Leçon. Qu’est-ce qu’une frontière ?

Cliquez ici pour vous inscrire
03
décembre 2026
De 19:30 à 20:30
École normale supérieure
29 rue d'Ulm
75005 Paris
Partager

Le Grand Continent lance un nouveau format : les leçons du soir à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm. 

Le premier cycle proposera une « Introduction à la géopolitique » en huit séances qui fourniront les bases pour s’orienter dans la carte d’un monde qui change chaque jour, en s’appuyant sur l’atelier de la revue. 

Les leçons seront données par Florian Louis, docteur en histoire de l’École des hautes études en sciences sociales, agrégé d’histoire, professeur en classes préparatoires aux grandes écoles pendant dix ans, auteur d’une dizaine d’ouvrages de référence sur la géopolitique. 

Ces leçons peuvent être suivies en personne à l’École normale supérieure, ou en ligne.

Il est possible de s’inscrire à chaque séance individuellement ou au cycle dans son intégralité en cliquant ici.

Huitième leçon. Migrations, flux numériques, de Ceuta aux GAFAM, qu’est-ce qu’une frontière aujourd’hui ?

Élément fondamental de la grammaire géopolitique, la frontière délimite l’aire territoriale sur laquelle un État revendique l’exercice monopolistique de la souveraineté. Héritière du modèle westphalien, elle n’est pas une donnée naturelle mais une construction historique et politique fixant les contours de l’autorité étatique, distinguant le dedans du dehors, le national de l’étranger, et organisant à ce titre l’ensemble des rapports de pouvoir entre États. Ligne de partage juridique autant que symbolique, elle est aussi le lieu où s’exercent concrètement des fonctions de contrôle qui font d’elle un instrument privilégié de la puissance étatique.

À l’heure où les migrations s’intensifient et les flux se dématérialisent, son importance se trouve ravivée en même temps que son efficacité est remise en question. D’un côté, les pressions migratoires croissantes poussent les États à réaffirmer leur souveraineté territoriale par des dispositifs de plus en plus sophistiqués : murs, barbelés, drones, coopération avec des États tiers pour externaliser les contrôles. La frontière redevient un enjeu politique majeur, au cœur des débats électoraux et des tensions diplomatiques. De l’autre, la numérisation des échanges et l’essor des grandes plateformes organisent des flux de données, de capitaux et d’influence qui ignorent largement les découpages étatiques traditionnels. Ces flux immatériels interrogent la capacité des États à faire respecter leur souveraineté dans un espace qui échappe en partie à la logique territoriale : où s’arrête la frontière d’un État face à un serveur situé à l’étranger, à un réseau social hébergé ailleurs, ou à une cyberattaque sans origine géographique clairement identifiable ?

Cette séance analysera la manière dont les évolutions géopolitiques contemporaines se traduisent par une réinvention plus qu’un effacement des frontières. Loin d’baoutir à un monde globalisé où les frontières s’estomperaient sous l’effet de la mondialisation économique et numérique, on observe au contraire leur persistance, voire leur durcissement, sous des formes renouvelées : frontières « intelligentes » et biométriques, frontières délocalisées bien au-delà des lignes tracées sur les cartes, frontières numériques établies par la régulation ou par les acteurs privés eux-mêmes. 

Nous verrons ainsi que la frontière du XXIe siècle ne disparaît pas, elle se déplace, se démultiplie et change de nature — tout en restant l’expression d’une même exigence : celle du contrôle par les États de qui et quoi peut légitimement circuler.

Présentation du cycle « Introduction à la géopolitique »

En quelques années, l’ordre international construit au sortir de la Seconde Guerre mondiale, puis consolidé et étendu à la faveur de la fin de la guerre froide, s’est brisé. Fondé sur la primauté d’un droit international et d’un multilatéralisme conçus et défendus par la puissance hégémonique états-unienne, il semblait promettre un horizon de stabilité durable, voire pour les plus optimistes, la fin des grands affrontements entre puissances. Cette illusion a vécu. 

La Russie a fait resurgir la guerre de haute intensité au cœur même de l’Europe, tandis que les États-Unis, absorbés par leur rivalité stratégique croissante avec la Chine, opèrent un désengagement progressif de ce théâtre et, plus largement, de leur rôle traditionnel de garant de l’ordre mondial. Ce retrait américain aujourd’hui pleinement assumé laisse un vide que d’autres acteurs, étatiques ou non, s’empressent de chercher à combler à leur profit.

Tiraillé entre un ancien monde en déclin et un nouveau encore en gestation et dont les contours demeurent flous et les rapports de force incertains, notre environnement géopolitique est soudainement devenu confus, instable et menaçant. Les repères qui structuraient hier encore notre lecture du monde — frontières, blocs, alliances, sphères d’influence — se recomposent sous nos yeux à un rythme accéléré, rendant l’analyse plus complexe mais aussi plus indispensable. Pour faire face à cette accélération de l’histoire, à cette multiplication des foyers de crise et à cette remise en cause des équilibres établis, disposer de repères géopolitiques clairs s’avère plus que jamais indispensable. 

Ce cycle ambitionne précisément de proposer un tour d’horizon rigoureux des outils conceptuels, des méthodes d’analyse et des grands enjeux géopolitiques qui structurent notre temps. Il examinera les logiques de puissance des grands acteurs internationaux, les recompositions territoriales et les rivalités d’influence qui en découlent, ainsi que les nouveaux espaces de confrontation — qu’ils soient numériques, spatiaux ou économiques — qui redessinent la carte de la puissance à l’échelle mondiale. En croisant approches théoriques et études de cas concrètes, cet atelier entend donner à chacun les moyens de penser, de s’orienter et d’agir par lui-même et avec discernement dans un monde en pleine mutation dans lequel la maîtrise de solides grilles de lecture géopolitique constitue un enjeu citoyen à part entière.

Objectifs du cycle

Cet atelier est conçu comme une introduction aux outils et aux savoirs fondamentaux de l’analyse géopolitique. Il propose de s’approprier une démarche rigoureuse — croiser les échelles d’analyse, interroger les représentations et les rapports de force, confronter les discours des acteurs — pour décrypter les tensions et les recompositions qui traversent le monde contemporain.

Il s’adresse au grand public curieux et désireux de mieux comprendre les grands enjeux géopolitiques actuels. Il y acquérera des clés de lecture rigoureuse et accessibles pour aborder l’actualité internationale avec plus de recul et d’esprit critique.

Intervenant

Cet atelier est conçu et dispensé par Florian Louis, docteur en histoire de l’École des hautes études en sciences sociales, agrégé d’histoire, professeur en classes préparatoires aux grandes écoles pendant dix ans, aujourd’hui directeur des archives et des recherches historiques de l’Institut d’études géopolitiques avancées lancé par le Grand Continent à l’École normale supérieure. Florian Louis est l’auteur de nombreux ouvrages de référence, parmi lesquels :

  • Histoire mondiale des impérialismes (dir., avec Nicolas Beaupré), Puf, 2026.
  • 1904, genèse du XXème siècle, Puf, 2025.
  • Les grands théoriciens de la géopolitique, Puf, 5e édition, 2024.
  • De la géopolitique en Amérique, Puf, 2023
  • Qu’est ce la géopolitique ? Puf, 2022
  • Histoire mondiale du XXe siècle (dir., avec N. Beaupré), Puf, 2022

Points forts

  • Un atelier qui s’appuie sur le travail de la rédaction du Grand Continent afin de donner des clés exclusives pour décrypter les bouleversements d’un ordre international en pleine mutation.
  • Une approche rigoureuse du monde qui s’appuie sur les outils de l’analyse géopolitique.
  • Une démarche qui mêle étroitement la dimension théorique aux études de cas concrets, gage d’enrichissement en termes de savoirs autant que de savoir-faire.
  • Un intervenant reconnu pour son expertise en géopolitique et son excellence pédagogique. 
Nous partirons de cette publication :
3 décembre 2026
De 19:30 à 20:30
École normale supérieure
29 rue d'Ulm
75005 Paris
Itinéraire →