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Stéphane Audoin-Rouzeau, La guerre, en face, La Tribu
« Pourquoi apparaît-il inconcevable à la plupart des Européens qu’une nouvelle guerre d’ampleur éclate sur leur territoire ? Pourquoi nous sommes-nous détournés de ce danger pourtant réel ?
Depuis quatre ans, la guerre est revenue en Europe et sa menace se dresse désormais à notre horizon. Des attaques multiformes dépassent aujourd’hui les frontières de l’Ukraine pour s’approcher dangereusement des nôtres.
La guerre appartenait au passé ; la voici revenue dans notre présent, plus proche que jamais de notre territoire habitué aux seuls temps de paix. Quarante années durant, l’historien Stéphane Audoin-Rouzeau s’est consacré à ce sujet : la guerre.
À ses déploiements de violence, de cruauté, et aux exterminations de masse qui souvent l’accompagnent. Il nous rappelle que nous vivons toujours entre deux conflits et qu’il serait inconscient de continuer à nier le danger. La guerre étend son empire et nous nous devons de la regarder en face. Une parole nécessaire afin de sortir de notre déni collectif. »
Parution le 4 novembre
Blaise Bachofen, Jean-Jacques Rousseau. Éléments d’une théorie de la guerre, Puf
« Peut-on voir en Rousseau un théoricien de la guerre ? La récente découverte de ses Principes du droit de la guerre invite à relire l’ensemble de son œuvre politique et à y chercher les éléments d’une enquête sur la guerre, qui se révèle beaucoup plus féconde qu’il n’y paraît au premier abord.
Pour Rousseau, la guerre n’a rien d’une relation consentie ou quasi-contractuelle. Elle est une réalité éminemment politique mais ne se laisse pas aisément soumettre au droit, puisqu’elle est une lutte pour l’exercice de la souveraineté, seule instance capable de créer un droit effectif. De là une réflexion profondément originale et toujours actuelle sur la “vie” et la “mort” des corps politiques, qui explique son intérêt pour les guerres insurrectionnelles menées par des “peuples naissants” et qui permet de comprendre les raisons de son scepticisme concernant l’établissement d’un droit des gens et d’une paix perpétuelle. »
Parution le 5 novembre
Laurent Joly, Le piège. La droite face à l’extrême droite depuis la Révolution française, Tallandier
« L’extrême droite française est née sur les décombres de la Révolution. Elle a été monarchiste, nationaliste, xénophobe, antisémite, populiste… Elle n’a eu de cesse d’entraîner les conservateurs vers ses passions et ses obsessions.
Avec la droite, écrit l’auteur, l’extrême droite partage des conceptions proches, mais d’une manière toujours absolue, émotionnelle et largement dévoyée. Nostalgique d’un âge d’or mythifié, elle se méfie de la science, des normes et du droit. D’instinct, elle est favorable à un pouvoir fort. Toujours, elle sème la division et désigne des boucs émissaires.
Laurent Joly remet en perspective l’histoire longue des relations entre l’extrême droite française et le grand courant conservateur et libéral aujourd’hui en crise. »
Parution le 5 novembre
Javier Cercas, El primer posmoderno : La obra literaria de Gonzalo Suárez, Taurus
« Dans les années soixante, Gonzalo Suárez était en Espagne un véritable geek, un météorite hors de contrôle, un original absolu qui écrivait une littérature que personne n’écrivait et que, avec le temps, nous avons tous fini par écrire.
Suárez a rompu avec le réalisme alors que le réalisme régnait en maître, il a écrit de la littérature fantastique alors que presque personne ne s’y adonnait, il a écrit des romans policiers alors que c’était considéré comme réactionnaire ou puéril, il a écrit de la métalittérature alors que personne ne savait ce qu’était la métalittérature, il a écrit de la fiction pop alors que le pop n’était encore qu’un style pictural, et du “nouveau journalisme” alors que les nouveaux journalistes américains n’avaient pas encore baptisé cette invention. Il a, en somme, fait des choses que certains ont faites vingt, trente, quarante ou cinquante ans plus tard en croyant que personne ne les avait faites auparavant, des choses qui, dans la culture de l’époque, étaient insolites et qui sont aujourd’hui normales, comme citer dans une même phrase les noms vénérables de Di Stéfano et de James Joyce.
Suárez n’a pas seulement été un pionnier dans sa littérature ; il l’a également été dans son cinéma, avec lequel il a réalisé à la fin des années soixante ce que Quentin Tarantino ou Pedro Almodóvar mettraient des décennies à faire. Car même si l’on dit parfois que l’important n’est pas d’arriver le premier ou le dernier, mais de bien arriver, en littérature, comme dans presque tout, celui qui arrive le premier arrive deux fois.
En somme, s’il existe une postmodernité littéraire, Suárez fut le premier écrivain postmoderne espagnol. »
Parution le 5 novembre
Michel Foucault, La Place de l’homme dans la pensée occidentale moderne. Cours de Tunis (1966-1967), Gallimard, Le Seuil et Éditions de l’EHESS
« En 1966-1967, première année de son enseignement à l’université de Tunis, Michel Foucault consacre un cours public à la place de l’homme dans la pensée occidentale moderne. Quelques mois plus tôt, la parution de Les Mots et les Choses avait suscité de vives controverses en annonçant la “disparition” imminente de l’homme dans les a priori du savoir contemporain.
Pourquoi est-il si difficile de renoncer à l’idée d’homme ? Foucault répond en proposant d’interpréter cette idée comme un “mythe”, nécessaire pour que la culture occidentale puisse s’y retrouver malgré l’extraordinaire dispersion de ses manifestations. Il en révèle les motifs et les limites. Il dénoue le paradoxe d’une revendication humaniste qui s’affirme avec d’autant plus de force que ses fondements épistémologiques et culturels commencent à s’effriter. On découvre ainsi un Foucault inédit, “ethnologue” de sa propre culture. Il en explore les lignes de fracture à travers les arts, les sciences, la littérature ou les technologies, et diagnostique l’“universalisation” par le savoir et la colonisation qui conduit toute culture à se définir dans son rapport à l’Occident.
Prononcé dans une Tunisie récemment indépendante, à un moment où les enjeux de cette universalisation croisent ceux de la décolonisation, ce cours invite à relire la critique foucaldienne de l’humanisme à la lumière des tensions intellectuelles et politiques de son temps. »
Parution le 6 novembre
Philip Scranton, Spare Parts ; A Global History of a Modern Problem, 1940–1980, Johns Hopkins University Press
« Spare Parts retrace l’histoire mondiale des pièces de rechange et montre comment leur absence – ou leur abondance – a façonné la guerre, l’industrie et la vie quotidienne au XXe siècle. Il suit le parcours de la production, de la distribution et de l’utilisation des pièces de rechange dans les économies capitalistes, socialistes et postcoloniales, de la Seconde Guerre mondiale à la guerre froide.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les pièces détachées se sont avérées aussi décisives que le carburant ou les munitions, déterminant la capacité des chars à se déplacer, celle des avions de voler et des usines de fonctionner. Au lendemain de la guerre, la pénurie de pièces de rechange est devenue un problème chronique dans les économies à planification centralisée, tandis que les sociétés de marché étaient confrontées à des dilemmes différents, engendrés par l’évolution technologique rapide, l’obsolescence et la stratégie des entreprises.
En se concentrant sur les véhicules, les machines agricoles et les technologies de la radio et de la télévision, Philip Scranton révèle comment les pratiques de réparation différaient selon les systèmes politiques. Dans les États socialistes, les pénuries chroniques ont favorisé l’improvisation, la récupération et les échanges informels. Dans les économies capitalistes, les pièces détachées sont devenues des outils de profit, de contrôle et d’abandon planifié, poussant souvent les consommateurs à privilégier le remplacement plutôt que la réparation. Scranton suit également le parcours des pièces détachées au-delà des superpuissances, en examinant comment les nations postcoloniales ont géré les infrastructures héritées et comment ces pièces ont servi d’instruments de levier géopolitique.
En retraçant le déclin de la culture de la réparation à la fin du XXe siècle, à mesure que les véhicules durables et les appareils électroniques jetables ont redéfini les attentes en matière d’entretien et de longévité, Spare Parts replace cette frustration familière au cœur de l’histoire moderne et apporte un éclairage nouveau sur la technologie, le pouvoir et les systèmes cachés qui font tourner le monde. »
Parution le 10 novembre
Marco Mondini, Militari e politica. Sei storie nell’Italia della Repubblica, Einaudi
« Peut-on raconter l’histoire de la République italienne à travers les hommes qui ont exercé le pouvoir militaire ? Après 1946, quelques figures clefs au sommet des forces armées ont incarné tour à tour, pour le meilleur et pour le pire, le nouveau rôle attribué aux militaires dans l’Italie postfasciste et postmonarchique : Raffaele Cadorna, Giorgio Liuzzi, Giovanni de Lorenzo, Giuseppe Aloia, Franco Angioni, Claudio Graziano.
Un pays à reconstruire, à refonder, qui devait laisser derrière lui non seulement le Ventennio, avec sa collusion entre caserne et régime (symbolisée par l’inamovible Pietro Badoglio), mais aussi le fort lien identitaire et dévotionnel entre le corps des officiers et la maison de Savoie. Dans une Italie et une Europe qui doivent composer avec le retour de la guerre comme nouvelle normalité, alors que l’on demande chaque jour aux généraux de prendre des décisions vitales pour l’avenir de tous (et que certains, désormais à la retraite, s’aventurent dans des opérations politiques hasardeuses), comprendre le rapport entre les militaires et la direction de l’État s’avère plus que jamais nécessaire. »
Parution le 10 novembre
Théo Blanc, Salafism in Tunisia ; Political Engagement and the Advent of Post-Salafism, Cambridge University Press
« En proposant une analyse comparative des mouvements salafistes en Tunisie, Théo Blanc développe une théorie systématique expliquant la diversité des voies d’engagement politique salafistes, articulée autour des concepts d’opportunités subjectives et procédurales.
L’ouvrage explore tout d’abord comment le salafisme s’est développé dans le pays et s’est cristallisé en courants distincts – scolastique, politique et djihadiste –, puis examine leurs adaptations respectives à la révolution de 2010-2011 et leurs évolutions au cours de la décennie de démocratisation (2011-2021). Cette évolution a abouti à ce que Théo Blanc appelle un glissement vers le post-salafisme, défini comme une réhiérarchisation des priorités des acteurs dans l’action.
Théo Blanc s’appuie sur une riche documentation issue du travail de terrain, comprenant des entretiens avec les figures fondatrices du salafisme en Tunisie, des oulémas et idéologues salafistes de premier plan, ainsi que des dirigeants de partis salafistes et islamistes, parallèlement à des sources documentaires originales. Ce faisant, il apporte une contribution significative aux débats sur l’inclusion et la modération, le post-islamisme, la structure des opportunités politiques, la politisation, ainsi que la conceptualisation du salafisme et de l’islamisme. »
Parution le 10 novembre
David M. Sacks, The Realist : The Life and Ideas of Hans Morgenthau, Hurst
« »La politique internationale, comme toute politique, est une lutte pour le pouvoir. » Hans Morgenthau a écrit ces mots en 1948, alors que la coopération soviéto-américaine de temps de guerre se transformait en une rivalité tendue de l’après-guerre. Son ouvrage Politics Among Nations est rapidement devenu le manuel de référence en matière de relations internationales, poussant Henry Kissinger à déclarer que “tous ceux d’entre nous qui avons enseigné cette matière après lui, aussi différentes que fussent nos opinions, avons dû partir de ses réflexions.” »
Le réalisme de Morgenthau trouvait son origine dans ses expériences traumatisantes vécues dans l’Allemagne de l’entre-deux-guerres. Dans un contexte d’antisémitisme rampant, ses camarades de classe l’ostracisaient et lui crachaient au visage. Il vit Hitler enfreindre la loi en toute impunité lorsqu’il marcha sur Cobourg, sa ville natale. Morgenthau en conclut que les idéaux abstraits n’offraient aucune protection : seul un contre-pouvoir pouvait faire reculer le pouvoir. Après s’être réfugié aux États-Unis en 1937, sa pensée influente a orienté les débats de politique étrangère pendant la guerre froide. Alors que ses pairs soutenaient la guerre du Vietnam, Morgenthau a démantelé les arguments en faveur de l’intervention en s’appuyant sur des principes réalistes.
The Realist démontre la pertinence durable des idées de Morgenthau dans notre époque marquée par le désordre international et la rivalité entre grandes puissances. »
Parution le 12 novembre
Alexandre Kojève, L’Empire latin. Et autres écrits sur l’ordre du monde (1941-1968), Gallimard
« L’enseignement philosophique qui a rendu Kojève célèbre prend fin en 1939. La guerre le voit participer à la Résistance tout en entretenant des liens avec le régime de Vichy, puis en 1945 le grand interprète de Hegel rejoint le ministère de l’Économie. Il se consacre dès lors aux négociations commerciales internationales, dans le contexte de la guerre froide, de la décolonisation et des débuts de la construction européenne. Il écrit, à l’ombre de l’administration, de brefs textes, restés pour la plupart inédits, que Jamila Mascat et Sabina Tortorella rassemblent et publient pour la première fois.
On y découvre la réflexion de Kojève sur les problèmes géopolitiques de son époque, qui sont encore les nôtres. Ainsi de “L’Empire latin”, texte de 1945, souvent cité et donné ici à lire en entier, où il préconise une union de la France avec l’Espagne et l’Italie pour faire pièce aux empires anglo-saxon et russe.
On verra dans ces écrits comment le penseur de la “fin de l’histoire” a théorisé et mis en œuvre, loin du regard public, l’unification du continent européen, le rééquilibrage Nord-Sud, et cette convergence planétaire qu’on appelle encore la “mondialisation”. »
Le volume paraît dans la « Bibliothèque de géopolitique » des éditions Gallimard, en partenariat avec Le Grand Continent.
Parution le 12 novembre
Napoléon Bonaparte et Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, Correspondance (1797-1810), Perrin
« Le feu et le flegme. Dans la galaxie de personnages qui entourent Bonaparte, Charles-Maurice de Talleyrand Périgord occupe une place particulière. Conspirant, tour à tour, avec ou contre lui, s’efforçant d’inscrire l’action du Premier consul puis empereur dans le jeu diplomatique des nations européennes, sans jamais perdre de vue ses intérêts personnels, le “diable boiteux” surgit à chaque épisode de l’épopée napoléonienne.
Aussi la correspondance entre les deux hommes, reproduite pour la première fois en intégralité, constitue-t-elle l’un des ensembles épistolaires les plus révélateurs pour connaître et comprendre le pouvoir grandissant que s’arroge peu à peu le général victorieux en Italie. Mais elle dévoile aussi, en creux, une relation marquée par la nécessité politique réciproque et une lucidité précoce quant à leurs divergences profondes.
De la nomination de Talleyrand au ministère des Relations extérieures en 1797 à l’effondrement de l’Empire et la rupture définitive, les lettres – souvent flatteuses pour l’un, autoritaires pour l’autre – éclairent ainsi la geste napoléonienne au milieu d’une Europe agitée : les négociations avec l’Autriche, l’alliance russe, l’affrontement avec les Britanniques et la constitution, à l’intérieur, d’un pouvoir exécutif quasi-dictatorial. Un événement historiographique, espéré depuis longtemps. »
Parution le 12 novembre
Marion Van Renterghem, Femmes extrêmes, Les Arènes
« Nées à la fin du baby-boom, héritières de l’émancipation des années 1960, elles sont la vitrine féminine de partis réactionnaires, à l’extrême droite. Pourtant, qui aurait parié sur elles au début des années 2000, quand la mondialisation s’imposait partout, que l’Europe s’élargissait à l’Est et se dotait d’une monnaie commune ?
Marine Le Pen n’était pas la successeure désignée. Délaissée par sa mère, elle a divorcé deux fois et a rompu avec son père. Alice Weidel a travaillé pour Goldman Sachs et pour la Bank of China en Chine, elle est en couple avec une femme d’origine sri-lankaise avec qui elle a eu deux enfants. Giorgia Meloni, abandonnée par son père communiste et élevée par sa mère, s’est engagée jeune dans le parti néofasciste et vit seule avec sa fille.
Près de vingt ans après, Marine Le Pen, Giorgia Meloni et Alice Weidel sont les trois figures de proue, très différentes, d’une vague extrême qui domine l’Europe. Le cordon sanitaire hérité de l’après-guerre s’est rompu. Leurs passions embrasent toutes les colères. La guerre de Poutine les met à nu. En retraçant leur ascension, et leurs paradoxes, Marion Van Renterghem raconte notre histoire, celle d’une Europe stupéfiée par un grand basculement. »
Parution le 12 novembre
David Motadel, The Shah’s Great Tour : Global Monarchy in the Imperial Age, Oxford University Press
« À l’apogée de l’ère impériale, les shahs de Perse entreprenaient régulièrement de grands voyages royaux, parcourant le monde de l’Empire ottoman aux côtes de l’Écosse. Suscitant un vif enthousiasme partout où ils se rendaient, les monarques et leurs cortèges étaient accueillis en grande pompe dans les capitales européennes : Saint-Pétersbourg, Londres, Paris, Berlin, Vienne, Bruxelles, La Haye, Rome, Constantinople et bien d’autres encore.
Proposant une réinterprétation novatrice des relations entre les souverains non européens et européens à l’ère des empires, cet ouvrage montre que les visites royales offraient aux invités un moyen de s’intégrer, eux-mêmes et leurs pays, dans un ordre international dominé par les grandes puissances européennes. La participation des shahs aux rituels des visites d’État – tels que les remises de cadeaux, l’échange d’ordres de chevalerie et les spectacles militaires – exprimait leur légitimité dynastique et la souveraineté de leur pays.
David Motadel brosse un panorama saisissant de l’Europe fin de siècle, vue de l’extérieur, retraçant les rencontres des shahs avec des monarques et des ministres, des magnats et des marchands, des prêtres et des prostituées, des révolutionnaires et des assassins. Leurs tournées royales ont également inspiré les écrits de certains des plus grands auteurs de l’époque, d’Anton Tchekhov à Mark Twain. »
Parution le 12 novembre
Clemens Luhmann, Niklas Luhmann. Ein Leben zwischen Umbruch und Ordnung, Klett-Cotta
« Niklas Luhmann (1927-1998) compte parmi les plus grands théoriciens sociaux du XXe siècle. Sa théorie des systèmes continue aujourd’hui encore d’influencer la sociologie, le droit, les sciences politiques, la théologie, la pédagogie et la théorie de l’art bien au-delà de l’espace germanophone.
Clemens Luhmann retrace et décrit la vie et l’œuvre de son père dans toute leur ampleur et leur profondeur. De son enfance à Lunebourg à la guerre et à la captivité, en passant par ses études de droit à Fribourg, son stage de droit et son passage au ministère de la Culture à Hanovre, ses voyages en Italie et en France, cette année déterminante à Harvard, jusqu’à la suppléance de la chaire d’Adorno à Francfort et à la chaire qu’il a fondée à Bielefeld.
Des lettres et des témoignages exclusifs s’associent à des souvenirs personnels et à des recherches historiques. Un ouvrage destiné à tous ceux qui souhaitent découvrir Luhmann non seulement en tant que théoricien, mais aussi en tant qu’homme – en tant qu’observateur de son époque, penseur au quotidien, et personne capable de créer de la proximité à partir de la distance. »
Parution le 14 novembre
Jeffrey Weng, With One Voice ; Mandarin’s Conquest of China, Stanford University Press
« Le mandarin est l’une des langues les plus parlées au monde. Mais lorsqu’il a été codifié pour devenir la nouvelle langue nationale en Chine, entre les années 1910 et 1930, son caractère artificiel était tel que seule une poignée de personnes pouvait le parler couramment. La création et la diffusion de la langue nationale chinoise, menées par l’État, constituent donc sans doute le plus grand exemple d’ingénierie sociale de l’histoire de l’humanité. Ce qui a pris des siècles à se réaliser en Europe s’est déroulé en à peine trois décennies en Chine. Comment cette unification linguistique nationale s’est-elle opérée ? Et, plus largement, que peut nous apprendre ce processus sur le rôle de la langue dans la société chinoise ?
Jeffrey Weng étudie la transition du chinois classique vers le mandarin standard moderne au début du XXe siècle, soit les efforts déployés par l’État chinois pour normaliser et élever au rang de langue nationale une nouvelle langue. Il soutient que la forme définitive de cette langue n’était pas inévitable. Elle est au contraire issue d’un enchevêtrement de controverses et de décisions prises dans les premières années de la République, incarnant une vision particulière de la société chinoise : unitaire et égalitaire. »
Parution le 16 novembre
Barbara J. Keys, Super K : The Making, Breaking, and Remaking of Henry Kissinger’s Legacy, Simon and Schuster
« Pendant le quasi-demi-siècle qui a suivi son départ des fonctions publiques, Henry Kissinger est resté l’une des figures les plus admirées – et les plus controversées – de la vie publique américaine. Super K révèle comment il a fabriqué cette notoriété extraordinaire.
S’appuyant sur des correspondances privées jusqu’ici inédites et sur des entretiens avec des journalistes et des éditeurs qu’il a courtisés et affrontés, l’historienne Barbara J. Keys met au jour la machinerie dont Kissinger s’est servi pour bâtir et défendre sa réputation.
Des âpres batailles autour de son bilan au Cambodge et au Chili aux affrontements à fort enjeu avec les chaînes de télévision et les grandes maisons d’édition, Kissinger a consacré près de cinq décennies à façonner la manière dont le monde se souviendrait de ses huit années au pouvoir, et à convertir ces années en influence durable.
Super K n’est pas seulement le portrait d’un homme cherchant à façonner l’histoire : c’est un vaste récit des médias et des institutions d’élite qui lui ont permis d’y parvenir, et qui met en lumière des vulnérabilités qui marquent encore aujourd’hui la vie publique et politique. »
Parution le 17 novembre
Davide Conti, L’Italia della strage di Bologna. P2 e neofascismo all’alba degli anni Ottanta, Einaudi
« Le massacre de Bologne s’inscrit dans un arc chronologique qui va de 1978 à 1981. Une transition qui conduit l’Italie des grandes transformations des années 1970 à l’aube de la dernière décennie de la guerre froide et de la “République des partis”. Une nouvelle phase, marquée par le retour de la stratégie de la tension, qui modifiera profondément et durablement le visage de la société dans les domaines de la politique, des relations économiques et sociales, des modes de gouvernement et de représentation.
Le massacre de Bologne est l’aboutissement d’un processus subversif souterrain, qui trouve sa plus grande marge de manœuvre dans la période allant de la mort d’Aldo Moro en 1978, avec la crise politique et systémique qui s’ensuivit, à l’éclatement du scandale de la loge P2 en 1981, qui mit fin à l’ascension de la loge maçonnique de Gelli. Si la Constitution, véritable cible du massacre, est restée debout, l’impact de la bombe ne s’est pas arrêté le 2 août 1980, léguant au pays un héritage avec lequel il est aujourd’hui encore difficile de composer. »
Parution le 17 novembre
Serhii Plokhy, Killing the Pope : John Paul II and the Last Battle of the Cold War, Allen Lane
« Par un après-midi chaud et ensoleillé de mai 1981, plus de 10 000 pèlerins venus du monde entier se rassemblent place Saint-Pierre pour le début de l’audience générale du pape Jean-Paul II. Soudain, un coup de feu retentit. Jean-Paul II s’effondre. Un homme armé est appréhendé.
Après l’attentat, Jean-Paul II déclara qu’“une main avait tiré, une autre avait guidé la balle”. Mais dans ce récit électrisant de l’un des événements les plus emblématiques de la guerre froide, l’historien Serhii Plokhy nous invite à nous demander : et s’il y avait eu bien plus que deux mains ce jour-là ? S’appuyant sur de nouvelles recherches dans les archives, il accompagne l’assassin dans son périple à travers l’Europe en préparation de son geste, et suit les fils de l’histoire jusque dans les couloirs du Kremlin et du Vatican, en passant par les cercles intimes des ultranationalistes turcs, des fonctionnaires du KGB, des mafieux siciliens et des cardinaux catholiques.
Killing the Pope nous plonge au cœur de la dernière décennie de la guerre froide, une époque de paranoïa extrême, où l’ère de la désinformation que nous connaissons aujourd’hui était en train de naître lentement. »
Parution le 19 novembre
Sophie Corbillé, Emmanuelle Fantin et Sébastien Fevry, Perdre la neige. Histoire d’une métamorphose climatique et culturelle, Champ Vallon
« La disparition progressive de la neige en Europe constitue l’un des bouleversements les plus sensibles des changements climatiques contemporains. Longtemps perçue comme un phénomène cyclique et immuable, la neige se raréfie, fragilisant des économies locales, mais aussi des pratiques et des imaginaires profondément ancrés.
Du bonhomme de neige au pull de Noël, de la découverte du flocon à la création de neige artificielle en passant par la cinégénie de la neige ou le mythe du Yéti, cet ouvrage propose une analyse inédite de l’histoire de la perte de neige comme une perte culturelle. À travers un parcours qui suit les métamorphoses de la neige, il lève le voile sur la profondeur anthropologique de cette matière singulière, et interroge notre expérience intime et collective de l’anthropocène. »
Parution le 20 novembre
Ye Liu, Only Daughters : Women and China’s One-Child Policy, Princeton University Press
« Dans le cadre de la politique chinoise de l’enfant unique, une génération de filles uniques des années 1980 a grandi en bénéficiant d’un accès sans précédent à l’enseignement supérieur et à des carrières dans des secteurs très bien rémunérés. Souvent surnommées “petites princesses”, ces filles sans frère ont profité de l’ambition de leurs parents et de la richesse familiale qui, traditionnellement, étaient réservées aux garçons. Et pourtant, comme le révèle Ye Liu dans Only Daughters, cette cohorte de femmes instruites et privilégiées n’a pas réussi à renverser le patriarcat ; au contraire, elle a été freinée par les attentes culturelles. Ye Liu montre que la politique de l’enfant unique a contraint ces femmes à faire face au double fardeau consistant à atteindre une réussite habituellement réservée aux hommes tout en respectant les vertus féminines traditionnelles. Autonomisées dans leur enfance, elles ont, une fois devenues femmes, peiné à concilier les idéaux hérités de piété filiale et le devoir démographique imposé par l’État de mettre au monde des enfants avec leurs propres aspirations à l’autonomie et à la réussite. »
Parution le 24 novembre
Franco Cardini, Civiltà medievale. La grande luce dei secoli bui, Jaca Book
« Il n’y a pas si longtemps, on qualifiait le Moyen Âge d’“âge sombre” ; aujourd’hui, pourtant, cette période suscite un immense intérêt. Comment aborder un monde aussi complexe et aux multiples facettes, qui a encore tant à nous dire ?
Dans cet ouvrage, enrichi de nombreuses illustrations en couleur, Franco Cardini nous ouvre les portes de la civilisation médiévale, en retraçant ses évolutions au fil d’un millénaire d’une histoire riche et variée. Le Moyen Âge a vu naître bien des éléments que nous tenons aujourd’hui pour acquis : les universités et l’interculturalité, malgré les guerres ; la démocratie, en dépit des royaumes et des empires ; la pensée philosophique et la logique, sans oublier une production artistique foisonnante. Les racines de notre culture plongent dans le Moyen Âge ; c’est d’ailleurs grâce aux traductions médiévales que nous avons redécouvert l’héritage de l’Antiquité.
Le Moyen Âge a connu des phases bien distinctes : de l’époque où les monastères ont reconstruit l’Europe, on passe à celle de l’essor urbain, avec ses nouveaux enjeux sociaux. Si le Moyen Âge fut assurément une période difficile, nombre d’idées reçues méritent d’être déconstruites – qu’il s’agisse de l’image du moine coupé du monde ou de celle de la femme cantonnée à la sphère domestique. »
Parution le 30 novembre