Bruxelles. Du 24 au 26 septembre 2019 se déroulaient à Bruxelles les European Research and Innovation Days, premier événement politique de l’année organisé par la Commission européenne. L’objectif premier de ces trois jours est « d’assurer la prochaine grande transition de notre économie, de notre société et de notre planète afin de garantir un avenir durable qui assure le bien-être des citoyens. »1 Un défi ambitieux, qui s’est traduit par des discussions intenses et un programme chargé dès la cérémonie d’ouverture.

Alors que la veille, Greta Thunberg faisait un discours remarqué et émotionnel, dénonçant l’inaction des politiques face à la crise climatique durant le Sommet des Nations unies, les Research and Innovations Days se sont ouverts avec la volonté de définir et « co-créer » la stratégie d’action européenne face à la crise climatique. Dans cet objectif, l’un des projets phares du DG (directorat général) Recherche & Innovation, est notamment « Horizon Europe », un programme de financement pluriannuel touchant tous les pans de recherche de la santé à l’environnement, dont la première édition touche à sa fin l’année prochaine. L’arrivée de son successeur « Horizon Europe 2021-2027 »2 sera donc l’un des leviers les plus importants de l’Union pour financer la recherche, afin d’atteindre les objectifs de l’Accord de Paris. L’une des premières sessions parallèles de l’événement portant sur le « Futur de l’énergie propre en Europe » (programme disponible ici) a abordé l’un des domaines clés du combat contre la crise climatique. Alors que les émissions de gaz à effet de serre du secteur de l’énergie ont atteint un record historique de 33,1 Gigatonnes de CO2 avec une augmentation de 1,7 % en 2018 au niveau mondial, la mise en place de solutions bas-carbone du niveau local au niveau européen est essentielle. 

Le panel, co-présidé par Patrick Child, directeur général adjoint du DG Recherche & Innovation et Hans Van Steen du DG Énergie, se composait d’Ana Bartolo et Sokratis Dimitriadis, respectivement membre du Groupe d’experts de haut niveau sur les villes innovantes et adjoint au maire de la municipalité de Thessalonique en Grèce. Était également présente Heather McKay, chef de projet de financement à la Climate Crisis Foundation en Grande-Bretagne, qui venait représenter la jeunesse et soutenir l’importance d’un dialogue inter-générationnel lors de la mise en place de projets, par exemple au niveau municipal, et des discussions avec les décideurs politiques. 

Le débat s’est concentré sur trois thèmes principaux. Le premier abordé par le panel est la nécessité de soutenir l’innovation et de penser les villes centrées sur l’humain. L’inclusivité des solutions bas-carbone, notamment par la participation à la discussion des communautés locales et de la jeunesse, est ainsi essentielle. Cela permet d’accroître l’intérêt et l’adhésion du public à ce type de projets qui, tels que les projets de construction de parc éoliens, connaissent des effets de NIMBY (Not In My BackYard) importants. Traduit littéralement en « pas dans mon arrière-cours », ce phénomène se manifeste lorsque la population riveraine s’oppose de manière plus ou moins forte à l’installation d’une nouvelle infrastructure (décharge, éoliennes, centre d’asile…) craignant en subir les nuisances. 

Le deuxième thème abordé appuyait également le besoin d’une vision holistique de la problématique de l’énergie, et la nécessité de briser les silos entre les secteurs, en particulier entre l’élaboration des politiques et l’étape de recherche & développement. La discussion s’est terminée par une session de questions dominées par une forte participation des représentants jeunes ayant participé au programme parallèle du CEM10/MI4 (Clean Energy Ministerial et Mission Innovation)3 à Vancouver et du mouvement du Manifeste étudiant pour un réveil écologique. Les questions ont notamment porté sur les manières concrètes d’engager les jeunes au niveau des municipalités, notamment sur comment leur apporter les moyens nécessaires pour leur permettre de se structurer en organisations et de porter leurs idées/projets au sein de leurs villes.

Le dernier point souligné a été le besoin d’une co-création des solutions de décarbonisation du mix énergétique européen. L’ensemble des participants se sont accordés sur l’importance de la création d’espaces tels que cette session, qui réunit des professionnels, des décideurs politiques et des jeunes pour créer un dialogue productif et transverse sur la transition énergétique. 

Les points clés de villes et innovations « à échelle humaine » et la nécessité d’une discussion inclusive sur ces projets se sont également retrouvés dans la présentation de Charles Landry, auteur et conférencier connu pour avoir popularisé le concept de ville créative, pour l’initiative “Cities Sciences”. Le conseiller international a ainsi présenté la base théorique de la « ville créative », bas carbone et centrée sur l’humain, une initiative qui inclut de nombreuses municipalités européennes de Prague à Amsterdam. Selon lui, « l’erreur des villes a été qu’elles ont mené des projets à la place de créer des lieux de vie ». En effet, l’urbanisation européenne et mondiale doit se faire de façon durable et bas carbone afin de combattre efficacement la crise climatique, et la ville créative est une structure théorique en accord avec cet objectif. 

Reste à savoir si l’ensemble des volontés et paroles de la Commission vont se concrétiser au sein de futurs projets de décarbonisation de l’Union européenne. 

Perspectives :

  • Les Research and Innovation days sont un événement clé qui a marqué le lancement de la mise en place du prochain fonds d’innovation d’Horizon Europe, qui jouera un rôle essentiel dans la stratégie énergétique et d’action climatique de l’Union pour la prochaine décennie.
  • Le Nordic Energy Forum, se déroulant à Helsinki le 29 et 30 octobre prochain, rassemblera des participants de toute la région de la mer Baltique et au-delà. Le programme du sommet, organisé par le World Energy Council, abordera des sujets d’actualité dans le domaine de l’énergie avec la présence des décideurs politiques des ministères nationaux et des organes de l’Union.
  • Si les priorités et la stratégie définies lors de ces trois jours de conférences sont respectées, elles pourraient constituer une contribution de poids au projet de Green New Deal porté par la nouvelle commission Von der Leyen.
Sources
  1. Commission européenne, About European Research and Innovation Days, 24-26 septembre 2019
  2. European Commission, Horizon Europe – the next research and innovation framework programme
  3. BENAUGES Carla, VAYA SOLER Antonio, CEM10/MI4 : vers l’accélération de la transition énergétique bas-carbone ?, Le Grand Continent, 26 juin 2019