Stockholm. En Suède, les élections au Parlement européen de 2019 ont lieu à un moment bien différent du calendrier électoral national que les élections du 2014. En 2014, les élections européennes avaient eu lieu à peine plus de trois mois avant les élections législatives, régionales et locales, ce qui avait incité les partis politiques et les électeurs à participer plus activement dans la campagne électorale. Aujourd’hui, à l’inverse, les élections ont lieu sept mois après les élections nationales, plusieurs années avant les prochaines élections prévues et à l’issue d’un processus de formation du gouvernement exceptionnellement long et conflictuel.

La combinaison de ces derniers facteurs devrait normalement donner à penser que la participation électorale sera basse. La fatigue liée aux longues négociations de coalition et le décalage important qui les sépare des prochaines élections nationales majeures n’incitent pas les électeurs à voter. Cependant, l’autorité électorale suédoise a publié des chiffres qui pourraient indiquer un taux de participation plus élevé qu’aux dernières élections. Du 8 au 12 mai 2019, un peu plus de 222 000 électeurs ont déjà choisi de voter par anticipation. Il s’agit d’une augmentation de 34 % par rapport aux chiffres de 20141.

Cela est confirmé par les statistiques de Sifo, une des plus grandes entreprises de sondages, qui montrent également qu’il y devrait y avoir une participation élevée. À l’heure actuelle, un peu plus de 58 % des électeurs disent vouloir se rendre aux urnes, en augmentation par rapport aux 51 % enregistrés aux élections européennes de 20142.

Le contexte politique national pour les élections européennes de 2019 est celui du changement de système de partis. Bien qu’il existe huit partis politiques au parlement national, la politique suédoise contemporaine a longtemps été dominée par un bloc de gauche plutôt cohérent, dirigé par les sociaux-démocrates, et un bloc de droite, dirigé par le parti conservateur, les Modérés. La stabilité de cette politique a évolué au cours des dernières années, en partie en raison de la montée du parti eurosceptique et anti-migrants des Démocrates de Suède. Les autres partis ne voulant pas coopérer formellement avec ce dernier en raison de ses positions sur l’immigration, il est devenu de plus en plus difficile de constituer des coalitions au sein du Riksdag. Cette situation a atteint son apogée après les élections nationales de 2018, générant une fragmentation du système de partis conforme à ce que nous avons vu dans d’autres États d’Europe occidentale. La tension correspondante a été la plus intense pour le bloc de centre-droit qui s’est finalement scindé dans le contexte des négociations sur la formation du gouvernement en 2018-2019. 3

Il reste à voir quel impact ce bouleversement du système de partis aura sur les élections européennes. Les sondages indiquent des trajectoires divergentes pour les anciens membres du bloc de centre-droit. Les libéraux, le parti le plus pro-européen de Suède, devrait faire moins bien que leur résultat de 2014, qui était de 10 %, et pourrait même perdre en termes de représentation. Les Chrétiens-démocrates ont toutefois constaté un nombre favorable de sondages indiquant qu’ils pourraient recevoir jusqu’à 11 % des voix, soit une augmentation substantielle par rapport aux résultats de 2014.4

Les sociaux-démocrates, le principal parti de gauche, continuent d’être en tête des sondages avec une moyenne des attentes d’environ 23 % des voix. Le Parti vert, qui était à 15 % en 2014, a perdu beaucoup d’électeurs depuis et son score tourne désormais autour de 10 %. Cela représenterait pourtant le double des voix obtenues lors des élections nationales d’automne 2018. Les meilleures performances du Parlement européen par rapport à celles du Riksdag semblent montrer que les questions environnementales au niveau européen sont des priorités pour les électeurs suédois.

Les Modérés, traditionnellement le plus grand parti de droite, ont diminué au fil du temps dans les sondages et ne sont pas loin de leur résultat de 13,7 % aux élections de 2014, un score nettement inférieur à celui des Démocrates de Suède, parti eurosceptique généralement classé à l’extrême-droite, crédité en ce moment d’environ 17 %. Il est pourtant important de souligner que les Démocrates de Suède ont tempéré leurs critiques à l’égard de l’UE depuis l’année dernière. Ils ne plaident plus en faveur du départ de la Suède de l’UE, mais préconisent plutôt des réformes au sein de l’Union européenne. Sur ce sujet, le Parti de Gauche, l’autre formation suédoise critique de l’UE, crédité de 7,5 %, a également assoupli sa position. Tout ceci suggère que l’opinion publique suédoise est devenue ces dernières années plus favorable à l’Union5.

Sources
  1. Kleja, Monica, Många röstar redan i EU-valet. Europaportalen. 15 mai, 2019
  2. Europaportalen, S tappar inför EU-valet – SD kan bli störst. 26 avril 2019
  3. Berg, Linda – Johan Polk. European Parliament elections preview: Sweden. London School of Economics. 22 mai 2019
  4. Berg, Linda – Johan Polk. European Parliament elections preview: Sweden. London School of Economics. 22 mai 2019
  5. Berg, Linda – Johan Polk. European Parliament elections preview: Sweden. London School of Economics. 22 mai 2019