Selon une étude comparant trois souches représentatives de poulets, élevées dans des conditions identiques pour isoler l’effet de la sélection génétique, le poids moyen des poulets a été multiplié par 4,6 en l’espace d’un demi-siècle. Un poulet âgé de 56 jours atteint aujourd’hui en moyenne 4,2 kilos, contre 1,8 kilo en 1978 et 0,9 kilo en 1957 1.

Cette croissance ne résulte pas de conditions d’élevage artificielles, mais d’une sélection génétique intentionnelle réalisée par les éleveurs.

  • La demande de viande de poulet a considérablement augmenté après la Seconde Guerre mondiale.
  • Le monde produit aujourd’hui près de 130 millions de tonnes de poulet par an, soit 10 fois plus qu’au début des années 1970.
  • En parallèle, la consommation par personne continue d’augmenter depuis les années 1960, et atteint aujourd’hui près de 9 poulets par personne à l’échelle mondiale.

Selon les Nations unies, une personne consomme en moyenne environ six fois plus de poulets et deux fois plus de porc que la génération de ses grands-parents. L’augmentation de l’offre de viande est toutefois principalement concentrée dans les pays riches, avec quelques exceptions.

  • Parmi les grands pays, les États-Unis sont ceux dont les habitants consomment la plus grande quantité de volaille au monde après Israël : 55 kilos par an.
  • Ces dernières décennies, on observe toutefois les plus fortes hausses en Amérique du Sud – Brésil, Bolivie et Pérou notamment –, en Asie – Malaisie, Taïwan – et dans le Golfe, notamment aux Émirats arabes unis et en Arabie saoudite.

Dans la plupart de ces pays, la hausse de la consommation de poulet traduit l’augmentation du niveau de vie. Toutefois, alors que les pays developpés ont tendance à préférer le « blanc » de poulet, soit la poitrine, les pays asiatiques et africains ont tendance à consommer plus de viande « brune » : les cuisses et les pilons principalement.

  • Le blanc de poulet est 12 % moins cher que les cuisses et les pilons en Indonésie, alors qu’il est 88 % plus cher aux États-Unis 2.

Des décennies de sélection génétique et d’optimisation des élevages ont rendu les volailles vulnérables aux troubles locomoteurs, cardiovasculaires et à une mortalité accrue, tandis que leurs conditions de vie se sont considérablement dégradées.

  • S’il donne plus de viande, le Ross 308, le poulet contemporain que l’on retrouve dans la majeure partie des élevages à travers le monde, accumule les malformations et les problèmes cardiovasculaires – au point que ses lignées reproductrices doivent voir leur alimentation rationnée pour rester aptes à se reproduire.
  • Le contrôle par deux entreprises, Aviagen Group et Cobb-Vantress, du patrimoine génétique de plus de 90 % des poulets de chair abattus dans le monde créé quant à lui un goulot d’étranglement qui limite l’émergence de nouvelles souches 3.

En Chine, l’offre de volaille a fortement augmenté ces dernières décennies, au détriment du porc, qui reste toutefois la viande la plus consommée dans le pays.

  • Si les courbes entre l’offre de porc et de poulet venaient à s’inverser en Chine, il faudrait produire environ 24 milliards de volailles supplémentaires par an dans le monde pour répondre à la demande – soit un tiers de la production mondiale.
  • Pour absorber cette hausse sans élever davantage de volailles, les éleveurs devraient faire grossir chaque poulet jusqu’à environ 4,63 kg – soit 10,3 % de plus que le poulet Ross 308 étudié par Zuidhof.
Sources
  1. M.J. Zuidhof, B.L. Schneider, V.L. Carney, D.R. Korver, F.E. Robinson, « Growth, efficiency, and yield of commercial broilers from 1957, 1978, and 2005 », Poultry Science, vol. 93, n°12, 2014.
  2. « How chicken became the rich world’s most popular meat », The Economist, 19 janvier 2019.
  3. Leslie Patton, Michael Hirtzer et Amelia Pollard, « After Decades of Breeding Bigger Birds, Some Producers Are Shrinking the Chicken », Bloomberg, 5 novembre 2021.