Budapest. Bien que le Premier ministre hongrois Viktor Orbán ait fait part de sa bonne volonté et de son intention de coopérer avec Budapest après la victoire de l’opposition aux récentes élections municipales1, il semble maintenant qu’il prenne plutôt une revanche politique.

Le journal hongrois Nepszava a obtenu des documents exposant les plans du gouvernement pour allouer les fonds de cohésion de l’Union européenne dans la prochaine période de programmation (2021 – 27). Selon le plan d’Orbán (que l’Union devra approuver), Budapest ne recevra pas d’argent du tout, comme le montre la carte ci-dessous. Selon les documents obtenus, la programmation sera entièrement centralisée et vise à canaliser des fonds substantiels vers les régions où la famille et les connaissances d’Orbán achètent des terrains et réalisent des investissements.

Budapest ne beneficie pas des fonds de cohésion européens
Figure : Zones prévues pour le soutien des fonds de cohésion européens : dossier présenté par le gouvernement. En violet : zones bénéficiaires. En jaune : aides à l’accouchement (traduction du hongrois).

Bien sûr, Budapest est la ville la plus développée de Hongrie, toutefois les nouvelles lignes directrices établies par la Commission européenne pour le financement fixent des objectifs plus complexes que la stimulation des régions pauvres, qui était la règle principale dans le passé (dont le gouvernement n’a d’ailleurs pourtant rien réalisé, détournant plutôt une grande partie de l’argent, comme le prouvent les conclusions de l’OLAF).  En outre, Budapest produit 40 % du PIB de la Hongrie : ainsi, son étranglement touchera sans doute aussi l’ensemble du pays. 

Même si le résultat n’est pas définitif et doit passer par l’approbation de la Commission, les documents montrent qu’Orbán prévoit d’utiliser la politique de cohésion pour bloquer le développement de la capitale, dirigée par l’opposition. Cela contribue également à expliquer les efforts actuels de Budapest pour obtenir un certain financement direct de l’Union européenne. Cette situation ouvre deux grands problèmes : au niveau plus large, il est clair qu’il faut donner aux grandes villes un moyen de mettre directement en œuvre les objectifs clés de l’Union (comme par exemple l’atténuation du changement climatique) de façon autonome.2 Mais le plus important, et plus délicat à court terme, dans la « démocratie illibérale » de Viktor Orbán, la question est de savoir si le Premier ministre réussira à tuer la seule réelle alternative face à son gouvernement, sortie des élections locales et au pouvoir dans la capitale.


Tamas Ibolya, ancien diplomate, est le secrétaire aux affaires étrangères du bureau du maire de Budapest.