En décembre 2025, les commandes dans l’industrie manufacturière ont augmenté de 7,8 % par rapport au mois précédent en Allemagne. 

  • Il s’agit de la plus grande hausse de commandes pour l’industrie allemande depuis 2023, alors que certains économistes s’attendaient plutôt à un recul après une croissance de 5,7 % des commandes en novembre 2025 1.
  • L’essentiel de la croissance de cet indice en décembre 2025 est porté par l’augmentation des commandes intérieures (10,7 %) plutôt que par celle des commandes internationales (5,6 %). 
  • Une grande partie des bons chiffres peut être attribuée à des grandes commandes de l’État auprès de l’industrie de défense, stimulée par le fonds spécial de cent milliards d’euros (Sondervermögen) dédié à la Bundeswehr lancé en 2022, auquel s’ajoutent depuis 2025 un deuxième fonds spécial dédié aux infrastructures.
  • La réforme constitutionnelle de mars dernier permet d’investir dans le domaine de la défense sans tenir compte du frein à l’endettement. 

L’analyse par secteur montre que les commandes dans l’industrie métallurgique ont augmenté de 30,2 %, suivies de celles dans le domaine de la construction mécanique, avec une hausse de 11,5 %.

  • En revanche, les commandes sont en baisse dans l’industrie automobile (- 6 %) et dans le secteur des transports (- 18,7 %). Ces nouvelles encourageantes doivent toutefois être nuancées, car la production réelle dans le secteur manufacturier a baissé de 1,1 % sur l’ensemble de l’année 2025 2.

L’énergie reste la mère des batailles

Plusieurs problèmes structurels continuent de peser sur la croissance outre Rhin.

  • Les prix de l’énergie demeurent élevés en comparaison de ses voisins. 
  • Pour les ménages allemands les prix de l’énergie s’élevait en effet au premier semestre 2025 à 38 centimes d’euros le kWh, le plus élevé d’Europe 3.
  • Les prix industriels sont également parmi les plus élevés du continent avec 0,18 euros par kWh 4
  • Contrairement à ce qui avait été annoncé dans l’accord de coalition, le gouvernement Merz a baissé les taxes sur l’électricité pour les seules entreprises, alléguant des contraintes budgétaires plus fortes que prévues. 

La nouvelle ministre de l’économie Katherina Reiche, elle-même ancienne cadre de la multinationale de l’énergie E.ON, plaide pour un renforcement du gaz naturel. 

  • Or à cause d’un hiver particulièrement froid, les réservoirs de gaz naturel affichent des taux de remplissage assez bas, actuellement autour de 30 % 5, contre 56 % début février 2025, il y a un an. 
  • Cette situation conjoncturelle a cependant permis à l’opposition, Bündnis 90/Die Grünen de critiquer vertement le gouvernement. 
  • Dans la coalition précédente, Robert Habeck avait été salué pour son rôle proactif dans l’approvisionnement suffisant en gaz naturel.

L’épisode d’incertitude de ces derniers jours sur les réserves gazières permet aussi d’illustrer les nouvelles interdépendances énergétiques de l’Allemagne. 

  • La Norvège fournit désormais environ 45 % du gaz naturel consommé, tandis que le reste des importations se compose de GNL à 90 % venu des États-Unis selon Deutschlandfunk 6
  • Ce dernier transite par la Belgique et les Pays Bas qui disposent de plusieurs terminaux de GNL 7.
  •  La part des importations de gaz venues de Russie est cependant devenue très négligeable selon les données du Statistisches Bundesamt.
  • L’Allemagne est désormais dotée de quatre terminaux flottants de LNG en mer du Nord et en Baltique, qui permettent selon certains experts interrogés par Deutschlandfunk une plus grande flexibilité dans l’importation du gaz, ce qui relativiserait l’importance du taux de remplissage des réservoirs fixes. 
  • Cependant, une nouvelle hausse des prix du gaz n’est pas à exclure en cas de tension sur le marché allemand. 
  • Ce n’est sans doute pas par hasard que pour son premier voyage dans le Golfe persique, Friedrich Merz a choisi de faire étape au Qatar, important exportateur de gaz naturel, avec lequel il veut renforcer la coopération économique 8.

En outre, un investissement assez faible et le vieillissement de la population constituent deux défis structurels pour la croissance allemande dans les années à venir. 

  • Si la balance commerciale du pays reste aujourd’hui encore excédentaire, la formation brute de capital fixe (FBCF, Bruttoanlageinvestition) recule continuellement depuis 2022, après un bref rattrapage post-Covid 9
  • Environ un quart de la population active a entre 55 et 64 ans, le taux le plus élevé d’Europe 10, un taux dû à la fois à l’âge de départ relativement élevé à la retraite et à un vieillissement plus rapide de la population que chez ses voisins.

L’une des questions économiques majeures pour 2026 et les années suivantes sera la gestion par le Bundestag d’une dette publique qui devrait croître de manière inédite d’ici la fin de la période législative, en 2029. 

  • En 2025, la campagne pour les élections du Bundestag avait été axée sur la promesse d’un retour rapide à la compétitivité de l’économie, et en décembre dernier, le chancelier faisait encore de cette relance le but de toute sa politique. 

L’année 2026 sera également marquée par des élections régionales clefs à la fois à l’Ouest (Bade Württemberg et Rhénanie-Palatinat en mars prochain) puis à l’Est (Saxe-Anhalt, Berlin et Mecklembourg-Poméranie occidentale en septembre). 

  • La CDU peut espérer de bons résultats dans les deux Länder de l’ouest, où les sondages lui donnent entre 29 et 34 % des voix face à un poursuivant « démocratique » : Die Grünen dans le Bade-Wurtemberg et le SPD en Rhénanie-Palatinat. 
  • La situation est en revanche beaucoup plus tendue dans les Länder de l’Est, où l’AfD frôle les 40 % en Saxe-Anhalt et oscille autour de 35 % en Mecklembourg-Poméranie occidentale 11.