Selon la lettre d’invitation du président du Conseil, Costa, les discussions seront structurées autour de deux axes : « le contexte géoéconomique » et « notre stratégie et nos politiques internes ». 

Mario Draghi et Enrico Letta devraient tous les deux participer aux débats.

  • Selon une analyse du European Policy Innovation Council, seulement 15 % des recommandations de Draghi ont été mises en œuvre à ce jour 1.
  • Mais, selon Costa, cette fois-ci, il y a : « un véritable engagement de la part de tous les dirigeants, ainsi qu’un sentiment clair d’urgence chez chacun d’eux, qu’il faut désormais prendre des décisions ayant un impact » 2.

Aucune avancée importante n’est pourtant attendue.

  • Les dirigeants européens devraient aborder la question du renforcement et de l’approfondissement du marché unique, de la préférence européenne dans l’attribution des marchés et des fonds publics, ainsi que de l’assouplissement des règles afin de permettre l’émergence de « champions » européens. 
  • Un nouveau Conseil européen aura lieu le 19 mars, et devrait permettre de consolider les réflexions d’aujourd’hui — voir d’établir un calendrier précis pour la mise en œuvre des décisions prises.

Cette réunion intervient alors que la Commission se prépare à dévoiler, fin février, sa stratégie « Industrial Accelerator Act » — initialement appelée « Industrial Decarbonisation Accelerator Act » —, dont l’objectif central est de mieux intégrer les objectifs climatiques et de compétitivité dans un cadre cohérent.

Dans ce contexte, la question de la préférence européenne s’est imposée au centre des débats, opposant désormais la France à un groupe de pays nordiques mené par l’Allemagne et l’Italie.

  • En effet, portée par le commissaire à l’Industrie, Stéphane Séjourné, la question divise profondément les États membres.
  • Si tous s’accordent sur la nécessité de préserver la place de l’Union dans les chaînes de valeur industrielles, ils divergent sur la place et l’ampleur de cette mesure.
  • Un seuil de 70 % de contenu européen pour les véhicules électriques subventionnés suscite par exemple des réticences, y compris chez les constructeurs automobiles.
  • Le sujet mobilisera certainement les dirigeants européens aujourd’hui, au risque d’éclipser d’autres priorités.

La position de l’Allemagne sera déterminante. 

  • La chancellerie s’est fixée trois objectifs clefs pour cette rencontre : des engagements en faveur d’un approfondissement du marché unique, la conclusion d’accords commerciaux plus nombreux et plus rapides, ainsi qu’une réduction de la bureaucratie.
  • Berlin se montre aussi plus ouvert à la préférence européenne, avec le soutien du ministre des Finances, Lars Klingbeil, et une approbation prudente du chancelier Merz.

Mais l’Allemagne continue de privilégier la déréglementation et l’allègement du coût de la transition, comme le montre le texte commun présenté avec l’Italie en janvier. 

  • Ces différences seront particulièrement visibles alors que l’Allemagne, l’Italie et la Belgique organiseront, en marge de la réunion, une discussion avec une dizaine d’autres dirigeants européens pour aborder la déréglementation, l’approfondissement du marché unique et la primauté du libre-échange. La France a également confirmé sa présence.
  • Les trois objectifs de Berlin sont d’ailleurs présents dans un non-paper qui sera discuté lors de cette réunion restreinte, auquel autour de 15 pays devrait être présents 3.

Si les étapes à venir s’annoncent nombreuses, les discussions d’aujourd’hui ainsi que la stratégie que présentera ensuite la Commission marquent un tournant : les Européens cherchent en effet à renforcer l’alignement entre la politique commerciale, la politique d’investissement (subventions, filtrage des investissements étrangers) et la politique industrielle, dans une orientation claire vers l’utilisation du marché unique comme instrument stratégique.

Sources
  1. The Draghi Observatory Implementation Index Update Assessing EU Delivery of the Draghi Report, European Policy Innovation Council, 3 janvier 2026.
  2. Jorge Valero, Arne Delfs et Oliver Crook, « EU Aims to Use Global Upheaval to Drive New Single Market Push », Bloomberg, 11 février 2026.
  3. Elements for an ambitious 2026 European competitiveness agenda, 9 février 2026.