Edward Goldring, Purges ; How Dictators Fight to Survive, Cornell University Press

« De l’exécution de son oncle par Kim Jong-un à la destitution de plus d’une centaine de généraux turcs par Recep Tayyip Erdoğan, les purges ont des conséquences importantes sur la survie et la pérennité des autocrates. Pourtant, on ignore encore beaucoup de choses sur les raisons qui poussent les dictateurs à recourir aux purges et sur le fait de savoir si celles-ci produisent les effets escomptés.

S’appuyant sur un ensemble de données mondial inédit consacré aux purges des élites civiles et militaires dans les dictatures, ainsi que sur des études de cas portant sur la Corée du Nord, la Corée du Sud et la Turquie, Edward Goldring examine la logique qui sous-tend ces purges et leurs conséquences. Il montre que les dictateurs recourent aux purges pour consolider leur pouvoir, punir la déloyauté et faire des élites des boucs émissaires afin d’apaiser les menaces populaires. 

Mais si les purges aident les dictateurs à consolider leur pouvoir au début de leur mandat, elles affaiblissent en réalité leur position lorsqu’ils sont au pouvoir depuis longtemps, suscitant une réaction de rejet. Face à une tendance mondiale croissante vers des normes autoritaires, Purges offre un éclairage critique sur la manière dont les autocrates conservent – et parfois perdent – le pouvoir. »

Parution le 15 août

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Justus Bender, Deutschland 2033. Ein Szenario, C.H. Beck

« Cent ans après la prise du pouvoir par les nazis, l’Allemagne s’apprête à élire son Bundestag – et l’AfD en sort vainqueur. Le cordon sanitaire ne tient pas : dans l’espoir de décrédibiliser l’AfD une fois au gouvernement, la CDU cède. Mais ce calcul échoue. Les populistes de droite démantèlent pas à pas l’État constitutionnel libéral. En l’espace d’une seule année, un régime autoritaire qui méprise les droits de l’homme et la démocratie prend le pouvoir.

L’effondrement se produit plus discrètement que beaucoup ne l’auraient pensé : sans violence révolutionnaire, sans foules fanatisées – uniquement par le biais de l’administration, des textes de loi et d’une justice politisée. La République meurt, mais le calme règne dans le pays. Les gens sont fatigués et désemparés, les protestations tombent dans l’oubli. Ils auraient dû agir plus tôt. Maintenant, il est trop tard. 

Justus Bender raconte une chute sans spectacle – c’est précisément ce qui rend sa vision si réaliste. Le livre se déroule dans le futur, mais traite en réalité d’un présent où l’espoir existe encore : il explique en détail quelles politiques et quelle communication sont nécessaires aujourd’hui pour empêcher l’échec de demain. »

Parution le 20 août

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Daron Acemoglu, What Happened to Liberal Democracy ? Remaking a Politics of Shared Prosperity, Profile Books

« Dès ses débuts, le libéralisme a offert une promesse éclatante de prospérité partagée, d’égalité, de valeurs démocratiques et de libre quête du savoir. Au départ, il a connu un essor fulgurant. Puis il a vacillé. Autrefois phare d’où jaillissait un espoir séduisant, il a commencé à s’éroder et à se dégrader sous l’effet de l’élitisme, de l’intolérance et de la montée de l’autocratie.

Par bien des aspects, le libéralisme est en ruine. Alors, quelle est la prochaine étape ? Daron Acemoglu, retrace l’ascension et le déclin de la démocratie libérale, et offre une lueur d’espoir pour l’avenir : une nouvelle théorie qui jette les bases de la manière dont nous pouvons – et devons – refonder le libéralisme avant qu’il ne soit trop tard. »

Parution le 20 août

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Veith Selk et Julian Nicolai Hofmann (eds.), Postliberalismus ? Eine transatlantische Debatte, Suhrkamp

« La suprématie du libéralisme semble toucher à sa fin. Face à l’aggravation des crises géopolitiques et à l’érosion accélérée des démocraties libérales, on débat, dans la théorie politique de part et d’autre de l’Atlantique, d’alternatives au libéralisme, regroupées sous le terme générique et évocateur de « post-libéralisme ». 

Cet ouvrage rassemble des contributions de chercheurs de renommée internationale, tels que Thomas Biebricher, Annelien de Dijn, Patrick J. Deneen, Anton Jäger, Philip Manow, Samuel Moyn, Jan-Werner Müller, Elif Özmen, Adrian Pabst et Nadia Urbinati, entre autres, qui se penchent sur ce nouveau phénomène. En tant qu’observateurs, critiques ou partisans de ces alternatives, ils posent la question suivante : le libéralisme peut-il encore être sauvé ? »

Parution le 20 août

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Justine Faure, 1949. Entrer en guerre froide, PUF

« Signature du traité de l’Atlantique Nord, création de la RFA et de la RDA, bombe atomique soviétique, victoire de Mao : l’année 1949 voit la rivalité américano-soviétique se cristalliser en système.

En quelques mois, l’équilibre international se transforme et l’affrontement idéologique vire à la confrontation militarisée et mondialisée. Une dynamique qui n’a rien d’inéluctable : à l’engrenage conflictuel, répondent les espoirs de paix, les oppositions internes aux États-Unis et les trajectoires des pays décolonisés.

1949 marque l’entrée dans un conflit sans déclaration de guerre, qui divise un continent, façonne les sociétés et structure durablement l’ordre bipolaire. Entre fermeture des frontières, concurrences politiques et stratégies d’endiguement, un monde nouveau se dessine, tendu entre peur nucléaire, ambitions impériales et résistances locales. »

Parution le 20 août

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Gregg Huff, The Economic Growth of Southeast Asia Trade ; Globalization and Development since 1870, Cambridge University Press

« Cet ouvrage propose la première analyse exhaustive de la mondialisation et du développement en Asie du Sud-Est depuis 1870. En interprétant plus de 150 ans d’histoire économique de cette région, Gregg Huff retrace l’impact d’une première période de mondialisation, des années 1870 à 1929, les effets de l’occupation japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale et ses conséquences, ainsi qu’une deuxième vague de mondialisation depuis la fin des années 1960.

Il s’appuie sur les concepts d' »exutoire des excédents », d' »économie duale » et de « société plurielle » et soutient que la réponse apportée par les populations d’Asie du Sud-Est aux périodes de révolutions des transports, d’innovation et d’opportunités au sein de l’économie mondiale s’est traduite par une croissance rapide tirée par les exportations. La croissance rapide récente a permis à l’Asie du Sud-Est de commencer à « rattraper » les principaux pays du monde pour la première fois de son histoire. Parmi les acquis, on peut citer l’industrialisation, de réels progrès sociaux et l’émergence de nombreuses grandes régions urbaines. Néanmoins, l’ouvrage soutient que le développement de l’Asie du Sud-Est, au sein de ses « économies miracles », reste incomplet. »

Parution le 20 août

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Hans Woller, Thomas Mann. Biographie eines Politischen, C. H. Beck

« Tout le monde parle de Thomas Mann. Ses œuvres, en revanche, ne sont plus autant lues qu’autrefois. Thomas Mann risque-t-il lui aussi de subir le sort d’autres classiques, celui de devenir une « curiosité qui prendra rapidement la poussière, réservée aux archivistes » ? L’historien Hans Woller dévoile un Thomas Mann étonnamment différent et montre que son importance durable réside précisément dans son engagement politique.

Malgré l’image qu’il se forgeait de lui-même, celle d’un apôtre détaché de la réalité et voué à l’art pur, Thomas Mann fut toute sa vie un « homo politicus » qui, pendant des décennies, se trouva au cœur des débats de son temps. Traître à la patrie, complice des Juifs, « idiot utile » de Moscou et démocrate dans l’âme : on l’a condamné, dénoncé et élevé au rang de modèle. Hans Woller redécouvre le Thomas Mann politique et, ce faisant, démolit de nombreux préjugés : le lauréat du prix Nobel était considéré comme le plus dangereux adversaire intellectuel d’Hitler, comptait parmi les critiques les plus virulents de sa patrie d’adoption, l’ »Amérique des gangsters », et n’hésitait pas à flirter avec le système soviétique de Staline. 

Souvent clairvoyant, mais tout aussi souvent prophète de l’erreur, ce patricien élitiste était pour les Allemands un contemporain dérangeant, que sa franchise rendait difficile à classer dans une catégorie précise. Est-ce précisément pour cette raison qu’il a encore tant à nous dire ? »

Parution le 20 août

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Gustavo Gozzi, Occidente e giustizia. Crisi di una civiltà e fragilità delle democrazie, Il Mulino

« L’Occident est tiraillé entre une vision universaliste du droit et sa négation, déterminée par la domination qu’il a exercée sur les peuples non européens. Cette contradiction impose de réfléchir à la justice à garantir à ceux qui ont subi cette hégémonie et qui cherchent aujourd’hui une vie meilleure dans les pays occidentaux. Cette conception de la justice s’inscrit dans la perspective d’un constitutionnalisme mondial possible, fondé sur la nécessaire limitation des pouvoirs du marché qui conditionnent les États et restreignent les démocraties. 

L’ouvrage développe la confrontation entre cette approche et un nouvel ordre mondial centré sur le multipolarisme des anciennes et nouvelles puissances impériales. Il en résulte une lecture du débat internationaliste sur les transformations de la mondialisation, sur l’incapacité de l’Europe à être un acteur mondial, sur la double crise – économique et culturelle – de nos démocraties, sur la perte de centralité de la civilisation occidentale face à l’émergence du Sud mondial, mais avec la perspective d’un rapprochement progressif et nécessaire de l’idéal (inaccessible) de la paix. »

Parution le 28 août

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Adrian Daub, What Tech Calls Governing, Stanford University Press

« Les entreprises de la Tech déterminent de plus en plus qui réglemente et qui gouverne. Et l’élite technologique exerce un pouvoir politique croissant, cherchant à remodeler votre lieu de travail, l’école de votre enfant et le gouvernement fédéral à son image. Mais qu’entendent-elles par « pouvoir » ?

Amenant les lecteurs des réunions d’investisseurs aux amphithéâtres, de la science-fiction à une vision néo-féodale du monde, Adrian Daub explore avec mordant la manière dont la culture tech aborde la hiérarchie et la domination, ainsi que le rôle qu’une forme très spécifique de masculinité joue dans l’éthique de cette culture. Des panneaux d’affichage aux réseaux sociaux, il interroge la façon dont l’élite de la Tech exerce son pouvoir au sein de ses familles et dans ses bureaux, mais aussi dans les salles de sport et sur les chaînes YouTube, dans les salles d’audience et pendant ses trajets quotidiens. 

Se demander « comment cherchent-ils à dominer ? » revient en réalité à raconter l’histoire de la Silicon Valley comme celle d’une masculinité fragile – et précisément pour cette raison dominatrice –, déterminée à exercer toute l’influence possible sans en assumer aucune responsabilité. »

Parution le 31 août

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Steve Tsang et Olivia Cheung, China’s Global Strategy under Xi Jinping, Oxford University Press

« L’engagement pris par Xi Jinping de réaliser « le rêve chinois de renaissance nationale » d’ici 2050 résume bien l’ambition qui anime la stratégie mondiale actuelle de la Chine. Si cette expression peut paraître vague, ses implications sont considérables : elles déterminent la manière dont les dirigeants chinois interagissent avec le monde et envisagent la place de la Chine au sein de celui-ci.

Dans China’s Global Strategy under Xi Jinping, Steve Tsang et Olivia Cheung offrent une analyse claire de la manière dont la Chine cherche à remodeler l’ordre international selon ses propres termes. S’appuyant sur des décennies d’évolution politique, ils proposent un nouveau cadre conceptuel puissant – le « réalisme sino-centrique du parti-État » – pour expliquer la logique idéologique, politique et stratégique qui sous-tend la politique étrangère chinoise sous Xi Jinping.

Les auteurs appliquent ce cadre à trois domaines clés : la diplomatie mondiale, la technologie et l’économie, ainsi que la géopolitique. Au cœur de la vision de Xi se trouve la renaissance de l’ancien modèle « tianxia » de leadership mondial, dans lequel la Chine devient la puissance prééminente du monde – non pas en remplaçant les États-Unis en tant qu’hégémon mondial, mais en étant largement reconnue comme une force au service du bien. Ce modèle suggère une forme de leadership relativement passive, mais qui vise néanmoins à remodeler fondamentalement les normes et les institutions mondiales.

Steve Tsang et Olivia Cheung examinent également les moteurs internes de cette stratégie, montrant comment les impératifs politiques nationaux et l’idéologie du parti façonnent le comportement extérieur de la Chine. Il en résulte une analyse nuancée et d’actualité d’une puissance montante aux ambitions mondiales – et du risque de conflit entre grandes puissances. »

Parution le 1er septembre

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Ilya Budraitskis et Ilya Matveev, Russia’s New Imperialism ; Capital and Ideology, Stanford University Press

« L’invasion dévastatrice de l’Ukraine par la Russie en 2022 est la manifestation d’un phénomène plus large : le nouvel impérialisme russe de l’ère post-soviétique. 

Cet ouvrage propose une analyse critique et théoriquement fondée de l’impérialisme russe, qui s’attache à l’interaction entre économie et idéologie, coercition et hégémonie, structure et action. Si les évolutions économiques contribuent largement à expliquer la résurgence des pulsions impérialistes de la Russie au XXIe siècle, une logique purement économique ne saurait rendre compte du changement radical intervenu dans l’impérialisme russe à partir de l’annexion de la Crimée et de l’instigation d’une insurrection séparatiste dans le Donbass. Pas plus que les évolutions géopolitiques objectives, telles que les déploiements militaires des États-Unis et de l’OTAN, ne peuvent fournir une explication adéquate à ce changement. 

Au contraire, cet ouvrage montre comment la réaction du Kremlin à la révolution du Maïdan trouvait ses racines dans la consolidation idéologique des années précédentes : l’émergence d’une idéologie qui désigne l’Occident comme l’ennemi éternel de la Russie et l’Ukraine comme le pion géopolitique de l’Occident. Ilya Budraitskis et Ilya Matveev examinent la politique étrangère russe et le projet du Kremlin visant à remodeler le peuple russe afin qu’il serve au mieux son programme impérialiste. »

Parution le 1er septembre

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Jeremy Adelman, The Capitalist Era ; The Making–and Unmaking–of the Global Mind, Princeton University Press

« Alliant histoire politique, économique, intellectuelle et environnementale, cet ouvrage retrace l’épopée des forces qui, depuis la fin du XVIIIe siècle, ont transformé le monde en une entité unique mais fracturée, unie par les échanges et les flux, mais divisée par la méfiance et la peur. C’est l’histoire des espoirs d’une paix universelle, de la panique face à la destruction de la planète, ainsi que des débats, des politiques et des médias qui ont façonné la manière dont les gens se perçoivent les uns les autres au-delà des distances et des frontières.

The Captialist Era retrace la manière dont l’intégration mondiale a contraint des populations de différentes régions du monde à prendre conscience de ce que signifie avoir besoin les unes des autres pour des ressources ou une reconnaissance sans se connaître, et décrit les confrontations et les expériences qui ont façonné le monde à travers des périodes d’intégration et de désintégration au cours des deux derniers siècles. Alors que le commerce, les migrations et les nouvelles technologies ont rapproché les peuples en quête de richesse, de sécurité et de survie, d’énormes affrontements et heurts ont opposé écrivains et soldats, biologistes et économistes, photographes et missionnaires.

Les étrangers sont-ils des partenaires ou des rivaux, des libérateurs ou des oppresseurs ? Comme le montre The Capitalist Era, telle est peut-être la question la plus importante qui pèse sur notre passé, notre présent et notre avenir. Pour comprendre notre monde, il est essentiel de saisir comment les étrangers se sont perçus les uns les autres lorsqu’ils ont décidé d’accueillir ou d’exclure, de respecter ou de dominer. Rejetant les déterminismes simplistes sur une paix inévitable ou une fatalité inéluctable, cet ouvrage met en lumière la fragilité de l’unité de notre monde. »

Parution le 1er septembre

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Emilio Santiago et Héctor Tejero, España contra el desierto, Arpa

« La tempête de Valence a fait 238 morts, les derniers incendies ont atteint des chiffres records en termes d’hectares brûlés et la canicule a causé la mort de près de 10 000 personnes en quatre ans. La péninsule ibérique se réchauffe plus rapidement que la planète et la crise climatique transforme déjà ses paysages, ses secteurs économiques et ses conditions de vie. 

Emilio Santiago et Héctor Tejero analysent en détail cette menace, mais surtout, ils soutiennent que la transition écologique, si elle est bien gérée, peut constituer un grand projet national et le principal moteur de croissance économique de notre génération.

Face au déni et au catastrophisme, deux des voix les plus influentes du débat écologique en Espagne – un scientifique et un homme politique – prennent position et proposent une stratégie concrète et réaliste pour que l’Espagne mène sa révolution verte plutôt que de devenir le désert de l’Europe. »

Parution le 2 septembre

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Enzo Traverso, Survivances de la révolte. Essai sur la dialectique de la mémoire, La Découverte

« Un ouvrage qui traite d’un phénomène fondamental dans l’espace public, politique et médiatique, mais dont l’importance et les conséquences sont sous-estimées : celui des conflits de mémoire, de leurs modalités et de leur influence sur les mouvements sociaux et les antagonismes idéologiques et politiques.

Comme il y a une dialectique de la raison, il y a une dialectique de la mémoire qui métamorphose le souvenir de la révolte en culte de l’ordre, les anniversaires des révolutions en défilés militaires, l’héritage de l’Holocauste en légitimation d’un État génocidaire ; ainsi s’affrontent les romans nationaux et la tradition des vaincus, le culte des héros et les traces laissées par les sans-nom, les monuments et les remémorations dissidentes. Face aux mémoires figées, passives et réactionnaires, qui semblent aujourd’hui dominer, les révoltes du passé sont des legs vivants à réactiver pour façonner notre présent. »

Parution le 3 septembre

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Olivier Dard, Histoire de l’extrême droite en France, Perrin

« Cette vaste histoire de l’extrême droite en France à l’époque contemporaine (1870-2026) n’est pas, à la différence de ses devancières, un ouvrage collectif mais le résultat d’un travail de longue haleine (plus de dix ans) effectué par un spécialiste du sujet. Elle débute à la chute du second Empire et aux potentialités ouvertes par une restauration monarchique du comte de Chambord au temps de l’Ordre moral pour s’achever en 2026 à l’heure où le Rassemblement national est en tête des intentions de votes pour la présidentielle de 2027. 

Nourri de nombreuses sources et d’une lecture exhaustive de l’historiographie, ce livre brosse une large fresque des figures (Boulanger, Barrès, Maurras, La Rocque, Poujade, Tixier-Vignancour, Le Pen), mouvements (ligues, OAS, FN) et temps forts (antisémitisme et affaire Dreyfus, 6 février 1934, Vichy, guerres d’Indochine et d’Algérie, concile Vatican II) qui jalonnent l’histoire d’une famille politique beaucoup plus diverse que le donne à voir le singulier de l’étiquette « extrême droite ». 

C’est à une plongée au cœur de l’univers de ces droites nationales et nationalistes qu’est convié le lecteur qui pourra les suivre au fil d’une histoire bouillonnante, du premier conflit mondial à la guerre d’Espagne, des années 1930 à la décolonisation et à la guerre froide qui ont été matricielles pour cette nébuleuse politique façonnée par l’anticommunisme, et le combat contre la « subversion » incarnée par des ennemis aussi bien intérieurs qu’extérieurs. 

Ainsi, cette histoire ne saurait se saisir à partir du seul cadre national et une des grandes réussites de l’ouvrage est de l’articuler à une échelle transnationale, tant ses figures de proue rayonnent en Europe comme aux Amériques en même temps que ces dernières les nourrissent. »

Parution le 3 septembre

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Gaia Perini, Il racconto della Cina moderna. Sentieri letterari nella storia dell’ultimo secolo, Il Mulino

« La Chine est un pays immense et son histoire moderne est vaste et complexe, un véritable labyrinthe. L’auteure trace un parcours, un parmi tant d’autres possibles, dans la forêt dense de la modernité chinoise, en choisissant comme guide une sélection mûrement réfléchie d’œuvres littéraires, convaincue qu’elles permettent d’éclairer leur époque sous un angle que les sources historiques ne parviennent pas toujours à saisir. 

Plutôt que de refléter l’histoire, la littérature porte donc une réflexion sur celle-ci, amenant le lecteur à repenser ses étapes cruciales : la fin de l’empire et la création de l’État-nation, la révolution, le socialisme comme voie chinoise vers la modernité, les contradictions de l’État socialiste, et enfin la conversion à l’économie de marché. Au terme de ce parcours, on découvrira que bon nombre des questions sur lesquelles s’interrogent les écrivains et écrivaines chinois nous concernent également et que la Chine fait déjà partie de notre monde. »

Parution le 4 septembre

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Nicolas Werth, Adieu ma Russie. Mémoires orphelines, Les Belles Lettres

« Il arrive qu’un État franchisse la ligne. Comme un être humain le fait aussi, parfois. Alors une date naît. Les historiens la recueillent avec gravité et lui donnent une place raisonnable dans le cimetière des siècles. Mais, pour l’historien, il est rare qu’une date fasse davantage : qu’elle entre dans sa vie comme un couteau. Août 1968. Avec l’intervention des troupes soviétiques, l’URSS de Brejnev écrase le printemps de Prague.

Mars 1969. Désespéré par l’entrée des chars soviétiques à Prague, Alexander Werth, le grand journaliste britannique d’origine russe, engagé dès les années 1930 dans le combat antifasciste, correspondant de guerre de la BBC sur le front russe devenu historien de l’URSS, met fin à ses jours.

Février 2022. La Russie de Vladimir Poutine envahit l’Ukraine.

Juin 2023. Nicolas Werth, son fils, vacille à son tour. Lui aussi a consacré sa vie à la Russie. Vingt années passées dans sa langue, ses villes, ses illusions et ses ruines : étudiant à Léningrad, enseignant à Minsk puis à Moscou, attaché culturel pendant la Perestroïka, chercheur au CNRS enfin, à partir de 1989, scrutant les mutations d’un pays et d’un système politique à bout de souffle.

Des dizaines de livres, des milliers de pages, une vie entière offerte à comprendre la Russie, le père et le fils auront passé près d’un siècle cumulé à observer le même pays impossible. Et pourtant de ce père, Nicolas Werth ne savait presque rien.

Alors commença son enquête. Il revenait à lui seul de raconter leur siècle, reprenant les travaux de son père, les tissant avec les siens et les plaçant ainsi sur la longue durée : cette étrange hérédité des historiens.

Peu à peu apparaît quelque chose de plus rare encore qu’un témoignage : le récit d’un siècle d’histoire russe raconté par ceux qui l’ont le mieux connu. Deux générations, deux consciences historiques parmi les plus aiguës de leur temps ; leurs expériences, leurs blessures mêmes, sont ici réunies pour composer non pas une histoire officielle de la Russie, mais son histoire vécue, intériorisée et puis pensée.

Ce livre d’une honnêteté rare raconte cela : deux vies nouées à une même tragédie historique. Il dit aussi, peut-être, une vérité plus discrète : les historiens n’écrivent jamais seulement l’Histoire. Ils écrivent la part d’eux-mêmes qu’elle a dévorée. »

Parution le 4 septembre

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Francis Fukuyama, In the Realm of the Last Man, Profile Books

« En 1989, un an avant la chute du mur de Berlin, Francis Fukuyama – alors jeune universitaire qui avait fait ses armes en menant des recherches pour Ronald Reagan pendant son mandat de gouverneur de Californie – a présenté un exposé qui allait devenir l’un des ouvrages de théorie politique les plus célèbres – et les plus controversés – de notre époque : La fin de l’histoire.

En 2009, il avait rompu avec ses mentors néoconservateurs, d’Allan Bloom à Paul Wolfowitz, après être revenu sur son soutien à l’invasion “désastreuse” de l’Irak en 2003 et à la politique économique de laissez-faire qui avait conduit à la crise financière de 2008.

Mais pourquoi a-t-il changé d’avis ? Dans ces mémoires politiques percutantes, qui retracent l’engagement de son père dans le mouvement des droits civiques et son propre travail sous contrat pour la CIA dans les années 1980, Fukuyama analyse sa vie à la lumière des bouleversements politiques majeurs des trente dernières années – de Bush à Obama puis à Trump, de la guerre contre le terrorisme à l’invasion de l’Ukraine par la Russie. »

Parution le 8 septembre

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Victor Davis Hanson, The Counterrevolution. The Fall and Rise of Donald Trump and the MAGA Movement, Basic Books

« Lorsque Donald Trump a quitté ses fonctions en janvier 2021, la plupart des observateurs pensaient que sa carrière politique était terminée. Réduit au silence sur les réseaux sociaux, cloué au pilori par la presse et menacé de poursuites judiciaires, l’avenir de l’ancien président semblait bien sombre. Mais au cours des mois et des années qui ont suivi, Trump a opéré un retour politique historique, passant de la disgrâce à la victoire pour un second mandat présidentiel qui a marqué le début d’une transformation sociale, culturelle, politique et économique des États-Unis.

Dans cet ouvrage, Victor Davis Hanson explique en détail comment Trump a repris le pouvoir et en est venu à mener une contre-révolution américaine. Le succès et l’audace du programme de Trump pour son second mandat ne peuvent être pleinement compris que comme le fruit de ses quatre années passées dans le désert politique et juridique. Victor Davis Hanson détaille les erreurs tactiques et les excès de ses adversaires, ainsi que la manière dont Trump a pris note de ceux qui le persécutaient et a façonné son nouveau programme autour d’une riposte. »

Parution le 8 septembre

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Johann Chapoutot, La bascule. Allemagne, 1933, Gallimard

« Le 30 janvier 1933, l’Allemagne bascule dans l’inconnu. Nul ne sait comment les nazis – installés au pouvoir alors qu’ils ne l’espéraient plus – vont gouverner et nul n’a anticipé le carnage institutionnel qu’ils provoqueront. 

La droite, obnubilée par la montée en puissance des communistes, veut protéger les intérêts économiques, fiscaux et sociaux des élites patrimoniales et mettre fin à la démocratie. Elle mise sur la violence nazie pour frapper aussi bien les opposants politiques, les syndicalistes, que les immigrés, les Juifs et tous les “indésirables” qu’elle abhorre. Mais les Allemands sont réticents, comme le montrent l’échec spectaculaire du syndicat nazi aux élections professionnelles et celui du boycott antisémite du 1er avril 1933.

La “prise de pouvoir” a duré six mois, jusqu’au 14 juillet 1933, date du dernier conseil des ministres avant les vacances estivales. Elle a été rendue possible par la bascule de plusieurs groupes élitaires qui ont œuvré en faveur des nazis : l’armée, l’Église catholique, les médias libéraux qui tentent d’amadouer le monstre, la magistrature et la haute fonction publique, tandis que le patronat, le clergé protestant et les grands propriétaires agricoles avaient déjà fait leur choix – celui du pire pour le peuple allemand. »

Parution le 10 septembre

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Mohamed Amer Meziane, Le Sacrifice du ciel. Une autre histoire de la raison, Le Seuil

« Pourquoi pensons-nous spontanément avec les “grands auteurs” occidentaux ? D’où vient cette tendance qui semble si naturelle à ne citer qu’eux ? La raison moderne s’est proclamée comme la seule à pouvoir éclairer le monde après les Lumières et la “mort de Dieu”. Mais à quel prix a-t-elle accompli ce “sacrifice du ciel” ?

Mohamed Amer Meziane répond à ces questions en fissurant les statues de ce panthéon de la pensée. Il traverse l’histoire de la philosophie contemporaine en étendant ses limites géographiques habituelles. Confrontant Kant ou Hegel à l’émir Abdelkader et al-Afghāni, il montre que l’ancien monopole européen de la Raison la conduit à déraisonner en l’isolant des autres mondes. Cet ouvrage propose ainsi une histoire inédite de la pensée, ouvrant la voie à une rationalité autre : ni d’Occident, ni d’Orient. »

Parution le 18 septembre

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Gwendolyn Sasse, Russland – eine deutsche Erfindung. Warum so viele bei uns Putin falsch einschätzen, C. H. Beck

« Depuis 2022, la Russie mène une guerre d’agression ouverte contre l’Ukraine. Pourtant, en Allemagne, beaucoup de gens continuent de porter un regard étonnamment positif sur ce pays, notamment à l’Est, mais aussi à l’Ouest. Pourquoi en est-il ainsi ? Gwendolyn Sasse cherche des explications et montre comment les Allemands se sont inventé leur Russie.

Depuis des siècles, la Russie fascine et occupe la scène politique et la société allemandes. Il s’agit moins d’une image de la Russie réelle, historique ou contemporaine, que de l’idée même de “Russie”. Celle-ci sert de toile de fond aux espoirs, aux craintes et aux attentes, et a souvent plus à voir avec les débats et les sensibilités intra-allemands qu’avec le voisin de l’Est lui-même. 

Avant 2022, elle a alimenté des illusions dans la politique à l’égard de la Russie, qui perdurent encore aujourd’hui et offrent un terrain fertile aux campagnes de désinformation russes. Cet ouvrage examine les perceptions de la Russie en Allemagne de l’Est et de l’Ouest à l’aide de méthodes issues des sciences sociales et tente d’expliquer pourquoi, chez tant d’Allemands, la perception et la réalité sont si éloignées l’une de l’autre. »

Parution le 24 septembre

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Christian Ingrao, Le Temps des promesses, 1905-1990. Essai sur les migrations de l’espérance, La Découverte

« Depuis le début du XXe siècle, les sociétés d’Europe, du Maghreb et du Moyen-Orient ont façonné leur rapport au temps dans une tension constante entre violences de masse et espérances placées dans l’avenir. Ce livre interroge ce qu’il est advenu du futur, des promesses du XXe siècle à leur effacement dans les années 1980, et explore les conditions de réinvention de sociétés désormais privées d’horizon.

Ce livre s’inscrit dans un projet en trois volumes cherchant à comprendre comment les sociétés humaines occupant un espace englobant l’Europe, le Maghreb et le Moyen-Orient ont, depuis le début du XXe siècle – marqué par une dialectique violences de masse du présent/espérances placées dans l’avenir –, fabriqué leur rapport au temps historique. Il s’agira en particulier de comprendre ce qu’il est advenu de notre futur, des promesses du XXe siècle à leur disparition dans les années 1980, et de savoir comment peuvent se réinventer des sociétés sans avenir. »

Parution le 24 septembre

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Olivier Roy, L’impossible révolution culturelle, Le Seuil

« ”La contre-révolution culturelle est en marche”, annonce-t-on de toutes parts. De J. D. Vance à Éric Zemmour en passant par Giorgia Meloni et Geert Wilders, les populistes ont en effet entrepris de reconquérir l’espace culturel. Mais peuvent-ils y parvenir ?

Leur conviction est que l’identité du peuple est menacée, et que pour la défendre, il ne suffit pas de voter des lois contre l’immigration : il faut restaurer sa culture contre un libéralisme qui culmine dans le “wokisme” et le multiculturalisme.

Comment cependant restaurer la culture quand la globalisation et la virtualisation l’ont sapée ? Quand elle ne fait plus société ? La contre-révolution culturelle veut combler le vide laissé par le libéralisme. Les modèles anthropologiques qu’elle défend – individualisme hédoniste du bon vieux temps ou néoconservatisme chrétien – en sont-ils capables ?

Et s’ils sont impuissants à renouer les liens sociaux, comment pourraient-ils gouverner ? »

Parution le 25 septembre

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Alexander F. Gazmararian and Helen V. Milner, Climate Fault Lines ; The New Political Economy of a Warming World, Princeton University Press

« Alors que le monde est confronté à des vagues de chaleur extrêmes, à l’élévation du niveau des mers et à des incendies de forêt d’une violence dévastatrice, le changement climatique n’est plus une notion abstraite. Dans Climate Fault Lines, Alexander Gazmararian et Helen Milner montrent que les effets du changement climatique sont loin d’être répartis de manière égale, les dégâts les plus graves se concentrant dans les régions les plus chaudes de la planète. Ils soutiennent que ce fossé – une ligne de fracture qui transcende les clivages sociaux, économiques et politiques existants – entraînera des réponses politiques divergentes face au changement climatique. 

Les populations, les entreprises et les gouvernements situés du côté le plus vulnérable de cette ligne de fracture sont très motivés pour lutter contre le changement climatique, car ils subissent directement ses effets de plus en plus intenses. Ceux qui se trouvent de l’autre côté, en revanche, sont moins motivés à s’attaquer au problème, et lorsqu’ils adoptent des politiques climatiques, c’est principalement pour d’autres raisons : un air plus pur, des gains économiques ou une plus grande sécurité énergétique.

Alexander Gazmararian et Helen Milner étayent leur argument – qui s’écarte de l’idée reçue selon laquelle les États d’Europe du Nord sont des leaders en matière de climat tandis que les pays en développement sont des “profiteurs” – en combinant des modèles issus de l’économie, des géosciences et des sciences politiques. Les données montrent que les électeurs et les entreprises qui ont le plus à perdre sont en train de redéfinir les incitations et les politiques des gouvernements locaux et nationaux situés en-deçà de cette ligne de fracture. Ce sont les dommages inégaux, et non une vulnérabilité mondiale partagée, qui influencent de plus en plus la politique climatique. »

Parution le 29 septembre

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Sophia Mahroug, Les gardiens de la révolution de 1980 à nos jours, PUF

« ”Armée paraétatique”, “garde prétorienne”, organisation idéologique ou terroriste… Le corps des gardiens de la révolution islamique, formé lors des premiers mois de la République islamique en avril 1979, est dépeint dans bien des analyses contemporaines comme une armée monolithique, définie par sa corruption et son aversion quasi dogmatique à l’égard de l’Occident.

Dans cet essai, Sophia Mahroug retrace, à rebours d’une lecture figée d’un corps ordonné et désincarné, l’histoire d’une légion plurielle – dont l’ossature, les hommes et les fractures restaient jusqu’alors méconnus. Elle décrit comment, à partir de sa culture de la “défense sacrée” (Defa’-e mogaddas), ce corps a été érigé par la propagande en armée divine. Grâce à une enquête historienne inédite du Web et une traduction du persan de la littérature scientifique des gardiens, elle expose comment ceux-là ont puisé dans ce récit pour forger leurs propres institutions culturelles et leur doctrine de guerre douce (jang-e narm) face à l’Occident. Elle fait émerger enfin une sociologie bigarrée de petits fonctionnaires devenus archivistes, de technocrates obsédés par l’ascension professionnelle et d’élites militaires théoriciennes de la guerre informationnelle. »

Parution le 29 septembre

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Donatella Della Ratta, Violenza speculativa Come PIA ci sta abituando all’orrore, Einaudi

Nous vivons dans un monde submergé d’images générées par l’intelligence artificielle, qui sont désormais presque impossibles à distinguer de la réalité. Nous les consommons comme un divertissement, nous les écartons comme des mèmes ou de la satire. Et pourtant, il n’y a pas de quoi rire. Ces images sont devenues l’un des outils de propagande les plus efficaces de notre époque, que tout le monde, des chefs d’État aux utilisateurs anonymes, peut utiliser. Elles sont capables de transformer des fantasmes obscènes en programmes politiques, comme cette vision de la bande de Gaza transformée en complexe touristique de luxe qui, en quelques mois, a fait son entrée dans le débat public avant de se concrétiser en un plan non pas de paix, mais de conquête et de déportation.

Ces images synthétiques ne sont pas neutres ; elles sont le fruit d’infrastructures contrôlées par un enchevêtrement de pouvoirs financiers, politiques et industriels qui spéculent sur l’imaginaire du futur, voire sur sa disparition, si cela peut générer de nouveaux profits. Elles ne doivent pas être considérées comme de simples provocations ou curiosités esthétiques, ni banalisées, réduites à une plaisanterie ou à du mauvais goût : elles sont désormais intégrées à des projets réactionnaires, racistes, dictatoriaux et génocidaires. Ce sont les armes d’une guerre cognitive qui nous concerne tous : elles façonnent la perception, orientent le désir et préparent la sensibilité collective à accepter ce qui était encore impensable hier et qui prend aujourd’hui la forme de lois, de politiques publiques, de pratiques institutionnelles ou d’opérations militaires.

Voir l’horreur sous sa forme anesthésiée et lisse, traduite en images séduisantes, la rend acceptable, qu’il s’agisse de guerre, de déportation ou de génocide. Nous devons comprendre qui dessine l’horizon du possible, quels rêves sont appelés à se concrétiser et quels mondes sont rendus désirables, précisément pour cette raison, réels. L’avenir n’est pas un scénario lointain ; c’est un combat qui se mène aujourd’hui sous nos yeux, là où l’esthétique, l’idéologie et le pouvoir convergent. Comprendre cela, c’est revendiquer le droit d’intervenir dans l’imaginaire de demain en produisant des images qui n’entraînent pas à la capitulation, mais ouvrent des possibilités. Car ce qui est en jeu, c’est le monde dans lequel nous vivrons.

Parution prévue à l’automne 2026.

Crédits
Sauf indication contraire, tous les textes sont issus des quatrièmes de couverture des éditeurs.