Cela fait désormais plus d’un an que Trump est à la Maison-Blanche — et que nous essayons de fournir quotidiennement des clefs pour comprendre son programme de transformation radicale. Ce travail soutenu exige la mobilisation d’une rédaction dynamique, jeune et indépendante. Si vous nous lisez et que vous souhaitez nous soutenir, découvrez toutes nos offres pour vous abonner au Grand Continent
Au cours de la première année de son nouveau mandat, Donald Trump est parvenu à atteindre deux objectifs centraux pour qui entend rééquilibrer une économie qui dérivait dangereusement : limiter en même temps le déficit extérieur et le déficit public des États-Unis.
Malgré toutes les tensions que sa politique a suscitées, ce résultat a été obtenu sans faire dérailler l’économie étatsunienne.
Mais celle-ci donne aujourd’hui de sérieux signes d’essoufflement. Alors que les craintes s’accumulent du côté des marchés financiers — notamment autour de l’éclatement d’une bulle spéculative sur l’intelligence artificielle — l’emploi, l’investissement et la consommation sont fragilisés.
Ces vulnérabilités croisées font que Trump n’est pas assuré de parvenir à maintenir en 2026 le cap de sa politique sans que l’économie ne freine davantage ; l’intense pression qu’il exerce sur la Réserve fédérale pour qu’elle abaisse plus vite ses taux d’intérêts doit être lue à cette aune.
Pour dresser le tableau de l’économie des États-Unis après un an de Trump, il faut suivre plusieurs indicateurs clefs.
1 — Un net redressement des comptes extérieurs
Au début de l’année 2025, la perspective de la mise en place de droits de douane élevés avait suscité un boom des importations aux États-Unis. Cependant, depuis le mois d’avril — et comme le souhaitait le président étatsunien — celles-ci ont marqué sérieusement le pas du fait des stocks qui avaient été constitués et du ralentissement de la consommation.
En parallèle, les exportations ont sensiblement augmenté, portées notamment par l’affaiblissement du dollar au cours de l’année conformément à la politique de Trump, conduisant à une spectaculaire réduction du déficit extérieur des États-Unis.
Une fois épuisés les stocks accumulés début 2025, il restera à voir si cette tendance persiste en 2026. Son maintien pourrait cependant constituer un mauvais signe pour Trump et les États-Unis, la baisse résultant probablement d’un ralentissement supplémentaire de l’économie.
2 — Une baisse sensible du déficit public
Du côté des finances publiques, Trump est parvenu à stabiliser les dépenses fédérales autour de 7000 milliards de dollars en 2025 ; pour y parvenir, les coupes sauvages réalisées par son DOGE et le long shutdown de l’automne dernier ont joué un rôle déterminant.
Cette même année, les recettes fédérales se sont accrues de 400 milliards de dollars en rythme annuel, permettant ainsi une réduction équivalente du déficit public ; les droits de douane instaurés en grande pompe par Donald Trump ont apporté une contribution limitée mais néanmoins sensible — de l’ordre de 160 milliards de dollars — à cette hausse, dont l’autre raison majeure provient d’une hausse de 250 milliards de dollars des recettes d’impôts sur le revenu des ménages.
De tels développements ne sont cependant pas à porter au crédit d’une politique budgétaire cohérente et complète menée par le président étatsuniens : en effet, ceux-ci ne reflètent pas encore les effets d’un véritable budget Trump, dans la mesure où le budget fédéral 2025 avait été établi et discuté avant la prise en fonction de l’actuel occupant de la Maison-Blanche.
Contrairement à ce que beaucoup redoutaient ou espéraient, la politique de Trump n’a pas précipité l’économie étatsunienne vers la catastrophe.
Guillaume Duval
Si l’augmentation des recettes a permis de réduire d’autant le déficit public, celui-ci reste cependant colossal ; au terme de 2025, il atteint toujours 1 600 milliards de dollars, soit 5,1 % du PIB étatsunien. Alors que le premier budget établi sous l’égide de Donald Trump 1 prévoit une baisse très significative des impôts acquittés par les plus riches, le risque est sérieux que cette baisse du déficit ne se poursuive pas l’an prochain.
En conséquence de cette relative maîtrise des finances publiques, les taux d’intérêts sur la dette publique étatsunienne sont restés stables cette année, malgré tous les revirements de Donald Trump et ses attaques contre la Réserve fédérale.
La stabilité des taux témoigne que les investisseurs institutionnels, jusqu’ici, ne se sont pas inquiétés outre-mesure de la politique économique de Trump. Néanmoins, si la Maison-Blanche continue de remettre en cause l’indépendance de la Réserve fédérale, si le déficit public repart à la hausse et que l’activité économique ralentit, cette confiance relative pourrait s’effriter et la situation de la dette étatsunienne pourrait bien se dégrader.
3 — Pas de spirale inflationniste pour l’instant
Beaucoup estimaient que Trump ne parviendrait pas à maîtriser la hausse des prix ; force est de constater que celle-ci est restée jusqu’ici sous contrôle.
Le président est en effet parvenu à mener à bien sa politique de droits de douane élevés sans pour autant enclencher la spirale inflationniste redoutée.
À supposer que les chiffres n’aient pas été trop lourdement manipulés par l’administration Trump, en 2025, la hausse des prix est en effet restée contenue sous la barre des 3 % en 2025, un niveau d’inflation faible pour les États-Unis.
Quelques nuances doivent cependant être apportées : cette inflation relativement faible est aussi le reflet d’une consommation dont la croissance a nettement ralenti. Par ailleurs, si, avec des hausses de salaires qui se sont maintenues un peu au-dessus de 3,5 %, les salariés ont pu encore enregistrer en 2025 un petit gain de pouvoir d’achat de l’ordre de 0,8 %, le taux d’épargne des ménages, déjà bas au début de cette année, a quant à lui sensiblement fléchi, indiquant une dégradation de la situation financière des ménages.
La dégradation ou le maintien d’une telle tendance en 2026 devra tenir compte de deux facteurs : l’épuisement des stocks de produits importés début 2025, se répercutant sur les prix et un possible fléchissement des salaires suivant la dégradation du marché de l’emploi.
4 — Les profits des entreprises progressent et les marchés financiers explosent
Conformément aux attentes des chefs d’entreprises qui l’avaient soutenu, Trump a mené une politique favorisant la réalisation de profits dans les grandes compagnies étatsuniennes.
La part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises, qui avait commencé à se redresser un peu sous la présidence Biden après avoir reculé au début des années 2020, a de nouveau chuté lourdement en 2025. Le fléchissement de la consommation des ménages doit aussi être lu à l’aune de cette baisse.
La Bourse sort également plus forte de l’année écoulée. Si celle-ci avait encaissé une forte secousse au moment de l’annonce par Trump de la mise en place de droits de douane élevés pour de nombreux pays, elle a repris sa progression depuis le printemps. La hausse des indices boursiers est portée notamment par l’envolée des valeurs technologiques, en particulier dans le secteur de l’intelligence artificielle.
Une telle hausse est essentielle pour les firmes étatsuniennes, qui peuvent ainsi se financer à bon compte pour investir massivement et racheter leurs concurrents ; elle joue aussi un rôle important pour les ménages étatsuniens dont une part significative de l’épargne est placée en actions, notamment en vue de la retraite.
Beaucoup estimaient que Trump ne parviendrait pas à maîtriser la hausse des prix ; force est de constater que celle-ci est jusqu’ici sous contrôle.
Guillaume Duval
L’une des principales menaces financières pour le proche futur touche pourtant à la bulle spéculative qui s’est formée autour des valeurs liées à l’IA, alors que beaucoup s’inquiètent de son possible éclatement ; pour étayer ces craintes des investisseurs, les niveaux atteints par sur les marchés sont en effet de moins en moins en rapport avec les profits effectivement réalisés par les entreprises ; combiné à la remise en cause de l’indépendance de la Réserve fédérale par Trump, cet écart croissant pourrait les détourner des valeurs étatsuniennes.
5 — Le marché du travail se dégrade
L’absence de spirale inflationniste aux États-Unis tient aussi au ralentissement sensible de l’activité économique, malgré les chiffres douteux de la croissance publiés par le BEA pour le troisième trimestre 2025.
L’essoufflement de l’économie étatsunienne se lit à la très faible création d’emplois au cours de l’année écoulée. Alors qu’en décembre 2024, elle avait créé 2 000 000 d’emplois supplémentaires en l’espace d’un an, en novembre dernier, la progression enregistrée sur douze mois n’était plus que 584 000 emplois, soit un chiffre plus de trois fois inférieur ; en particulier, et contrairement aux promesses faites par Trump, l’emploi dans l’industrie manufacturière étatsunienne a continué en 2025 de se contracter, perdant 70 000 postes de travail.
Parallèlement, , le chômage a poursuivi en 2025 une remontée régulière, malgré la chasse aux immigrés sans papiers lancée par Trump avec les raids massifs de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE). Même si, avec un taux de 4,4 % des actifs, le chômage reste encore nettement inférieur aux États-Unis à ce qu’il est en France (7,7 %) ou en Europe (6 %), un tel niveau commence déjà à poser de sérieuses difficultés étant donné la faible protection sociale étatsunienne. À cet égard, l’action de Donald Trump pour remettre en cause les aides sociales destinées aux plus démunis, notamment en matière d’assurance santé, ne risque guère d’améliorer la situation.
6 — La consommation ralentit et l’investissement recule
Tout au long de l’année 2025, la croissance des dépenses de consommation des citoyens étatsunien a nettement ralenti, alors qu’elle s’était redressée sous la présidence de Joe Biden. Même si ce ralentissement a aidé à contenir l’inflation et à limiter les importations, il confirme une tendance inquiétante pour l’économie du pays.
Parallèlement, après un bon premier trimestre 2025, l’investissement des ménages comme celui des entreprises ont nettement baissé dans un contexte d’incertitudes intérieures et mondiales croissantes, malgré la hausse des profits réalisés par les entreprises et celle des indices boursiers.
Une telle tendance augure mal de l’avenir de l’économie étatsunienne sous Donald Trump si elle devait se poursuivre.
Contrairement à ce que beaucoup redoutaient ou espéraient, la politique de Trump n’a donc pas précipité l’économie de son pays vers la catastrophe ; toutefois, il n’est pas sûr pour autant qu’en 2026 la Maison-Blanche parvienne à maintenir le cap aussi aisément.
L’économie étatsunienne cumule en effet plusieurs tendances préoccupantes — qu’il s’agisse de la dégradation du marché du travail, du ralentissement de la consommation et de l’investissement, de la menace d’un éclatement de la bulle spéculative sur l’IA ou des fortes incertitudes sur la stabilité budgétaire.
En un an de mandat, Trump a su maintenir à flot l’économie tout en appliquant un programme particulièrement radical. Les premiers signaux montrent qu’en 2026, le charme pourrait ne plus opérer.