Mardi prochain, nous aurons le plaisir de recevoir Alberto Alemanno, professeur de droit, citoyen engagé, et auteur de nombreux livres et travaux sur la régulation internationale et européenne, pour discuter de la pièce de doctrine qu’il a livrée au Grand continent, sobrement intitulée “17 millions”.

Cette analyse part de plusieurs observations déroutantes sur les citoyens européens qui ne vivent pas dans leur pays d’origine : ils sont 17 millions, votent à moins de 20% aux élections européennes, principalement pour des raisons administratives, ne sont pas tous diplômés de grandes universités. Alberto Alemanno met en avant l’absence de représentation politique de cette population profondément européenne, dépossédée des débats par l’ancrage national des campagnes électorales, pour appeler à l’émergence de mouvements pan-européens, qui permettraient une représentation de ces nouveaux nomades européens.

Ainsi, les nouvelles formes de nomadisme et la nécessité de représentativité politique devraient conduire à l’européanisation du politique en Europe.

Cette article soulèvera une série de questions qui s’enracinent dans les tout premiers travaux du groupe d’études géopolitiques.

Tout d’abord, comment l’opposition entre nomades et sédentaires a-t-elle redéfini les termes du débat politique contemporain ? On suppose que la distinction essentielle pour comprendre les positions politiques est celle entre les nomades virtuels, c’est-à-dire des citoyens de grandes villes qui pourraient, s’ils le souhaitaient, se déplacer sans en pâtir, et les sédentaires essentiels, pour qui le déplacement serait nécessairement un déclassement. Comment affiner ces catégories générales, distinguer les différents types de nomades, les différents types de sédentaires ?

Ensuite, comment l’Union européenne pourrait-elle davantage sédentariser les nomades européens, c’est-à-dire à la fois permettre une plus grande redistribution des richesses à destination des régions oubliées par la libre concurrence, et fournir en même temps une représentation aux nomades pour qu’ils rentrent dans la sphère politique ?

Enfin, une question plus anthropologique pourrait tempérer cette question précédente. Lors de plusieurs entretiens pour Le Grand continent, des personnalités issues de bords politiques variés ont toutes à leur manière fait l’éloge du nomade sur le sédentaire, prédisant un retour à un état antérieur et supposément essentiel de l’humanité : le déplacement perpétuel. Ainsi, le maire de Palerme, Leoluca Orlando, connu pour son engagement pour l’accueil des réfugiés et sa lutte, nous expliquait que “Le futur du monde à deux noms : Ahmed le migrant, qui représente la connexion humaine et Google”.

Plus tôt, Jacques Attali nous expliquait paradoxalement que l’Europe était à ce point-là nomade qu’elle ne s’était pleinement réalisée en Amérique .

L’Union européenne prend-elle le chemin d’un nouvel “empire des steppes” ou d’une sédentarisation de ces nouveaux nomades ?

*** Pratique ***

La discussion se déroulera en Salle Actes, au 45 rue d’Ulm, à partir de 19h30, même si l’accueil se fait dès 19h.