Au XIXe siècle, à l’instar des puissances occidentales et du Japon, la Russie a participé au « scramble for China » ; cependant, contrairement aux autres, elle n’a jamais restitué les vastes territoires qu’elle avait annexés. Après une longue et tumultueuse histoire des relations sino-russes, Mikhaïl Gorbatchev a lancé la politique soviétique du « tournant vers l’Asie » en juillet 1986, lors de son discours à Vladivostok. S’adressant directement aux Chinois, il déclarait alors : « Je voudrais m’attarder sur la question la plus importante de nos relations. Ces relations sont extrêmement importantes pour plusieurs raisons, à commencer par le fait que nous sommes voisins, que nous partageons la plus longue frontière terrestre du monde et que nos enfants et petits-enfants sont destinés à vivre les uns à côté des autres pour toujours et à jamais. » 1
Cette politique a été réaffirmée par le président Vladimir Poutine après son arrivée au pouvoir en 2000, renforcée lors de l’annexion de la Crimée en 2014, puis intensifiée à la suite de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022. Cette année-là, la Chine et la Russie ont signé de longues déclarations grandiloquentes célébrant leur « amitié sans limites », mises en avant lors des commémorations à Moscou marquant le 80e anniversaire de la victoire sur l’Allemagne nazie. Pourtant, cette amitié sans limites, malgré un épanchement rhétorique sans cesse répété, n’a jamais été officialisée et comporte plusieurs limites claires — que l’administration américaine actuelle a tenté en vain d’exploiter.
Cet article examine les relations sino-russes et leur évolution souvent contradictoire.
La dynamique stratégique entre ces deux puissances eurasiennes a en effet donné naissance à un partenariat qui s’est davantage renforcé avec l’agression de la Russie en Ukraine, malgré les tentatives de médiation de Pékin. Si la solidité de ce partenariat le rend en apparence indestructible, elle ne doit pas empêcher la poursuite du dialogue entre la Chine et l’Occident, en particulier l’Union européenne et ses États membres.
Histoire d’une relation : le grand contexte
Pour comprendre les relations sino-russes actuelles, il est nécessaire de revenir sur quelques étapes historiques clefs.
Séparées pendant des siècles par des déserts inhospitaliers, des forêts denses et des montagnes imposantes, les entités chinoises et russes n’ont eu que très peu de contacts directs avant le XVIe siècle, principalement dans le cadre du commerce. Au XIIIe siècle, la Horde d’Or 2, un khanat mongol dirigé par Batu, petit-fils de Gengis Khan, a conquis les principautés russes 3. À peu près à la même époque, un autre petit-fils, Kubilai Khan, a soumis la Chine et fondé la dynastie Yuan. La Pax Mongolica qui a suivi n’a que partiellement comblé le fossé culturel et civilisationnel entre les deux régions.
Le premier Russe à avoir explicitement fait référence à la Chine est peut-être le marchand Athanase Nikitine, dans son récit de voyage du XVe siècle intitulé Voyage au-delà des trois mers. Plus tard, le tsar Ivan le Terrible, dont le grand père Ivan III avait mis fin au paiement du tribut à la Horde d’Or, a reconnu l’importance de développer des relations avec la Chine 4. Les contacts directs entre celle-ci et la Moscovie, puis l’Empire russe, ont commencé au début du XVIIe siècle avec l’expansion de la Russie en Sibérie, dans le Pacifique et en Asie centrale.
Malgré son idéologie anti-impérialiste proclamée après 1917, la Russie soviétique n’a jamais restitué les près de deux millions de kilomètres carrés qu’elle avait annexés.
Pierre Andrieu
Les premiers conflits ont éclaté lorsque des colons russes se sont installés dans les régions du lac Baïkal et du fleuve Amour, où vivaient des tribus sibériennes sous l’autorité impériale Qing. Cette dynastie, adhérant à une vision hiérarchique du monde, ne considérait pas les Russes comme des égaux, mais comme des « barbares ». Il fallut près de deux siècles à la Russie pour établir des relations diplomatiques durables avec la cour Qing 5.
Les premiers accords officiels entre les deux puissances ont été le traité de Nertchinsk (1689) et le traité de Kiakhta (1727). Ils furent suivis d’une série de « traités inégaux », du point de vue chinois, notamment les traités d’Aïgoun (1858), de Pékin (1860), de Saint-Pétersbourg (1881) et, en Asie centrale, de Chuguchak (1884) 6. Ceux-ci confirmèrent l’annexion par la Russie de territoires que Pékin considérait comme siens. Avec la construction de la branche sud-est du Transsibérien pour relier directement Vladivostok et Port-Arthur, en contournant Khabarovsk, la Russie prit le contrôle de la Mandchourie et de la péninsule du Liaodong.
Malgré son idéologie anti-impérialiste proclamée après 1917, la Russie soviétique n’a jamais restitué les près de deux millions de kilomètres carrés qu’elle avait annexés.
En dépit de ses idéaux révolutionnaires et son soutien à la révolution chinoise, Lénine ne renonça pas aux acquisitions territoriales. Staline, reprenant les traditions impériales du régime tsariste, maintint une position nationaliste pragmatique et un soutien équilibré aux nationalistes et aux communistes chinois pendant l’invasion japonaise de la Chine dans les années 1930. Cette ambivalence ne prit fin qu’en 1945, lorsque l’armée soviétique entra en Mandchourie et apporta son soutien total au Parti communiste chinois, ouvrant la voie à la fondation de la République populaire de Chine (RPC) en 1949.
Si l’Union soviétique a rapidement reconnu le nouveau gouvernement chinois, leurs relations étaient marquées par une méfiance sous-jacente.
Staline considérait Mao comme un « communiste de margarine » peu fiable, et après la mort de Staline, Mao méprisait Khrouchtchev et Brejnev. Il qualifiait l’Union soviétique de « révisionniste » et de « social-impérialiste » tout en faisant pression pour que la Chine obtienne des territoires. À leur tour, les Soviétiques considéraient la Chine, en particulier pendant la Révolution culturelle, comme dangereusement « déviationniste et gauchiste » 7. Au fond, le conflit trouvait son origine dans un choc d’ego et une lutte pour le leadership au sein du mouvement communiste et anti-impérialiste international.
Les tensions entre les deux puissances s’intensifièrent jusqu’à frôler le conflit nucléaire en 1969.
Cette confrontation ne commença à s’apaiser qu’avec l’arrivée au pouvoir de deux dirigeants pragmatiques, Mikhaïl Gorbatchev à Moscou et Deng Xiaoping à Pékin, qui s’orientèrent vers un engagement bilatéral plus constructif. Les relations furent alors redéfinies sur la base de « trois choses à ne pas faire » et « trois choses à faire ». 8
L’un des principaux points d’achoppement — le différend frontalier sino-soviétique — fut mis de côté par Deng dans un geste de conciliation. La question fut officiellement réglée par des accords signés le 14 octobre 2003 et le 21 juillet 2008.
Néanmoins, le souvenir des annexions territoriales reste vivace dans la conscience publique chinoise.
Staline considérait Mao comme un « communiste de margarine » peu fiable, et après la mort de Staline, Mao méprisait Khrouchtchev et Brejnev.
Pierre Andrieu
Pékin publie régulièrement des cartes qui représentent ces régions, y compris des villes comme Vladivostok (appelée Haishenwai), comme des territoires historiquement chinois. Comme le souligne l’écrivain britannique Colin Thubron : « même aujourd’hui, les Chinois n’ont pas officiellement renoncé à leurs revendications sur les territoires saisis par la Russie impériale au nord de l’Amour (le Heilongjiang en chinois)… Le Heilongjiang, comme tous les grands cours d’eau de Chine, coule d’ouest en est — un axe encore profondément ancré dans la pensée chinoise — et cette trajectoire géographique pourrait suggérer que le fleuve appartient à la Chine. » 9 La question territoriale continue d’être présente les représentations géographiques chinoises, tout en alimentant parfois une peur irrationnelle chez une minorité de Russes. Il y a tout lieu de croire que ces éléments géopolitiques continueront à marquer les relations sino-russes à l’avenir.
Le « tournant vers l’Est » de la Russie
Le pivot de la Russie vers l’Asie-Pacifique a commencé à la fin de l’ère soviétique, sous Gorbatchev — notamment avec son discours de Vladivostok en 1986 — et s’est poursuivi sous Eltsine. 10 Vladimir Poutine, après son arrivée au pouvoir en 2000, et Xi Jinping, qui a accédé au pouvoir en 2012, ont donné une dimension idéologique et géopolitique très marquée à cette réorientation. Elle est devenue plus urgente en 2014, après l’annexion de la Crimée par la Russie et l’intervention dans le Donbass.
Au cours de cette période, les relations bilatérales se sont considérablement approfondies. Plusieurs facteurs ont contribué à cette évolution. Parmi ceux-ci, il convient de mentionner les relations personnelles étroites entre Poutine et Xi, qui se sont rencontrés plus de cinquante fois, conduisant certains observateurs à qualifier leur relation de « bromance » politique 11. Il existe également une forte compatibilité idéologique : les deux pays s’opposent au libéralisme occidental et contestent l’« hégémonie » américaine. En tant que puissances nucléaires et membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, ils partagent des visions stratégiques convergentes 12. Sur le plan économique, leurs rôles sont complémentaires : la Russie est un fournisseur de ressources et la Chine une puissance industrielle et technologique. Sur le plan stratégique, la Chine bénéficie de la profondeur géographique que lui offre la Russie au nord, notamment dans le cadre de la gestion des tensions à Taïwan et en mer de Chine méridionale.
Cet alignement stratégique a donné lieu à des exercices militaires conjoints réguliers terrestres, aériens et navals.
Le 9 mai, les troupes chinoises ont défilé sur la Place Rouge à Moscou. La Chine et la Russie sont devenus des « alliés sans traité ».
Pierre Andrieu
Le tournant vers l’Est de la Russie s’est en fait considérablement accéléré après son invasion de l’Ukraine en février 2022. Confrontée à de sévères sanctions occidentales et à la perte des marchés énergétiques européens, Moscou a été contrainte d’intensifier son alignement avec Pékin sur les plans économique, politique et idéologique.
Le 4 février 2022, deux semaines avant l’invasion, Poutine et Xi ont signé dans la capitale chinoise une déclaration importante intitulée « Déclaration commune de la Fédération de Russie et de la République populaire de Chine sur les relations internationales entrant dans une nouvelle ère et sur le développement mondial durable ». Dans un langage grandiloquent caractéristique des deux capitales, ce texte proclamait que les nouvelles relations entre la Russie et la Chine étaient « supérieures aux alliances politiques et militaires de l’époque de la guerre froide ». Elle soulignait que leur amitié était « sans limites », qu’« aucun domaine de coopération n’était interdit » et que leur coordination stratégique croissante n’était ni dirigée contre des tiers, ni limitée par les changements de l’environnement mondial 13.

D’autres déclarations, toutes aussi grandiloquentes, ont suivi, même si les « domaines de coopération non interdits » ne sont pas toujours mentionnés 14. La visite d’État de Xi à Moscou les 8 et 10 mai pour commémorer le 80e anniversaire de la victoire sur l’Allemagne nazie a abouti à la signature de plusieurs documents avec le président russe 15.
La Russie a accueilli une vingtaine de chefs d’État et de gouvernement, dont Xi, en tant qu’invités d’honneur du défilé militaire du 9 mai. Les troupes chinoises ont défilé sur la Place Rouge à Moscou.
Sur le plan diplomatique, si ces documents sont clairs quant à leurs objectifs politiques, ils ne contiennent aucune disposition contraignante qui officialiserait une alliance ou exigerait la signature d’un traité, créant ainsi une ambiguïté stratégique.
D’une certaine manière, les deux pays sont devenus des « alliés sans traité » 16.
Si leur relation a ainsi évolué au-delà d’un simple « axe de convenance », comme l’écrivait en 2008 le chercheur britannique Bobo Lo 17, ils n’ont pas encore établi d’alliance formelle comme le Traité d’amitié, d’alliance et d’assistance mutuelle sino-soviétique, signé par Mao et Staline en février 1950, un souvenir douloureux pour les Chinois. Ce texte obligeait la jeune RPC à accorder à l’Union soviétique un accès exclusif à ses activités économiques et industrielles en Mandchourie et au Xinjiang. Il marquait l’alignement total de la Chine sur l’URSS et fermait la porte à tout rapprochement avec les États-Unis.
Le nouveau type de relations entre Moscou et Pékin semble mieux adapté à la fluidité actuelle du paysage international.
La Chine après la guerre d’Ukraine
L’invasion russe de l’Ukraine a fait perdre à la Chine un partenaire important en Europe de l’Est.
Les relations sino-ukrainiennes étaient en effet relativement bonnes avant l’invasion russe. Pékin avait reconnu la nouvelle Ukraine en janvier 1992, peu après son indépendance. Par la suite, les relations entre les deux pays fluctuèrent en fonction des présidents ukrainiens. Elles étaient excellentes sous la présidence du pro-russe Viktor Ianoukovytch, qui avait accueilli son homologue Hu Jintao à Kyiv pour une visite d’État. En 2013, l’Ukraine est devenue un « partenaire stratégique » de la Chine, et son chef d’État s’est rendu à Pékin la même année 18. Cependant, les relations politiques se sont refroidies lors des événements dramatiques des manifestations de l’Euromaïdan à Kyiv en 2014. Ce mouvement violent et de grande ampleur était une réponse à la décision du président Viktor Ianoukovytch de ne pas signer un accord d’association politique et de libre-échange avec l’Union européenne, sous la pression de Moscou et de se rapprocher plutôt de la Russie. Alors que Ianoukovytch s’enfuyait en Russie, ces événements ont déclenché l’annexion de la Crimée par la Russie et une intervention armée dans le sud et l’est de l’Ukraine. La Chine a adopté une position ambiguë, partagée entre son soutien à Moscou et son désir de respecter le principe de non-ingérence dans les affaires des autres États.
Malgré sa volonté de maintenir ses relations avec son allié russe, Pékin n’a pas reconnu l’annexion de la Crimée ni celle d’autres régions ukrainiennes 19.
Pékin semble avoir été prise au dépourvu par l’invasion russe.
Pierre Andrieu
Ces changements politiques n’ont toutefois pas empêché l’Ukraine de devenir un partenaire économique important de la Chine : en 2020, celle-ci a remplacé la Russie comme premier partenaire commercial de l’Ukraine. Outre le maïs et les moteurs d’avion, la République populaire a acheté du matériel militaire à l’Ukraine, notamment la coque du premier porte-avions chinois, le Liaoning. En 2016, Pékin a tenté d’acheter le géant aérospatial ukrainien Motor Sich, finalement nationalisé par Kyiv sous la pression de Washington 20.
Les investissements directs chinois se sont élevés à 150 millions de dollars en 2019, puis à 75,5 millions de dollars au cours des trois premiers trimestres de l’année suivante. Les prêts accordés par Pékin à Kyiv ont totalisé près de 7 milliards de dollars 21 et ont principalement concerné les secteurs des infrastructures, des transports et de l’énergie. L’Ukraine se considérait comme la porte d’entrée naturelle vers l’Europe pour l’initiative chinoise des Nouvelles Routes de la soie via le « corridor nord » traversant le territoire russe, profitant du régime douanier favorable établi par l’accord de libre-échange approfondi et complet conclu en 2016 avec l’Union européenne. L’invasion russe a mis fin à ce projet 22.
Pékin semble avoir été prise au dépourvu par l’invasion russe 23.
On ignore dans quelle mesure Poutine a averti Xi de cette attaque lors de sa visite à Pékin en février 2022. Les responsables chinois pourraient également avoir été surpris par les premiers échecs de la Russie dans le conflit 24. Malgré cela, Pékin a adopté une « neutralité pro-russe », dans un premier temps plutôt ambivalente. Certes, l’invasion contredit les principes du droit international que la Chine prétend respecter. Mais ses intérêts l’empêchaient d’abandonner son allié russe dans un moment critique.

Pour sauver la face, la Chine a donc lancé des initiatives diplomatiques afin de tenter de résoudre le conflit.
Le 23 février 2023, un an après le début de l’invasion, elle a publié un document en douze points intitulé « Position de la Chine sur le règlement politique de la crise ukrainienne ». Le premier point du document réaffirme un principe que la Chine a toujours défendu, selon lequel « la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale de tous les pays doivent être effectivement respectées ». Les points trois et quatre considèrent que « toutes les parties devraient soutenir la Russie et l’Ukraine dans leurs efforts pour aller dans la même direction et reprendre le dialogue direct dès que possible ». Il indique que « tous les efforts propices au règlement pacifique de la crise doivent être encouragés et soutenus ». Au point dix, la déclaration affirme que « les sanctions unilatérales et la pression maximale ne peuvent résoudre le problème ; elles ne font qu’en créer de nouveaux ». Enfin, avec une tonalité qui se veut pragmatique, le document conclut : « La communauté internationale doit prendre des mesures pour soutenir la reconstruction post-conflit dans les zones de conflit. La Chine est prête à fournir une assistance et à jouer un rôle constructif dans cet effort » 25.
Tout en rappelant les principes du droit international, la déclaration chinoise n’offrait toutefois aucune solution concrète, aucun plan de règlement, aucun cadre de négociation. Surtout, elle n’appelait pas au retrait des troupes russes d’Ukraine. Elle eut toutefois des conséquences concrètes, telles que la nomination de Li Hui, ancien ambassadeur à Moscou, au poste de « représentant spécial » chargé du conflit ukrainien. Li a effectué une tournée dans plusieurs pays européens et en Russie afin d’engager « le règlement politique de la crise ukrainienne » 26.
Plus récemment, dans le cadre du groupe des « Amis de la paix » au sein des Nations unies et en coordination avec le Brésil, Pékin a publié en mai 2024 une déclaration commune en six points exposant sa vision pour mettre fin à la guerre de la Russie contre l’Ukraine. Dans ce document, les deux pays soulignent que le dialogue et les négociations sont le seul moyen de résoudre la crise. Ils proposent l’organisation d’une conférence internationale de paix « en temps opportun », avec la participation égale de toutes les parties et une discussion sur les plans de paix existants 27. Toutefois, à l’instar de sa proposition en douze points de février 2023, le document ne mentionne pas le rétablissement de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine, ni la responsabilité de l’État agresseur, la Russie, pour avoir violé les accords internationaux.
Le soutien à Moscou, qui comprend la livraison d’équipements non létaux et le contournement des embargos occidentaux, est risqué pour Pékin.
Pierre Andrieu
Si les Ukrainiens espèrent une plus grande implication de la Chine, ils ne sont pas dupes des initiatives diplomatiques de Pékin alors qu’on sait que plus d’une centaine de soldats chinois aux côtés des Russes 28. Ces individus auraient rejoint les forces russes de leur plein gré, en réponse à des annonces publiées sur des réseaux sociaux chinois tels que Douyin, et non à la suite d’une directive officielle de la République populaire de Chine 29. Ce comportement contraste avec celui de la Corée du Nord qui, en vertu d’un accord de défense mutuelle signé à Pyongyang en juin 2024 par Poutine et Kim, a envoyé 14 000 combattants, ainsi que du matériel, des munitions et des missiles 30.
Ces initiatives diplomatiques chinoises semblent délibérément limitées, visant à signaler un engagement plutôt qu’à favoriser une résolution. Dans le même temps, la poursuite des hostilités sert les intérêts géostratégiques de la Chine, car elle concentre l’attention et l’aide militaire de l’Occident et, pour l’instant, des États-Unis sur l’Ukraine et l’Europe, au détriment de l’Asie de l’Est.
Ce soutien à Moscou, qui comprend la livraison d’équipements non létaux et le contournement des embargos occidentaux, est pourtant risqué pour Pékin.
Outre la menace de « sanctions secondaires » de la part des États-Unis, ce partenariat stratégique « entre de plus en plus en collision avec les ambitions plus larges de Pékin d’être considéré comme un leader mondial responsable et comme une alternative stable à ce qu’il décrit comme l’instabilité américaine et le déclin occidental » 31.
Le partenariat « sans limites » — et ses limites
Les rencontres entre les dirigeants des deux pays sont plus fréquentes que celles avec leurs homologues d’autres pays. Depuis 2012, Poutine et Xi se sont rencontrés presque soixante fois, tandis que leurs ministres des Affaires étrangères s’entretiennent ou se rencontrent presque tous les mois. La visite de Xi à Moscou pour les cérémonies du 9 mai commémorant le 80e anniversaire de la victoire sur le nazisme était sa onzième 32.
Sur le plan économique, le volume des échanges commerciaux entre les deux pays est considérable, atteignant 245 milliards de dollars en 2024. C’est plus du double du chiffre de 2020 et une augmentation de 66 % par rapport à 2021, l’année précédant l’invasion. Les exportations russes vers la Chine consistent principalement en des ressources naturelles et des produits énergétiques. L’année dernière, les livraisons de pétrole ont atteint un niveau record de 62,26 milliards de dollars, soit une augmentation de 54 % par rapport à 2021. En ce qui concerne le gaz naturel, Gazprom a livré 31 milliards de mètres cubes à la Chine l’année dernière, et ces volumes devraient atteindre 38 milliards de mètres cubes cette année. Près de 40 % du commerce international de la Russie est désormais libellé en yuan, contre 2 % en janvier 2022 33.
La construction de nouveaux ponts sur le fleuve Amour et l’ouverture de plusieurs postes-frontières sont d’autres indicateurs du renforcement des liens entre les deux pays. Ces nouvelles infrastructures suggèrent que Moscou ne s’inquiète plus de l’influence croissante de la Chine en Sibérie et en Extrême-Orient russe 34. Ces échanges très complémentaires sont à l’origine de l’alignement stratégique sino-russe. Mais cette relation a ses limites.
Tout d’abord, il existe sans aucun doute un élément psychologique. La Russie, qui était une superpuissance mondiale jusqu’à l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, ressent probablement une certaine rancœur à l’idée d’être dépassée par la Chine sur les plans économique et technologique. Le temps semble lointain où Moscou occupait la position de « grand frère » d’une jeune République populaire en plein développement. Pékin veille toutefois à préserver la fierté et les sensibilités de la Russie, qui restent stratégiquement utiles.
Deuxièmement, les disparités économiques entre les deux pays sont énormes. En 2025, le PIB nominal de la Russie devrait s’élever à 2 135 milliards de dollars, tandis que celui de la Chine atteindra 21 643 milliards de dollars. Selon le Fonds monétaire international, la Chine a dépassé le PIB par habitant de la Russie en 2020 35. L’écart économique entre les deux pays s’est tellement creusé qu’il est désormais d’usage de présenter Moscou comme un « partenaire junior » de Pékin 36.
Cette disproportion et cette asymétrie affectent également le commerce.
Bien que significatifs en termes absolus, les échanges entre les deux pays sont beaucoup plus faibles que ceux entre la Chine et les États-Unis (582,9 milliards de dollars en 2024) ou entre la Chine et l’Union européenne (739 milliards de dollars en 2023). Si la Chine est le premier partenaire commercial de la Russie, Moscou ne détient qu’une part infime du marché chinois, 70 % des exportations russes étant constituées de matières premières et de produits énergétiques. À l’inverse, les produits chinois sont dominés par les biens industriels à forte valeur ajoutée tels que les automobiles, l’électronique et les biens de consommation, ainsi que les biens à double usage et, de plus en plus, les machines-outils et les équipements pour la fabrication de puces 37. Dans ces secteurs, la Chine a remplacé les entreprises occidentales qui ont quitté la Russie à la suite des sanctions.
Le temps semble lointain où Moscou occupait la position de « grand frère » d’une jeune République populaire en plein développement.
Même les exportations russes de gaz naturel sont soumises à des restrictions. Avec 21,3 milliards de mètres cubes de gaz livrés à la Chine via le gazoduc Power of Siberia 1 (dont la capacité annuelle devrait atteindre 38 milliards de mètres cubes, d’ici 2025) 38, les exportations russes vers la Chine ne représentent encore qu’environ 15 % des anciennes exportations vers l’Union européenne, qui avaient atteint un pic d’environ 200 milliards de mètres cubes par an 39. Le point d’achoppement reste le prix que chaque partie paie pour les livraisons de gaz naturel. La Chine aurait demandé à la Russie de vendre son gaz aux tarifs russes, soit environ 60 dollars pour 1 000 mètres cubes. Cela représenterait environ un quart de ce que la Chine paie actuellement dans le cadre de l’accord « Power of Siberia 1 », soit 260 dollars pour 1 000 mètres cubes. En outre, la Chine n’était prête à acheter qu’une fraction de la capacité de 50 milliards de mètres cubes du gazoduc. Quant au projet de gazoduc Power of Siberia 2, qui en est encore au stade de la conception, la Chine semble toujours réticente à s’engager dans les investissements colossaux initialement prévus (67 milliards de dollars), auxquels il faudrait ajouter 27 milliards de dollars d’investissements indirects 40. En réalité, elle souhaite diversifier autant que possible ses importations en limitant les approvisionnements russes à 30 % maximum de ses besoins en gaz et à 20 % de ses besoins en pétrole. Ses investissements dans les énergies renouvelables réduisent encore davantage sa dépendance aux importations de combustibles fossiles. Dans l’ensemble, les investissements chinois importants en Russie ont cessé en 2022, principalement parce que les entreprises chinoises sont réticentes à s’engager sur le marché russe en raison du risque croissant de « sanctions secondaires » américaines. En revanche, les entreprises russes ont commencé à réaliser des investissements importants en Chine 41.
Troisièmement, sur le plan diplomatique, malgré l’alignement des deux pays, certaines divergences au sein des Nations unies concernant les votes sur les résolutions condamnant la guerre en Ukraine sont notables. Les abstentions de la Chine à l’Assemblée générale et au Conseil de sécurité ont eu tendance à augmenter entre 2018 et début 2025 42. En mars 2022, quelques jours après l’invasion russe de l’Ukraine, Qin Gang, ambassadeur de Chine aux États-Unis, a déclaré qu’il n’y avait aucun domaine interdit à la coopération entre les deux pays — à l’exception, ajoutait-il, « des principes de la Charte des Nations unies, des normes universellement reconnues du droit international et des lignes directrices fondamentales des relations internationales » 43. Fu Cong, ambassadeur de Chine auprès de l’Union européenne, a quant à lui qualifié le partenariat illimité de simple « rhétorique » 44.
Car le partenariat « sans limites » entre la Chine et la Russie a bel et bien des limites.
Outre les limites géopolitiques, économiques et diplomatiques mentionnées précédemment, il faut également tenir compte du poids de l’histoire et d’une méfiance séculaire.
Le Centre Levada, un institut russe de recherche sur l’opinion publique, a récemment publié un rapport sur l’attitude des Russes à l’égard de la Chine.
Lorsqu’on demande directement aux Russes si la Chine représente une menace pour leur pays, « seul un sondé sur cinq répond par l’affirmative, tandis que la majorité (72 %) ne le pense pas ».
Mais selon l’enquête, les trois principales craintes concernant la Chine sont les suivantes : (1) l’annexion de territoires russes par la Chine, (2) la dépendance économique vis-à-vis de Pékin et (3) un éventuel conflit militaire.
Le rapport note qu’un conflit militaire direct entre les deux pays est rarement évoqué et qu’il ne serait probable que si la Russie « cessait d’être indépendante, ne parvenait pas à revitaliser son industrie ou si la Chine elle-même commençait à rencontrer des difficultés qu’elle souhaiterait résoudre aux dépens de la Russie ». Il évoque également le risque de tomber dans une dépendance totale et de « devenir un vassal de la Chine », après quoi Pékin serait en mesure de dicter ses conditions et de « fermer boutique à tout moment, comme l’ont fait les États-Unis et l’Europe » 45.
Certains cercles russes proches du gouvernement, en particulier les services secrets, ont saisi cette impression diffuse. Tout récemment, un document du Service fédéral de sécurité de la Fédération de Russie (FSB), divulgué par le New York Times, mettait en garde contre l’espionnage chinois en Russie, en particulier dans les milieux de la recherche militaire. L’article note que « le document du FSB donne du crédit à la théorie selon laquelle, avec la bonne approche, la Russie peut être séparée de la Chine », mais suggère également que « le fait que M. Poutine soit apparemment bien conscient des risques d’une relation plus étroite avec la Chine et qu’il ait décidé de poursuivre dans cette voie pourrait laisser peu de chances aux États-Unis de faire changer de cap à la Russie » 46.
Le facteur Trump
En amplifiant la guerre commerciale contre la Chine, l’administration Trump a renforcé l’axe sino-russe.
Son objectif d’affaiblir les liens entre les deux pays et de mener une stratégie de « Kissinger inversé » n’a en effet produit aucun résultat tangible : la Chine, toujours pragmatique, reste incertaine quant à la viabilité des promesses chimériques de Trump dans quatre ans — voire dans deux si les républicains perdent leur majorité au Congrès. Le rapprochement soudain de Trump avec Poutine suscite également des critiques de la part de l’opinion publique américaine, dont 85 % reste hostile au président russe 47. Là où les signaux envoyés jusqu’à présent par l’administration Trump semblent incohérents, l’alliance Moscou-Pékin reste en apparence solide — Poutine s’étant empressé de rassurer Xi le 24 février 2025 sur son engagement à poursuivre le partenariat avec la Chine.
Malgré les efforts de Trump, il est donc très probable que Pékin poursuive sa politique pro-russe 48.

On pourrait supposer que la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine pourrait profiter à la Russie. En effet, Moscou et Washington exportent vers la Chine de nombreux produits similaires, notamment du pétrole, du gaz et du charbon. En 2024, les États-Unis ont vendu 10,8 millions de tonnes de pétrole, 4,16 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié et 14,1 millions de tonnes de charbon à la Chine. Si la Russie affirme pouvoir remplacer les États-Unis, elle est confrontée à des contraintes en matière d’infrastructures et de transport. Le transport terrestre de pétrole (par oléoduc et par rail) a atteint sa capacité maximale de 41 millions de tonnes en 2024, et le transport par bateau n’est pas rentable pour Moscou 49. Les livraisons de gaz via le gazoduc Power of Siberia 1 ne peuvent pas être augmentées de manière significative, car les sanctions occidentales et les difficultés de navigation hivernale avec des pétroliers russes sous-dimensionnés dans l’océan Arctique posent des obstacles majeurs. Le charbon est confronté à une situation similaire : la baisse des prix, les longues distances et la capacité limitée des ports et des chemins de fer russes ne permettent pas d’augmenter de manière significative les exportations.
De même, les produits agricoles, que les États-Unis fournissent en grandes quantités à la Chine (27 milliards de dollars en 2024, contre 7,4 milliards pour la Russie), ne peuvent être remplacés par des livraisons russes, principalement en raison des mêmes goulets d’étranglement dans les transports et des restrictions phytosanitaires 50. La production agricole russe est également moins attractive que celle du Brésil ou du Kazakhstan, qui sont devenus les principaux bénéficiaires de la guerre commerciale avec les États-Unis.
En amplifiant la guerre commerciale contre la Chine, l’administration Trump a renforcé l’axe sino-russe.
Pierre Andrieu
À l’inverse, on pourrait s’attendre à ce que les exportations chinoises, désormais rejetées par le marché américain, soient redirigées vers la Russie à des prix inférieurs. Mais Moscou n’a pas la capacité d’absorber ces marchandises ni de les réexporter. De plus, la plupart des banques chinoises refusent de travailler avec des clients russes par crainte de sanctions secondaires et sont contraintes de recourir à des intermédiaires, ce qui entraîne des coûts supplémentaires et des retards. Selon les milieux bancaires russes, à l’été 2024, 98 % des banques chinoises avaient cessé d’accepter les paiements directs des entreprises russes 51.
Néanmoins, les échanges commerciaux entre la Russie et la Chine ont continué d’augmenter. Les deux pays partagent des avantages géoéconomiques tels que la proximité géographique, une longue frontière, ainsi que des voies terrestres et des moyens de transport relativement sûrs. Les voies terrestres sont en effet moins vulnérables aux attaques militaires américaines en cas de conflit, contrairement aux voies maritimes.
Là encore, plus les relations entre Pékin et Washington se détériorent, plus la Russie devient importante pour la Chine.
Conclusion
L’histoire de la relation bilatérale entre les deux pays est marquée par une ambivalence profonde.
D’un côté, une longue histoire faite de malentendus, de conflits, d’exploitation et de méfiance mutuelle semblait vouer les deux pays à rester séparés. De l’autre, les conditions actuelles les ont rapprochés — favorisant un partenariat stratégique largement fondé sur le pragmatisme.
Cette dynamique devrait perdurer tant que chaque partie aura besoin de l’autre pour faire face aux défis communs posés par les États-Unis et aux bouleversements internationaux plus larges. Alors même qu’un monde multipolaire prend forme, il pourrait en réalité déboucher sur un nouvel ordre bipolaire centré sur les États-Unis et la Chine. Dans une telle configuration, Moscou, reléguée au rang de partenaire junior, pourrait se retrouver « recrutée » pour servir les intérêts stratégiques de Pékin, en particulier en cas de guerre à Taïwan.
Cet alignement sino-russe s’est considérablement renforcé depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie.
Pékin continue de soutenir l’effort de guerre de Moscou et considère la Russie comme un partenaire stratégique indispensable. Dans ce contexte, la Chine n’a aucun intérêt à voir la Russie subir une défaite totale ou remporter une victoire décisive en Ukraine.
Comme l’aurait déclaré le chef de la diplomatie chinoise Wang Yi à un haut responsable de l’Union lors d’une récente visite en Europe, « Pékin ne souhaite pas voir la Russie perdre en Ukraine, car elle craint que les États-Unis ne concentrent alors toute leur attention sur Pékin » 52. De ce point de vue, la prolongation de la guerre sert les intérêts stratégiques de la Chine.
Les méthodes mises au point par Moscou pour contourner les sanctions occidentales pourraient s’avérer précieuses pour Pékin dans le cadre d’une invasion de Taïwan.
Pierre Andrieu
Le partenariat sino-russe s’étend désormais bien au-delà du champ de bataille ukrainien, comme en témoignent le volume croissant des échanges commerciaux et l’interdépendance énergétique de plus en plus forte entre Moscou et Pékin. Plus largement, la Russie continue d’être un partenaire utile pour la Chine, non seulement pour assurer la stabilité du régime en place et la stabilité régionale en Asie centrale, mais aussi pour aider Pékin à rallier le soutien des pays du Sud et à promouvoir une alternative à l’ordre mondial dirigé par l’Occident. En outre, les méthodes mises au point par Moscou pour contourner les sanctions occidentales pourraient s’avérer précieuses pour Pékin dans le cadre d’une invasion de Taïwan.

Pour l’Europe et les États-Unis, la fermeté chinoise a conduit à une impasse diplomatique.
Dans le cas de Washington, toute initiative de paix concernant l’Ukraine semble désormais peu probable, compte tenu de la détermination de Poutine à poursuivre la guerre et du soutien constant de la Chine. Quant à l’Union européenne, l’équilibre rhétorique actuel consistant à qualifier la Chine à la fois de « partenaire », de « concurrent stratégique » et de « rival systémique » n’a guère évolué malgré l’offensive de charme de Pékin. Les progrès restent au point mort sur presque toutes les grandes questions internationales, notamment l’Ukraine, la Russie et la Corée du Nord. Même sur le plan commercial, la Chine n’a proposé que des concessions marginales, largement symboliques — telles que celles concernant le cognac français et les exportations de terres rares. Les questions relatives au climat, à l’environnement et à la santé publique semblent être les rares domaines de coopération possibles.
Même si le sommet UE-Chine du 24 juillet à Pékin, qui marquait le 50e anniversaire des relations diplomatiques, n’a pas répondu aux attentes, des possibilités de coopération subsistent. Pour l’Union européenne, il est essentiel de faire comprendre à Pékin que l’agression russe en Ukraine, qu’elle progresse ou recule, continue de représenter une menace fondamentale pour la sécurité européenne.
Sources
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- Avec le khanat de Chagatai en Asie centrale, l’Ilkhanat de Perse et le khanat de Kubilaï (c’est-à-dire la dynastie Yuan) en Chine.
- Marie Favereau, The Horde : How the Mongols Changed the World, The Belknap Press of Harvard University, 2021.
- Michel Heller, Histoire de la Russie et de son empire, Champs Flammarion, 2003.
- John King Fairbank, The Chinese World Order : Traditional China’s Foreign Relations, Harvard University Press, 1968.
- John Oxenham Goodman, China’s Borders with Russia in the Northeast : Unequal Treaties and Large Territorial Losses, CreateSpace, 2017 ; et Tom Ames, « What Was Russia’s Involvement in the Opium Wars ? » History Hit, 18 janvier 2021.
- François Fejtö, Chine-URSS : La fin d’une hégémonie, Plon, 1964.
- Les trois interdits étaient « ne pas établir d’alliances, ne pas s’opposer l’un à l’autre et ne pas agir contre un tiers », et les trois obligations étaient « être de bons voisins, de bons partenaires et de bons amis ». Voir Alexander Lukin, China and Russia : The New Rapprochement, Polity Press, 2018.
- Colin Thubron, The Amur River : Between Russia and China, Chatto & Windus, 2021.
- Voir Alexander Korolev, « Russia’s Reorientation to Asia : Causes and Strategic Implications », Pacific Affairs 89, n° 1, 2016, pp. 53-73.
- Pierre Andrieu, Géopolitique des relations russo-chinoises, Presses universitaires de France, 2023.
- Joe Leahy et Max Seddon, « China’s Xi Jinping Likens ‘U.S. Hegemony’ to ‘Fascist Forces’ Ahead of Vladimir Putin Summit », Financial Times, 8 mai 2025.
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- Comme dans « Xi, Putin Agree to Deepen Comprehensive Strategic Partnership of Coordination for New Era », Bureau d’information du Conseil d’État de la République populaire de Chine (RPC), communiqué de presse, 22 mars 2023.
- Kremlin, « Déclaration commune de la Fédération de Russie et de la République populaire de Chine sur la stabilité stratégique mondiale », 8 mai 2025.
- Elizabeth Wishnick, « Strategic Ambiguity and the Deterrent Value of Sino-Russian Partnership », China Aerospace Studies Institute, 31 octobre 2022. Le Traité de bon voisinage et de coopération amicale de 2001, prolongé en 2021 pour une durée de 20 ans, répond parfaitement à la situation internationale actuelle.
- Bobo Lo, Axis of Convenience : Moscow, Beijing, and the New Geopolitics, Brookings Institution, 2008.
- Pierre Andrieu, Géopolitique des relations russo-chinoises.
- Cette position ne devrait pas empêcher la Russie de soutenir une éventuelle action chinoise contre Taïwan, puisque la Chine et la Russie considèrent cette dernière comme une province chinoise qui devrait être réunifiée avec le continent.
- Maksym Skrypchenko, « Ukraine’s Delicate Balancing Act with China », Carnegie Endowment for International Peace, 20 juillet 2023.
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- Pierre Andrieu, Géopolitique des relations russo-chinoises ; et Elizabeth Wishnick, « China’s Belt and Road Loses a Notch and Gains a Bump », CNA, 9 mai 2022.
- « A careful examination of the events suggests that China was, in fact, played… Before Russia sent troops to Donetsk and Luhansk on February 21, the Chinese policy community did not believe that Russia was going to invade Ukraine… The only prominent Chinese scholar who publicly predicted a war between Russia and Ukraine was Professor Tang Shiping from Fudan University. Based on the model about state behavior that he developed, he predicted that there was a significant probability that Russia would invade Ukraine before the end of May. » Voir Yun Sun, « Ukraine : Did China Have a Clue ? », Stimson Center, 28 février 2022.
- John Feng, « China Surprised by Russia’s Military Failures in Ukraine : CIA Director », Newsweek, 10 mai 2022.
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- « ‘Friends for Peace’ Group on the Ukraine Crisis Set Up in the United Nations », ministère des Affaires étrangères (RPC), communiqué de presse, 28 septembre 2024. Ce dernier document, auquel l’Algérie a adhéré, semble principalement destiné aux pays du Sud et aux pays du BRICS, où la Chine est le seul « poids lourd » capable d’exercer une influence réelle en faveur de ses intérêts. Pour plus d’informations, voir Pierre Andrieu, « Le Sud global face à la guerre d’Ukraine », Politique étrangère, n° 1, 2024, pp. 65-76.
- Tessa Wong, « Zelensky Claims 155 Chinese Fighting for Russia in Ukraine », BBC, 10 avril 2025.
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- Voir la carte des points de contrôle dans Claus Soong, « China-Russia Alignment – A Shared Vision, Without Fully Seeing Eye to Eye », Mercator Institute for China Studies (MERICS), 7 mai 2025.
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- Finbarr Bermingham, « China Tells EU It Does Not Want to See Russia Lose Its War in Ukraine : Sources say », South China Morning Post, 4 juillet 2025.