Selon le groupe d’analystes ukrainiens Deep State, dans une nouvelle mise à jour de la progression russe publiée hier, mercredi 1er avril, Moscou aurait conquis 160 km² de territoire supplémentaire en Ukraine au cours du mois de mars — soit une hausse de 27 % par rapport au mois précédent, et de 20 % par rapport à la même période en 2025 1.
Malgré cette accélération, l’armée russe peine à accomplir ses objectifs.
- Deep State estime qu’il faudrait encore 3 ans et demi de guerre à la Russie pour contrôler la totalité de l’oblast de Donetsk, en maintenant son rythme enregistré au cours des trois premiers mois de l’année.
- La région de Louhansk est quant à elle quasiment entièrement sous contrôle russe.
Le groupe ukrainie est toutefois conservateur dans la manière dont il mesure l’évolution des équilibres sur le front. D’autres analystes estiment que la progression russe en mars serait en réalité plus proche des 100 km², soit un chiffre largement en-deçà de mars 2025 2. De son côté, l’Institute for the Study of War estime que les forces russes ont progressé à un rythme moyen de 5,5 km² par jour sur la période janvier-mars — soit deux fois moins qu’en 2025 3.
- La perte de l’accès à Starlink, les efforts du Kremlin visant à limiter l’utilisation de la messagerie Telegram — pourtant très utilisée par les soldats russes sur le front —, ainsi que la contre-offensive ukrainienne lancée dans le Sud du pays fin janvier ont contribué à ralentir la progression russe ces derniers mois.
- Selon Deep State, le nombre d’assauts lancés par l’armée russe est pourtant resté relativement stable, ne déclinant que de 2 % entre février et mars. Les analystes ukrainiens notent toutefois que « l’intensité et la qualité des attaques ont augmenté ».
- Cette amélioration de la qualité des assauts russes, qui se traduit notamment par une utilisation accrue d’engins mécanisés (blindés ou civils), a été rendue possible par un effort d’accumulation de réserves au cours de l’hiver 4.
Les chiffres de l’avancée russe en Ukraine doivent se mesurer à la hauteur des objectifs fixés par le commandement russe. Pour 2026, on pourrait en dégager deux principaux.
Le premier serait de progresser en direction de la ceinture de forteresses ukrainiennes dans la région de Donetsk, et notamment de capturer la ville de Sloviansk.
- Il s’agit de l’objectif le plus atteignable pour Moscou, notamment en raison de la priorisation par Kiev d’autres secteurs du front.
- Néanmoins, et au vu des précédents assauts menés sur des grandes villes, une capture de Sloviansk dans le cadre de l’offensive de printemps-été, lancée fin mars, d’ici la fin de l’année paraît très peu probable, selon l’analyste Andrew Perpetua 5.
Le deuxième objectif de l’État-major russe est de progresser dans l’ouest de la région de Zaporijia, le long du Dniepr, en direction de la capitale régionale.
- Là encore, aucune percée majeure ne semble pour l’heure envisageable.
- Pour ce faire, Moscou devrait s’emparer de la ville d’Orikhiv, à 50 kilomètres au sud-est de Zaporijia.
- Or, la contre-offensive ukrainienne lancée en janvier a de facto mis fin à toute avancée dans ce secteur du front, et a même contraint Moscou à reculer dans certains secteurs des oblasts de Zaporijia et de Dnipropetrovsk.
Sources
- Publication de Deep State sur Telegram, 1er avril 2026.
- Publication de Clément Molin sur X, 1er avril 2026.
- Russian Offensive Campaign Assessment, March 31, 2026, Institute for the Study of War.
- Publication sur Telegram de Zvиздец Мангусту, 1er avril 2026.
- Publication d’Andrew Perpetua sur X, 30 mars 2026.