Élections

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Paria du système politique français il y a quelques années, le RN est aux portes du pouvoir avant le deuxième tour des législatives. Cette ascension n’était pas irrésistible. Comment les choses ont-elles basculé à ce point  ? Entre conjoncture politique et stratégie, plongée au cœur du système Bardella-Le Pen avec Olivier Roy, Ivanne Trippenbach et Félicien Faury.

Pour avoir la majorité absolue, le RN doit neutraliser le Front Républicain.

Selon les projections de la revue BLUE du Groupe d’études géopolitiques à partir des matrices de transition des législatives de 2022, l’extrême droite pourrait avoir une majorité absolue au deuxième tour en l’absence de désistement.

Alors que les tractations continuent jusqu’à mardi, 18h (date limite pour les déclarations de désistement), nous étudions trois scénarios.

Marine Le Pen a déclaré hier  : «  chef des armées, pour le président, c’est un titre honorifique  ».

En pratique, l’arme atomique est constitutive du régime et conditionne la légitimité du chef de la «  monarchie nucléaire  » qu’est la Ve République. En droit, les choses sont un peu plus complexes que cela. Existe-t-il vraiment un scénario où Jordan Bardella ou un autre futur Premier ministre appuyé par le RN pourrait avoir accès au «  bouton rouge  »  ? Mise au point.

À cinq jours du premier tour des législatives anticipées, le tremblement de terre en France brouille tous les repères. Pour le politologue allemand Jan-Werner Müller, spécialiste du populisme et des idéologies, la crise politique que traverse l’hexagone doit être prise avec son grand contexte  : dans la crise des partis, des médias et des médiations, la radicalisation devient une option séduisante — dans une atmosphère de campagne permanente.

Pour saisir Jordan Bardella, nous n’utilisons pas le bon point de comparaison italien. Plutôt que Meloni, il faut regarder du côté de Di Maio.

Synthèse chimiquement pure de l’ère technopopuliste, la trajectoire politique de l’ancien ténor du Mouvement 5 étoiles — aujourd’hui placé au cœur du dispositif technique de l’Union européenne — a peut-être quelque chose à nous apprendre sur la séquence qui s’ouvre en France.

Depuis 1997, le seul lieu où le recours à l’article 12 de la Constitution avait survécu était fictionnel  : la série Baron noir, adulée par le monde médiatique et politique français, et son spin-off La Fièvre.

Le Président s’en serait-il inspiré  ? Dans la fabrique de l’imaginaire politique français, le pari du 9 juin présente des parallèles troublants avec la tactique mise en œuvre dans l’univers de Baron noir.

Selon notre décompte exclusif et contrairement aux indications du ministère de l’Intérieur, Eric Ciotti, président des Républicains pour encore quelques jours, alignerait sous sa bannière LR-RN pas moins de 69 candidats. Qui sont-ils  ? Où se présentent-ils  ? Ont-ils de réelles chances  ? Quel poids pèseront-ils dans la balance  ?

Nous proposons la première enquête prosopographique granulaire des «  amis de Ciotti  ».

De quoi les Européennes sont-elles le résultat  ? Entre les tendances lourdes et l’inertie, Pascal Lamy trace les coordonnées d’une «  élection hybride  ». Au cœur de la phase d’incertitude dans laquelle est plongée la France avant les législatives et après le coup de tonnerre de la dissolution, il prévient  : «  un gouvernement Bardella voudra imprimer sa marque sur certains chantiers européens.  »

André Ventura, leader de Chega, qui pensait rafler la mise aux Européennes, a reçu un coup de semonce  : s’il se hisse à la troisième place, il ne devance que d’un cheveu le parti Iniciativa Liberal — que personne n’attendait si haut. L’extrême droite portugaise, en pleine ascension, pourrait-elle se faire doubler par une nouvelle initiative venue de la droite libérale  ? S’il est trop tôt pour le dire, une chose semble certaine  : le Portugal demeure, en l’état des forces, politiquement bloqué.