En décembre, Donald Trump a signé un décret présidentiel — le 223e depuis son retour au pouvoir — fixant deux objectifs principaux : renvoyer des Américains sur la Lune d’ici 2028 dans le cadre du programme Artemis, et mettre en place les premiers éléments d’une base lunaire permanente d’ici 2030 « afin d’assurer une présence américaine durable dans l’espace et de permettre les prochaines étapes de l’exploration de Mars » 1.
Les États-Unis tentent depuis un demi-siècle de retourner sur la Lune, après avoir conduit avec succès la dernière mission lunaire habitée, Apollo 17, en 1972.
- Trump avait lancé la mission Artemis dès la première année de son premier mandat, en décembre 2017.
- Au printemps 2019, son vice-président d’alors, Mike Pence, avait annoncé que « la première femme et le prochain homme à marcher sur la Lune seront des astronautes américains, lancés par des fusées américaines, depuis le sol américain ».
- À la surprise des scientifiques présents dans la salle, Pence avait saisi cette occasion pour annoncer que la première mission lunaire habitée du XXIe siècle aurait lieu dès 2024, laissant cinq ans aux agences américaines pour les préparatifs 2.
- L’administration républicaine était alors convaincue de remporter l’élection présidentielle de 2020, ce qui aurait permis à Donald Trump de revendiquer le succès de la mission lors de son deuxième mandat.
Loin d’être le succès rapide escompté, la mission Artemis a pris du retard. Celle-ci a multiplié les dépassements de budget, les sous-traitants n’ont pas été en mesure de tenir les délais et la NASA a rencontré d’importants problèmes d’ordre technique. Après son retour au pouvoir, Trump a poussé 4 000 employés de l’agence (soit environ 20 %) à démissionner ou accepter des primes de départ, tout en proposant de réduire son budget de près de 24 %.
- La NASA a toutefois l’ambition de lancer dès le 6 février le premier vol habité du projet, baptisé Artemis II, qui enverra quatre astronautes (trois Américains et un Canadien) autour de la Lune avant de revenir sur Terre 3.
- À ce jour, l’objectif est de préparer un alunissage avec les astronautes d’Artemis III en 2027 ou 2028, conformément à la date butoir fixée par la Maison-Blanche.
Si le secrétaire aux Transports de Trump, Sean Duffy, qui a assuré la direction par intérim de la NASA de juillet à décembre 2025, a exprimé des doutes quant à la faisabilité de ce calendrier, son successeur, le milliardaire et proche d’Elon Musk, Jared Isaacman, a affirmé lors de son audition au Sénat en avril dernier : « Je ne souhaite rien de plus que de voir Artemis II faire le tour de la Lune et, encore une fois, de voir des Américains marcher sur la Lune […] Nous pouvons tracer une route vers Mars, conformément à la vision du président qui consiste à retourner sur la Lune avant que les Chinois n’y arrivent » 4.
- La date butoir de 2028 est d’autant plus importante pour Trump qu’elle devrait marquer la dernière année de son deuxième — et, tout au moins selon la Constitution, dernier — mandat.
Entre 2007 et 2024, la Chine a lancé six missions Chang’e vers la Lune, dont deux orbiteurs pour en cartographier et photographier la surface ; deux atterrisseurs pour démontrer la faisabilité d’atterrissages et déployer des véhicules lunaires ; et deux engins spatiaux qui ont permis de ramener sur Terre des échantillons — provenant notamment de la face cachée de la Lune, une première dans l’histoire spatiale 5.
- En 2023, Pékin s’est fixé pour objectif d’envoyer un équipage sur la Lune d’ici 2030 et de lancer la construction d’une base lunaire dès 2028.
- Les autorités chinoises voient avant tout la conquête spatiale comme une opportunité économique. En 2019, Bao Weimin, haut responsable de la China Aerospace Science and Technology Corporation (CASC), avait révélé que Pékin se penchait sur la création de la première zone économique Terre-Lune.
- Ce projet, qui ne semble toutefois pas relever (du moins pour le moment) d’une politique officielle du gouvernement pourrait générer 10 000 milliards de dollars de ressources exploitées sur la Lune d’ici 2050.
L’ancien administrateur de la NASA de Trump, Jim Bridenstine, qui a occupé le poste durant son premier mandat, estime « qu’à moins d’un changement, il est très improbable que les États-Unis devancent le calendrier prévu par la Chine pour atteindre la surface lunaire » 6.
Aux États-Unis, la principale crainte est qu’une victoire chinoise dans la course à la Lune ne conduise à un accaparement de ses ressources.
- La Lune est vue par une partie de l’administration républicaine comme un espace propice à accueillir à terme des capacités militaires offensives et à permettre de fournir des alertes en cas d’attaques.
- Dans son Projet 2025, la Heritage Foundation recommandait de « renverser la posture défensive de l’administration Biden » et d’investir dans des capacités offensives afin de dissuader des frappes contre ses « actifs spatiaux » 7.
- À terme, l’espace et la surface lunaire pourraient être amenés à accueillir des infrastructures militaires, des réacteurs nucléaires ainsi que des activités de minage.
Sources
- ENSURING AMERICAN SPACE SUPERIORITY, Maison-Blanche, 18 décembre 2025.
- Noah Shachtman, « Trump Declared a Space Race With China. The US Is Losing », Wired, 13 janvier 2026.
- Elizabeth Howell, « Watch NASA’s Artemis 2 moon rocket on the launch pad with this 24-hour livestream », Space, 27 janvier 2026.
- Senate Commerce, Science, and Transportation Committee Hearing on Jared Isaacman to be NASA Administrator and Olivia Trusty to be a Member of the FCC, 9 avril 2025.
- SUBCOMMITTEE ON SPACE & AERONAUTICS HEARING CHARTER “Strategic Trajectories : Assessing China’s Space Rise and the Risks to U.S. Leadership”, 4 décembre 2025.
- Testimony of The Honorable James F. Bridenstine Before the United States Senate Committee on Commerce, Science, and Transportation, 3 septembre 2025.
- Projet 2025, Heritage Foundation, p. 118.