Le Hungarian Institute of International Affairs, un think-tank hongrois dirigé par Gladden Pappin, l’un des artisans clefs de la convergence idéologique entre Trump et le régime d’Orbán, organise les 9 et 10 février un événement à Budapest. Sarah B. Rogers, la sous-secrétaire d’État américaine à la diplomatie publique et aux affaires publiques, y a délivré hier, lundi 9, une attaque contre l’Union et ses supposées politiques « portant atteinte » à la liberté d’expression.

L’éditeur américain de UnHerd et fondateur du magazine Compact, Sohrab Ahmari, le directeur de l’Alliance for Defending Freedom International, Paul Coleman, et le conseiller du Premier ministre hongrois Balázs Orbán faisaient partie du panel.

  • Rogers, une juriste de formation passée par Dartmouth et Columbia, a été nommée par Trump en février 2025. Elle a pris ses fonctions au début du mois d’octobre.
  • Après avoir rejoint Brewer, Attorneys & Counselors en 2016, elle a représenté les intérêts de l’industrie du tabac, de la National Rifle Association et d’investisseurs et de dirigeants du domaine de l’IA.
  • C’est toutefois pour son « activisme » en matière de « défense de la liberté d’expression » qu’elle a été nommée au département d’État, après avoir défendu des influenceurs d’extrême-droite comme Charlie Kirk ou Douglass Mackey.

Durant son intervention, Rogers a comparé l’Union à la République démocratique allemande et au Parti communiste chinois. Elle considère toutefois que la législation européenne sur les services numériques constitue une forme plus « insidieuse d’appareil de censure » par rapport à ces deux régimes totalitaires, qui auraient eu le mérite de censurer certains contenus d’une manière plus « honnête et directe » 1.

Ces critiques ne sont pas nouvelles.

  • Dès le début de son mandat, Trump s’est engagé à prendre des mesures contre les barrières non tarifaires, soulignant notamment que la TVA et les taxes numériques constituaient des « pratiques commerciales déloyales ».
  • La commission judiciaire de la Chambre du Congrès américain a publié deux rapports à ce jour sur « la menace de la censure étrangère ». Dans ceux-ci, elle accuse l’Union d’utiliser le ​​Digital Services Act (DSA) comme un « outil de censure » visant les plateformes américaines 2.
  • À Budapest, Rogers a présenté le DSA comme un outil à travers lequel les gouvernements européens ordonneraient à Twitter, Facebook ou Instagram de supprimer les contenus jugés défavorables, en se reposant sur un réseau d’ONG financées par ces mêmes gouvernements.

Rogers avait publié une vidéo devenue virale début décembre dans laquelle elle revendiquait profiter d’être protégée par un passeport diplomatique pour parler au nom des Européens afin de dénoncer le « régime de censure » de l’Union.

Les accusations portées par Rogers à l’encontre de l’Union seraient, selon elle, justifiées par un désir de sauver l’Europe de sa propre destruction en « consolidant les racines civilisationnelles » qui lieraient le continent aux États-Unis. Afin de pousser en-dehors des gouvernements les « élites masochistes » au pouvoir en Europe, l’administration Trump a notamment chargé Rogers de distribuer des subventions à des think-tanks européens alignés sur la Maison-Blanche 3.

  • Vendredi 6 février, elle a confirmé sur X les informations publiées par le Financial Times concernant le financement d’instituts de recherche et d’organisation caritatives européennes œuvrant pour la « défense de la liberté d’expression ».
  • Bien qu’elle revendique un « agenda transparent », le communiqué du département d’État annonçant sa venue en Europe du 2 au 8 décembre mentionnait uniquement des rencontres avec des « homologues gouvernementaux » 4.
  • Elle s’est pourtant entretenue avec des responsables du parti de Nigel Farage, Reform UK. L’un de ses membres qui a pris part aux réunions a salué la « croisade » menée par l’administration Trump pour « sauver l’Europe ».
Sources
  1. Budapest Global Dialogue 2026 – 1st Day, Magyar Külügyi Intézet, YouTube, 9 février 2026.
  2. THE FOREIGN CENSORSHIP THREAT : HOW THE EUROPEAN UNION’S DIGITAL SERVICES ACT COMPELS GLOBAL CENSORSHIP AND INFRINGES ON AMERICAN FREE SPEECH, Interim Staff Report of the Committee on the Judiciary of the U.S. House of Representatives, 25 juillet 2025.
  3. Anna Gross, Lucy Fisher, David Sheppard et Amy Mackinnon, « US government to fund Maga-aligned think-tanks and charities in Europe », Financial Times, 6 février 2026.
  4. Under Secretary Rogers’s Travel to the United Kingdom, France, and Italy, U.S. Department of State, 1er décembre 2025.