Depuis 2022, les procédures pénales et les arrestations de hauts-fonctionnaires au motif de corruption et de détournements de fonds notamment se sont multipliées en Russie : en 2025, 155 hauts-responsables ont été arrêtés, contre 33 en 2022, selon une recension de Novaïa Gazeta 1.

  • Près d’un tiers (32 %) des hauts-responsables poursuivis l’an dernier appartenaient aux services de sécurité.
  • Viennent ensuite les secteurs de la construction et du logement (21 %), des transports (14 %), puis l’agriculture (7 %).
  • Le vice-gouverneur de la région de Koursk, Vladimir Bazarov, a été arrêté à l’été 2025 après avoir été accusé de détourner des fonds alloués à la construction d’infrastructures de défense dans la région de Belgorod, frontalière de l’Ukraine.
  • L’ex-vice-gouverneur du kraï de Krasnodar, Alexandre Vlasov, a été placé en détention provisoire fin septembre pour des soupçons de « fraude à grande échelle et d’abus de pouvoir ».
  • Au même moment, l’ancien vice-gouverneur de la région de Sverdlovsk, Oleg Chemezov, était lui aussi arrêté après avoir été soupçonné de fraude « d’une ampleur considérable 2.

Cette vague d’arrestations s’est accompagnée d’une hausse des confiscations d’actifs, appartenant notamment à des investisseurs russes basés à l’étranger. C’est par exemple le cas de l’aéroport de Moscou-Domodedovo, saisi à l’été 2025, dont les propriétaires étaient des résidents fiscaux en Turquie, Émirats arabes unis et Israël. 

  • Ces opérations servent d’abord à renflouer les caisses de l’État, notamment lors de ventes aux enchères, mais également à « faire preuve d’une justice symbolique », selon la politologue russe Tatiana Stanovaya 3.

Les services de renseignement extérieurs estoniens estiment que la hausse des cas de corruption impliquant des hauts responsables est directement liée aux effets négatifs de la guerre.

  • Les opportunités financières étant plus rares et concentrées, notamment en raison de la redirection de la majeure partie des ressources de l’État vers l’économie de guerre, la concurrence entre les élites s’est considérablement accrue.
  • Les nombreux échecs de Moscou dans la défense de son territoire contre les attaques ukrainiennes ou la livraison de matériel défaillant à l’armée ont quant à eux créé le besoin d’attribuer cette responsabilité à des boucs-émissaires 4.
  • Dans un nombre important de cas, les confiscations de biens et d’actifs servent « d’avertissements » lancés par le Kremlin.

Lorsqu’elles sont placées en détention ou poursuivies, ces personnalités sont pour la plupart remplacées par des fonctionnaires avant tout choisis pour leur fidélité envers Vladimir Poutine. Le dirigeant russe préfère toutefois, pour certains postes, des technocrates, notamment pour diriger des ministères ou des régions. Cette tendance pourrait toutefois évoluer, alors que le régime russe ne cesse de se resserrer.

Sources
  1. Мария Эрлих, « В 2025 году в России арестовано 155 высокопоставленных чиновников », Новая газета, 16 octobre 2025.
  2. « Бывшего свердловского вице-губернатора Олега Чемезова задержали », RBC, 29 septembre 2025.
  3. Tatiana Stanovaya, Russia’s System Is Beginning to Eat Its Own, Carnegie Endowment for International Peace, 14 octobre 2025.
  4. International Security and Estonia 2026, Välisluureamet, 10 février 2026.