Copenhague. Le vendredi 6 décembre dernier, le Danemark a adopté une nouvelle loi climatique qui ambitionne d’atteindre une réduction de 70 % de ses émissions d’ici 2030 (par rapport au niveau de 1990) et fait ainsi preuve de sa détermination à atteindre une neutralité carbone pour 2050.1

À la fois constructive de la politique climatique danoise, cette nouvelle loi prévoit également l’application des engagements issus des différents instruments juridiques internationaux ratifiés par le Danemark. Une attention particulière étant par ailleurs portée sur l’aide aux pays en développement dans l’application de nouvelles politiques climatiques.

Dans ses provisions, cette loi assure la rédaction d’un rapport annuel sur les efforts entrepris par le gouvernement sur la mise en place d’actions climatiques concrètes mais aussi sur les effets des importations et de la consommation danoises sur le climat. De surcroît, la loi assure l’encadrement des stratégies danoises sur ses politiques étrangères, de développement et commerciales qui influencent les actions climatiques internationales. 

Un ‘Conseil pour le changement climatique’, indépendant et composé essentiellement d’universitaires, statuera sur les progrès du gouvernement en matière climatique et formulera des recommandations pour les actions futures. De plus cette loi prévoit un important aspect de contrôle et de surveillance du respect de celle-ci : tous les cinq ans, de nouvelles règles juridiquement contraignantes seront ajoutées et devront être appliquées dans une période s’étalant sur dix ans. La première de ce type sera appliquée à partir de l’année prochaine (2020).

Nouveau gouvernement, nouvelle trajectoire pour une transition verte ? 

Dès son arrivée au pouvoir aux élections de 2019, la coalition de gauche (formée par les sociaux-démocrates – ayant remporté 26 % des suffrages ; les centristes sociaux-libéraux et les socialistes) construisait sa nouvelle politique autour des enjeux du réchauffement climatique. À titre illustratif, le nouveau gouvernement entendait améliorer et étendre sa stratégie d’électrification, bannir la vente de nouveaux véhicules diesel et essence d’ici 2030 et jouer sur ses capacités à développer son potentiel de production – offshore – d’énergie éolienne avec ses pays voisins de la mer du Nord.2

Cette nouvelle loi climatique s’inscrit dans la continuité du Danemark à promouvoir l’une des politiques climatiques les plus ambitieuses à l’échelle internationale.3 Dans un de ses documents officiels de juin 2019, le nouveau gouvernement danois (social-démocrate) prévoyait déjà l’adoption d’un projet de loi pour une réduction des émissions de gaz à effet de serre prévue à 70 % ; cela est maintenant chose faite. 

Publié annuellement depuis 2005, l’Indice de Performance du Changement Climatique (CCPI) positionne dans son dernier classement (révélé lors de la COP25 à Madrid) le Danemark à la cinquième position sur 58 (57 pays et l’Union européenne).4 Cet indice (produit par GermanWatch ; the NewClimate Institute et le Climate Action Network) évalue les efforts des États sur l’élaboration de nouvelles politiques climatiques nationales et internationales et se fonde sur quatre critères : les émissions de gaz à effet de serre ; l’utilisation d’énergie renouvelable ; la consommation énergétique et les politiques climatiques mises en œuvre. À noter que les trois premiers critères énoncés se fondent eux-mêmes sur quatre indicateurs (la tendance actuelle ; la tendance passée ; compatibilité inférieure à 2° du niveau actuel ; et la compatibilité inférieure à 2° des objectifs des États à l’horizon 2030). Est également à souligner que les trois premières places du classement ne sont pas attribuées puisqu’aucun État n’a pris les mesures nécessaires pour atteindre les objectifs fixés par les accords de Paris entrés en vigueur en 2016. 

Le Danemark devient, selon l’indice de 2020, l’un des meilleurs élèves de la scène internationale (après la Suède qui conserve le titre depuis trois années consécutives) alors même que le pays se positionnait à la quinzième place en 2019. Mette Frederiksen (actuelle Première Ministre) semble accorder plus d’importance aux enjeux climatiques que son prédécesseur Lars Løkke Rasmussen (conservateur-libéral) pour lequel son gouvernement a fait perdre 11 places entre 2016 (quatrième et premier du classement) et 2019 (quinzième).5

Perspective :

  • Le gouvernement danois a intérêt à renouveler sa stratégie en Arctique puisque la précédente prend fin l’année prochaine (2011-2020).6 Un rapport récent7 montre que le Groenland (sous juridiction danoise) est largement affecté par le réchauffement climatique et représente une réelle menace pour des millions de personnes en raison de la montée des eaux que provoque la fonte des glaces (soit environ 80 % de la surface du Groenland). 
Sources
  1. TIMPERLEY Jocelyn, Denmark adopts climate law to cut emissions 70% by 2030, Climate Home News, 2019
  2. FARAND Chloé, Denmark’s new government raises climate change to highest priority, Climate Home News, 2019
  3. VILLAIN Bastien, Copenhague, une métropole européenne à l’ambition décarbonée, Le Grand Continent, 30 octobre 2019
  4. CCPI, Results 2020
  5. Site officiel du CCPI
  6. Ministry of Foreign Affairs of Denmark, The Arctic, 2019
  7. AMOS Jonathan, Climate change : Greenland ice melt ‘is accelerating’, BBC, 10 décembre 2019