Au sein des rangs républicains, au Congrès, l’opposition à la prise de contrôle du Groenland — potentiellement en utilisant la force — par Washington ne cesse de croître. Si la quasi-totalité des élus républicains soutiennent l’opération militaire américaine à Caracas, au moins 13 sénateurs du GOP sur 53 s’opposent à une intervention au Groenland, au jeudi 8 janvier, selon une recension réalisée par la revue.

Les électeurs du Parti républicain sont eux aussi majoritairement opposés à toute prise de contrôle par la force de l’île.

  • Selon un sondage YouGov conduit hier, mercredi 7 janvier, 73 % des Américains s’opposent à ce scénario, dont 87 % de démocrates et 60 % de républicains 1.
  • Même chez les électeurs de Trump, le soutien à une intervention militaire est très faible, et n’atteint que 15 % — et 8 % à l’échelle nationale.
  • Sans tenir compte des préférences de vote, c’est parmi les plus jeunes que le soutien à une opération au Groenland est le plus élevé : 16 % chez les 18-29 ans.

Si les électeurs ne se prononceront qu’en novembre sur le bilan de l’administration Trump lors des élections de mi-mandat, le Congrès pourrait agir rapidement afin de réaffirmer son rôle, garanti par la Constitution, en matière d’autorisation du recours à la force militaire. Dès aujourd’hui, jeudi 8 janvier, les sénateurs devraient voter sur une résolution visant à réaffirmer le rôle constitutionnel du Congrès dans l’engagement des États-Unis dans un conflit armé à l’étranger, suite à l’opération à Caracas, dans le cadre du War Powers Act.

  • Le sénateur démocrate Tim Kaine, qui avait introduit une résolution similaire en juin avant le bombardement de l’Iran, a déclaré le 7 janvier : « Vous verrez des résolutions sur les pouvoirs de guerre introduites à propos de Cuba, du Mexique, de la Colombie, du Nigeria et du Groenland » 2.
  • La résolution sur le Venezuela aura sûrement besoin d’au moins cinq défections républicaines pour obtenir une majorité, le sénateur démocrate John Fetterman ayant indiqué qu’il pourrait voter contre, avant d’être transmise à la Chambre.
  • Ces voix pourraient venir des élus républicains Tillis, Collins, Murkowski, Hawley et Young, qui n’ont pas encore fait connaître publiquement leur position. Parmi ceux-ci, seule Susan Collins fera face à une élection en novembre.

La portée contraignante de ces résolutions est toutefois incertaine, notamment car le terme « hostilités » — dans lesquelles le président ne pourrait s’engager sans consultation du Congrès — n’est pas défini dans le texte. En juin, Trump avait invoqué son rôle de « commandant en chef et de chef de l’exécutif » pour justifier les frappes menées contre le programme nucléaire iranien 3.

  • Durant la première administration Trump, le service juridique du Pentagone avait expliqué considérer le terme « hostilités » comme une situation « dans laquelle des unités des forces armées américaines sont activement engagées dans des échanges de tirs avec des unités adverses appartenant à des forces hostiles » 4.
  • Si les dégâts subis par un hélicoptère de l’armée américaine lors de l’opération à Caracas, le 3 janvier, suggèrent que des « échanges de tirs » pourraient avoir eu lieu, il n’est pas clair à ce jour quelle forme une prise du contrôle du Groenland « en ayant recours à l’armée », comme indiqué par la porte-parole de la Maison-Blanche, pourrait prendre.
  • En juin, le speaker républicain de la Chambre, Mike Johnson, avait déclaré considérer le War Powers Act comme étant « inconstitutionnel », signalant sa volonté de renoncer à ce mécanisme de contrôle mis en place en 1973 malgré le véto de Richard Nixon 5.