Friedrich Merz rencontrera aujourd’hui Xi Jinping à Pékin, dans un contexte radicalement différent de celui de ses prédécesseurs.
L’Allemagne a enregistré l’an dernier un déficit commercial avec la Chine estimé à 89,4 milliards d’euros — contre 24 milliards en 2015.
- Selon le Rhodium Group, les exportations allemandes de biens vers la Chine ont chuté de 9,3 % en 2025 pour atteindre leur niveau le plus bas depuis dix ans.
- Les exportations chinoises de biens vers l’Allemagne ont quant à elles considérablement augmenté, et ont atteint 175 milliards de dollars en 2024, selon les chiffres des Nations unies.
- La Chine a été le principal partenaire commercial de Berlin l’an dernier avec 251,8 milliards d’euros de biens échangés, dépassant ainsi les États-Unis (240,5 milliards) 1.
La concurrence accrue de la Chine a contribué à la perte de 250 000 emplois dans l’industrie en Allemagne depuis 2019, selon une étude du cabinet de conseil EY. Le secteur automobile figure parmi les plus touchés avec 112 000 emplois perdus, dont la moitié (51 500) seulement en 2024 2.
- En novembre 2025, les constructeurs automobiles chinois ont atteint une part record de 12,8 % du marché européen des voitures électriques et ils concurrencent aussi de plus en plus les marques allemandes sur les marchés émergents.
- Le départ d’un grand nombre de marques européennes de Russie, suite à l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, a été suivi d’une arrivée massive de marques chinoises — Haval, Chery, Geely, Chang’an… — sur le marché russe.
- Pékin exporte désormais plusieurs centaines de milliers de véhicules par an dans les principales économies du Golfe, notamment en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis.
Merz, qui a déclaré avant son départ qu’il chercherait à établir un partenariat « équilibré, fiable, réglementé et équitable » avec le président chinois Xi Jinping, sera accompagné d’une importante délégation du monde des affaires. En 2025, les investissements des entreprises allemandes en Chine ont atteint leur niveau le plus élevé depuis quatre ans 3.
- Cependant, si les entreprises allemandes, confrontées aux droits de douane de Donald Trump, souhaitent conserver leur accès au marché chinois, le chancelier Merz avait adopté, lors de sa campagne de 2024, un discours plus ferme à l’égard de la Pékin, notamment concernant la question de la surproduction, du modèle exportateur du pays, ainsi que des déséquilibres et distorsions commerciaux. Tous ces sujets devraient être à l’ordre du jour lors de sa visite.
- Merz, qui a déclaré hier que l’Allemagne poursuit une stratégie de « de-risking » mais pas de « découplage » 4, devra ainsi trouver un équilibre délicat, alors que l’intérêt central de la Chine est de maintenir son accès au marché européen, à un moment où celui américain se ferme de plus en plus.
- Berlin devrait également aborder la question des restrictions imposées par Pékin à l’exportation de terres rares, alors que les entreprises allemandes dépendent entièrement de la Chine pour leurs importations et à 90 % pour les d’aimants permanents, utilisés dans les moteurs électriques, les éoliennes ou les générateurs 5.
- En amont du voyage, l’Association allemande des industries de la construction mécanique a demandé au chancelier d’aborder aussi la question des subventions publiques, déclarant : « Les entreprises allemandes ne sont pas en concurrence avec d’autres entreprises, mais avec le Trésor public chinois. » 6.
Sources
- PresseChina im Jahr 2025 wieder wichtigster Handelspartner Deutschlands, DeStatis, 20 février 2026.
- Industriebarometer Q2 2025, EY.
- Rene Wagner, Christoph Steitz, Exclusive : German firms’ China investments driven to four-year high by US trade wars, Reuters, 27 janvier 2026.
- Arne Delfs, Germany’s Merz Reaches Out to Xi Before Inaugural Trip to China, Bloomberg, 24 février 2026.
- Hannah Levinger, A rare opportunity : What are the chances for reducing rare earth dependence ?, KfW Research, 23 septembre 2025.
- Oliver Richtberg, Fairer Wettbewerb oder Konsequenzen, VDMA, 20 février 2026.