« Avec Trump la démocratie est en jeu » : l’entrée en campagne de Joe Biden

L’élection américaine de 2024 a déjà commencé. Au centre de la campagne, il y aura une question vertigineuse : de quel côté se situe la démocratie ? Dans son premier discours fleuve, Joe Biden expose ce qui sera le cœur de sa stratégie : face à Trump, il est le vrai défenseur de l’Amérique et de la démocratie. Nous le traduisons et commentons pour la première fois.

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Le Grand Continent
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Trois ans après l’assaut du Capitole du 6 janvier 2021, Joe Biden a prononcé hier un discours fleuve marquant l’ouverture de sa campagne de réélection non loin de Valley Forge, en Pennsylvanie, haut-lieu de la guerre d’indépendance. C’est à cet endroit précis que George Washington, au cours de l’hiver 1777-1778, décida de stationner ses troupes, épuisées par la campagne, rongées par le froid, la faim, la maladie. Quelques mois plus tôt, le Congrès fuyait Philadelphie, à quelques dizaines de kilomètres, où fut signée la Déclaration d’Indépendance en 1776.

C’est pour se rattacher à cette image que le président démocrate a choisi le site de Valley Forge, en Pennsylvanie, pour l’ouverture de sa campagne — au-delà de son importance pour les élections, considéré comme l’un des États les plus compétitifs, il s’agit également de l’État de naissance de Joe Biden. Deux jours auparavant, le président réunissait à la Maison-Blanche un groupe réduit d’historiens — parmi lesquels Heather Cox Richardson, Eddie Glaude Jr. ou Annette Gordon-Reed — pour un déjeuner au cours duquel les participants étaient invités à conseiller le président sur la manière dont ce dernier pourrait inscrire le 6 janvier dans la lignée des grands événements soulignant la primauté de la lutte pour la liberté dans l’histoire américaine. 

Cet exercice n’est pas anodin. Alors que le mandat de Joe Biden présente un bilan économique globalement favorable — ce qui, d’ordinaire, pourrait suffire à rallier la majorité des électeurs —, les sondages semblent majoritairement indiquer, à dix mois des élections, que Trump a le plus de chances de l’emporter. La majorité républicaine de la Chambre contribue quant à elle à faire de l’immigration l’un des principaux sujets qui détermineront la campagne, alors que la position de Biden sur le sujet est largement critiquée par les électeurs républicains — et de plus en plus dans les rangs des Démocrates. Les réussites du mandat de Biden en matière d’infrastructures, de création d’emplois ou de transition énergétique devraient quant à elles occuper une place secondaire pour une grande partie d’électeurs.

Contrairement à ses précédents discours des 6 janvier 2022 et 2023, Joe Biden a décidé cette année d’adopter une posture beaucoup plus agressive vis-à-vis de Donald Trump. Ce dernier, qui devrait certainement être investi par le Parti républicain, est présenté comme le plus grand danger qui pèse sur l’essence même des États-Unis : la démocratie, mentionnée à 27 reprises dans le discours. « Le choix est clair. La campagne de Donald Trump est centrée sur lui, pas sur l’Amérique, pas sur vous. La campagne de Donald Trump est obsédée par le passé, pas par l’avenir. Il est prêt à sacrifier notre démocratie pour prendre le pouvoir. » 

Après avoir auparavant mobilisé Abraham Lincoln ou Franklin Delano Roosevelt, Biden a choisi de se rattacher à la figure de George Washington pour lancer sa campagne présidentielle. Bien que peu apprécié par les Démocrates, raviver la mémoire du premier président américain offre un argument de choix pour s’attaquer à la candidature de Donald Trump. Tandis que Washington annonça dans sa Farewell Address du 19 septembre 1796 ne pas briguer un troisième mandat, Donald Trump encouragea la foule à entraver le transfert pacifique du pouvoir le 6 janvier 2021, accomplissant ainsi ce contre quoi George Washington mettait en garde lui-même 225 ans auparavant.

Le sujet de mon discours aujourd’hui est extrêmement sérieux, et c’est pour cela qu’il doit être prononcé dès le début de cette campagne.

Durant l’hiver 1777, l’armée continentale marchait vers Valley Forge dans un froid intense. Le général George Washington savait qu’il était confronté à la tâche la plus ardue qui soit : mener et gagner une guerre contre l’empire le plus puissant du monde à l’époque. 

Sa mission était claire. La liberté, pas la conquête. La liberté, pas la domination. L’indépendance nationale, pas la gloire individuelle.

L’Amérique a fait un vœu. Plus jamais nous ne nous inclinerions devant un roi. 

Les mois à venir seraient incroyablement difficiles. Mais le général Washington savait une chose au fond de lui sur l’esprit des troupes qu’il dirigeait, une chose sur l’âme de la nation qu’il s’efforçait de faire naître.

Dans l’ordre général qu’il donna, il prédit — et je cite — que « d’un seul cœur et d’un seul esprit, avec force et patience », les troupes qu’il dirigeait surmonteraient toutes les difficultés.

Et c’est ce qu’elles firent.

Cette armée qui manquait de couvertures et de nourriture, de vêtements et de chaussures.

Cette armée dont la marche laissait des empreintes sanglantes et nues dans la neige. 

Cette armée en haillons composée de gens ordinaires. Leur mission, déclara George Washington, n’était rien de moins qu’une « cause sacrée ».

Freedom, liberty, democracy. La démocratie américaine. 

Je viens de visiter le site de Valley Forge. J’y suis allé plusieurs fois depuis l’époque où j’étais scout, il y a des années. C’est un lieu que chaque Américain devrait visiter, car il raconte l’histoire de la douleur, de la souffrance et du véritable patriotisme qu’il a fallu pour créer l’Amérique.

Aujourd’hui, nous nous retrouvons pour une nouvelle année, quelque 246 ans plus tard, juste un jour avant le 6 janvier, un jour à jamais partagé dans notre mémoire parce que c’est ce jour-là que nous avons failli perdre l’Amérique — que nous avons failli tout perdre.

Aujourd’hui, nous sommes ici pour répondre à la plus importante des questions. La démocratie est-elle toujours la cause sacrée de l’Amérique ? Je ne plaisante pas.

Ce n’est pas une question rhétorique, académique ou hypothétique.

La question de savoir si la démocratie est toujours la cause sacrée de l’Amérique est la question la plus urgente de notre époque, et c’est l’enjeu de l’élection de 2024.

Le choix est clair. La campagne de Donald Trump est centrée sur lui, pas sur l’Amérique, pas sur vous. La campagne de Donald Trump est obsédée par le passé, pas par l’avenir.

Il est prêt à sacrifier notre démocratie pour prendre le pouvoir.

© AP Photo/Stephanie Scarbrough

Notre campagne est différente. Pour Kamala et moi, cette campagne concerne l’Amérique. Elle vous concerne. Elle concerne tous les âges et toutes les origines qui occupent ce pays. Elle concerne l’avenir que nous allons continuer à construire ensemble.

Et notre campagne vise à préserver et à renforcer notre démocratie américaine.

Il y a trois ans demain, nous avons vu de nos propres yeux la foule violente prendre d’assaut le Capitole des États-Unis. Lorsque vous avez allumé votre télévision et découvert ces images, vous avez eu du mal à y croire.

Pour la première fois de notre histoire, des insurgés étaient venus empêcher le transfert pacifique du pouvoir en Amérique en brisant des vitres, en fracassant des portes, en attaquant la police.

À l’extérieur, des potences étaient érigées tandis que la foule des partisans MAGA scandait : « Pendez Mike Pence ».

À l’intérieur, ils ont cherché la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, en scandant, alors qu’ils défilaient et brisaient des vitres : « Où est Nancy ? »

Trois ans jour pour jour après l’assaut du Capitole, de nouveaux éléments, procès et vidéos sont régulièrement rendus public, alimentant une guerre permanente de récits. Afin d’encourager les Américains à « faire leurs propres recherches » sur les événements de ce jour, le speaker de la Chambre Mike Johnson a annoncé en décembre la publication de 44 000 heures de vidéos enregistrées par les caméras de surveillance du Capitole. Johnson a plus tard précisé que les visages de certains participants à l’insurrection seront floutés « parce que nous ne voulons pas qu’elles fassent l’objet de représailles et qu’elles soient inculpées par le département de la Justice ». Une vidéo inédite publiée le 5 janvier 2024 par Punchbowl News montrait à quel point des émeutiers auraient pu, à quelques secondes près, croiser un groupe d’élus démocrates qui tentait d’évacuer le bâtiment1.

Plus de 140 policiers ont été blessés. Jill et moi avons assisté aux funérailles des policiers décédés à la suite des événements de ce jour-là.

C’est à cause des mensonges de Donald Trump qu’ils sont morts ; parce que ces mensonges ont poussé la foule vers Washington.

Il avait promis que ce serait « sauvage », et ça l’a été.

Il a dit à la foule de « se battre comme l’enfer », et l’enfer s’est déchaîné. 

Il a promis qu’il leur donnerait raison. Que dans tout ce qu’ils feraient, il serait à leurs côtés. Puis, comme d’habitude, il a laissé le sale boulot à d’autres. Il s’est retiré à la Maison-Blanche.

Alors que l’Amérique était attaquée de l’intérieur, Donald Trump a suivi les événements à la télévision, dans la petite salle à manger privée qui se trouve à côté de mon bureau ovale.

La nation entière a regardé avec horreur. Le monde entier a regardé avec incrédulité. Et Trump n’a rien fait.

Les membres de son équipe, les membres de sa famille, les dirigeants républicains qui étaient attaqués — à ce moment précis — ont plaidé en sa faveur : « Agissez. Rappelez la foule ».

Imaginez s’il était sorti et avait dit « Arrêtez ». 

Et pourtant, Trump n’a rien fait. C’est l’un des pires manquements au devoir de la part d’un président dans l’histoire des États-Unis : une tentative de renverser une élection libre et équitable par la force et la violence.

Un nombre record de 81 millions de personnes ont voté pour ma candidature et pour mettre fin à sa présidence. Trump a perdu le vote populaire de 7 millions de voix.

Les affirmations de Trump concernant l’élection de 2020 n’ont jamais pu être défendues devant un tribunal.

Trump a perdu 60 affaires judiciaires — 60. Trump a perdu les États contrôlés par les républicains. Trump a perdu devant un juge nommé par Trump — puis devant d’autres juges. Et Trump a perdu devant la Cour suprême des États-Unis. Il a perdu sur toute la ligne.

Trump a perdu dépouillement après dépouillement, État après État.

Mais en désespoir de cause et par faiblesse, Trump et ses partisans MAGA se sont attaqués aux fonctionnaires électoraux qui ont pour mission de garantir que votre pouvoir de citoyen soit entendu. Ces fonctionnaires ont vu leur vie bouleversée à jamais par des attaques et des menaces de mort pour avoir simplement fait leur travail.

À Atlanta, en Géorgie, une courageuse mère noire et sa fille, Ruby Freeman et Shaye Moss, faisaient leur travail d’élues jusqu’à ce que Donald Trump et ses partisans les prennent pour cible et les menacent, les forçant à quitter leur domicile et déchaînant sur elles un vitriol raciste. L’avocat personnel de Trump, Rudy Giuliani, vient d’être condamné à 148 millions de dollars pour la cruauté et la diffamation qu’il leur a infligées.

L’histoire de Ruby Freeman et Shaye Moss illustre la violence encouragée par le discours de Donald Trump à l’encontre des fonctionnaires et autres agents électoraux accusés d’avoir contribué à « voler les élections ». Tandis qu’une foule prenait d’assaut le Capitole le 6 janvier 2021, un groupe de militants trumpistes s’engageait au même moment dans une chasse à l’homme contre Ruby Freeman, victime de menaces de mort et inscrites sur la « death list » de Thomas Caldwell, membre du groupe d’extrême-droite Oath Keepers2.

D’autres élus locaux et d’État à travers le pays ont fait l’objet d’attaques personnelles similaires. En outre, Fox News a accepté de payer un montant record de 787 millions de dollars pour les mensonges qu’elle a proférés au sujet de la fraude électorale.

Soyons clairs en ce qui concerne les élections de 2020.

M. Trump a épuisé toutes les voies légales à sa disposition pour renverser l’élection. Mais la voie juridique n’a fait que ramener Trump à la vérité, à savoir que j’avais gagné l’élection et qu’il était un perdant.

Eh bien, sachant comment son esprit fonctionne maintenant, il ne lui restait qu’un acte — un acte désespéré — à sa disposition : la violence du 6 janvier. 

Depuis ce jour, plus de 1 200 personnes ont été inculpées pour avoir attaqué le Capitole. Près de 900 d’entre elles ont été condamnées ou ont plaidé coupable. Collectivement, à ce jour, elles ont été condamnées à plus de 840 ans de prison.

Et qu’a fait Trump ? Au lieu de les appeler « criminels », il a appelé ces insurgés « patriotes ». Ce sont des « patriotes ». Et il a promis de les gracier s’il revenait au pouvoir. 

Trump a dit qu’il y avait eu « beaucoup d’amour » le 6 janvier. Le reste de la nation, y compris les forces de l’ordre, a plutôt vu beaucoup de haine et de violence. Un policier du Capitole a parlé de « bataille médiévale ». Ce même policier a été traité de noms ignobles et racistes. 

Il a déclaré qu’il avait plus peur au Capitole des États-Unis d’Amérique, dans les chambres, que lorsqu’il se battait en tant que soldat dans la guerre en Irak.

En essayant de réécrire les faits du 6 janvier, M. Trump tente de voler l’histoire de la même manière qu’il a essayé de voler l’élection.

Mais nous connaissions la vérité parce que nous l’avons vue de nos propres yeux. Ce n’était pas une histoire racontée. On l’a vu à la télévision à plusieurs reprises.

La foule de Trump n’était pas une protestation pacifique. C’était un assaut violent. Il s’agissait d’insurgés, pas de patriotes. Ils n’étaient pas là pour faire respecter la Constitution, mais pour la détruire.

Trump refuse de faire ce qu’un président américain doit faire. Il refuse de dénoncer la violence politique.

Alors, entendez-moi bien. Je vais vous dire ce que Donald Trump ne veut pas dire.

La violence politique n’est jamais acceptable dans le système politique des États-Unis. Elle n’a pas sa place dans une démocratie.

On ne peut pas être pro-insurrectionnel et pro-américain. 

Or non seulement Trump et ses partisans MAGA embrassent la violence politique, mais ils en rient. Lors de son rassemblement, il a plaisanté à propos d’un intrus, excité par le Big Lie de Trump, qui a pris un marteau pour frapper le crâne de Paul Pelosi et fait écho aux mêmes mots que ceux utilisés le 6 janvier : « Où est Nancy ? »

Et il trouve ça drôle. Il en a ri. Quel malade. Mon Dieu.

Je pense sérieusement que c’est méprisable — pas seulement pour un président, pour n’importe qui. Il l’a dit devant le monde entier et alors que j’étais à l’étranger.

Le 28 octobre 2022, le mari de l’ancienne speaker démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a été attaqué à son domicile par David DePape, un extrémiste armé d’un marteau adepte de théories conspirationnistes qui cherchait ce jour-là à enlever Nancy Pelosi. Cette attaque d’une violence rare dirigée contre un homme âgé de 82 ans qui n’était alors qu’une « victime collatérale » de DePape a fait l’objet de moqueries par Donald Trump lors d’un meeting fin septembre. Après avoir demandé sur un ton sarcastique « comment se portait le mari de Nancy Pelosi » devant un public hilare, l’ancien président ajoutait : « elle s’oppose à la construction d’un mur à notre frontière, alors qu’elle a un mur autour de sa maison — qui n’a manifestement pas fait du très bon travail ». 

L’attaque de Trump contre la démocratie ne fait pas seulement partie de son passé. C’est ce qu’il promet pour l’avenir. Il est direct. Il ne cache pas son jeu.

Son premier rassemblement pour la campagne 2024 s’est ouvert sur une chorale d’insurgés du 6 janvier chantant depuis la prison sur un téléphone portable, tandis que des images de l’émeute du 6 janvier étaient diffusées sur un grand écran derrière lui lors de son rassemblement.

Vous y croyez ? On se croirait dans un mauvais conte de fées.

Trump a commencé sa campagne pour 2024 en glorifiant l’insurrectionnisme violent qui a échoué au Capitole.

Le type qui revendique la loi et l’ordre sème l’anarchie et le désordre.

Trump ne se préoccupe pas de votre avenir, je vous le promets. Trump promet maintenant une campagne à grande échelle de « vengeance » et de « rétribution » — ce sont ses mots — pour les années à venir. Il a ajouté qu’il serait un dictateur dès le premier jour.

© AP Photo/Stephanie Scarbrough

Il a appelé cela, et je cite, la « suppression de toutes les règles, de tous les règlements et de tous les articles, même ceux qui se trouvent dans la Constitution des États-Unis », si c’est sa volonté.

C’est vraiment difficile à croire. Même les articles de la Constitution, il pourrait y mettre fin ?

Il a menacé l’ancien chef d’état-major de le condamner à mort car le président a fait passer son serment à la Constitution avant sa loyauté personnelle envers Trump.

Cela vient d’un président qui, lorsqu’il a visité un cimetière, a traité les soldats morts de « nuls » et de « perdants ». Vous vous en souvenez ?

Parfois, je suis vraiment heureux que l’Irlandais en moi ne soit pas visible.

C’était au moment où j’étais sur la tombe de Beau, Tommy.

Comment ose-t-il ? Pour qui se prend-il, mon Dieu ?

Avec d’anciens collaborateurs, Trump prévoit d’invoquer l’Insurrectionist Act — ce qu’il n’est pas autorisé à faire dans des circonstances ordinaires —, qui lui permettrait de déployer des forces militaires américaines dans les rues de l’Amérique. Il l’a dit.

Il qualifie de « vermine » ceux qui s’opposent à lui. Il parle du sang des Américains comme étant empoisonné, reprenant le même langage que celui utilisé dans l’Allemagne nazie.

Les propos tenus par Trump le 11 novembre dernier lors du Veterans Day, un jour férié commémorant les sacrifices des anciens combattants américains, ont fait couler beaucoup d’encre dans les journaux et diverses publications en raison de leur proximité avec les discours tenus par Adolf Hitler ou Benito Mussolini. Devant des militants tenant des affiches sur lesquelles était inscrit « la paix à travers la force », Donald Trump a comparé « les communistes, les marxistes, les fascistes et les voyous de la gauche radicale » à des « vermines », avant d’accuser les immigrants « d’empoisonner le sang de notre pays ». Dans l’ouvrage de Max Domarus Hitler : Speeches and Proclamations, l’historien considère qu’Hitler justifiait les crimes du Troisième Reich en ne considérant pas les Juifs et les Russes comme des êtres humains, mais des animaux et des bêtes : « Si des hommes de valeur devaient mourir chaque jour au front, il importait peu que des vermines comme les Juifs soient tuées »3.

Il affiche fièrement sur les réseaux sociaux les mots qui décrivent le mieux sa campagne de 2024 : « vengeance », « pouvoir » et « dictature ».

Il n’y a aucune confusion possible sur qui est Trump et ce qu’il a l’intention de faire.

J’ai posé ma main sur notre Bible familiale et j’ai prêté serment sur les mêmes marches du Capitole, 14 jours seulement après l’attentat du 6 janvier.

En regardant la capitale, dont les rues étaient bordées de gardes nationaux pour empêcher une nouvelle attaque, j’ai vu un Américain, une Amérique qui avait été poussée au bord du gouffre.

Mais j’ai ressenti une immense fierté — pas celle d’avoir gagné — pour l’Amérique parce que la démocratie américaine avait été mise à l’épreuve et qu’elle avait tenu bon.

Là où Trump a vu la faiblesse de notre démocratie et continue d’en parler, j’ai vu la force — votre force. Ce n’est pas une hyperbole. Votre force. Votre intégrité. La force et l’intégrité américaines.

Les citoyens ordinaires, les fonctionnaires électoraux des États, le système judiciaire américain, ont tous donné la priorité à la Constitution, parfois à leurs risques et périls.

Grâce à eux, grâce à vous, la volonté du peuple a prévalu, contre la colère de la foule ou les appétits d’un seul homme.

Lorsque l’attentat du 6 janvier s’est produit, la vérité n’a fait aucun doute. À l’époque, même les membres républicains du Congrès et les commentateurs de Fox News ont condamné publiquement et en privé l’attentat.

Comme l’a dit un sénateur républicain, « le comportement de Trump était embarrassant et humiliant pour le pays ».

Mais aujourd’hui, ce même sénateur et ces mêmes personnes ont changé de discours.

Au fil du temps, la politique, la peur, l’argent sont intervenus. Et maintenant, ces voix de partisans MAGA qui connaissent la vérité sur Trump le 6 janvier ont abandonné la vérité et la démocratie.

Le 6 janvier 2021 a longtemps conduit à penser qu’une partie importante des dirigeants et des électeurs du Parti républicain allaient se détourner de Donald Trump en raison du rôle joué par celui-ci lors de l’insurrection. Trois ans jour pour jour après les faits, il apparaît que seule une minorité du GOP a emprunté ce chemin. Selon la recension du site FiveThirtyEight, 162 élus et responsables républicains ont à ce jour publiquement annoncé leur soutien à Donald Trump, contre seulement 18 pour Ron DeSantis4. Mercredi 3 janvier 2024, le chef de la majorité républicaine à la Chambre, Tom Emmer, a annoncé qu’il voterait pour Donald Trump en 2024, tandis que ce dernier le qualifiait quelques mois plus tôt de « Globalist RINO [Republican In Name Only] » : un Républicain considéré déloyal envers le Parti.

Ils ont fait leur choix. Maintenant, le reste d’entre nous — Démocrates, indépendants, Républicains traditionnels — doit faire son choix.

Je connais le mien. Et je crois connaître celui de l’Amérique.

Nous défendrons la vérité, sans céder au Big Lie.

Nous embrasserons la Constitution et la Déclaration, nous ne les abandonnerons pas. Nous honorerons la cause sacrée de la démocratie, nous ne nous en détournerons pas.

Aujourd’hui, je vous fais cette promesse sacrée. La défense, la protection et la préservation de la démocratie américaine resteront, comme elles l’ont été, la cause centrale de ma présidence.

En ce début d’année électorale, nous devons être clairs : la démocratie est en jeu. Votre liberté est en jeu.

Oui, nous allons voter sur de nombreuses questions : sur la liberté de voter et de voir son vote pris en compte, sur la liberté de choix, sur la liberté d’avoir une chance équitable, sur la liberté d’être à l’abri de la peur.

Nous débattrons, et serons en désaccord.

Sans démocratie, aucun progrès n’est possible. Pensez-y. L’alternative à la démocratie est la dictature — la règle d’un seul, pas la règle de « Nous, le peuple ».

C’est ce qu’avaient compris les soldats de Valley Forge, c’est ce que nous devons également comprendre.

Nous avons eu la chance de bénéficier pendant si longtemps d’une démocratie forte et stable. Il est facile d’oublier pourquoi tant de personnes avant nous ont risqué leur vie pour renforcer la démocratie, et ce que serait notre vie sans elle.

La démocratie, c’est la liberté de dire ce que l’on pense, d’être qui l’on est, d’être qui l’on veut être. La démocratie, c’est la possibilité d’apporter des changements pacifiques. La démocratie, c’est la façon dont nous avons ouvert les portes de l’opportunité de plus en plus largement à chaque génération successive, et ce malgré nos erreurs.

Mais si la démocratie disparaît, nous perdrons cette liberté. Nous perdrons le pouvoir de « nous, le peuple » de façonner notre destin.

Si vous doutez de moi, regardez autour de vous. Voyagez avec moi lors de mes rencontres avec d’autres chefs d’État dans le monde entier.

Regardez les dirigeants autoritaires et les dictateurs que Trump dit admirer — il dit tout haut qu’il les admire. Je ne vais pas tous les citer. Ce serait trop long.

Vous vous souvenez de la façon dont il s’amuse quand il fait référence à ce qu’il appelle les échanges de « lettres d’amour » entre lui et le dictateur de la Corée du Nord ?

Les femmes et les hommes de l’auditoire qui ont combattu pour l’armée américaine ne croiraient-ils jamais entendre un président dire une chose pareille ?

Son admiration pour Poutine… — je pourrais continuer longtemps.

Et regardez ce que ces autocrates font pour limiter la liberté dans leurs pays. Ils limitent la liberté d’expression, la liberté de la presse, la liberté de réunion, les droits des femmes, les droits des personnes LGBTQ, les gens vont en prison…

C’est vrai : l’histoire des États-Unis n’est pas un conte de fées. Chaque avancée de l’Amérique se heurte à une réaction féroce, souvent de la part de ceux qui craignent le progrès et de ceux qui exploitent cette peur à des fins personnelles ; de ceux qui profèrent des mensonges pour le pouvoir et le profit ; de ceux qui sont motivés par les griefs et l’avarice, consumés par la conspiration et la victimisation ; de ceux qui cherchent à enterrer l’histoire et à interdire les livres.

Avez-vous jamais pensé que vous seriez dans un événement politique en train de parler de l’interdiction de livres pour une élection présidentielle ?

L’interdiction de la publication et de la distribution de livres n’est ni un phénomène récent aux États-Unis ni un phénomène limité au pays. En 1857, la publication de The Impending Crisis of the South : How to Meet It par Hinton Rowan Helper avait suscité des débats dont les ramifications se retrouvent encore aujourd’hui dans la manière dont les livres et la liberté d’expression se retrouvent au coeur des débats politiques. Si on ne parlait pas encore de « Culture Wars », ce livre — qui expliquait fondamentalement que l’esclavage nuisait au développement économique des populations blanches et profitait à un nombre restreint de riches esclavagistes — a été vivement critiqué par des élus démocrates en raison de la menace qu’il représentait pour le Parti. Il a finalement été interdit dans un certain nombre d’États du sud. Entre 2021 et 2022, plus de 1 600 titres ont été interdits à la diffusion dans 32 États, parmi lesquels on retrouve majoritairement des livres évoquant l’orientation sexuelle, le racisme, les personnes LGBT… Dans la plupart des cas, ces livres sont visés par des activistes conservateurs qui y voient un danger pour les valeurs américaines originelles — alors même que le premier amendement prévoit que : « Le Congrès n’adoptera aucune loi visant à limiter la liberté d’expression ou de la presse ».

Le choix et la lutte entre ces forces — ces forces concurrentes, entre la solidarité et la division — sont éternels. Mais cette fois-ci, c’est très différent.

Il ne peut y avoir de compétition si l’on considère la politique comme une guerre totale plutôt que comme un moyen pacifique de résoudre nos différends. La guerre totale, c’est ce que veut Trump.

C’est pourquoi il ne comprend pas la vérité la plus fondamentale sur ce pays.

Contrairement à d’autres nations sur Terre, l’Amérique n’est pas fondée sur l’ethnicité, la religion ou la géographie. Nous sommes la seule nation dans l’histoire du monde construite sur une idée : « Nous tenons ces vérités pour évidentes, que tous les hommes et toutes les femmes sont créés égaux ».

C’est une idée énoncée dans la Déclaration, créée de manière à ce que nous considérions que tout le monde est égal et doit être traité de la même manière tout au long de sa vie.

Nous n’avons jamais été à la hauteur de cette idée. Nous avons encore un long chemin à parcourir. Mais nous n’avons jamais renoncé à cette idée. Nous ne l’avons jamais abandonnée auparavant.

Je vous promets que je ne laisserai pas Donald Trump et les Républicains MAGA nous forcer à nous éloigner maintenant.

Nous vivons à une époque où une minorité déterminée fait tout ce qui est en son pouvoir pour essayer de détruire notre démocratie pour son propre agenda. Le peuple américain le sait, et il se tient courageusement sur la brèche.

Rappelez-vous, après 2020, l’insurrection du 6 janvier visant à annuler l’élection au cours de laquelle plus d’Américains avaient voté qu’à n’importe quel autre moment de l’histoire des États-Unis. Les Américains ont vu la menace qui pesait sur le pays et l’ont chassé.

En 2022, lors des élections historiques de mi-mandat, État après État, élection après élection, les négationnistes des élections ont été vaincus.

Aujourd’hui, en 2024, Trump se présente comme le « denier-in-chief », le négateur des élections en chef.

Une fois de plus, il affirme qu’il ne respectera pas les résultats de l’élection s’il perd.

Trump dit qu’il ne comprend pas. Eh bien, il ne comprend toujours pas la vérité fondamentale, à savoir qu’on ne peut pas aimer son pays uniquement lorsqu’on gagne.

Je tiendrai donc mon engagement d’être le président de toute l’Amérique, que vous ayez voté pour moi ou non. Je l’ai fait au cours des trois dernières années et je continuerai à le faire. 

Ensemble, nous pouvons continuer à prouver que l’Amérique est toujours un pays qui croit à la décence, à la dignité, à l’honnêteté, à l’honneur et à la vérité. Nous croyons toujours que personne, pas même le président, n’est au-dessus de la loi.

La grande majorité d’entre nous croit toujours que tout le monde mérite une chance équitable de s’en sortir. Nous sommes toujours une nation qui n’offre aucun refuge à la haine.

L’expérience que j’ai acquise en travaillant avec des dirigeants du monde entier me permet de vous dire — et je ne plaisante pas — que l’Amérique est toujours considérée comme le phare de la démocratie dans le monde.

Je ne peux pas vous dire combien de dirigeants mondiaux — et je les connais tous, pratiquement tous — m’attrapent le bras en privé et me disent : « Il ne peut pas gagner. Dites-moi. Non, mon pays sera en danger ».

Pensez au nombre de pays que vous connaissez et qui sont au bord du gouffre. Imaginez. 

Nous croyons toujours en « Nous, le peuple », et cela inclut chacun d’entre nous, pas certains d’entre nous.

© AP Photo/Stephanie Scarbrough

Permettez-moi de conclure par ceci.

En ce froid hiver de 1777, George Washington et ses troupes américaines à Valley Forge ont mené une bataille au nom d’une idée révolutionnaire selon laquelle les gens ordinaires, comme ceux d’où je viens et la grande majorité d’entre vous, peuvent se gouverner eux-mêmes sans un roi ou un dictateur.

Dans la rotonde du Capitole, il y a une peinture géante du général George Washington — pas le président Washington — qui démissionne de son poste de commandant en chef de l’armée continentale.

Un roi européen de l’époque avait déclaré, après la victoire de la révolution : « Le moment est venu pour lui de déclarer sa royauté ».

Mais au lieu de cela, la foule qui a attaqué le Capitole, brandissant des drapeaux de Trump et des drapeaux confédérés, est passée devant ce portrait.

Cette image de George Washington ne les a pas arrêtés, alors qu’elle aurait dû le faire.

L’artiste qui a peint ce portrait a commémoré ce moment parce qu’il a dit que c’était, je cite, « l’une des plus grandes leçons de morale jamais données au monde ». Fin de citation.

George Washington était à l’apogée de son pouvoir. Il venait de vaincre l’empire le plus puissant de la planète et aurait pu s’accrocher au pouvoir aussi longtemps qu’il l’aurait voulu. Il aurait pu faire de lui non pas un futur président, mais un futur monarque.

Et, en passant, une fois élu président, il aurait pu rester pour deux, trois, quatre, cinq mandats, jusqu’à sa mort.

Mais ce n’était pas l’Amérique pour laquelle lui et les troupes américaines de Valley Forge s’étaient battus.

Dès 1792, James Madison rédigeait une lettre de démission à la demande de George Washington avant que celui-ci ne se laisse finalement convaincre d’effectuer un deuxième mandat. Quatre ans plus tard, une nouvelle version de celle-ci — reprise par Alexander Hamilton — était publiée dans le journal de Philadelphie Daily American Advertiser, avant d’être diffusée dans tout le pays. George Washington avait déjà suscité l’admiration des Américains neuf ans auparavant lorsqu’il démissionna de son poste de commandant en chef de l’armée continentale à la fin de la guerre d’indépendance. Jusqu’à l’entrée en vigueur du 22ème amendement de la Constitution en 1951, les présidents des États-Unis n’étaient pas limités par un nombre maximal de mandats. Celle-ci n’a été inscrite dans la Constitution qu’à la suite des quatre mandats exercés par Franklin Delano Roosevelt entre 1933 et 1945, inspirée de la « tradition » instaurée par George Washington puis Thomas Jefferson, qui annonça à son tour en 1807 refuser de briguer un troisième mandat.

En Amérique, les vrais dirigeants — les dirigeants démocratiques — ne s’accrochent pas au pouvoir sans relâche. Nos dirigeants rendent le pouvoir au peuple. Et ils le font de leur plein gré, car c’est ainsi que les choses se passent.

Vous faites votre devoir. On sert son pays.

Et notre pays est digne d’être servi, comme l’ont montré de nombreux présidents républicains et démocrates au fil des ans.

Nous ne sommes pas parfaits. Mais à notre meilleur, nous faisons face au bien, au mal, à la vérité de qui nous sommes. Nous nous regardons dans le miroir et, en fin de compte, nous ne prétendons jamais être ce que nous ne sommes pas.

C’est ce que font les grandes nations. Et nous sommes une grande nation. Nous sommes la plus grande nation de la planète. Nous le sommes vraiment.

C’est l’Amérique que je vois dans notre avenir. Nous nous relevons. Nous continuons. Nous ne nous inclinons jamais. Nous ne plierons jamais. Nous parlons de possibilités, pas de carnage. Nous ne nous laissons pas abattre par les griefs. Nous n’entretenons pas la peur. Nous ne nous promenons pas en victimes. 

Nous prenons notre destin en main.

Nous faisons notre travail avec l’aide des gens que nous trouvons en Amérique, qui trouvent leur place dans un monde en mutation et qui rêvent et construisent un avenir qu’ils ne sont pas les seuls à mériter, mais que tous méritent.

Aucun d’entre vous ne croit que l’Amérique échoue. Nous savons que l’Amérique gagne. C’est cela le patriotisme américain.

Et elle ne gagne pas grâce à Joe Biden. Elle gagne, tout simplement.

C’est la première élection nationale depuis que l’insurrection du 6 janvier a placé un poignard sous la gorge de la démocratie américaine.

Nous savons tous qui est Donald Trump. La question à laquelle nous devons répondre est la suivante : qui sommes-nous ? C’est ce qui est en jeu.

Au cours de l’année à venir, lorsque vous parlerez à votre famille et à vos amis, lorsque vous déposerez votre bulletin de vote, le pouvoir est entre vos mains.

Après tout ce que nous avons vécu au cours de notre histoire, de l’indépendance à la guerre civile, en passant par deux guerres mondiales, une pandémie et une insurrection, je refuse de croire qu’en 2024, les Américains choisiront de renoncer à ce qui a fait d’eux la plus grande nation de l’histoire du monde : la liberté.

La démocratie est toujours une cause sacrée. Et aucun pays au monde n’est mieux placé que l’Amérique pour mener le monde.

C’est pourquoi, je l’ai dit à maintes reprises. C’est pourquoi je n’ai jamais été aussi optimiste quant à notre avenir. Et je fais cela depuis très longtemps.

Il suffit de se rappeler qui nous sommes — avec patience et force, d’un seul cœur. Nous sommes les États-Unis d’Amérique, pour l’amour de Dieu.

Je le pense vraiment. Je crois de tout mon être qu’il n’y a rien qui dépasse notre capacité si nous agissons ensemble et avec décence les uns envers les autres. Rien, rien, rien. Je suis sincère.

Nous sommes la seule nation au monde qui est sortie de chaque crise plus forte qu’elle n’y était entrée. C’était vrai hier, c’est vrai aujourd’hui et je vous garantis que ce sera vrai demain. 

Que Dieu vous bénisse tous. Et que Dieu protège nos troupes.

Je vous remercie.

Sources
  1. Jan. 6 footage of House members narrowly escaping, YouTube, 5 janvier 2024.
  2. CRIMINAL NO. 22-cr-15 (APM), 8 juillet 2022.
  3. Max Domarus, The Essential Hitler : Speeches and Commentary, Bolchazy-Carducci Publishers, 2007, p. 404.
  4. Which 2024 Republican Presidential Candidate Has The Most Endorsements ?, FiveThirtyEight.
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