Londres. Fondateur du parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, UKIP, qui n’a cessé depuis sa création de conditionner les débats au sein du parti conservateur, figure de proue de la campagne référendaire de 2016 pour le Brexit, Nigel Farage, député européen sortant, est de nouveau au centre du débat politique à Londres, à la veille des élections européennes. Après le résultat désastreux des Tories et, dans une moindre mesure, du Labour aux élections locales du 2 mai, tous les sondages donnent le parti du Brexit, fondé par Nigel Farage, largement en tête du scrutin.

Selon une enquête d’opinion publiée par The Observer, le Brexit party recueillerait 34% (+6) des suffrages le 23 mai, le Labour descendrait à 21% (-7) et les Conservateurs subiraient une déroute historique à seulement 11% (-3), derrière les Libéraux démocrates donnés à 12% (+5). Le parti de la Première ministre Theresa May ne recueillerait donc qu’un tiers des voix du parti de Nigel Farage, fondé le mois dernier.

Selon The Guardian1, « ce sondage suggère que le parti du Brexit est désormais en route pour un triomphe que Farage va utiliser, c’est la crainte des députés, comme un argument supplémentaire pour un retrait du Royaume-Uni de l’Union immédiat, sans accord ». En campagne électorale à Houghton-le-Spring, samedi 11 mai, Nigel Farage a décrit l’accord de retrait négocié par Theresa May comme « un document de capitulation d’une nation qui a été vaincue durant la guerre ».

Selon le quotidien conservateur The Times, les plus proches alliés de Theresa May au sein du Cabinet estiment, avec un parti désormais quatrième dans les sondages,  que son temps est révolué2. Les loyalistes considèrent qu’il n’y a plus de marge de manœuvre pour faire approuver son accord de retrait, et qu’elle va devoir démissionner dans les prochaines semaines.

Formellement, cependant, l’hypothèse d’un quatrième vote à la Chambre des Communes sur l’accord de retrait, rejeté à trois reprises jusqu’ici, n’est pas encore enterrée. Dans l’hebdomadaire conservateur The Spectator3, l’éditorialiste politique James Forsyth estime que « Theresa May a un dernier espoir de faire passer son deal, en revenant devant le parlement pour obtenir le vote des députés. Ni John Bercow (le désormais célèbre président de la Chambre) ni quiconque ne peut l’en empêcher. Mais si elle échoue, elle n’aura plus de cartes en main ».

Les sondages et la percée du parti de Nigel Farage semblent consacrer les profondes divisions au sein du parti conservateur et indiquer, comme pour le socle électoral dont dispose Donald Trump aux Etats-Unis, la permanence d’un socle résolument pro-Brexit dans l’électorat conservateur. On retrouve le clivage entre souverainistes et européistes qui traverse toutes les droites européennes.

Perspectives :

  • 13 mai : semaine décisive à Westminster pour un éventuel quatrième vote des députés sur l’accord de retrait de l’Union négocié par Theresa May. S’il est adopté, les élections européennes du 23 mai pourraient être annulées. S’il est rejeté, les heures de Theresa May seront comptées à la tête du Parti Conservateur.
  • 23 mai : élections européennes au Royaume-Uni
  • 30 octobre : expiration du délai accordé par l’Union pour un retrait ordonné.
Sources
  1. HELM Toby, SAVAGE Michael, Poll surge for Brexit party sparks panic among Tories and Labour, The Guardian, 12 mai 2019
  2. SHIPMAN Tim, Tories desert PM with party fourth in poll, The Times, 12 mai 2019
  3. FORSYTH James, When will Theresa May bring the Withdrawal Agreement Bill to the Commons?, The Spectator, 11 mai 2019