« Ils ont décidé de me remplacer. Qu’ils viennent ! » Viktor Orbán accuse Bruxelles d’un grand complot
Viktor Orbán a peur de perdre — et il est prêt à tout.
Pour disqualifier l'opposition qui pourrait mettre fin à son règne, il la présente désormais comme le pantin d’un complot européen.
Du « grand remplacement » à la menace d'une « guerre mondiale », il aligne son langage sur celui de Poutine et de Trump.
Nous traduisons son dernier discours de campagne et le commentons ligne à ligne.
- Auteur
- Le Grand Continent
Si le poids démographique de la Hongrie dans l’Union est limité — le pays comptait 9,5 millions d’habitants en 2023 —, le rôle essentiel joué par Orbán dans l’architecture idéologique et partisane de la droite européenne fera sans doute des législatives hongroises d’avril 2026 le scrutin le plus important de l’année.
Premier ministre depuis 2010, soit la plus grande longévité d’un chef de gouvernement dans l’Union, Orbán semble pour la première fois véritablement en danger. Selon les derniers sondages, le Parti du respect et de la liberté (Tisza, PPE) de son opposant Péter Magyar est crédité de 49 % des voix, contre seulement 36 % pour le Fidesz (PfE) du leader illibéral. L’avance de Magyar est demeurée solide depuis le croisement des courbes au début de 2025, plaçant véritablement Orbán dans une position où celui-ci est concurrencé.
Dans ce contexte électoral tendu, intervenant à l’occasion d’un rallye anti-guerre dans la ville de Szombathely, Orbán a prononcé un discours structurant pour son camp. Au-delà de l’enjeu électoral immédiat, le propos s’inscrit dans une séquence plus longue de construction idéologique, où Viktor Orbán mêle étroitement mémoire nationale, récit personnel et réécriture stratégique de l’histoire politique récente.
En revenant longuement sur la genèse du Fidesz, ses victoires passées et ses défaites fondatrices, le Premier ministre ne se contente pas de mobiliser ses troupes : il réactive un roman politique destiné à rappeler que son parti ne serait pas un acteur parmi d’autres, mais l’expression organique et continue de la nation hongroise.
La guerre en Ukraine joue, dans ce cadre, un rôle décisif. Elle permet à Orbán de déplacer le centre de gravité du débat public : les difficultés économiques, sociales ou institutionnelles sont reléguées au second plan au profit d’un affrontement imaginaire entre la paix nationale et un bellicisme attribué à Bruxelles. En reprenant des éléments de langage proches de ceux du Kremlin, le Premier ministre inverse les responsabilités, accusant l’Union européenne — et non la Russie — de préparer la guerre, tout en se posant en dernier rempart contre l’envoi des jeunes Hongrois au front.
Pour disqualifier Tisza, Orbán le pose en simple instrument d’ingérence étrangère : dans un propos aux tonalités complotistes, Tisza devient le simple relais des intérêts de multinationales et des cercles européens, dont il suivrait sans dévier la ligne politique. Commandé depuis Bruxelles pour provoquer en Hongrie un changement politique, le parti permettrait à l’Union, débarrassée de la menace d’un veto hongrois, de s’engager pleinement dans la guerre en Ukraine.
Derrière la dénonciation répétée de Bruxelles se dessine enfin un projet politique transnational : la constitution d’un pôle « national-conservateur » capable de remodeler l’Union de l’intérieur. La Hongrie n’est alors plus présentée comme un État membre récalcitrant, mais comme l’avant-poste d’un combat civilisationnel plus large.
Bonjour, Mesdames et Messieurs ! Je vous salue respectueusement et vous remercie de votre invitation.
Ce n’est pas ma première visite ici. Je ne fais pas seulement référence à ce à quoi vous pensez, aux nombreux rassemblements et réunions politiques que nous avons organisés en ce lieu, mais aussi à ce qui s’est passé au milieu des années 1980.
Je vois que certaines personnes ici présentes étaient déjà en vie à cette époque. Chers citoyens de Szombathely, au milieu des années 1980, nous avons commencé à nous organiser parmi les intellectuels anticommunistes, radicaux et pro-liberté, ce qui donnera ensuite naissance au Fidesz.
Les gens de la campagne ont tendance à penser, parce que c’est ce que la presse écrit, que nous venions du Rajk Szakkollégium [collège Rajk pour les études supérieures], de l’université d’économie, ou du collège István-Bibó, mais la vérité est que l’organisation à l’époque avait des branches rurales. Et l’une des sections rurales les plus fortes, sinon la plus forte, se trouvait ici, à Szombathely. L’autre section forte se trouvait de l’autre côté du pays, à Debrecen.
Ainsi, dans l’esprit du milieu des années 1980, Szombathely ne se trouvait pas à la périphérie, mais était l’un des centres politiques du pays. C’est là que le Fidesz est né, à l’Université de Szombathely et à l’Université d’Économie.
Le récit d’Orbán occulte certains points de l’histoire de la Fidesz, le mouvement s’étant formé dans la capitale du pays.
Débutant ses études de droit à Budapest dans les années 1980, Orbán rejoint le collège d’études supérieures István-Bibó (Bibó István Szakkollégium), rattaché à la faculté de droit et d’administration de l’université Eötvös Loránd de Budapest. Dans ce lieu de débats où les étudiants se forment en complément des enseignements reçus à l’Université, Orbán et trente-six camarades fondent, le 30 mars 1988, le mouvement de jeunesse Fidesz (Fiatal Demokraták Szövetsége), c’est-à-dire l’Alliance des jeunes démocrates.
Le collège István-Bibó a ainsi formé ceux qui sont devenus les cadres du Fidesz : aux côtés d’Orbán, on peut compter parmi ses anciens élèves l’entrepreneur Lajos Simicska , le président de la Chambre des députés László Kövér (depuis 2010), l’ancien président de la République hongroise, Janos Áder (2012-2022) ou encore l’ancien député européen József Szájer, artisan de la refonte de la constitution en 2010.
Je n’ai pas été du tout surpris que quelques années plus tard, après les premières élections, le comitat de Vas et Szombathely aient été à l’avant-garde du changement de régime. Je pourrais même dire que lorsque tout le pays réfléchissait encore à ce que signifiaient une Hongrie civique et la citoyenneté hongroise, Szombathely était depuis longtemps une ville civique.
Je me souviens également que nous avons remporté une victoire fantastique en 1998. À l’époque le MSZP était encore au pouvoir, si vous vous souvenez encore de ce parti […]. Le changement de régime a pris un peu plus de temps que prévu, alors allons droit au but.
Lors des élections de 1998 le Fidesz, qui a conclu avec le Forum démocrate hongrois (MDF) et le Parti populaire chrétien-démocrate (KDNP) une alliance tripartite, absorbe une large part de l’électorat du MDF et obtient 148 députés. Le MDF perd ainsi 21 sièges, pour tomber à 17 élus, tandis que le Fidesz devient le premier parti au Parlement, juste devant le Parti socialiste hongrois (MSZP), auparavant au pouvoir, qui conserve 134 élus contre 209 pour la législature de 1994. Orbán est nommé Premier ministre le 8 juillet.
Nous avons mené une bataille très difficile, et si je ne me trompe pas sur les chiffres, ici, nous avons obtenu 57 % des voix. C’était un résultat fantastique, qui n’a été que légèrement éclipsé par la déclaration immodeste de János Áder [président de la République de 2012 à 2022, membre du Fidesz], qui aurait voulu 64 % Cela n’a plus d’importance maintenant — c’était serré — mais 57 % était un résultat fantastique.
En 2002, après avoir perdu le premier tour, nous avons dû nous battre, et c’est ici que nous avons également remporté une très grande victoire, pour laquelle je vous suis reconnaissant. Cela montre clairement que Szombathely, le Fidesz et les forces nationales sont liés.
Si nous évoquons le passé, rappelons-nous que nous devons rendre à chacun ce qui lui revient, et que l’évêque István Konkó et M. Püspök ont également joué un rôle très important dans ces victoires : ils ont toujours soutenu les forces nationales.
Tout ce que je veux vous dire maintenant, c’est que nous ne devons pas abandonner maintenant.
Il y a ici, sur l’une de vos places, une statue dont le piédestal porte l’inscription suivante : « Seuls les aigles engendrent des aigles. » Qu’il en soit de même à Szombathely. Une fois que nous aurons gagné, n’abandonnons pas.
Je vois que les élections approchent et que tout le monde pèse le pour et le contre. Vous pouvez lire des rapports de propagande qui passent pour des sondages.
Ne les croyez pas : croyez-moi plutôt. Nous avons également nos propres sondages.
Je peux vous dire avec certitude que dans la ville de Szombathely, nous sommes clairement en tête, tant dans la compétition des listes de partis que dans celle des candidats individuels.
Bien sûr, cela fait peser un lourd fardeau sur notre représentant, M. Vámos 1. Mais seuls les Hongrois connaissent des expressions telles que « le fardeau de l’opportunité » : les gens ne se sentent pas accablés lorsqu’ils ont une chance, mais lorsqu’ils n’en ont pas — c’est là le vrai fardeau.
J’espère donc que le représentant Vámos saisira cette opportunité — je place l’accent sur le mot « saisir ».
Une opportunité ne signifie pas la victoire.
Un avantage ne signifie pas la victoire.
Un seul moment compte, dimanche soir.
Comme nous l’apprend le film Rocky, tant que la cloche n’a pas sonné, rien n’est fini. Seul ce moment compte, et nous devons oser travailler pour cela.
Il n’est peut-être pas ici avec nous, mais je dois absolument saluer et remercier Csaba Hende au nom de la ville de Szombathely. Et je ne pense pas au fait qu’il ait été mon secrétaire d’État et mon ministre [de la Défense], ni au fait qu’il ait été député, car vous vous chargerez de le remercier pour cela. Ce à quoi je pense, c’est que sans Csaba, nous ne serions pas ici aujourd’hui.
Après les élections de 2002, la droite chrétienne nationale a dû se réorganiser, et Csaba Hende a assumé la majeure partie de ce travail. Merci beaucoup, Csaba !
Pour consolider ses bases dans la perspective des élections de 2002, Orbán a effectué un virage à droite — avec l’espoir de rallier une partie de l’électorat de ses concurrents.
Les élections de 1998 avaient été marquées par la progression du droitier FKGP, qui avait doublé sa représentation à 48 sièges (gagnant 22 élus) et surtout par l’entrée au parlement de l’extrême-droite à travers le Parti de la justice hongroise et de la vie (Magyar Igazság és Élet Pártja, MIÉP) qui avait obtenu 14 sièges.
Fort d’un certain succès pour avoir stabilisé la croissance, jugulé l’inflation, le chômage et la dette publique, Orbán se présente dans de bonnes conditions devant les électeurs en 2002. À l’issue du scrutin des 7 et 21 avril 2002, dans un contexte de participation inédite depuis 1989, le Parti socialiste devance toutefois le Fidesz en voix. Péter Medgyessy, ancien membre du Comité central du parti communiste, spécialiste des finances publiques reconverti dans le secteur bancaire, et qui représente le Parti socialiste sans y être affilié, obtient le succès dans les urnes grâce à un généreux programme de hausses de salaires des fonctionnaires, des bourses d’étude et des pensions des retraités.
Si le Fidesz et le MDF coalisés et donnés favoris parviennent à obtenir davantage de sièges — 188 (164 pour le Fidesz et 24 pour le MDF) — que le Parti socialiste (179), Orbán ne parvient pas à s’opposer à l’établissement d’un gouvernement dirigé par Medgyessy qui trouve un accord avec l’Alliance des démocrates libres, très affaiblie, mais dont les 20 sièges permettent l’établissement d’une majorité absolue.
Je voudrais dire aux jeunes que le DPK [Digitális Polgári Körök], le cercle civique numérique, est la continuation des cercles civiques créés après ce que nous considérons comme une défaite électorale injuste en 2002, pour assurer la transmission de tout ce qui avait été accompli par le premier gouvernement civique national en attendant des temps meilleurs, qui arrivèrent en 2010.
Aujourd’hui, la communauté qui est ici ne pourrait pas être réunie si Csaba Hende n’avait pas organisé les cercles civiques avec nous en 2002.
Au lendemain de la défaite de 2002, le Fidesz est allé au-devant de la société civile pour faire pénétrer dans le corps social et électoral les thématiques conservatrices grâce à des « cercles civiques » (polgári körök) constitués partout dans le pays.
Lancés en 2025 et ayant un objectif similaire, les « cercles citoyens numériques » ont pour objectif de permettre à une « communauté de droite, citoyenne, chrétienne, conservatrice et nationale » d’investir l’espace virtuel avec l’ambition est de s’opposer à la gauche en luttant avec leurs mêmes armes : construire un « contrepoids à la culture de la dévastation » par une logique d’ « édification ».
J’ai aussi une anecdote à propos de Csaba. Je me souviens comment je lui ai demandé de conduire ce travail.
Après la défaite électorale, nous nous sommes réunis au siège du Fidesz, dans une ambiance quelque peu morose, comme il convient après une défaite, et nous avons discuté.
La conversation a dérivé sur l’un de nos amis de Transylvanie, qui avait connu le succès très jeune, devenant même un héros. Csaba a alors déclaré qu’il était difficile pour les personnes d’un si jeune âge, déjà perdues et à la dérive, de trouver leur place dans cette vie.
J’avais trente-neuf ans à l’époque, et je venais de perdre une élection. Csaba m’a regardé et a immédiatement compris, et de son élégance pannonienne incomparable a ajouté : « Oh, pardon ! ».
À la fin de cette conversation, je lui ai demandé d’organiser les cercles civiques. Et aujourd’hui, il est devenu juge constitutionnel.
Si j’ai bien lu vos livres d’histoire locale, nous pouvons peut-être lui rendre hommage en tant que premier juge constitutionnel de la ville de Szombathely. Je lui souhaite beaucoup de succès dans ce travail !
Je voudrais également profiter de cette occasion pour remercier les athlètes et les clubs sportifs de Szombathely. Ils ont apporté beaucoup de gloire et d’honneur à la Hongrie, comme l’école Dubó, qui a remporté des médailles d’athlétisme.
Je tiens également à remercier les grandes familles sportives, les rois, les Haladás 2 — que vous connaissez tous très bien — pour tout ce qu’ils ont fait non seulement pour Szombathely, mais aussi pour l’estime et la confiance en soi de la Hongrie.
Je devrais maintenant énumérer les résultats de notre coopération, mais je ne le ferai pas, car nous aurons le temps de le faire pendant la campagne électorale.
Je vais plutôt dire quelques mots sur Szombathely et la guerre. Après cela, je serai disponible pour répondre à vos questions.
Tout d’abord, le retrait de Zsolt V. Németh, qui est un député fantastique, et de Csaba Hende de la liste des candidats sont douloureux, car j’aimais faire campagne avec eux deux. Ils étaient constamment en compétition pour savoir lequel était le meilleur. Ce fut l’une de mes grandes expériences rhétoriques.
Zsolt, notre collègue représentant, vient de vous dire que, heureusement, la guerre yougoslave ne vous a pas directement menacé. Je vais vous raconter une histoire que je n’ai peut-être pas encore racontée publiquement, car elle appartient davantage aux pages des livres d’histoire et finira par être mise en lumière par des recherches archivistiques.
En 1999, le président américain de l’époque, le président Clinton, m’a appelé et m’a demandé — compte tenu du fait que la guerre s’était intensifiée dans ce qui était alors la Yougoslavie et qu’il y avait des soldats britanniques sur place — d’ouvrir un deuxième front depuis le sud de la Hongrie. Nous aurions ainsi pu attaquer les Serbes et leur tirer dessus depuis la Hongrie, à travers la Voïvodine [province septentrionale de la Serbie].
La raison pour laquelle la Hongrie n’est pas entrée en guerre à ce moment-là est que le gouvernement de l’époque, face à la demande du président américain, a répondu « non, monsieur ».
Si nous avions eu à l’époque un Premier ministre qui ne savait dire que « oui, monsieur », nous aurions tous été plongés jusqu’au cou dans cette guerre.
J’ai donc demandé au président ce qu’il en serait alors des 300 000 Hongrois en Yougoslavie – car nous étions nombreux là-bas à l’époque – qui deviendraient immédiatement des ennemis et des prisonniers :
« Comment les protégerez-vous ? Qu’adviendra-t-il d’eux ? »
Lorsque vous tirez sur quelqu’un, celui-ci a tendance à riposter. Allions-nous tirer sur la ville de Szeged ? Devions-nous en faire un terrain de chasse, un marché, un champ, ou un camp ? Comment cela se serait-il passé ?
Nous avons donc convenu que, puisque le sommet de l’OTAN devait avoir lieu à Washington une semaine plus tard, nous en discuterions en personne. Le sujet n’a plus jamais été abordé.
Il est possible de dire non quand le sang va couler.
Le point d’histoire d’Orbán doit être compris à la lumière de l’opposition du Premier ministre hongrois au soutien européen à l’Ukraine. Reprenant un récit poutinien, Orbán accuse de bellicisme non la Russie, mais l’Union.
Un jour, dans quelques années, l’histoire diplomatique racontera comment et par quels canaux nous avons transmis des informations au président américain afin qu’il ne fasse plus jamais de telles demandes — mais cela n’a pas d’importance ici.
Ce qui importe, c’est que le 4 mars 1945, 118 bombardiers américains B-24 ont décollé de Naples et se sont dirigés vers Szombathely. Je raconte cela pour les plus jeunes, au cas où vos grands-pères ne vous l’auraient pas raconté.
Ces avions ont bombardé la ville de Szombathely en cinq vagues, larguant 260 tonnes de bombes sur votre ville. Il y a eu 423 morts ; selon les registres, il y avait à l’époque 4 771 bâtiments résidentiels à Szombathely, dont 3 575 ont été endommagés.
C’était la guerre. Je n’ai même pas mentionné les soldats de l’Armée rouge qui sont arrivés plus tard, ce qui a été une autre source de souffrances ; simplement les bombardements américains. Le palais épiscopal, la mairie et l’hôtel de ville ont également été touchés, et nous ne considérons Szombathely que comme la quatrième ou cinquième ville qui a le plus souffert pendant la guerre en Hongrie.
Afin de couper les axes logistiques de l’Axe, Szombathely a été bombardée à plusieurs reprises en 1944 et 1945 par des avions de la 15th Air Force américaine et du Groupe 205 de la Royal Air Force, opérant depuis des bases italiennes. La 6. Panzerarmee et la Sixième armée allemande ont ensuite été repoussées par les forces soviétiques, qui prirent le contrôle de la ville.
Je ne pense pas avoir besoin d’en dire plus à ce sujet à Szombathely — avec ou sans moi, tout le monde à Szombathely sait qu’il n’y aura plus jamais de guerre.
J’ai dit ce que j’avais à dire.
C’est maintenant à vous de jouer.
Puisque je suis ici, je suis à votre disposition, et si vous avez des questions, je suis disponible dans les limites du temps imparti.
Modérateur : D’abord, nous avons une surprise pour vous, car il y a ici quelqu’un qui votera pour la première fois le 12 avril. Non seulement il votera pour la première fois, mais il a aussi dix-huit ans aujourd’hui : Olivér Kovács, au premier rang.
(Un adolescent monte sur scène pour serrer la main d’Orban, qui lui donne une accolade.)
Viktor Orbán Excusez-moi, puisque nous parlons des jeunes, je pense que je devrais dire quelques mots en rapport avec la jeunesse.
Nous entendons toutes sortes de choses sur le fait que les jeunes sont contre nous.
Je n’identifie pas quelques scandales sans gravité après un concert avec « les jeunes » : soyons d’abord clairs là-dessus.
Nous aussi, nous avons été jeunes. La vérité fondamentale reste que les jeunes sont nos enfants, et pour les plus chanceux, nos petits-enfants.
La pomme ne tombe jamais loin de l’arbre même si, parfois, elle roule au loin. Nous pouvons donc faire confiance aux jeunes et discuter raisonnablement avec eux. Nous pouvons leur parler des questions politiques les plus difficiles.
On ne dit rien aux jeunes, ni aux votants : nous leur demandons de venir voter aux élections en avril et de décider de leur propre avenir, en votant pour le Fidesz.
Ceux qui votent pour Tisza en tant que jeunes votent contre leur propre avenir. Ceux qui votent pour le Fidesz votent pour leur propre avenir.
C’est de cela dont il faut discuter avec les jeunes. Mais cela ne les touche pas tous.
Certains jeunes aiment simplement contredire leurs parents. Dans notre famille, par exemple, tout le monde était fan du Fradi, alors je me suis mis à supporter l’Újpest, alors même que tous les drapeaux de l’équipe Fradi invaincue étaient accrochés au mur sous la radio de mon grand-père. Il y a des jeunes qui sont nés rebelles, c’est comme ça.
Bien sûr, la vie a changé depuis, et maintenant il y a [le joueur de football Ferenc] Puskás, mais peu importe. Le fait est que nous devons aussi dire quelque chose à ces jeunes qui ne veulent pas écouter leurs parents, qui veulent même aller à l’encontre de leurs parents, en d’autres termes, les rebelles. Je voudrais leur dire, avec tout le respect que je leur dois : « Mes chers amis, prenez-vous au sérieux. Se rebeller contre le gouvernement hongrois, ce n’est pas grand-chose. Rebellez-vous contre Bruxelles ! Ça, c’est important ! Et c’est de là que vient la menace qui pèse sur nous ! Rebellez-vous contre Bruxelles ! »
Modérateur Passons aux questions. Le premier candidat arrive : je vais vous expliquer rapidement les règles. Vous avez une minute pour formuler vos questions. Nous en rassemblerons deux ou trois, et le Premier ministre y répondra.
Csaba Horváth Merci de me donner la parole. Je m’appelle Csaba Horváth, je suis ingénieur civil à la retraite.
Permettez-moi de dire quelques mots très importants avant de poser ma question, car je ne peux m’empêcher de le faire. La Hongrie est le pays qui a donné le plus de personnalités célèbres au monde, mais parmi elles, aucune n’a jamais fait la une des journaux, des médias ou de la presse pendant une longue période ; jusqu’à aujourd’hui. Il existe désormais une personnalité hongroise célèbre, le Premier ministre Viktor Orbán.
Viktor OrbánJe dois toutefois préciser, afin de ne pas m’attribuer tout le mérite de cette reconnaissance, que personne ne se soucie de ce qu’un garçon comme moi, originaire de Felcsút, peut penser ou dire.
Ce qui donne du poids à mes propos, c’est que tout un pays est là, avec moi, à mes côtés, derrière moi. En réalité, c’est vous qui êtes célèbres ; c’est la Hongrie qui est célèbre. Je ne veux pas qu’on surestime ma pauvre contribution.
Csaba HorváthJ’ajouterai simplement qu’il y a encore un autre candidat à la célébrité, que le monde entier a surnommé Szoboszlai.
Viktor OrbánOui, c’est une grande bataille entre lui et moi.
Dominik Szoboszlai est un footballeur international hongrois qui évolue au poste de milieu de terrain au Liverpool FC.
Csaba HorváthPourquoi le Premier ministre Viktor Orbán a-t-il acquis une telle renommée, puisqu’il est le seul parmi les Premiers ministres de l’Union européenne à être pacifiste, à se battre sans relâche pour le peuple hongrois, pour la Hongrie ? Lui seul est prêt à opposer son veto, bien qu’il connaisse le proverbe : « Il ne suffit pas d’une poignée d’hommes pour faire un été. » Viktor Orbán a réécrit ce proverbe, car il ne connaît pas l’impossible.
Il y a un mot important dans ce proverbe : « été ». Ce n’est pas l’été que nous attendons, mais le printemps. Nous espérons que Viktor Orbán restera Premier ministre de la Hongrie après le 12 avril car ce qu’il a fait, et ce que son gouvernement a fait pendant quatre puis seize années pour le peuple hongrois et l’essor de la Hongrie, est difficile à décrire avec des mots. Il serait très difficile de l’énumérer ou, du moins cela prendrait beaucoup de temps.
Viktor OrbánIl faut que ce monsieur appelle ma femme et lui dise tout cela !
Csaba HorváthJe poserai ma question en tant qu’ingénieur civil. J’ai commencé ma carrière en travaillant comme entrepreneur sur l’autoroute M3, donc ma question sera d’ordre professionnel.
Tous les habitants de Szombathely savent que l’état des routes et des trottoirs est très mauvais à Szombathely, mais nous sommes heureux que le gouvernement ait récemment accordé 700 millions de forints à la municipalité. Nous vous en remercions et espérons que cela permettra également de réparer les routes.
L’autre chose dont nous pouvons remercier le gouvernement, c’est la construction, il y a dix ans, des autoroutes M85 et M86 entre Győr et Szombathely, qui nous permettent d’accéder à Budapest par une route à quatre voies, ce qui nous rapproche de plus en plus de la capitale. Avant, il nous fallait deux heures et demie pour aller à Győr, maintenant, ce temps suffit pour que nous soyons en vue de Budapest.
Ma question est la suivante : au cours de la semaine dernière, de nombreuses autoroutes et voies rapides ont été construites en Hongrie. Des aménagements régionaux seraient nécessaires ici, entre Szombathely et la frontière sud-ouest, le long de la route 86, ainsi qu’entre Körmend et Veszprém, ce qui concerne trois comitats, à savoir Vas, Zala et Veszprém. Peut-on s’attendre à ce qu’une autoroute ou une voie rapide soit construite sur ces tronçons ?
Viktor OrbánJe peux répondre à votre question car le ministre Lázár l’a préparée. Le fait est que votre comitat dispose d’un long réseau routier, dont nous avons rénové 286 kilomètres au cours des seize dernières années.
Nous avons construit la voie rapide M86, pour un montant de 100 milliards de forints. Nous avons également construit la M80, pour un autre montant de 100 milliards forints. Nous avons aussi une liste de ce qui va se passer ici dans les années à venir, si nous poursuivons nos projets.
Nous envisageons de poursuivre la M86, pour un montant de 279 milliards de forints. Nous construirons la M87, pour un coût de 190 milliards de forints et nous raccorderons la localité de Bük à la M87 — le coût n’a pas encore été estimé — comme nous construirons la M76 entre Körmend et Zalaegerszeg, la route manquant encore à l’appel.
Enfin — et ce sera peut-être la première de nos réalisations — nous construirons la rocade ouest de Szombathely, qui coûtera 25 milliards de forints.
Voilà où nous en sommes. Ce sont des sommes importantes, et même si nous réalisons tous ces projets, nous ne serons pas tirés d’affaire.
Si vous me le permettez, puis-je dire quelque chose sur la situation de Szombathely, sans être originaire de cette ville ? Je ne parlerai pas des détails, mais de la situation générale, de la façon dont je perçois Szombathely.
Votre ville est une ville particulière, il n’y en a peut-être pas d’autre comme elle dans le pays : quatre grandes villes qui sont plus proches de vous que Budapest. C’est le cas de Pozsony, de Vienne, de Zagreb et même de Ljubljana.
Szombathely est donc un endroit particulier. Elle est aussi le lieu d’une vieille histoire : un programme de développement industriel est en cours. Toutefois, la bande frontalière de Móvár, Sopron, Szombathely aura besoin d’un programme spécifique. Car bien sûr, nous pouvons construire des ponts ou des routes, mais s’il n’y a pas de programme de développement spécifique, cette région restera à l’écart, même si elle est bien située : en effet, elle est plus proche de quatre capitales que Budapest, et elle sera plutôt exclue que intégrée.
J’attends donc de Vámos Zoltán, s’il obtient votre confiance, qu’il mette ce programme de développement sur la table, ou du moins qu’il formule ses attentes et ses points de vue, car sans un tel programme de développement spécifique, la ville de Szombathely sera plutôt exclue.
Je veux donc vous dire qu’il faut un programme spécial ici. Quand je viens dans cette ville, on me dit qu’il nous faut rattraper l’Autriche. Comme je l’ai dit plus tôt : « Seuls les aigles engendrent des aigles. » Il ne s’agit donc pas pour nous de rattraper l’Autriche, mais d’être meilleurs qu’elle. Ne nous contentons pas de rattraper l’Autriche, soyons meilleurs dans certains domaines. N’essayons pas d’être meilleurs dans tous, mais au moins dans certains domaines que nous choisissons.
Il nous faut tous essayer d’être meilleurs, y compris certaines nations historiques qui ont eu de la chance et ne sont pas meilleures que nous. La seule différence [qui nous sépare de l’Autriche], c’est que l’Union soviétique s’est retirée de là en 1955, et de chez nous seulement en 1990.
C’est la différence : ils ont juste eu de la chance, ils ne sont pas meilleurs.
Une femme dans le public Merci, Monsieur le Premier ministre. C’est un grand honneur d’être ici. J’aimerais poser une petite question, et je vais essayer de le faire en une minute. J’ai trois fils adultes — le plus jeune est ici, ainsi que ma mère. Mes deux fils aînés sont footballeurs professionnels. Ils aimeraient beaucoup passer plus de temps avec leur frère, et nous aimerions assister à autant de matchs que possible. C’est pourquoi je voudrais vous demander : Quand y aura-t-il à nouveau une équipe de football de première division à Szombathely ?
Viktor OrbánVous avez dit que c’était un honneur pour vous d’être ici, mais c’est l’inverse, c’est un honneur pour moi d’être ici, car en fin de compte, ce n’est pas vous qui êtes ici pour moi, mais moi qui suis ici pour vous. C’est la situation de base, clarifions cela.
En ce qui concerne le monde du football, je dois dire avec toute la modestie qui s’impose que j’ai de très grands espoirs pour Szombathely. Le problème, c’est que je ne peux rien dire. Je ne peux rien dire parce que si vous suivez cette campagne, vous verrez que de très grandes multinationales nous font face. Si vous ne l’avez pas encore remarqué, je vais vous le dire.
L’un des experts économiques du parti Tisza vient de la Erste Bank. Notre adversaire ne l’a pas envoyé vers Tisza pour nous faire un geste, mais parce que cet ennemi souhaite un changement de gouvernement.
Un autre homme, venant de Shell, a été envoyé à Tisza. Il s’agit d’une entreprise énergétique que nous taxons de la même manière que les banques. Il n’a pas été envoyé pour partager l’argent des entreprises énergétiques avec vous, mais pour provoquer un changement de gouvernement et servir ainsi les intérêts des grandes entreprises énergétiques.
Viktor Orbán revient sur certains membres du parti Tisza en présentant le parti comme un simple instrument de lobbying. Relais des intérêts d’entreprises étrangères, Tisza serait ainsi prompt à adopter une législation complaisante pour leur permettre de réaliser des profits en Hongrie. En retour, ce propos permet à Viktor Orbán de poser le Fidesz en seul défenseur des intérêts nationaux.
Le premier homme dont parle le Premier ministre hongrois est Kármán András, PDG de la banque autrichienne Erste, expert en politique fiscale et budgétaire du parti Tisza depuis septembre 2025 ; le second est István Kapitány, vice-président du commerce de détail de Shell dans le monde, devenu responsable de la politique économique et énergétique de Tisza en janvier 2026.
Et puis il y a aussi les grandes entreprises internationales qui protestent constamment parce qu’ils estiment que je leur impose trop d’impôts. Aujourd’hui, de grandes entreprises internationales s’opposent à moi. Si je faisais part, modestement, de mes grands espoirs pour le football hongrois, je serais confronté non seulement aux étrangers, mais aussi aux plus grands capitaux hongrois, jusqu’au président de la Fédération hongroise de football. Ce dernier sait qu’il y a beaucoup d’attentes autour du football.
Je ne voudrais donc pas alourdir le conflit entre les grands capitaux et le Fidesz, ni même le conflit avec les capitaux nationaux, je vais donc garder pour moi mes grands espoirs concernant le football pour l’instant. Le moment viendra peut-être où je pourrai en parler publiquement, mais pour l’instant, je ne m’immiscerai en aucun cas dans les affaires de la Fédération.
Quant au Szombathelyi Haladás : c’est une grande douleur. J’ai cité des noms tout à l’heure. Cette ville a connu davantage que de bons joueurs, elle a connu de grandes familles et des rois.
C’est injuste que vous soyez en troisième division. Si l’on considère toute l’aide et le soutien que nous avons apportés directement et indirectement ici, cela fait beaucoup de peine.
Je suis donc disposé à aider, mais à condition de reconnaître que le problème ne vient pas de moi, mais d’ailleurs. Je ne peux donc pas aider, car si je m’attaquais à ce problème en mon nom propre — si je prenais l’affaire sur mes bras — alors ce serait la fin de tout.
Mais si un propriétaire honnête arrive […] ou une nouvelle initiative, une nouvelle vision, alors au-delà de remédier aux problèmes immédiats… car malheureusement, si nous ne le faisons pas, tout s’effondrera. Je ne parle des professionnels : les enfants ne pourront plus se rendre [au club].
Nous envoyons donc toujours une aide — mais pour que les choses redémarrent sérieusement ici, il nous faut bâtir un autre système. Moi, je ne peux pas assumer la responsabilité devant les contribuables de dépenser cet argent dans le sport : si je le fais, on peut prévoir comment cela va finir. C’est pourquoi je vous demande, à vous, de tenter de coopérer.
En fait, comme l’a montré ma question, nous ne parlons pas ici des professionnels, car ceux-ci sauront se débrouiller. Je viens de dire que je ne partagerai pas mes vues sur ce sujet, mais le problème du football, c’est qu’il y a trop d’argent en jeu — pas en Hongrie, pas partout certes, mais c’est un autre débat.
Ce ne sont donc pas les professionnels que nous devons surveiller, mais la relève : nous devons nous occuper des enfants.
Ceci me mène au sujet des élections d’avril. Je vous le dis très clairement : le programme de Tisza rédigé à Bruxelles — le vrai programme, pas ce faux programme électoral qu’ils vont essayer de nous vendre et dont nous pourrons parler plus tard — dit clairement qu’il faut réduire les subventions au sport. Pourtant, ces subventions vont aux enfants.
Les clubs ne comptent pas onze ou vingt footballeurs, handballeurs ou water-poloïstes professionnels, mais plusieurs centaines d’enfants s’y rendant après les cours.
C’est d’eux qu’il s’agit. Lorsque nous soutenons le sport, nous soutenons les enfants, et pas n’importe comment car ce n’est pas une question d’argent.
J’ai élevé cinq enfants. J’essaie de même avec mes petits-enfants, mais c’est de plus en plus difficile. Je vois clairement que ce sont les clubs sportifs et les entraîneurs qui peuvent aujourd’hui aider le plus les parents dans l’éducation de leurs enfants.
Nous vivons dans un monde fou, où tout est sens dessus dessous et où certaines armes ont disparu de la vie quotidienne : non seulement l’humiliation, mais aussi la punition. Il faut le dire, n’est-ce pas ? Si l’on vous dit « Mon fils a été le meilleur de son équipe lors du match », je répliquerai : « Il n’a pas été le meilleur, puisqu’ils ont été battus à plate couture. »
C’est de l’ordre de la responsabilité : tu n’es pas seul, mais avec tes coéquipiers. Il ne s’agit pas d’un garçon qui s’amuse, mais d’un garçon accomplissant le travail de dix autres personnes.
Responsabilité, communauté, camaraderie, ordre dans les vestiaires, obéissance à l’entraîneur. Ce sont toutes des choses positives : elles sont nécessaires à l’éducation des enfants. Malheureusement, aujourd’hui, l’école les enseigne moins que les organisations sportives. Le soutien au sport et le sport en tant que question stratégique font donc partie de notre politique familiale — non le soutien au sport professionnel. C’est ce qu’il faut comprendre.
Tant que le Fidesz sera au pouvoir, le sport restera un secteur stratégique, précisément en raison des enfants et des familles. Si Tisza, la Coalition démocratique ou n’importe qui d’autre arrive au pouvoir, ce sera la fin et nous reviendrons à la situation d’avant 2010 : des terrains délabrés, des installations inutilisables, des conditions honteuses, où aucun parent ne pouvait emmener son enfant au sport en toute sérénité.
Nous avons changé cela au cours des seize dernières années, et ce qui est formidable, c’est que nous avons intégré les clubs dans la vie des familles.
(Pour finir, quand personne ne regarde, je dis toujours aux enfants de s’entraîner avec leur pied le plus faible.)
Miklós Nagy Monsieur le Premier ministre. Je suis maire de Gasztony depuis dix-neuf ans et membre du Fidesz depuis 2005. Étant de confession chrétienne, l’un de mes grands passe-temps est le pèlerinage. Dans ce cadre, j’ai parcouru plusieurs milliers de kilomètres à pied en Espagne et j’ai été soldat de 1984 à 1994. J’ai vu la guerre en Yougoslavie, avant de servir dans l’armée hongroise en tant que commandant de poste de combat dans une compagnie technique radio. La nuit, nous avons vu des lueurs d’incendie. C’était terrible d’imaginer ce qui se passait là-bas. Dieu merci, nous ne nous sommes pas impliqués dans cette guerre.
Lors de mon précédent pèlerinage en Espagne, sur la route de Paris, à mi-chemin environ, j’ai vu des barrières de barbelés au sommet d’une montagne, qui avaient été laissées là en souvenir. C’était terrible à voir, terrible de penser à ce qui avait pu s’y passer pendant la guerre de 1914.
L’année dernière, j’ai parcouru 240 kilomètres à pied en Bosnie. En traversant les nombreux petits villages, j’ai vu tant de maisons qui avaient été détruites par les balles, une maison sur deux ou trois était encore condamnée par des planches : c’était un spectacle terrible.
Pour dire quelque chose de positif et d’encourageant, il y a un sanctuaire marial à la périphérie de notre village, au-dessus duquel nous aimerions construire une chapelle, pour laquelle nous avons déjà des plans depuis 1941. Cela a été un processus de six ans, qui a abouti en décembre dernier. Il est vrai que j’ai pu collecter un don important, mais il reste encore un long chemin à parcourir. Le chemin a été long, mais nous sommes arrivés à destination : le pèlerin est rentré chez lui.
Modérateur Monsieur a-t-il une question ?
Miklós NagyQue cherchait Mark Rutte au Parlement de Kiev, à la Rada, et pourquoi recommande-t-il l’usage de troupes au sol, sur mer et dans les airs pour soutenir les Ukrainiens ?
[…]
Viktor OrbánPuisque la question des sanctuaires chrétiens a été abordée, je dirai brièvement que nous avons rénové quatre mille églises. Il faut le dire à voix basse, car selon l’enseignement, la vantardise est punie, même si c’est pour se vanter de bonnes choses. Il faut le garder secret. Nous en avons également construit deux-cents nouvelles.
Je voudrais dire quelque chose à ceux qui ne sont pas croyants : pourquoi ils ne doivent pas s’en offusquer ou s’y opposer. J’essaie de leur donner un argument.
Nous qui faisons partie de la communauté des croyants, nous comprenons pourquoi [cette construction] est importante. Mais croyez-moi, il y a un lien entre la force d’une nation et l’existence de communautés au sein de cette nation. Plus les communautés sont fortes, plus la nation est forte.
C’est le cas de la famille. Si nous soutenons les familles, nous soutenons aussi la nation, car la nation est constituée de familles. Mais [nous soutenons aussi] toutes les autres communautés, en particulier celles qui n’ont pas d’intérêt matériel — disons celles qui sont de nature spirituelle — comme les formes communautaires de connexion avec Dieu.
Si de telles communautés existent dans le pays, cela rendra la patrie plus forte. C’est pourquoi les non-croyants ne doivent pas considérer les croyants et leur nouvelle communauté comme des ennemis.
Ce que nous donnons, nous le donnons pour construire tout le pays. Tout le reste, notre position vis-à-vis de Dieu, nous en discuterons plus tard, cela ne fait pas partie des sujets de débat public — ou plutôt cela n’a pas sa place ici ; ce n’est pas à nous d’évangéliser, mais aux Églises.
On me soupçonne parfois de tenir des discours politiques qui s’apparentent davantage à des sermons qu’à des discours politiques, mais mettons cela entre parenthèses pour l’instant.
Monsieur le maire, lorsque nous avons commencé cette série de réunions contre la guerre, j’ai dit à Filip [modérateur de la session de questions] : « Peut-être qu’après la deuxième fois, ils en auront assez de nous. Nous disons tout une fois, deux fois, puis… ». Filip a répondu quelque chose comme : « Nous verrons bien. » Il avait raison.
Chaque semaine, il se passe quelque chose qui nous rapproche de la guerre. C’est pourquoi nous ne nous lassons pas d’en parler, c’est pourquoi il y a toujours du nouveau ; c’est pourquoi il y a toujours matière à discussion, car il se passe sans cesse de nouvelles choses.
Vous venez de citer le secrétaire général de l’OTAN, qui a effectivement dit ce que vous venez de nous rapporter ici : « Nous serons là, sur terre, sur mer et dans les airs ; nous allons déployer des soldats sur le territoire ukrainien ; les forces armées européennes seront ici, en Ukraine. »
Parallèlement, le chef du Parti populaire européen, dont fait d’ailleurs partie Tisza, cet homme nommé [Manfred] Weber, a déclaré qu’il aimerait voir en Ukraine des soldats portant sur leur uniforme les symboles de l’Union européenne.
Nous sommes membres de l’Union européenne. Nous ne voulons pas voir de tels soldats sur le territoire ukrainien, et nous ne voulons surtout pas voir de jeunes Hongrois porter de tels uniformes sur le territoire ukrainien.
Chaque semaine, il se passe quelque chose qui nous rapproche de la guerre.
Si le programme de Tisza met en avant la restauration des relations avec l’Union, il mentionne toutefois son opposition à l’adhésion de l’Ukraine au bloc. Dans une rupture nette avec la politique d’Orbán, le programme prévoit cependant une réduction de la dépendance de la Hongrie à l’égard de l’énergie russe d’ici 2035, et se donne comme objectif de doubler la part des énergies renouvelables d’ici 2040.
Ce phénomène, qui consiste à faire un pas en avant chaque semaine, peut s’expliquer de deux manières : soit il s’agit d’une coïncidence, soit cela fait partie d’un plan.
Je suis suffisamment vieux pour remarquer des choses : nous ne sommes donc pas tombés de la dernière pluie.
Depuis de longs mois, les événements s’enchaînent les uns après les autres. On soupçonne qu’il y a un plan. Je suis assis parmi eux et je les entends.
Je l’ai déjà dit à d’autres occasions, il ne s’agit pas d’un sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne, mais en réalité d’un conseil de guerre. Ils ne parlent que de questions militaires. Je pense qu’ils mettent en œuvre un plan.
Si nous comprenons bien ce qu’ils disent, ils ont annoncé que l’Union européenne allait entrer en guerre d’ici 2030.
Je regarde, d’un point de vue historique, comment on habitue les gens à l’idée de la guerre et comment on prépare les pays à la guerre, une fois que les dirigeants ont décidé que ce serait ainsi.
Tout d’abord, il y a la rupture des relations diplomatiques : on ne parle plus à l’adversaire.
Vient ensuite la conscription, puis vient la fabrication d’armes ;puis vient la transition vers une économie de guerre.
Au terme, on trouve le conflit ouvert.
Aujourd’hui, l’Union européenne a ouvertement déclaré qu’elle devait passer à une économie de guerre. C’est le programme officiel. L’Union a également déclaré lors d’une session plénière du Parlement européen, donc sans secret, qu’il fallait être prêt à faire la guerre d’ici 2030.
La guerre en Ukraine constitue pour Orbán une aubaine électorale : en concentrant ses attaques contre ce qu’il qualifie d’attitude belliciste de l’Union européenne — tout en ménageant Poutine — le Premier ministre hongrois trouve un bouc émissaire parfait pour ne pas affronter directement les questions politiques.
C’est pourquoi je pense que les années 2026 à 2030 seront peut-être les plus risquées de notre vie. C’est à ce moment-là que se décidera si l’Europe entre en guerre et si nous l’accompagnons, ou si elle n’y entre pas.
J’ai le sentiment que les élections de 2026 seront les dernières avant la guerre. C’est le gouvernement élu en 2026 qui décidera si nous entrons en guerre ou si nous restons en dehors.
Telle est la situation. C’est pourquoi nous organisons des forums sur la guerre, afin que tout le monde comprenne cela.
Maintenant, si vous me le permettez, j’aimerais même parler de la menace que représente la guerre. Aujourd’hui, nous devons considérer que la plus grande menace est que notre argent soit transféré à Bruxelles, puis donné aux Ukrainiens. Ce n’est donc pas la guerre qui nous menace aujourd’hui, mais le fait que l’on nous enlève quelque chose sans lequel nous ne pouvons pas faire fonctionner l’économie hongroise.
Ce n’est pas moi qui le dis, vous pouvez également lire dans le rapport de la Cour des comptes de l’Union européenne publié il y a dix jours que les contributions des États membres à l’Union, – car nous versons chaque année entre 1 et 2 milliards d’euros – devront être multipliées par 1,5 au cours de la prochaine période.
Les Ukrainiens ont déposé une proposition. Ils demandent 800 milliards de dollars rien que pour faire fonctionner l’État ukrainien au cours des dix prochaines années. Et l’Union veut leur donner cette somme. Bien sûr, on entend dire que, au final, c’est toujours l’État qui est derrière les fonds privés. Nous le savons bien.
Les Ukrainiens demandent 800 milliards et 700 milliards pour s’armer, soit 1 500 milliards de dollars. Notre argent est inclus dans cette somme. Si nous les laissons faire, ils l’emporteront. C’est le premier problème.
Dans un an ou deux, on en arrivera à ce que le secrétaire général de l’OTAN nous demande d’envoyer également des soldats. Je voudrais maintenant, fort de toutes mes connaissances diplomatiques et conscient de ma responsabilité, vous dire que si un seul soldat occidental apparaît sur le territoire ukrainien sans qu’il y ait d’accord avec les Russes, cela signifiera que nous sommes en guerre.
Les Russes ont en effet déclaré qu’ils considéraient ces soldats et ces unités comme des cibles militaires légitimes. Je ne vois donc pas d’accord possible dans lequel les Russes accepteraient que des soldats américains — maintenant que Trump, leur président, a proféré cette menace — ou européens soient stationnés sur le territoire ukrainien. Si, malgré tout, ces soldats sont présents, nous serons en guerre. Et je ne pense pas que l’Union européenne et Bruxelles accepteraient que la moitié du continent entre en guerre.
En faisant planer la menace d’une guerre mondiale si les Européens continuent à soutenir Kiev, Orbán continue d’avaliser des éléments de langage du Kremlin et des propagandistes du régime de Poutine qui, eux, présentent bien la guerre d’Ukraine comme l’épicentre d’un affrontement mondial.
Cela signifie que nous devons nous préparer à subir une forte pression de la part de Bruxelles — et de Berlin, que les deux ne soient pas identiques est un autre débat. Nous subirons une pression énorme pour que nous entrions également en guerre.
Dans cette campagne électorale, notre adversaire n’est pas le Tisza. Le parti n’a que 27 membres. Combien sommes-nous ici ? L’organisation municipale du Fidesz à Szombathely compte plus de membres que le parti Tisza à l’échelle nationale. Ce n’est donc pas lui notre adversaire.
Le ton de victoire d’Orban masque la situation difficile dans laquelle se trouve le Fidesz à l’approche des élections législatives : selon les derniers sondages en vue des élections législatives hongroises d’avril, le Parti du respect et de la liberté (Tisza, PPE), dirigé par Péter Magyar, est crédité de 47 % des intentions de vote, contre 41 % pour le Fidesz. L’avance de Magyar a été constante depuis que son parti est devenu favori au début de l’année 2025, plaçant Orbán dans une position de concurrence.
[…]
Ce n’est donc pas là notre véritable adversaire. L’opposition hongroise actuelle — je ne parle même pas de la Coalition démocratique —, n’est pas notre véritable adversaire.
Notre véritable adversaire, c’est Bruxelles, qui veut mettre au pouvoir en Hongrie un gouvernement qui, à un moment donné, envoie l’argent des Hongrois en Ukraine et envoie les soldats hongrois à la guerre.
C’est de cela qu’il s’agit. Cela semble sévère, cela semble dur, mais c’est la réalité. Ils veulent un gouvernement pro-ukrainien, pro-Bruxelles et pro-guerre en Hongrie. C’est là le véritable enjeu, et nous devons vaincre ceux qui se plient à cette exigence de Bruxelles.
Comme en de nombreuses occasions, le Premier ministre hongrois instrumentalise la guerre d’Ukraine pour sa campagne électorale en suggérant une vision fantasmée : l’Union voudrait envoyer au front les jeunes Hongrois et Orbán protègerait sa population face à un diktat imposé de l’extérieur.
Certains savent de quoi il retourne chez l’adversaire, et d’autres sont trompés et ne comprennent pas de quoi il s’agit. Ce scrutin ne porte pas sur la situation actuelle en Hongrie, même si c’est une question importante, mais sur l’avenir de la Hongrie. Allons-nous entrer en guerre, allons-nous nous faire prendre notre argent, ou tout ce dont nous avons besoin pour vivre ?
Les jeunes, l’argent, la paix, tout cela restera en Hongrie. C’est l’enjeu de cette élection. C’est ce que nous devons décider en avril, et c’est ce que nous devons faire comprendre à chaque électeur hongrois.
Széper Zsibet Mon nom est Széper Zsibet et je viens de Bejánsenyér. En tant que mère de trois enfants, je suis convaincue que tant que nous aurons un gouvernement national, vous vous opposerez par tous les moyens possibles à ce que Bruxelles peut attendre de la Hongrie et qui lui est défavorable.
Je suis également convaincue, et je pense que nous avons pu le constater ces derniers mois, que nous, les Hongrois, ne pouvons pas vraiment compter sur le parti Tisza : ils disent qu’ils feront sans réfléchir tout ce que le Parti populaire européen attend d’eux. Monsieur le Premier ministre, que pensez-vous que nous puissions faire si notre droit de veto nous est retiré ?
Viktor Orbán Merci beaucoup pour votre question.
Je pense qu’en matière d’affaires internationales, la différence entre les deux options qui s’offrent à notre pays, disons entre la voie hongroise et la voie bruxelloise, est assez claire.
Nous faisions partie du Parti populaire européen, bien que je n’aie jamais voté pour Weber : j’ai soutenu M. Barnier, c’était un vote secret, mais cela n’a pas d’importance.
Nous avons quitté le Parti populaire européen parce qu’ils voulaient nous imposer la politique de Bruxelles en matière de migration.
La chancelière allemande et la direction du Parti populaire européen, avec Weber à sa tête, ont exigé que la Hongrie renonce à sa politique qui interdit aux migrants d’entrer sur son territoire. La Hongrie construit même une clôture et n’admet personne avant d’avoir obtenu l’autorisation des autorités hongroises.
Tout cela il nous fallait l’abandonner.
Nous avons donc dû partir parce que, pour parler franchement, ils nous ont fait chanter : si nous n’abandonnions pas notre politique visant à empêcher la Hongrie de devenir un pays d’immigration, ils nous mettraient des bâtons dans les roues, et nous puniraient à tous les niveaux possibles, sous la direction de M. Weber. Nous avons répondu : « Bon, amusez-vous bien, à bientôt. »
En agitant la menace que la Hongrie devienne un « pays d’immigration », Orbán se fait le chantre de la théorie complotiste du « grand remplacement » et reprend l’un des éléments de langage trumpiste et vancien : « l’Europe occidentale » serait désormais méconnaissable — une trajectoire de laquelle il pourrait protéger les Hongrois s’ils votent pour lui.
Nous sommes sortis de là, nous avons attendu un an ou deux que les forces similaires aux nôtres se renforcent, et nous avons fondé les Patriotes, qui sont aujourd’hui le troisième parti politique d’Europe, et qui seront bientôt le deuxième, puis le premier.
L’un des plus anciens et constants objectifs politiques de Viktor Orbán est la constitution d’une force politique alternative en Europe qui pourrait « prendre Bruxelles » pour imposer à l’Union un agenda « national-conservateur ».
Je sais donc d’expérience personnelle comment les choses se passent dans le PPE. Il ne faut pas faire de calculs. Si vous ne faites pas ce qu’on vous dit, par exemple en matière de migration, vous avez deux possibilités, partir ou rester.
C’est pourquoi le PPE est maintenant en guerre. Il y a un petit film, généré par intelligence artificielle, où Bruxelles donne l’ordre de demander de l’argent aux Ukrainiens et où le président de Tisza répond « Oui, monsieur » ou quelque chose comme ça.
Ce film est assez représentatif de la réalité. Auparavant, le PPE m’appelait aussi pour toutes sortes de demandes et de sujets. Quand je voyais que cela bénéficiait aux Hongrois, je disais « allons-y ». Et quand ce n’était pas le cas, je disais « nein, danke ».
Voilà la situation. C’était le cas pour l’immigration. Ils ont dit qu’ils allaient régler le problème, nous avons dit : « nein, danke ». Nous préférons quitter le Parti populaire européen.
Ceux qui font partie du Parti populaire européen vont-ils mettre en œuvre ce qui y est dit ? Mon opinion est qu’ils ne pourront pas dire non. Il faut beaucoup de choses pour qu’une personne puisse dire non dans une situation aussi délicate.
Laissons de côté les questions personnelles et partisanes. Il faut que la personne soit certaine que ce qu’elle représente corresponde à la position du peuple hongrois.
Aujourd’hui, sur les questions civilisationnelles les plus importantes, telles que la migration, la protection de la famille, le genre et la guerre, le peuple hongrois et le Fidesz sont sur la même position. Tisza représente autre chose sur le plan civilisationnel. Quoi qu’il en dise, il représente en réalité autre chose, et c’est pourquoi ils ne peuvent pas, ou peut-être ne veulent pas, dire non à Bruxelles.
L’identification que fait Orban entre le Fidesz et le peuple hongrois fait écho à la réforme institutionnelle qu’il a entreprise en 2010. Le nouveau pacte ou contrat politique et social (NER) adopté cette année-là a ainsi été vu, par certains observateurs, comme un véritable « coup d’État constitutionnel » : le Fidesz se veut le représentant exclusif de la Nation ; toute représentativité ou légitimité est déniée aux autres organisations politiques et l’alternance n’est plus un horizon du combat politique envisagé comme une fin en soi — écartant la culture parlementaire du compromis démocratique.
Comment en arrive-t-on à la question du veto ?
Nous sommes à Szombathely, dans la première ville constitutionnelle, alors permettez-moi une petite digression.
Nous disons que « nous opposons notre veto » [aux décisions prises à Bruxelles]. Mais si nous allons au fond des choses, ce qui n’est pas sans importance du point de vue de la souveraineté, en réalité, nous ne mettons pas notre veto à une décision de Bruxelles. Bien plutôt, selon la Constitution hongroise et le traité fondateur de l’Union, pour qu’une décision soit prise dans un certain domaine, tous les États membres doivent voter oui.
Tant que tout le monde n’a pas dit oui, il n’y a pas de décision. Il ne faut donc pas dire que [les membres de l’Union] prennent une décision et que je lui oppose mon veto, mais plutôt je refuse de participer à cette décision — celle-ci n’étant alors pas prise.
Une position commune de l’Union européenne ne peut pas être élaborée tant que tous les États membres ne sont pas d’accord. Je n’ai donc rien à « opposer » à une décision, puisqu’il n’y a pas de décision.
C’est là la situation juridique de la Constitution.
Le « veto », continuons à utiliser ce mot, est un droit fondamental selon le traité fondateur de l’Union européenne. On entend effectivement tous les jours qu’un tel veto fait partie des pressions, des manœuvres et des manigances qui entravent la coopération européenne — ce pourquoi il ne devrait pas y avoir de cas, en particulier dans le domaine des affaires courantes, où une décision unanime est nécessaire.
Je ne contribuerai pas à ce débat. Le problème, de leur point de vue, est que pour modifier la règle selon laquelle certaines questions et toutes les questions de politique étrangère doivent être tranchées à l’unanimité, afin qu’elles puissent être tranchées à la majorité simple, il faut également l’unanimité. Donc, tant que je serai en vie et que je serai là, cela ne sera pas possible.
Qu’ils viennent ! Jusqu’à présent, ils ont essayé de me convaincre, mais sans succès.
Ils ont donc décidé de me remplacer.
C’est aussi simple que cela.
Ils me remplacent, un autre Premier ministre arrive, et il suffit d’une seule fois, une seule fois à un moment donné, pour dire « d’accord, laissons faire », et c’est fini. Et vous ne pouvez plus faire valoir l’intérêt national dans la politique étrangère, quel que soit le sujet.
Alors, c’est la guerre. Si vous n’êtes pas d’accord avec la stratégie de politique étrangère, vous devez quand même vous y conformer. C’est votre argent qui y passe. Une seule erreur suffit pour que tout soit fini. C’est pourquoi je vais toujours à Bruxelles, et j’essaie de dormir toute la journée avant, car à Bruxelles, si je peux me permettre, toutes les réunions du Conseil sont organisées de telle sorte qu’elles commencent à six, sept ou huit heures du soir. Les questions importantes sont traitées à deux heures du matin. Et si je m’endors à un moment donné, c’est fini. Il ne s’agit donc pas seulement d’une question de politique. Mais bien sûr, on ne peut pas toujours tenir le coup sans s’endormir, il faut donc développer cette capacité, je ne sais pas comment, mais j’y suis parvenu, quand il y a une question importante, cela me réveille. C’est aussi une solution possible. C’est ce que m’a appris János Martonyi, c’est possible.
La menace de l’usage du droit de veto représente l’une des stratégies que le chef du gouvernement hongrois utilise afin d’obtenir des concessions de la part des autres États membres de l’Union européenne, comme le suggère un rapport du Parlement européen datant du 11 novembre 2025 3. Ce n’est pas la première fois que la Hongrie fait face à de telles accusations. Dans le cas de la guerre en Ukraine, la Hongrie fut le seul pays à ne pas soutenir l’envoi d’une aide financière à l’Ukraine en décembre 2022.
Tibor Farkas Bonjour à tous, je m’appelle Tibor Farkas, j’ai cinquante-huit ans. Je me suis installé à Szombathely il y a douze ans. Je viens des bords de la Tisza, qui n’a rien à voir avec le parti Tisza, lequel porte d’ailleurs mal son nom car ils ne savent pas ce qu’est le respect, ni ce qu’est la liberté 4. J’ai quitté Debrecen et je me suis installé ici. Il y a pas mal d’électeurs de droite à Debrecen, mais ici, j’ai élargi la base électorale [du Fidesz].
Nous ne voulons pas de la guerre. J’ai suivi la moitié de ma formation en tant qu’officier militaire et mon fils de vingt-huit ans est officier militaire spécial. Je ne veux pas qu’il aille en Ukraine. Mon fils de trente-deux ans a quatre petits-enfants qui sont susceptibles d’être appelés sous les drapeaux. Je ne veux pas que cela se produise.
[…]
Je voudrais maintenant poser ma question, qui concerne les retards lors des meetings, se prolongeant tard dans la nuit. De plus en plus de personnes en Europe occidentale reconnaissent Viktor Orbán. Je pourrais dire autre chose qui les amènerait à vous louer, vous et votre pays, si vous pouviez faire en sorte que ces retards soient supprimés. Merci beaucoup : c’était le point principal.
Viktor Orbán Je suis tout à fait d’accord avec vous. Je ne vois pas pourquoi, s’il y a un ordre dans la vie, il faudrait le perturber. Je comprends qu’il faut que nous fassions quelques efforts en ce sens, oui.
Ce que vous avez dit à propos des rives de la Tisza m’a touché. Lorsque j’ai vu que les Bruxellois avaient décidé de créer un parti contre nous sous le nom de Tisza, j’ai songé qu’ils pensaient manifestement que c’était le fleuve le plus hongrois qui soit ; il prend en effet sa source en Hongrie. J’ai ri parce que la Tisza est le fleuve le plus imprévisible. C’est un fleuve à deux visages, il faut lire le poème de [Sándor] Petőfi. Elle est douce et calme, puis soudain, elle vous inonde.
L’erreur de géographie est assez révélatrice : la Tisza ne prend pas sa source en Hongrie, mais dans l’oblast de Transcarpatie, la région ayant été rattachée après la Seconde Guerre mondiale à l’Ukraine soviétique.
Alors que la Transcarpatie abrite une importante communauté magyarophone, Viktor Orbán accuse depuis plusieurs années Kiev de contribuer à effacer la langue hongroise au profit de l’ukrainien. En novembre 2023, celui-ci déclarait que « la situation de la langue et de l’éducation hongroises en Transcarpatie sous l’URSS était meilleure qu’aujourd’hui sous l’Ukraine indépendante ».
Suite à la victoire du Fidesz aux élections législatives d’avril 2010, le Parlement hongrois a promulgué une loi sur la double nationalité permettant de simplifier la procédure d’acquisition de la nationalité hongroise. Si Kiev ne reconnaît pas cette double nationalité pour ses citoyens magyarophones de Transcarpatie, le gouvernement hongrois y finance des églises, écoles, institutions culturelles… visant à promouvoir la langue et culture hongroise.
S’il existe une rivière imprévisible, peu fiable et à deux visages, c’est bien celle-ci. Pas besoin d’être un universitaire pour comprendre cela, il suffit de lire Petőfi. Je le recommande à tout le monde.
Melinda Kardos Je m’appelle Melinda Kardos et je suis venue avec ma famille de Szentgotthárd. Je travaille dans le domaine économique depuis près de trente ans et j’aurais beaucoup de questions à poser à ce sujet, mais j’ai à l’esprit quelque chose de complètement différent. Ma question touche au message que le gouvernement a envoyé à l’Ukraine avec sa décision récente d’expulser les personnes responsables d’une conscription forcée 5.
Lorsque la guerre [en Ukraine] a éclaté, nous pensions que cette folie serait de courte durée : malheureusement, cela n’a pas été le cas. Nous en sommes aujourd’hui arrivés au point où la conscription forcée oblige même les Hongrois des Carpates à partir à la guerre. Cette conscription a encore fait une victime récemment.
Ma question est donc la suivante : le Premier ministre estime-t-il que cette décision est suffisante [pour éviter la conscription des Hongrois vivant en Ukraine] ou existe-t-il d’autres moyens d’aider les Hongrois des Carpates ? Cette décision peut-elle influencer l’éventuelle visite de Zelensky en Hongrie ?
Viktor Orbán Faudrait-il le bannir du pays, c’est ce que vous voulez dire ?
Melinda KardosOui.
Viktor OrbánLes habitants de Szentgotthárd sont réputés pour leurs bonnes manières, je pensais que vous ne le diriez pas aussi crûment !
En vérité, il ne faudrait pas bannir le président ukrainien. Parlons-en un peu, ainsi que du contexte.
Tout d’abord, envoyons nos salutations aux Hongrois de Transcarpatie, qui se trouvent dans une situation très difficile. Faisons-leur savoir que nous sommes là pour eux ! Nous n’en faisons pas grand cas, car ils sont déjà suffisamment persécutés, mais chaque soldat hongrois qui meurt sur le front ukrainien peut compter sur l’aide de l’État hongrois. Nous recherchons les familles et, dans la mesure du possible, nous aidons tout le monde. Mais nous n’en faisons pas grand cas.
Il y a des morts spectaculaires, car certains meurent au combat sur le front, mais il y a aussi des violences liées à la conscription forcée, des conscriptions qui ne tiennent absolument pas compte de l’état de santé, et ceux-là ne meurent pas au front, mais avant, ils sont battus à mort, comme la première victime, l’autre a été emmené, nous savons de quoi il s’agit. Et cela ne peut être ignoré. Péter Szijjártó a pour mandat de maintenir cette question à l’ordre du jour à Bruxelles. Chez nous, nous nous occupons de cela, nous notons tout, nous savons tout, nous enregistrons tout, et tout aura des conséquences en temps voulu.
Le gouvernement Orbán utilise un événement survenu en juillet 2025, la mort du soldat hongrois issu de Transcarpatie József Sebestyén, conscrit dans l’armée ukrainienne, afin de soutenir la théorie d’une supposée « haine des Hongrois ». Bien qu’une vidéo montre ce qui s’apparente à un passage à tabac de l’homme, les médecins légistes ont classé la cause comme « embolie pulmonaire, sans signe de lésions corporelles pouvant indiquer des violences 6 ». De nombreux médias hongrois pro-gouvernement accusent l’Ukraine d’avoir fait pression sur les médecins pour falsifier leur rapport, en allant jusqu’à retenir le fils de l’un d’eux en otage 7. Ces informations ne sont toutefois étayées par aucune source. Pour ces médias, la raison de ce passage à tabac serait la « conscription forcée » des minorités hongroises sur le territoire ukrainien, leurs membres étant enlevés pour servir de soldats contre la Russie.
Il y a longtemps, nous avions l’air d’être des pigeons et nous laissions les autres se moquer de nous. C’est fini. Tout le monde ferait bien de s’en souvenir. Nos voisins aussi, en particulier l’Ukraine. Mais nous sommes dans un nouveau monde, un monde né en 2010.
Les 11 et 25 avril 2010, le Fidesz, allié au KDNP, remporte une large victoire électorale. Il obtient 263 sièges et la majorité des deux tiers. Orbán retrouve le poste de Premier ministre après huit années dans l’opposition.
Quelques mois plus tôt, le chef du Fidesz avait affirmé sa détermination à clore la période postcommuniste en occupant durablement le pouvoir. Ce nouveau pacte ou contrat politique et social est baptisé du nom de NER (Nemzeti Együttműködés Rendszere), c’est-à-dire « Système de coopération nationale ». Il est détaillé dans le programme gouvernemental adopté par le Parlement et dans la déclaration ministérielle prononcée par le nouveau Premier ministre, le 14 juin 2010.
Fort de sa majorité des deux tiers, le gouvernement s’attaque ensuite à une réforme de la constitution qui n’est pas sans faire écho à celle initiée sans succès par la gauche au pouvoir de 1994 à 1998. Orbán ayant clairement indiqué qu’il considérait la Chambre des députés élue davantage comme une assemblée constituante que comme une nouvelle législature, la nouvelle loi fondamentale est rapidement adoptée.
Cependant, ce que vous avez dit dans votre introduction, à savoir comment les Ukrainiens devraient façonner nos relations au-delà de la conscription forcée, est une question importante.
Je suis d’avis que les Ukrainiens ne devraient pas être admis dans l’Union européenne. Et je dis aux Hongrois que nous ne devrions pas vouloir appartenir à une alliance militaire ou économique avec eux, car cela causera deux types de problèmes :
Le premier est qu’ils nous entraîneront dans la guerre. Et cela reste vrai même si un accord de paix est conclu, car qui peut garantir que sur ce front de 1 200 kilomètres, s’il y a la paix aujourd’hui, il n’y aura pas à nouveau la guerre dans un an ou deux ?
Personne ne peut le garantir. Et si nous sommes membres, nous serons entraînés dans la guerre.
C’est ce dont parle M. Weber : il n’est pas possible qu’un État membre de l’Union européenne soit attaqué ou impliqué dans un conflit militaire sans que les autres ne réagissent. Tout le monde y va : L’argent, les soldats et les armes.
Il ne faut donc pas laisser entrer les Ukrainiens dans l’Union européenne pour l’instant, car ils représentent une menace de guerre permanente pour nous, dans la mesure où un conflit russo-ukrainien peut éclater à tout moment et où nous serons impliqués dans ce conflit, même si cela ne nous concerne pas.
Il y a un deuxième problème si nous acceptons les Ukrainiens. Nos agriculteurs, nos producteurs primaires, sont déjà en colère, car leurs produits, fabriqués selon des réglementations beaucoup plus souples, d’une moins bonne qualité mais moins chers, constituent déjà un défi pour l’agriculture hongroise.
Ce pourrait être bientôt le cas dans presque toutes les catégories de produits. Si nous laissons entrer les Ukrainiens, ils ruineront les agriculteurs d’Europe centrale et l’économie d’Europe centrale.
Je ne parle même pas de la libre circulation. Y a-t-il une seule personne dans cette salle qui pense que ce serait une bonne chose qu’il n’y ait pas de contrôle aux frontières entre l’Ukraine et la Hongrie ?
En décembre 2025, la Hongrie a été de nouveau le seul pays européen à opposer son veto à un plan d’élargissement de l’Union européenne. Ce texte prévoyait l’ouverture des négociations pour l’accès au statut d’État-membre à plusieurs pays, tels que la Bosnie-Herzégovine, l’Albanie, mais surtout l’Ukraine, qui cristallisait les tensions suscitées par le document.
Le veto opposé au plan n’était pas le premier blocage de la Hongrie à l’apport d’aides concrètes à l’Ukraine, blocage pouvant être considéré comme une tentative de déstabilisation de l’unité européenne. L’usage répété que fait la Hongrie de son droit de veto pousse l’Union européenne à considérer un système de « majorité qualifiée », par exemple dans le cas de l’adoption de la feuille de route RePowerEU prévoyant une diminution des importations de gaz russe, diminution à laquelle la Hongrie et la Slovaquie ont échappé jusqu’à présent. En faisant de cette importation une affaire de commerce relevant du Conseil européen, le texte peut désormais être adopté sans majorité. Face à cette requalification, la Hongrie a marqué un profond désaccord et s’est engagée à saisir l’Union européenne sur cette question.
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Je ne parle donc pas de la libre circulation, de la criminalité et de bien d’autres choses encore que je pourrais citer, qui viennent de là-bas, et que nous devons freiner, filtrer, arrêter, etc. avec beaucoup de force. Il ne faut donc pas laisser les Ukrainiens entrer dans l’Union européenne, ni dans l’OTAN.
Mais est-il acceptable de les rejeter ? D’une part, je pense que non, d’autre part, cela n’aurait pas de sens, car ils resteraient quand même nos voisins.
Il faut donc établir une certaine forme de coopération avec les Ukrainiens. Une coopération qui soit bonne pour eux et pour nous. Pas une coopération qui soit bonne pour eux et qui nous ruine, mais une coopération qui soit bonne pour tout le monde.
C’est ce que j’appelle un partenariat stratégique. Nous nous mettrons d’accord sur cela : pas sur l’adhésion, mais sur la manière dont nous commercerons, dont les investissements se feront, tranquillement, un par un et sans créer d’obligation qui nous entraînerait avec eux dans une guerre contre la Russie.
Il faut coopérer avec les Ukrainiens, mais il ne peut être question d’adhésion. C’est la première chose.
La deuxième chose, c’est que les Ukrainiens doivent comprendre qu’ils leur faut renoncer à s’en prendre à la Hongrie pour la séparer de l’énergie russe bon marché. Tant que l’Ukraine agira ainsi, elle sera notre ennemie. Je le dis sans détours.
L’Ukraine porte atteinte à nos intérêts fondamentaux en exigeant sans cesse que la Hongrie soit coupée de l’énergie russe bon marché, et en forçant la main à Bruxelles. Quiconque agit ainsi n’est pas un ami de la Hongrie, mais son ennemi.
Je vais vous donner les chiffres ! S’il n’y a pas de pétrole et de gaz russes, nous devrons payer les prix suivants : aujourd’hui, une facture moyenne de services publics s’élève, en moyenne, à 250 000 forints par an [environ 650 euros], mais chez les Polonais et les Tchèques, elle s’élève à 800 000, voire 1 million.
Quiconque prétend qu’il est possible de séparer la Hongrie de l’énergie russe bon marché tout en protégeant l’augmentation des factures est stupide ou un menteur. C’est tout simplement impossible.
J’ai déjà mené ce combat une fois, mais il n’y avait pas alors de lien aussi évident. C’était en 2002, vous vous souvenez ? Nous avons dit aux électeurs que s’il y avait un changement de gouvernement, ils augmenteraient le prix du gaz. Ce que Péter dit aujourd’hui, Illdikó Lendva [cheffe de file du groupe socialiste au Parlement hongrois entre 2002 et 2009] l’avait dit à l’époque.
Quelle a été leur première décision après les élections de 2002 ? Ils ont augmenté les prix.
Ne croyez donc pas ce qu’ils disent : nous avons déjà vécu tout cela.
Ceux qui disent qu’il faut que la Hongrie se passe du pétrole et du gaz russes disent que le coût moyen des charges en Hongrie sera compris entre 800 000 et 1 million de forints l’année prochaine, ce qui revient à vous retirer un mois de salaire.
Jenő Fitos Je m’appelle Jenő Fitos, je vis ici à Szombathely, je suis originaire du comitat de Zala. Permettez-moi de vous dire — nous avons été soldats ensemble —, que ce pays a de la chance de vous avoir comme Premier ministre.
Voici pour le compliment. Ma question est celle-ci : l’Ukraine est un pays assez imprévisible et nous ne savons pas comment la situation va évoluer. Si un conflit militaire ukrainien pourrait s’étendre à notre pays, pouvons-nous compter sur la protection du président Poutine et de Donald Trump ?
Viktor Orbán Je pense que c’est une question importante, car les événements internationaux qui nous entourent sont imprévisibles.
Merci beaucoup de m’avoir permis de poser cette question. Je suis heureux de voir un ancien combattant en si bonne forme.
Reprenons encore une fois cette histoire de compliment. Ces derniers jours, les États-Unis ont également envoyé un compliment — ils appellent cela un soutien.
Je précise entre parenthèses que j’ai reçu hier soir une invitation à me rendre à Washington dans deux semaines, car le Conseil de paix créé, qui sera l’organe de paix, se réunira à Washington.
Les Américains ne savent parler qu’en superlatifs : tout est doré, tout est génial. Ils ont inventé une formule pour gérer les éloges directs. Je vais vous la révéler, vous en aurez besoin. Les Américains disent donc : « Merci beaucoup pour vos compliments, si mes parents étaient là, mon père serait fier de moi et ma mère croirait tout ce que vous dites. »
C’est la formule américaine. Mais revenons aux choses sérieuses.
Votre question porte finalement sur la stabilité, la solidité et l’ordre en Ukraine, ainsi que sur l’avenir de l’État ukrainien et de l’armée ukrainienne.
Nous devons garder à l’esprit que la situation ukrainienne est en train d’échapper à notre contrôle. La Hongrie est maintenant menacée par une sorte d’armée bosniaque, levée par les fonds européens.
Certains reçoivent des menaces d’amis ukrainiens — qui sollicitent notre vote.
La réponse est que l’avenir de l’Ukraine n’est pas réglé. Que les Russes occupent l’Ukraine dans son intégralité ou bien — ce que je ne parierais pas, mais c’est le pari de l’Union — que l’Ukraine et l’Union vaincront ensemble les Russes sur la ligne de front et les repousseront jusqu’à Moscou — ou bien qu’un nouveau territoire sera créé, un nouvel Afghanistan ou quelque chose de similaire — personne ne peut le dire avec certitude aujourd’hui.
Tout ce que je peux vous dire, c’est que nous courons le moins de risques si nous restons en dehors de tous les conflits qui se déroulent sur le territoire ukrainien et si nous nous occupons entre-temps de notre propre renforcement, par exemple sur le plan financier.
Ce n’est pas un hasard si la Hongrie n’a jamais eu autant de réserves de devises et d’or qu’aujourd’hui. Il y a une raison à cela.
Jamais la Hongrie n’a dépensé autant d’argent pour acquérir des armes modernes et renforcer la capacité de son armée à arrêter quiconque s’opposerait à elle. Je veux donc dire que nous devons nous préparer au pire scénario. Et un gouvernement qui ne garde pas cela à l’esprit et qui ne travaille pas en conséquence est irresponsable.
Il en va de même pour la structure de l’économie. Je n’ai pas expulsé les entreprises énergétiques occidentales d’ici uniquement parce que mon programme prévoyait que la propriété nationale devait dépasser 50 % dans le secteur de l’énergie, mais aussi parce que c’est une question de sécurité nationale.
Et je tenais à ce que les banques étrangères se retirent du pays et que la majorité des banques soient entre des mains hongroises simplement pour des questions d’image de la nation, mais parce qu’il s’agissait d’une question de sécurité.
Lorsque la crise économique mondiale a éclaté en 2007-2008, les banques étrangères ont alors cessé d’accorder des crédits en Hongrie. Elles avaient des problèmes financiers, elles ont rapatrié leur argent.
C’est donc une question de sécurité nationale que certaines choses restent entre nos mains. Et c’est ce que je fais en permanence, je construis, car c’est une question de sécurité, et on ne sait jamais quand cela pourra avoir une grande importance.
Nous vivons dans un monde où les dangers sont omniprésents, où cela peut avoir une grande importance à tout moment.
Je peux donc dire que rien n’est certain quant à l’avenir de l’Ukraine.
Pour nous, il est important d’entretenir de bonnes relations avec les Américains et les Russes. Et de gérer nos relations avec Bruxelles du mieux possible.
Mais d’un point de vue militaire, il est important pour nous de ne pas avoir d’ennemis militaires et d’avoir des alliés militaires en même temps. C’est ce à quoi je travaille. C’est en grande partie déjà fait.
Je peux donc dire que la Hongrie est aujourd’hui en sécurité. Mais j’ose aussi affirmer que cela restera ainsi tant que le Fidesz sera au pouvoir en Hongrie.
Sources
- Vámos Zoltán est le candidat du Fidesz aux élections législatives à Szombathely et dans ses environs.
- Le meeting s’est déroulé au complexe sportif des Haladás ; il accueille l’équipe de football locale du Szombathelyi Haladás.
- Le Parlement alerte sur l’aggravation de la crise de l’État de droit en Hongrie, Parlement européen, 25 novembre 2025.
- Le nom complet de Tisza est Tisztelet és Szabadság Párt, soit « Parti Respect et Liberté ».
- Mercredi 4 février 2026, en réponse à la mort d’un citoyen hongrois en Ukraine, Viktor Orbán a déclaré que plusieurs officiels ukrainiens responsables de la conscription forcée de Hongrois seraient expulsés du pays.
- « Mort d’un membre de la minorité hongroise : La Hongrie accuse l’Ukraine de ‘mobilisation forcée’ dans les rangs de l’armée », Blue News, 10 juillet 2025.
- « Index-értesülés : Az ukrán titkosszolgálat sakkban tarthatja a Sebestyén József boncolását végző szakértőt », Index, juillet 2025.