La dernière réunion trilatérale entre l’Ukraine, la Russie et les États-Unis remonte à plus d’un mois. Si la rencontre de Genève des 17-18 février n’avait débouché sur aucun progrès majeur, Zelensky et Trump avaient néanmoins discuté le 25 février de la potentielle organisation d’un sommet trilatéral 1.
Depuis le lancement de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, le 28 février, ce processus est largement à l’arrêt.
- Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères ukrainien, Heorhii Tykhyi, a reconnu jeudi 19 mars que des rencontres avec des représentants russes et américains avaient déjà été « reportées à plusieurs reprises » 2.
- Le même jour, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, confirmait des informations du journal russe Izvestia selon lesquelles la guerre contre l’Iran avait conduit à « une pause conjoncturelle, pour des raisons évidentes » 3.
- Peskov ajoutait espérer qu’un nouveau cycle de discussions pourrait avoir lieu « dès que nos partenaires américains pourront accorder davantage d’attention aux affaires ukrainiennes » 4.
La Russie ne participera pas aux discussions qui doivent avoir lieu aujourd’hui, samedi 21 mars, aux États-Unis. La composition de la délégation ukrainienne — qui comprendra notamment le secrétaire du Conseil de défense et de sécurité nationale Roustem Oumierov et le directeur de cabinet de Zelensky, Kyrylo Budanov — a quant à elle été annoncée la veille, vendredi 20.
- Moscou n’a pas pour autant cessé les contacts avec la Maison-Blanche : Kirill Dmitriev, le représentant de Poutine, a rencontré le représentant américain Steve Witkoff en Floride le 11 mars.
- Deux jours auparavant, lundi 9, Trump et Poutine ont également discuté au téléphone.
- Le président russe aurait notamment suggéré à Trump « plusieurs propositions » pour mettre fin à la guerre contre l’Iran.
La guerre contre l’Iran pourrait profiter à la Russie, non seulement grâce à un prix du baril plus élevé, à une levée temporaire des sanctions et à une consommation élevée de missiles intercepteurs dont l’Ukraine a besoin pour défendre ses villes, mais aussi en raison d’une rhétorique de plus en plus virulente de l’administration Trump à l’encontre de l’OTAN.
- Plusieurs sources ont confirmé que la Russie fournissait à son allié iranien des images satellites et du renseignement pour aider Téhéran à cibler les forces américaines dans la région 5.
- Des personnes proches des discussions ont également déclaré à Politico que Dmitriev aurait proposé à Witkoff, lors de leur rencontre en Floride, « un accord de réciprocité selon lequel le Kremlin cesserait de partager des renseignements avec l’Iran si Washington cessait de fournir à l’Ukraine des renseignements sur la Russie ».
- Dmitriev a nié toute tentative d’accord, qui aurait été rejetée par la Maison-Blanche, selon ces mêmes sources 6.
- Donald Trump a lui-même établi un lien entre les renseignements fournis par la Russie à l’Iran et ceux fournis par les États-Unis à l’Ukraine, en déclarant que le président russe Vladimir Poutine « aide peut-être [l’Iran] un peu, et il pense probablement que nous aidons l’Ukraine, n’est-ce pas ? ».
Les négociateurs ukrainiens et américains devraient aborder deux sujets principaux aujourd’hui : l’assouplissement des sanctions américaines contre la Russie, en raison de la hausse du prix du baril de pétrole, et les questions relatives à la fin du conflit en Ukraine (garanties de sécurité, cessez-le-feu, reconstruction).
- Pour l’Ukraine, il s’agit d’un moment délicat, alors que Donald Trump accuse de manière particulièrement agressive les alliés de l’OTAN de ne pas aider à rouvrir le détroit d’Ormuz. Dans une publication sur Truth Social hier, le 20 mars, il a ainsi déclaré : « Sans les États-Unis, l’OTAN N’EST QU’UN TIGRE DE PAPIER ! Ils n’ont pas voulu se joindre à la lutte pour empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire. Maintenant que cette bataille est GAGNÉE sur le plan militaire, sans qu’ils aient couru le moindre risque, ils se plaignent des prix élevés du pétrole qu’ils sont contraints de payer, mais refusent de contribuer à l’ouverture du détroit d’Ormuz, une simple manœuvre militaire qui est la seule et unique cause de ces prix élevés. C’est tellement facile pour eux, avec si peu de risques. Ce sont des LÂCHES, et nous nous en SOUVIENDRONS ! »
- Mais, dans le même temps, Kiev pourrait aussi capitaliser sur son expertise : l’Ukraine aide actuellement cinq pays du Golfe à lutter contre les drones iraniens et étudie les possibilités d’aider à la réouverture du détroit.
L’armée russe n’a progressé que de 60 km² depuis le début du mois de mars, soit deux fois moins qu’en 2024 (135 km²). Les forces ukrainiennes tiennent notamment leurs positions dans l’oblast de Zaporijia, où Moscou investit des moyens importants pour mettre en danger la capitale régionale. Dans l’oblast voisin de Donetsk, la ligne de front est quasi-figée depuis un mois en direction de Dobropillia.
Sources
- Barak Ravid, « Trump told Zelensky he wants to end war ASAP in call », Axios, 25 février 2026.
- Едуард Ткач, « Переговори на паузі ? Що Україна та РФ кажуть про наступну тристоронню зустріч », РБК-Україна, 19 mars 2026.
- Семен Бойков, « Затишье из-за бури : в Кремле подтвердили паузу в переговорах РФ, США и Украины », Известия, 19 mars 2026.
- Guy Faulconbridge et Dmitry Antonov, « Moscow says Ukraine peace talks on pause, Kyiv says new meeting planned », Reuters, 19 mars 2026.
- Thomas Grove, Milàn Czerny et Benoit Faucon, « Russia Is Sharing Satellite Imagery and Drone Technology With Iran », The Wall Street Journal, 17 mars 2026.
- Hans von der Burchard, Felicia Schwartz, Diana Nerozzi et Jacopo Barigazzi, « Putin offers to stop sharing intel with Iran if US cuts off Ukraine », Politico, 20 mars 2026.