De quoi le « Sud Global » est-il le nom ?
Le Grand Continent •
Le Grand Continent lance un nouveau format : les leçons du soir à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm.
Le premier cycle proposera une « Introduction à la géopolitique » en huit séances qui fourniront les bases pour s’orienter dans la carte d’un monde qui change chaque jour, en s’appuyant sur l’atelier de la revue.
Les leçons seront données par Florian Louis, docteur en histoire de l’École des hautes études en sciences sociales, agrégé d’histoire, professeur en classes préparatoires aux grandes écoles pendant dix ans, auteur d’une dizaine d’ouvrages de référence sur la géopolitique.
Ces leçons sont payantes. Il est possible de s’inscrire à chaque séance individuellement ou au cycle dans son intégralité en cliquant ici.
Mettant à profit les bouleversements en cours de l’ordre international, les puissances du Sud tentent aujourd’hui de se tailler sur la scène planétaire une place à la hauteur de leur poids économique et géopolitique croissant.
Portées par des décennies de croissance économique, une démographie dynamique et une industrialisation accélérée, des pays comme l’Inde, le Brésil, l’Indonésie, l’Afrique du Sud ou encore les puissances du Golfe revendiquent désormais un rôle qui dépasse celui, longtemps subalterne, qui leur était assigné dans l’ordre international dominé par les puissances occidentales. Cette affirmation s’appuie sur un contexte favorable : l’affaiblissement relatif de l’hégémonie américaine, la multiplication des crises fragilisant le multilatéralisme et l’émergence de nouveaux pôles de puissance qui offrent aux Suds des marges de manœuvre et d’alliance inédites. Le non-alignement de nombreux États du Sud face à la guerre en Ukraine, ou encore l’activisme diplomatique croissant de ces pays au sein d’enceintes comme le G20, illustrent cette volonté de peser davantage sur les grands équilibres mondiaux.
Les tentatives d’unir leurs forces pour y parvenir sont toutefois contrebalancées par les ferments de division qui clivent un Sud qui demeure plus pluriel que global. Les BRICS élargis ou encore l’Organisation de coopération de Shanghai témoignent d’une volonté réelle de coordination et de mutualisation des intérêts. Mais ces regroupements peinent à masquer des divergences profondes : rivalités régionales, différences de régimes et d’orientations politiques, intérêts économiques parfois concurrents, et rapports très inégaux à des puissances comme la Chine, la Russie ou les États-Unis.
Cette séance reviendra sur le concept de « Sud global », sa généalogie et sa pertinence analytique. On interrogera sa portée explicative au regard de la diversité des trajectoires, des intérêts et des positionnements géopolitiques qu’il prétend englober. On s’attachera également à mettre en lumière les enjeux que soulève cette notion, tant pour la compréhension des recompositions actuelles du système international que pour les stratégies des acteurs eux-mêmes, qui doivent composer avec cette tension permanente entre volonté d’unité et réalité d’une fragmentation persistante.
En quelques années, l’ordre international construit au sortir de la Seconde Guerre mondiale, puis consolidé et étendu à la faveur de la fin de la guerre froide, s’est brisé. Fondé sur la primauté d’un droit international et d’un multilatéralisme conçus et défendus par la puissance hégémonique états-unienne, il semblait promettre un horizon de stabilité durable, voire pour les plus optimistes, la fin des grands affrontements entre puissances. Cette illusion a vécu.
La Russie a fait resurgir la guerre de haute intensité au cœur même de l’Europe, tandis que les États-Unis, absorbés par leur rivalité stratégique croissante avec la Chine, opèrent un désengagement progressif de ce théâtre et, plus largement, de leur rôle traditionnel de garant de l’ordre mondial. Ce retrait américain aujourd’hui pleinement assumé laisse un vide que d’autres acteurs, étatiques ou non, s’empressent de chercher à combler à leur profit.
Tiraillé entre un ancien monde en déclin et un nouveau encore en gestation et dont les contours demeurent flous et les rapports de force incertains, notre environnement géopolitique est soudainement devenu confus, instable et menaçant. Les repères qui structuraient hier encore notre lecture du monde — frontières, blocs, alliances, sphères d’influence — se recomposent sous nos yeux à un rythme accéléré, rendant l’analyse plus complexe mais aussi plus indispensable. Pour faire face à cette accélération de l’histoire, à cette multiplication des foyers de crise et à cette remise en cause des équilibres établis, disposer de repères géopolitiques clairs s’avère plus que jamais indispensable.
Ce cycle ambitionne précisément de proposer un tour d’horizon rigoureux des outils conceptuels, des méthodes d’analyse et des grands enjeux géopolitiques qui structurent notre temps. Il examinera les logiques de puissance des grands acteurs internationaux, les recompositions territoriales et les rivalités d’influence qui en découlent, ainsi que les nouveaux espaces de confrontation — qu’ils soient numériques, spatiaux ou économiques — qui redessinent la carte de la puissance à l’échelle mondiale. En croisant approches théoriques et études de cas concrètes, cet atelier entend donner à chacun les moyens de penser, de s’orienter et d’agir par lui-même et avec discernement dans un monde en pleine mutation dans lequel la maîtrise de solides grilles de lecture géopolitique constitue un enjeu citoyen à part entière.
Cet atelier est conçu comme une introduction aux outils et aux savoirs fondamentaux de l’analyse géopolitique. Il propose de s’approprier une démarche rigoureuse — croiser les échelles d’analyse, interroger les représentations et les rapports de force, confronter les discours des acteurs — pour décrypter les tensions et les recompositions qui traversent le monde contemporain.
Il s’adresse au grand public curieux et désireux de mieux comprendre les grands enjeux géopolitiques actuels. Il y acquérera des clés de lecture rigoureuse et accessibles pour aborder l’actualité internationale avec plus de recul et d’esprit critique.
Cet atelier est conçu et dispensé par Florian Louis, docteur en histoire de l’École des hautes études en sciences sociales, agrégé d’histoire, professeur en classes préparatoires aux grandes écoles pendant dix ans, aujourd’hui directeur des archives et des recherches historiques de l’Institut d’études géopolitiques avancées lancé par le Grand Continent à l’École normale supérieure. Florian Louis est l’auteur de nombreux ouvrages de référence, parmi lesquels :