Treize pays ont condamné l’attaque américaine et la capture de Maduro dont le Bélarus, le Brésil, le Mexique, le Chili, Cuba, la Colombie, qui a annoncé le déploiement de troupes à la frontière avec le Venezuela ; l’Iran, qui fait face à des contestations massives et que Donald Trump a mis en garde le 2 janvier, d’intervenir si le régime réprime les manifestations ; la Chine et la Russie.
La Chine, premier importateur mondial de pétrole vénézuélien, s’est dite « profondément choquée » et « condamne fermement le recours flagrant à la force par les États-Unis contre un État souverain et les mesures prises à l’encontre de son président. Ces actes hégémoniques des États-Unis constituent une grave violation du droit international et de la souveraineté du Venezuela, et menacent la paix et la sécurité en Amérique latine et dans les Caraïbes. La Chine s’y oppose fermement. Nous appelons les États-Unis à respecter le droit international et les buts et principes de la Charte des Nations unies, et à cesser de violer la souveraineté et la sécurité d’autres pays ».
- Pékin avait condamné la saisie des pétroliers après l’instauration du blocus américain, le 17 décembre.
De la Russie au Brésil, qui condamne l’attaque ?
Le président colombien Gustavo Petro a été parmi les premiers à réagir en publiant dans la matinée un message sur X : « En ce moment même, ils bombardent Caracas. Alerte au monde entier, ils ont attaqué le Venezuela. Ils bombardent avec des missiles. »
- Il a annoncé plus tard dans la matinée que les forces armées colombiennes étaient déployées à la frontière avec le Venezuela et qu’un soutien supplémentaire serait apporté « en cas d’afflux massif de réfugiés ».
- Cuba a également publié un communiqué : « Cuba condamne et exige de toute urgence une réaction de la communauté internationale contre l’attaque criminelle des États-Unis contre le Venezuela. Notre zone de paix est brutalement agressée. »
- Allié traditionnel de Caracas, La Havane est fortement tributaire des livraisons de pétrole vénézuélien à bas prix pour son approvisionnement domestique, le pétrole brut vénézuélien couvrant environ 40 % des besoins d’importation de pétrole du pays.
- Le ministère iranien des Affaires étrangères a également fermement condamné l’attaque « militaire américaine contre le Venezuela et la violation flagrante de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale du pays » et réaffirmé « le droit inhérent du Venezuela à défendre sa souveraineté nationale et son intégrité territoriale ».
- L’Iran se retrouve dans une position particulièrement délicate, alors qu’un important mouvement de protestation a débuté lundi 29 décembre contre l’inflation et la perte de pouvoir d’achat. Hier, le 2 janvier, Donald Trump a mis en garde Téhéran : « Nous sommes prêts, armés et parés à intervenir ».
La Chine, principal importateur de pétrole vénézuélien a fermement condamné l’opération. Pékin avait aussi condamné le blocus naval, le ministère chinois des Affaires étrangères dénonçant la saisie de navires comme une « violation grave du droit international » et affirmé que le Venezuela avait le droit de développer de manière indépendante une coopération mutuellement bénéfique avec d’autres pays, et que Pékin soutenait Caracas dans la « défense de ses droits et intérêts légitimes ».
- Des responsables chinois ont été reçus hier, 2 janvier à Caracas.
- Selon l’agence de presse nationale Xinhua, la Chine a déconseillé à ses citoyens de se rendre au Venezuela dans un avenir proche.
Ailleurs en Amérique latine, le président sortant du Chili Gabriel Boric a condamné l’opération.
- Son successeur élu à la présidence, l’allié de Milei et de Bukele José Antonio Kast s’est félicité de la capture de Maduro.
- Claudia Sheinbaum, la présidente du Mexique a également condamné l’intervention : « L’article 2, paragraphe 4, de la Charte des Nations unies prévoit textuellement : ‘Les Membres de l’Organisation s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou d’employer la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État, ou de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations unies.’ »
- Le président brésilien Lula a également condamné fermement l’opération américaine : « Cette action rappelle les pires moments d’ingérence dans la politique latino-américaine et caribéenne et menace la préservation de la région en tant que zone de paix. »
- Le Brésil se dit « disposé à promouvoir le dialogue et la coopération ».
Par un communiqué du ministère des Affaires étrangères, la Russie de Poutine a également condamné « l’agression » américaine et réaffirmé : « sa solidarité avec le peuple vénézuélien et [son] soutien pour sa politique de défense des intérêts et de la souveraineté du pays ».
- Moscou a également demandé des éclaircissements quant au sort de Maduro : « Nous sommes extrêmement alarmés par les informations selon lesquelles le président vénézuélien, Nicolas Maduro, et son épouse auraient été emmenés de force hors du pays à la suite de l’agression aujourd’hui par les États-Unis. »
- Le Bélarus a également condamné l’attaque. Le ministère des Affaires étrangères bélarusse a déclaré que « l’agression armée » des États-Unis constituait une « menace directe » pour la paix et la sécurité internationales et réaffirmé son « soutien sans faille au gouvernement du Venezuela ».
Les soutiens à l’opération militaire de Trump
L’Argentine est le principal pays de la région qui a apporté un soutien explicite à l’opération.
- Le président argentin Javier Milei a célébré la capture de Nicolás Maduro déclarant sur X : « La liberté progresse. »
- Le président de l’Équateur a aussi exprimé son soutien déclarant que la structure des « narco-criminels chavistes » s’effondrerait à travers le continent et exprimant son soutien aux leaders de l’opposition vénézuélienne Edmundo Gonzalez et Maria Corina Machado.
- Israël a « salué » l’opération, ajoutant que le président Trump « a agi en tant que leader du monde libre ».
- En Europe, la République de Kosovo a également exprimé son soutien à l’opération militaire américaine tout comme l’Italie : « Conformément à la position historique de l’Italie, le gouvernement estime que l’action militaire extérieure n’est pas la voie à suivre pour mettre fin aux régimes totalitaires, mais considère en même temps comme légitime une intervention de nature défensive contre les attaques hybrides contre sa propre sécurité, comme dans le cas d’entités étatiques qui alimentent et favorisent le trafic de drogue ».
Les appels à la désescalade et à « surveiller » la situation
En Europe, l’Union, par la voix de la Haute représentante Kaja Kallas, a déclaré « surveiller de près » la situation et a appelé à la retenue.
- Le président du Conseil européen, Antonio Costa a également déclaré : « Je suis la situation au Venezuela avec une grande inquiétude. L’Union européenne appelle à la désescalade et à une résolution dans le plein respect du droit international et des principes consacrés par la Charte des Nations unies. L’Union européenne continuera de soutenir une solution pacifique, démocratique et inclusive au Venezuela. Nous soutenons les efforts de la haute représentante et vice-présidente Kaja Kallas, en coordination avec les États membres, afin d’assurer la sécurité des citoyens européens dans le pays. »
- Ursula von der Leyen a aussi publié une réaction : « Nous suivons de très près la situation au Venezuela. Nous sommes solidaires du peuple vénézuélien et soutenons une transition pacifique et démocratique. » « Toute solution doit respecter le droit international et la Charte des Nations unies. »
Cette expression (closely monitoring) est celle qui revient le plus dans les déclarations des Européens.
- La Belgique affirme ainsi : « La situation est suivie de près, en coordination avec nos partenaires européens. »
- Les Pays-Bas déclarent surveiller la situation et être en contact avec leur ambassade au Venezuela.
- Ces déclarations prudentes contrastent avec la présence néerlandaise dans la région, plusieurs îles au large des côtes vénézuéliennes constituant des municipalités spéciales au sein de l’État des Pays-Bas.
- Les îles d’Aruba et de Curaçao accueillent notamment des Cooperative Security Location (CSL) américaines qui, si elles ne sont pas à proprement parler des bases militaires, pourraient être utilisées pour du soutien logistique ou opérationnel dans la région — à moins de 100 kilomètres du territoire vénézuélien.
- En tant qu’alliés des États-Unis au sein de l’OTAN, la présence de ces « relais » des Pays-Bas dans la région est suivie avec une attention particulière.
- La Pologne déclare être en train de vérifier le nombre de ses ressortissants se trouvant au Venezuela. Le ministre des Affaires étrangères, Radosław Sikorski, s’est réjoui de cette opération en déclarant : « Cela n’aurait pas pu arriver à un homme plus sympathique. » Il a également souligné la position de la Hongrie en publiant des images du ministre des Affaires étrangères, Peter Szijjarto, avec Maduro.
- La Hongrie est pour l’heure restée silencieuse.
- La France, par la voix de son Ministre des affaires étrangères a indiqué que « L’opération militaire ayant conduit à la capture de Nicolás Maduro contrevient au principe de non-recours à la force qui fonde le droit international. La France rappelle qu’aucune solution politique durable ne saurait être imposée de l’extérieur et que les peuples souverains décident seuls de leur avenir ».
- Par la voix de Pedro Sanchez, l’Espagne a appelé à la désescalade : « Le droit international et les principes de la Charte des Nations unies doivent être respectés. » Madrid a également proposé de jouer le rôle de médiateur entre Caracas et Washington.
- Le Premier ministre britannique Keir Starmer a affirmé que le Royaume-Uni n’était « en aucune façon impliqué » dans l’opération. À la question de savoir s’il allait condamner l’attaque, il a répondu : « Je veux d’abord établir les faits. Je veux parler au président Trump. Je veux parler à nos alliés. » Il a poursuivi : « Comme vous le savez, je dis et je crois toujours que nous devons respecter le droit international. »
- Trinité-et-Tobago a clarifié ne pas avoir participé à l’opération — alors que l’île avait apporté son soutien à l’armée américaine dans le cadre de sa campagne contre le trafic de drogue dans les Caraïbes.
Les organisations internationales
- Le Secrétaire général de l’ONU s’est dit « profondément alarmé par la récente escalade au Venezuela, qui pourrait avoir des répercussions préoccupantes pour la région ». « Indépendamment de la situation au Venezuela, ces développements constituent un dangereux précédent. Le Secrétaire général continue de souligner l’importance du plein respect, par tous, du droit international, y compris de la Charte des Nations Unies », poursuit le communiqué. « Il est profondément préoccupé par le fait que les règles du droit international n’aient pas été respectées ».
- Le Conseil de sécurité de l’ONU se réunira le lundi 5 janvier à la demande de la Colombie.
- Par la voix de son secrétaire général, Alain Berset, le Conseil de l’Europe note : « En tant qu’organisation régionale multilatérale vouée à la démocratie, aux droits humains et à l’État de droit, le Conseil de l’Europe considère que tout recours à la force sur le territoire d’un autre État soulève de sérieuses questions au regard du droit international, notamment des principes fondamentaux de la Charte des Nations Unies relatifs à la souveraineté, à l’intégrité territoriale et à la non-ingérence. Le Conseil de l’Europe sait, de par son engagement en Ukraine, à quel point le droit international devient fragile une fois que le recours à la force est normalisé. C’est pourquoi la cohérence et la crédibilité sont importantes. La transition au Vénézuela doit être pacifique, démocratique et respectueuse de la volonté du peuple vénézuélien ».
- L’Union africaine appelle également à la retenue et réitère son engagement en faveur des principes fondamentaux du droit international, notamment le respect de la souveraineté des États.