Paul Veyne, Comment on écrit l’histoire, Seuil, 1971

« Qu’est-ce que l’histoire ? Que font réellement les historiens, d’Homère à Max Weber, une fois qu’ils sont sortis de leurs documents et archives et qu’ils procèdent à une « synthèse » ? Font-ils l’étude scientifique des diverses créations et activités des hommes d’autrefois ? Leur science est-elle celle de l’homme en société ? Bien moins que cela ; la réponse à la question n’a pas changé depuis deux mille deux cents ans que les successeurs d’Aristote l’ont trouvée : les historiens racontent des événements vrais qui ont l’homme pour acteur. L’histoire est un roman vrai. »

Paul Veyne, Inventaire des différences, Seuil, 1979

« La véritable histoire est sociologique : elle ne se borne ni à raconter, ni à comprendre, mais elle structure sa matière à partir de concepts empruntés aux sciences humaines. Elle n’est ni un récit continu, ni une théorie étayée par des faits choisis plus ou moins arbitrairement. Comme la zoologie, elle se doit de faire un inventaire complet. Mais comme la sociologie, elle étudie des matériaux humains subsumés par des concepts. 

Dans sa leçon inaugurale au Collège de France, Paul Veyne, spécialiste de l’Antiquité grecque et romaine, trace pour l’histoire un programme ambitieux et paradoxal : conceptualiser pour individualiser. »

Paul Veyne, Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ? Essai sur l’imagination constituante, Seuil, 1983

« Se pourrait-il que les Grecs, ces sages ancêtres qui nous ont transmis la raison, aient cru aux titans, aux cyclopes et aux héros dont ils ont peuplé leur mythologie ? Et, à supposer qu’ils aient tenu le Minotaure pour un mensonge de poète, doutaient-ils conséquemment de l’existence de Thésée ? À travers ces questions, Paul Veyne entreprend une enquête passionnante sur le statut de la vérité, l’expérience « la plus historique de toutes ». En étudiant la nature des mythes, leurs modalités de réception, leurs critères de vraisemblance et le scepticisme ambigu qu’ils suscitaient, il interroge les liens que ces récits entretiennent avec l’histoire, cet autre discours revendiquant un savoir sur le passé. Il s’agit donc moins dans ce livre d’interroger la crédulité des Grecs anciens que nos propres croyances. »

Paul Veyne, René Char en ses poèmes, Gallimard, 1990

« Ce livre « raconte » ce que disent les poèmes de René Char comme on raconterait un film à quelqu’un qui ne l’aurait pas vu ou l’aurait mal compris. « Quand on entendait René parler, faire oralement des brouillons – écrit Paul Veyne -, on était frappé de l’entendre reprendre bien vite sa première formule pour la rendre plus énigmatique. Il est donc croyable qu’à ses yeux l’obscurité ait été génératrice de poésie ; trop de clarté messied, la bienséance exige une certaine pénombre, qu’il appelle lui-même l’élégance de l’ombre. » C’est à éclairer l’ombre des poèmes de René Char que s’attache ici Paul Veyne. Char a poussé aux limites une des tendances de la poésie et de la peinture depuis Cézanne et Rimbaud : la recherche de l’intensité, nécessaire à une oeuvre toute de révélation inquiète de l’Amour, du Vide, de l’Être et de l’Extase, naturelle à un créateur qui faisait de l’obsession de la moisson et de l’indifférence à l’histoire les deux extrémités de son arc. Des péripéties de son existence, Char ne tira que des prétextes à la Poésie, jamais le matériau même du poème. Ainsi faut-il entendre le titre de l’ouvrage, René Char en ses poèmes : c’est à la fois une esquisse biographique, un portrait, un exposé systématique et une « traduction » intégrale des poèmes et des aphorismes. »

Paul Veyne, Le Quotidien et l’intéressant. Entretiens avec Catherine Darbo-Peschanski, Les Belles Lettres, 1995

« Paul Veyne raconte ici ses années de formation, les débuts de sa carrière, ce qui motiva son choix de Rome comme objet d’étude. Mais ce livre d’entretiens révèle aussi un formidable pan d’histoire intellectuelle, où défilent les grands noms de l’université française, où Veyne approfondit ce qui le sépara d’Aron comme ce qu’il doit à Foucault. Le plus philosophe de nos historiens livre ainsi quelques-unes de ses réflexions sur la nature de l’histoire ainsi que sur les permanences et les ruptures dans les sociétés humaines. Il révèle aussi quelques-unes de ses passions, la peinture, la musique, la littérature, avec des aveux plus graves sur l’amitié, l’amour ou les croyances qui nous permettent d’exister. Il éclaire ainsi d’un jour nouveau son amitié et son voisinage de René Char, auquel il consacra un beau livre. »

Paul Veyne, Le Pain et le Cirque, Sociologie historique d’un pluralisme politique, Seuil, 1996

« Ce livre est consacré aux aspects irrationnels et oubliés de la politique. Pourquoi distribuer du pain et du cirque au peuple dans une antiquité qui ne ressemble guère à celle des humanistes ? Dès qu’on sort des réponses toutes faites, les questions se multiplient. La « dépolitisation » n’est pas l’apolitisme, l’« expression » n’est pas l’information, la « consommation ostentatoire » est aussi bien un narcissisme. La clé du livre est la notion équivoque de symbole : une satisfaction symbolique est tantôt une satisfaction qui renvoie à autre chose, tantôt une satisfaction qui se suffit à elle-même et que nous qualifions un peu légèrement de « platonique ». Mieux vaudrait la dire « imaginaire » au sens des psychanalystes et évoquer la lutte interne des consciences selon Hegel. Seulement les options humaines sont le plus souvent hétérogènes entre elles : quand il faut choisir entre des options hétérogènes ou discontinues, les hommes font de nécessité vertu. Il y a bien l’idéologie, mais y croit-on vraiment ? Et, dans ce cas, que veut dire « croire » ? »

Philippe Ariès & Georges Duby, Histoire de la vie privée. Vol. 1. De l’Empire romain à l’an mil, Seuil, 1999

« De César et Auguste à Charlemagne, voire à l’avènement des Comnènes sur le trône de Constantinople, ce livre embrasse huit et même dix siècles de vie privée. Il ne le fait pas sans de grandes lacunes, qui sont voulues ; un inventaire complet serait sans attrait pour le lecteur cultivé. On a préféré découper, dans ce trop grand manteau, des morceaux à peu près cohérents dont les images s’animent encore. »

Paul Veyne, L’Empire gréco-romain, Seuil, 2005

« La séparation des chaires de grec et de latin au sein de l’Université française perpétue le mythe d’une distinction, voire d’une opposition, entre « la Grèce » et « Rome ». 

Pourtant, l’Empire dit « romain » fut en réalité gréco-romain à plus d’un titre. Et d’abord par la langue. Certes, la langue véhiculaire qu’on pratiquait dans sa moitié occidentale était le latin, mais c’était le grec autour de la Méditerranée orientale et au Proche-Orient. Ensuite, la culture matérielle et morale de Rome est issue d’un processus d’assimilation de cette civilisation hellénique qui reliait l’Afghanistan au Maroc. Enfin, l’Empire était gréco-romain en un troisième sens : la culture y était hellénique et le pouvoir romain ; c’est d’ailleurs pourquoi les Romains hellénisés ont pu continuer à se croire tout aussi romains qu’ils l’avaient toujours été. 

Le présent volume entend suggérer, à coups d’aperçus partiels et de questions transversales, une vision d’ensemble qui ne soit pas trop incomplète de cette première « mondialisation » qui constitue les assises de l’Europe actuelle. »

Paul Veyne, Sexe et pouvoir à Rome, Tallandier, 2005

« Si l’on en croit Ovide, les Romains auraient célébré et magnifié l’amour et la sexualité. Mais étaient-ils vraiment les bons vivants éclairés, libres dans leurs mœurs et dans leurs pensées, comme le laissent imaginer leurs statues, leurs poèmes érotiques et leur réputation de décadents ? 

Paul Veyne nous présente plutôt une société puritaine, pleine de tabous, dans laquelle on ne fait l’amour que la nuit sans allumer les lampes de peur de souiller le soleil, et qui semble avoir inventé le mariage chrétien avant les chrétiens ! Il n’en reste pas moins que les tabous existent pour être transgressés et que toutes les formes de perversion (sexuelles ou sociales) ainsi que la corruption politique font partie intégrante de la vie des Romains dans l’Antiquité. C’est tout cela que nous pouvons découvrir à travers ce recueil de textes qui traitent entre autres de l’éloge de la virilité, de l’avortement, de la fascination du crime, de l’homosexualité à Rome, de l’obscénité et le« folklore », des noces du couple romain, des gladiateurs ou la mort en spectacle, ou encore de la politique et de la corruption… »

Paul Veyne, Palmyre, l’irremplaçable trésor, Albin Michel, 2015

« Ayant eu pour métier l’étude de l’Antiquité gréco-romaine, je n’ai cessé de rencontrer Palmyre sur mon chemin professionnel. Avec la destruction de Palmyre par l’organisation terroriste Daech, tout un pan de notre culture et mon sujet d’étude viennent brutalement de voler en éclats. Malgré mon âge avancé, c’était mon devoir d’ancien professeur et d’être humain de dire ma stupéfaction devant ce saccage incompréhensible et d’esquisser un portrait de ce que fut la splendeur de Palmyre qu’on ne peut plus désormais connaître qu’à travers les livres. »

C’est cette histoire de la « Venise du désert » que nous peint Paul Veyne ; avec lui, nous découvrons cet immense vestige d’un monde aboli.

Paul Veyne, Une insolite curiosité, Robert Laffont, 2020

« Paul Veyne est un savant hors pair : un immense historien de Rome, un très grand latiniste, doublé d’un intellectuel inclassable, déroutant, non conformiste, épris de liberté et étincelant d’humour.

Cet ouvrage permet de découvrir l’univers d’un homme curieux de tout, de suivre les cheminements de l’écrivain, de l’historien virtuose. La profusion des idées, les notations ou les éreintements jubilatoires, la phrase qui tranche net, le regard à l’affût des sujets les plus divers, l’appétit de savoir, les positions qui s’imbriquent et se superposent sont autant d’ingrédients d’une œuvre originale, irriguée par la vivacité d’un style libre et inventif.

Derrière l’apparence trompeuse d’une légèreté parfois déconcertante, la pensée avance, toujours plus subtile. Sur des thèmes volontiers ardus, et abordés avec toutes les ressources de l’érudition, Paul Veyne offre au lecteur des points d’accroche chaque fois saisissants, par leur fantaisie, leur incongruité, leurs anachronismes réfléchis. Il finit ainsi par établir une sorte de familiarité avec des mondes et des hommes à première vue très éloignés de nous.

Mêlant autobiographie, études d’histoire antique, extraits de traductions de poésie latine et témoignages d’amitié, cet ensemble d’une exceptionnelle densité embrasse la majeure partie de l’histoire et de la littérature du monde gréco-romain, sans cesser d’être en dialogue avec nos poètes et philosophes contemporains. »

Crédits
Sauf indication contraire, toutes les citations sont des extraits des quatrièmes de couverture rédigées par les éditeurs.