Oman. L’incident d’aujourd’hui dans le golfe d’Oman, qui a vu deux tankers, japonais et norvégien, attaqués est le dernier épisode d’une escalade dans le Golfe persique. Il s’agit d’une région stratégique pour l’économie globale et caracterisée par des équilibres fragiles : par le détroit d’Ormuz passe le 30% du pétrole mondial (autour de 18,5 millions de barils par jour), et par le voisin Bab-el-Mandeb l’8% (4,8 millions par jour).1.

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Le Grand Continent a suivi de très près la situation dans les derniers mois, en signalant la dégradation du rapport entre les Etats Unis et l’Iran. Dans l’édition 57 de notre newsletter operationnelle La Lettre du Lundi, nous écrivions ainsi, en considérant la situation dans le contexte domestique et géopolitique :

L’augmentation de la pression des États-Unis sur l’Iran, commencée avec l’inscription des Gardiens de la Révolution sur la liste des organisations terroristes2, poursuivie avec la levée des exemptions sur les exportations de pétrole (notamment de l’Inde et de la Chine), et parachevée avec des sanctions contre le secteur métallurgique, qui vise à étouffer économiquement Téhéran pour parvenir à un regime change, a abouti à une importante montée des tensions dans le Golfe persique.

Du côté américain comme iranien, un intense débat interne porte sur la méthode à employer, mais non sur le fond (l’hostilité irréductible des deux pays).

À Washington, il semblerait que la poursuite de la politique de sanctions l’ait emporté sur l’option militaire soutenue par John Bolton, notamment en raison de l’approche des élections. La ligne offensive pourrait tout à fait triompher si Trump était réélu3.

En Iran, les pragmatiques tentent de prouver qu’on peut sauver l’accord sur le nucléaire. Ainsi, pour mettre la pression aux signataires de l’accord (notamment européens), le président Rouhani a annoncé que, d’ici 60 jour, l’Iran cesserait de respecter certaines clauses du JCPOA si le pays ne pouvait plus tirer de bénéfices de l’accord.

Dans le même temps, Javad Zarif a effectué un tour d’Asie (Inde, Japon, Chine) pour essayer de trouver des soutiens. Et il a eu un certain succès : la poursuite (très limitée) des importations de pétrole iranien par la Chine. De l’autre côté, ceux qui refusent la ligne pragmatique sont désormais confortés dans l’idéologie de la « résistance. » L’Iran ressemble de plus en plus à l’Union soviétique des années 80, marqué par une crise structurelle, et impossible à réformer.4.

De son côté, l’Union semble bien passive et incapable de réagir à la crise actuelle qui menace le JCPOA et anéantit toute possibilité d’intégrer l’Iran dans le système international. En effet, il ne faut pas perdre de vue que les forces militaires européennes présentes dans le Golfe sont engagées du côté de l’OTAN et des monarchies du Golfe (base militaire française à Abou Dhabi, par exemple). Si les militaires européens contribuent à la désescalade par des déclarations apaisées, au cas de conflit, ils seraient certainement impliqués sur le terrain.

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