On a déjà beaucoup dit et écrit sur la longue période de marasme économique que traverse l’Iran, qui a véritablement commencé en 2012 lorsque des sanctions financières et énergétiques internationales ont été imposées au pays.

Entre 2000 et 2012, l’économie iranienne a connu une croissance annuelle moyenne de 4,4 %.

Au cours des treize années malheureuses qui ont suivi, de 2013 à 2025, la croissance économique moyenne a ralenti pour atteindre seulement 1,9 %. 

Après le choc initial des sanctions, le pays a été frappé par une dévaluation de sa monnaie, une inflation galopante et une chute paralysante des investissements. 

Ces conditions économiques difficiles ont conduit à des vagues de protestations nationales de plus en plus fréquentes — notamment des grèves des camionneurs et des travailleurs du secteur pétrolier et les manifestations actuelles initiées par les vendeurs de téléphones portables. 

Souvent déclenchées par des frustrations économiques spécifiques, ces mouvements de colère sont devenus le moyen d’exprimer des griefs politiques plus profonds, les manifestants issus de tous les groupes sociaux remettant en cause l’autorité et la légitimité de la République islamique.

D’une part, les frustrations économiques des Iraniens ordinaires sont tout à fait compréhensibles. La réduction de moitié du taux de croissance représente un changement profond dans la trajectoire économique du pays. Les ménages qui, il y a vingt ans, connaissaient une amélioration constante de leur niveau de vie, ont désormais du mal à joindre les deux bouts. 

D’un autre côté pourtant, comme le montrent les données économiques, l’Iran ne connaît pas un effondrement économique total comme celui qu’ont connu d’autres pays soumis à des sanctions, tels que le Venezuela et la Syrie. L’année 2017, qui a marqué le début du cycle actuel de manifestations nationales, a été une année de forte croissance économique, le pays continuant à bénéficier des avantages d’un large allègement des sanctions. Cette année-là, le taux d’inflation était inférieur à 10 %, soit seulement un quart du niveau actuel.

Même aujourd’hui, malgré la situation, l’Iran a évité une récession prolongée et la plupart des Iraniens continuent de maintenir leur niveau de vie malgré une inflation élevée et un chômage tenace.

Pourtant, le pessimisme économique continue de croître.

Les métriques longues de la vibecession à Téhéran

En 2022, Kyla Scanlon a inventé et popularisé le concept de « vibecession » 1 pour décrire une situation où les conditions économiques restent globalement stables mais où les gens continuent d’exprimer leur pessimisme quant aux perspectives économiques. 

Ce qui caractérise une vibecession, c’est que les gens ont l’impression qu’une récession est en cours, même si celle-ci n’est en fait pas une « réalité économique ».

Ce terme ne rend peut-être pas compte de la gravité de la situation en Iran, mais la persistance de la version iranienne de la vibecession — qui n’a guère retenu l’attention des autorités — soulève de sérieuses questions quant à savoir si des réformes économiques, même substantielles, pourraient améliorer fondamentalement la situation politique dans le pays.

Nombre d’études d’opinion mettent en effet en lumière les attitudes et les comportements des Iraniens ordinaires.

Étonnamment, elles ont suscité relativement peu d’intérêt — peut-être en raison de la croyance erronée qu’il serait impossible de mener des enquêtes solides et fiables en Iran. 

Au cours de l’année écoulée, Kian Tajbakhsh et moi-même avons procédé à une analyse systématique des enquêtes nationales représentatives les plus significatives menées en Iran et dont les données sont accessibles au public.

En Iran, le pessimisme économique continue de croître.

Esfandyar Batmanghelidj

Ces enquêtes, réalisées en plusieurs vagues à l’aide de structures de questions cohérentes, comprennent des sondages mondiaux réalisés par des organisations telles que Gallup et la World Values Survey Association. Elles comprennent également des enquêtes axées uniquement sur l’Iran, telles que celles commandées par le Center for International and Security Studies (CISSM) de l’université du Maryland et celles réalisées par le groupe de recherche GAMAAN. Enfin, il existe également des enquêtes majeures menées par des institutions iraniennes qui utilisent des méthodologies robustes, telles que l’enquête iranienne Arzesha-ha va Negaresh-ha (« Valeurs et attitudes des Iraniens ») menée par le ministère de la Culture. 

Notre analyse de ces enquêtes qui retracent les principales tendances des attitudes et des comportements des Iraniens sur une période de vingt ans, offre un aperçu très instructif de la situation politique, sociale et économique en Iran.

Mais les conclusions les plus frappantes sont sans aucun doute celles relatives aux attitudes économiques.

Elles permettent de comprendre les facteurs à l’origine de la vague actuelle de protestations.

Comment les Iraniens voient leur économie ? Vingt ans d’enquêtes d’opinion

Il n’est pas surprenant que les sondages en Iran indiquent une perception négative persistante des conditions économiques du pays. 

Au cours des onze vagues d’enquête menées entre 2015 et 2024, les personnes interrogées dans le cadre des enquêtes du CISSM ont été invitées à répondre à la question suivante : « Selon vous, la situation économique générale de notre pays est-elle bonne ou mauvaise ? » 

La proportion de répondants estimant que la situation économique était « bonne » ou « très bonne » a atteint son niveau le plus élevé en mai 2015, avec 54 %, reflétant peut-être le succès de l’administration Rouhani dans la maîtrise de l’inflation.

Le moral était au plus bas en octobre 2020, pendant la pandémie, avec seulement 24 % des répondants indiquant que la situation économique était bonne ou très bonne. En octobre 2024, la situation s’était améliorée, les réponses positives atteignant 31 %, ce qui reflète peut-être la stabilisation de l’économie après le choc de la pandémie. 

Malgré cela, une grande majorité d’Iraniens estiment que la situation économique du pays est « mauvaise ».

Ce sentiment négatif s’étend également aux prévisions pour l’avenir. 

Les personnes interrogées dans le cadre des enquêtes CISSM ont également été invitées à répondre à la question suivante : « À l’heure actuelle, pensez-vous que la situation économique en Iran, dans son ensemble, s’améliore ou se détériore ? » Cette question a été incluse dans onze vagues d’enquête entre 2015 et 2024. 

Les sentiments les plus positifs ont été enregistrés en mai 2015, 50 % des personnes interrogées indiquant que la situation économique « s’améliorait » — une proportion en réalité particulièrement faible si l’on considère que l’économie iranienne est passée d’une contraction de 1,5 % en 2014 à une expansion de 5 % l’année suivante. 

Les perspectives les plus négatives ont été enregistrées en octobre 2020, première année de la pandémie, avec seulement 22 % des personnes interrogées déclarant que la situation économique s’améliorait. 

Depuis 2020, on observe une légère reprise du sentiment des Iraniens sondés sur leur économie, 30 % des personnes interrogées déclarant que la situation économique s’améliorait. 

Il est important de noter que les questions du CISSM sur la situation économique actuelle et future ont été posées aux mêmes répondants à chaque vague.

Cependant, malgré des périodes d’amélioration de la perception de la situation économique actuelle, la proportion de répondants estimant que la situation « s’améliorait » n’a jamais dépassé 50 %. 

Les Iraniens forgent principalement leur opinion sur la situation économique du pays à partir de leurs expériences directes.

Esfandyar Batmanghelidj

Une question très similaire est posée dans les enquêtes menées par Gallup — même si les répondants sont dans ce cas interrogés sur la situation dans leur région de résidence plutôt que dans l’ensemble de l’Iran.

Entre 2007 et 2021, à l’exception de deux années, la question suivante a été posée aux répondants : « À l’heure actuelle, pensez-vous que la situation économique dans la ville ou la région où vous vivez, dans son ensemble, s’améliore ou se détériore ? » Comme dans l’enquête CISSM, la proportion de répondants estimant que la situation « s’améliore » n’a jamais dépassé 50 %.

En 2024, 37 % des personnes interrogées estimaient que la situation économique de l’Iran s’améliorait — ce qui reflète une légère amélioration du moral, correspondant à la tendance observée dans les vagues d’enquêtes CISSM.

Des sentiments négatifs concernant les perspectives économiques de l’Iran ont également été relevés dans la quatrième vague de l’enquête Arzesh-ha, réalisée en 2020. 

Les personnes interrogées alors ont été invitées à évaluer la trajectoire récente de l’économie iranienne en répondant à la question « Comment la situation économique du pays a-t-elle évolué par rapport aux cinq dernières années ? ». 

Seules 10 % d’entre elles déclaraient que la situation économique s’était améliorée.

Les sondés étaient également invités à répondre à la question « Comment la situation économique du pays va-t-elle évoluer au cours des cinq prochaines années ? ». 

Là encore, seules 17 % des personnes interrogées indiquaient que la situation économique « allait s’améliorer ».

En examinant ces enquêtes, on constate en fait que le sentiment à l’égard de la situation économique s’améliore pendant les périodes de reprise économique, comme celle qui a suivi la levée des sanctions entre 2013 et 2018. 

Pessimisme et frustration : les Iraniens et leur niveau de vie

Cela pourrait suggérer que les Iraniens forgent principalement leur opinion sur la situation économique du pays à partir de leurs expériences directes.

Au cours de cette période, les médias étrangers et nationaux ont largement rendu compte de la forte croissance économique de Téhéran, de l’augmentation des exportations de pétrole, de la baisse de l’inflation et des flux importants d’investissements directs étrangers. 

Mais les effets bénéfiques de la levée des sanctions ont été lents à se faire sentir dans la vie quotidienne.

Ces améliorations observées restaient modestes ; elles n’ont pas entraîné de changement significatif dans la perception des performances économiques futures. Ainsi, comme le reflète l’enquête Arzesh-ha, même au plus fort de la pandémie, seule une petite minorité d’Iraniens pensait que la situation économique s’améliorerait à moyen terme — ce qui traduit un profond pessimisme quant à la capacité du pays à se remettre de la crise.

Outre leur perception négative de l’économie dans son ensemble, les Iraniens font également état d’un pessimisme croissant quant à leur niveau de vie.

Lors des enquêtes, cette tendance se reflète dans deux types de questions.

Plusieurs sondages ont demandé aux Iraniens de faire état de leurs difficultés économiques et de leur niveau de satisfaction à l’égard de leur situation financière, tandis que d’autres enquêtes leur ont demandé s’ils pensaient que leur niveau de vie allait s’améliorer ou se détériorer.

Les réponses à ces deux séries de questions montrent que les Iraniens sont de plus en plus pessimistes quant à leur propre situation économique.

Entre 2006 et 2024, à l’exception de deux années, Gallup a interrogé les Iraniens sur leur capacité à se nourrir et à se loger. La question suivante leur était posée : « Au cours des 12 derniers mois, vous est-il arrivé de ne pas avoir assez d’argent pour acheter la nourriture dont vous ou votre famille aviez besoin ? »

En 2006, la proportion de répondants ayant répondu « non » était la plus élevée, atteignant 84 % ; cette proportion a atteint un minimum en 2015, n’étant alors que de 44 %. En 2024, elle était de 62 %.

En laissant aux répondants le soin de décider du type de nourriture dont leur famille « a besoin », la question permet de mesurer si les Iraniens estiment pouvoir joindre les deux bouts compte tenu de leur niveau de vie.

Une tendance similaire peut être observée dans le domaine du logement. À cet égard, le sondage Gallup précité posait également la question suivante : « Au cours des douze derniers mois, vous est-il arrivé de ne pas avoir assez d’argent pour offrir un logement adéquat à votre famille ? »

À cette question, la proportion la plus élevée de réponses « non » a été enregistrée en 2007, avec 73 %. La proportion la plus faible a été enregistrée en 2013, avec 49 %. En 2024, la proportion de réponses « non » était de 61 %.

La proportion de personnes déclarant être confrontées à l’insécurité alimentaire ou à la précarité du logement a diminué ces dernières années, alors que la situation économique s’est légèrement améliorée en Iran. 

Aujourd’hui, la majorité des Iraniens sont encore en mesure de soutenir leur niveau de vie.

Toutefois, les données de l’enquête suggèrent également que les Iraniens ont revu leurs attentes à la baisse et sont prêts à se déclarer satisfaits d’un niveau de vie moins élevé.

Dans le World Values Survey 2020, les Iraniens ont été invités à évaluer leur satisfaction financière sur une échelle de 1 à 10. 

La majorité des personnes interrogées (26 %) ont choisi une note neutre de 5. Les réponses positives l’ont emporté sur les réponses négatives : 47 % ont évalué leur situation à 6 ou plus, contre seulement 27 % qui l’ont évaluée à 4 ou moins.

Les données du CISSM de 2021 reflètent des sentiments similaires.

Les personnes interrogées devaient se situer sur une échelle de 0 à 10, ayant été informées que « le haut de l’échelle représente la meilleure vie possible pour vous et le bas de l’échelle représente la pire vie possible pour vous ».

Outre leur perception négative de l’économie dans son ensemble, les Iraniens font également état d’un pessimisme croissant quant à leur niveau de vie.

Esfandyar Batmanghelidj

À cette question aussi, la réponse la plus fréquente était le point médian (5), choisi par 27 % des répondants, tandis que 34 % se plaçaient plus haut sur l’échelle.

En somme, la plupart des Iraniens restent relativement satisfaits de leur situation personnelle, même s’ils expriment une profonde frustration face aux perspectives économiques générales du pays. Toutefois, même si les Iraniens trouvent des moyens de faire face aux pressions économiques, leur sentiment que la mobilité sociale en Iran est menacée n’a pas été atténué pour autant.

L’enquête Arzesh-ha menée en 2023 posait la question suivante : « Pensez-vous que l’écart entre les riches et les pauvres s’est creusé ou réduit par rapport à il y a cinq ans ? » 

Une proportion significative des personnes interrogées (88 %) ont répondu que l’écart s’était creusé. De plus, dans le même sondage, 78 % des personnes interrogées étaient d’accord avec l’affirmation suivante : « Dans notre société, les riches s’enrichissent chaque jour davantage, tandis que les pauvres s’appauvrissent. »

La force de ces sentiments suggère que même lorsque les Iraniens perçoivent une amélioration générale de la situation économique du pays, ils ont toujours le sentiment de ne pas pouvoir améliorer leur propre situation économique. 

Parallèlement, même si les Iraniens se déclarent satisfaits de leur propre situation économique, ils ont tendance à avoir une opinion négative de la situation économique globale.

Ces points de vue apparemment contradictoires sur la situation personnelle des sondés et l’état de l’économie nationale constituent un défi majeur pour les décideurs économiques du monde entier — y compris aux États-Unis.

La mise en cause directe de la « mauvaise gestion »

En 2024, une enquête menée par la Réserve fédérale américaine sur le bien-être économique des ménages américains révélait que 73 % des adultes déclaraient « s’en sortir financièrement » ou « vivre confortablement », tandis que seulement 29 % des adultes jugeaient l’économie « bonne » ou « excellente » 2.

Si les décideurs politiques américains ne parviennent pas à convaincre les électeurs de la bonne santé de l’économie alors même que la plupart des Américains se sentent en sécurité sur le plan économique, comment les décideurs politiques iraniens pourraient-ils espérer convaincre les citoyens que leurs politiques économiques fonctionnent ?

Il est important de noter que les sondages montrent que les Iraniens identifient systématiquement la « mauvaise gestion » comme la cause principale des problèmes économiques du pays.

Lors d’enquêtes menées par le CISSM entre 2015 et 2024, il a été demandé aux personnes interrogées d’identifier selon eux la principale raison des difficultés économiques de l’Iran. 

Le CISSM a ainsi posé la question suivante : « Selon vous, lequel des facteurs suivants a eu l’impact négatif le plus important sur l’économie iranienne ? »

D’une vague à l’autre, les réponses sont remarquablement cohérentes. 

En moyenne, 60 % des personnes interrogées ont cité la « mauvaise gestion interne » comme ayant un impact plus important que les « sanctions et pressions étrangères » sur l’économie iranienne.

De légères fluctuations peuvent toutefois être observées les années où l’intensité des sanctions a varié.

Par exemple, la proportion de répondants citant les sanctions comme ayant le plus grand impact sur l’économie iranienne est passée de 32 % à 36 % entre le début et la fin de 2018 — année au cours de laquelle la première administration Trump a réimposé des sanctions à l’Iran.

Dans une enquête réalisée en 2021, une question similaire a été posée par le groupe de recherche GAMAAN : « Selon vous, quel facteur a eu le pire impact sur la situation actuelle de l’économie iranienne ? ».

Face à cette questions, seules 10 % des personnes interrogées ont choisi « les sanctions et les pressions étrangères », tandis que 86 % ont choisi « l’inefficacité et la corruption internes ».

Le fait que la mauvaise gestion et la corruption soient systématiquement identifiées comme les principales causes des difficultés économiques de l’Iran est logique si l’on considère que les Iraniens ordinaires sont directement confrontés à la corruption et à la mauvaise gestion, alors que la plupart des répercussions économiques des sanctions sont indirectes.

Lors du World Values Survey de 2020, il a été demandé à des Iraniens d’évaluer le niveau de corruption de leur pays sur une échelle de 10 points ; 60 % des personnes interrogées lui ont attribué une note de 6 ou plus, et 34 % la note maximale de 10 — correspondant à l’affirmation « la corruption est omniprésente dans mon pays ».

Dans la même enquête, 37 % des personnes interrogées ont indiqué que « la plupart » des autorités publiques sont « impliquées dans la corruption ».

Interrogées sur le niveau de corruption parmi les dirigeants d’entreprise, ce chiffre est passé à 43 % 3.

Compte tenu de la façon dont est perçue leur gestion de l’économie, les décideurs politiques iraniens sont confrontés à un défi de taille ; pour restaurer la confiance du public, ils ont recours à des programmes de transferts directs d’argent 4, récemment annoncés, qui visent à améliorer le niveau de vie.

Non seulement l’amélioration de la situation économique ne se traduit pas par une amélioration significative du sentiment à l’égard de la situation économique actuelle ou future, mais le public iranien reste très pessimiste quant à la capacité fondamentale des décideurs politiques iraniens à gérer toute forme de politique économique.

La perception des Iraniens pourra-t-elle changer ?

Le pessimisme économique persistant a également influencé le comportement des consommateurs et des entreprises, freinant la consommation et les investissements qui pourraient aider l’Iran à sortir de la crise économique.

Pour reprendre les termes de Scanlon, lorsque le pessimisme sur l’économie s’ajoute au pessimisme sur la politique économique, « tout semble s’effondrer ».

Il est certain que la voie vers un développement économique durable du pays est plus obstruée qu’à aucun autre moment depuis la guerre Iran-Irak. 

L’effondrement de l’économie iranienne n’est pourtant pas complet — ou du moins pas encore.

On peut ainsi se demander si la situation est récupérable, et si les réformes économiques peuvent conduire à une amélioration des sentiments à l’égard de l’économie du pays — mettant fin au cycle de grèves et de manifestations récurrentes.

Au moins dans le domaine du bien-être économique, les dirigeants iraniens sont confrontés à une colère publique disproportionnée par rapport à la réalité du sentiment économique de la plupart des Iraniens. 

Le public iranien reste très pessimiste quant à la capacité fondamentale des décideurs politiques iraniens à gérer toute forme de politique économique.

Esfandyar Batmanghelidj

Cette observation ne porte pas un jugement sur les manifestations, qui reflètent des griefs réels allant bien au-delà des seules frustrations économiques. Elle met cependant en évidence le rôle que l’opinion publique peut jouer dans la poursuite des réformes économiques. Au niveau individuel, de nombreux manifestants sont sans doute motivés par les privations et les difficultés économiques qu’ils ont directement subies — perte d’emploi, épargne évaporée, pauvreté abjecte — sans parler des expériences de répression et de violence étatique.

En tant que phénomène sociétal, toutefois, les manifestations reflètent des sentiments sur le présent et l’avenir qui sont moins influencés par les expériences personnelles que par une sorte de pessimisme généralisé, une « ambiance » négative omniprésente.

Pour sauver l’économie iranienne et peut-être même leur régime, les dirigeants de la République islamique doivent accomplir quelque chose de bien plus difficile que de modifier les politiques économiques : changer la façon dont les gens ordinaires perçoivent les effets de leurs politiques.

Sans surprise, s’il fallait évaluer leurs chances de succès, le pessimisme serait de mise.

Sources
  1. Kyla Scanlon, « The Vibecession : The Self-Fulfilling Prophecy », Substack, 30 juin 2022.
  2. « Economic Well-being of US Households in 2024 », Federal Reserve Report, mai 2025.
  3. Ces sentiments populaires sont partagés par les économistes les plus éminents d’Iran, tels que Saeed Laylaz, qui a déclaré dans une récente interview que « l’économie iranienne est complètement corrompue et en mauvais état ». Voir : سعید لیلاز به یورونیوز : در یکی دو ماه آینده اتفاقات مهمی در ایران می‌افتد
  4. Erika Solomon et Sanam Mahoozi, « Iran Offering Monthly Payments to Citizens to Cool Protests », The New York Times, 5 janvier 2026.