tarnoff, Muskism, Allen Lane
« Mais qui est donc Elon Musk et que fait-il ? Est-il un héros, un méchant, ou oscille-t-il constamment entre ces deux pôles ? À en croire le déferlement médiatique incessant suscité par chacun de ses actes et chacune de ses déclarations, Musk s’appréhende mieux en termes personnels. Cet ouvrage avance une thèse différente. Plutôt que de considérer Musk comme un individu, il l’envisage comme l’incarnation d’un mouvement appelé « muskisme » : un guide pour notre nouvelle ère post-libérale.
Ce n’est pas que Musk lui-même ait un ensemble cohérent de convictions ; on pourrait dire que sa vie est une longue improvisation. Et il n’a certainement jamais utilisé le mot « muskisme », tout comme, il y a un siècle, Henry Ford n’a jamais utilisé le mot « fordisme » pour définir sa propre modernité postlibérale. En explorant les forces qui ont façonné Musk, de l’Afrique du Sud à la Silicon Valley, de Space X au DOGE, Quinn Slobodian et Ben Tarnoff décrivent les motifs et les pratiques qui en sont venus à dominer notre monde en crise.
Ils montrent que le muskisme parle le langage de la crise et de l’urgence pour invoquer un avenir où les humains sont éliminés du processus de production et, grâce aux réseaux sociaux et aux jeux vidéo, fusionnés avec la machine. Il s’agit d’une vision du monde dans laquelle le technocrate est roi et s’appuie sur l’État pour atteindre la suprématie. Une époque dans laquelle seuls quelques privilégiés méritent le salut. Si vous entrez dans ce monde, vous met en garde ce livre, vous serez broyé et vivrez dans l’ombre d’un seul homme, mais les récompenses pourraient être inestimables et l’alternative pourrait être l’extinction. »
Parution le 24 mars
Shuchen Xiang, Chinese Cosmopolitanism : The History and Philosophy of an Idea, Princeton University Press
« Historiquement, la rencontre de l’Occident avec la différence a été catastrophique : extermination et déplacement des populations autochtones, traite transatlantique des esclaves et colonialisme. La Chine a suivi un chemin historique différent. Dans Chinese Cosmopolitanism, Shuchen Xiang soutient que la tradition culturelle chinoise a été, depuis ses débuts et tout au long de son histoire impériale, un melting-pot cosmopolite qui a synthétisé les différentes cultures qui sont entrées dans son orbite. Contrairement à l’Occident, qui a présenté ses collisions avec différentes cultures en termes manichéens de différence ontologique irréconciliable entre civilisation et barbarie, la Chine était porteuse d’une identité dynamique créée à partir de la différence. Selon Shuchen Xiang, les raisons en sont philosophiques : la philosophie chinoise dispose des ressources conceptuelles nécessaires pour proposer d’autres façons de comprendre le pluralisme.
Shuchen Xiang explique que l’identité « chinoise » ne correspond pas à ce que l’Occident entend par identité raciale ; il ne s’agit pas d’un groupe de personnes liées par une ascendance ou une hérédité communes, mais plutôt d’un hybride de cultures fusionnées. Selon elle, utiliser le discours occidental sur la race pour définir la vision chinoise des non-Chinois est une erreur de catégorisation. Elle montre que la Chine était à la fois cosmopolite en interne, accueillant des peuples distincts dans une identité commune, et cosmopolite en externe, connaissant des contrées lointaines sans éprouver le besoin idéologique de les soumettre. En opposant la conception chinoise de l’efficacité, décrite comme « l’harmonie », à la conception occidentale de l’ordre, elle soutient que les Chinois cherchaient à exercer une influence sur les autres en leur faisant accepter spontanément la vertu de leur position. Selon elle, ces idées issues de la philosophie chinoise offrent une nouvelle façon de comprendre le monde multipolaire d’aujourd’hui et peuvent apporter une contribution précieuse aux discussions contemporaines sur la philosophie critique de la race. »
Parution le 24 mars
Pierre-Olivier Dittmar, L’invention de l’animal. Essai d’anthropologie médiévale, Gallimard
« Il n’y avait pas d’animal au Moyen Âge. Des cochons et des oiseaux, des bœufs et des belettes, des lapins et des ours, des loups et des abeilles, des licornes même, oui.
Mais si les animaux, réels ou imaginaires, étaient présents en nombre, partageaient leurs territoires et bien d’autres relations avec les humains, l’animal en tant que catégorie, telle que nous le connaissons aujourd’hui, n’existait pas.
Or l’usage de ce concept — l’« animal » — ne crée pas seulement une coupure entre les humains et le reste du monde ; il suscite toujours une seconde coupure, moins visible, plus intime, au sein même de chaque individu.
L’objet de cet essai est de témoigner d’un monde, d’une période, qui ignorait cette double coupure et qui la fait émerger.
Il met en lumière, notamment par les images, un mode particulier de rapport au vivant et un moment décisif de l’histoire des sociétés occidentales. »
Parution le 26 mars
Sebastian Mallaby, The Infinity Machine : Demis Hassabis, DeepMind and the Quest for Superintelligence, Allen Lane
« Même dans un monde technologique regorgeant de leaders visionnaires, Demis Hassabis est reconnu comme un cas particulier. Né dans une famille d’immigrants de la classe ouvrière dans le nord de Londres, prodige des échecs à cinq ans et génie de la programmation à l’adolescence, il a refusé une offre d’emploi à sept chiffres d’un studio de jeux vidéo pour étudier les sciences à Cambridge.
Bien avant l’engouement actuel pour l’IA, il a fondé la société pionnière DeepMind afin de poursuivre un objectif unique et audacieux : le rêve d’une superintelligence artificielle qui résoudrait les problèmes les plus difficiles de l’humanité, changerait la vie et le travail tels que nous les connaissons, et peut-être même dévoilerait les mystères les plus profonds de l’univers. Ses réalisations scientifiques lui ont valu le prix Nobel en 2024, et son entreprise, désormais baptisée Google DeepMind, est considérée comme le moteur du géant technologique.
Au cours des trois dernières années, Sebastian Mallaby a bénéficié d’un accès sans précédent à Hassabis et DeepMind, menant des centaines d’heures d’entretiens avec lui et son entourage, ainsi qu’avec ses détracteurs et ses rivaux dans d’autres entreprises. Le résultat est un portrait révélateur d’un esprit singulier et un bilan historique de la révolution de l’IA, un changement potentiellement plus important que tout autre depuis l’aube de la pensée complexe il y a 70 000 ans.
Comme le raconte Mallaby, DeepMind est engagé dans une course à l’armement avec ses concurrents de la Silicon Valley pour construire une intelligence artificielle générale et devenir ainsi le gardien de l’avenir de l’humanité. Pourtant, il ne s’agit pas d’une histoire typique de la Silicon Valley. Hassabis est resté en Grande-Bretagne et, contrairement à ses rivaux, ses objectifs ne sont pas la richesse et le pouvoir, mais l’éveil scientifique. Comme eux, cependant, il est hanté par le souvenir de Robert Oppenheimer, le créateur de la bombe atomique. Il vise à contrôler la technologie, mais celle-ci pourrait finalement le contrôler, lui et l’humanité dans son ensemble. »
Parution le 31 mars