Est-ce que le détroit
d’Ormuz est ouvert ?

OUI NON

Observatoire de la bataille d’Ormuz

Dernière mise à jour : 14 mars 2026
Treizième jour de la fermeture du détroit

La circulation maritime est interrompue

Depuis le début de la guerre contre l’Iran le 28 février, au moins 16 navires civils — pétroliers, porte-conteneurs et autres cargos — ont été attaqués dans le détroit d’Ormuz.

Navires ayant traversé le détroit d'Ormuz depuis le 12 mars

  • Les Gardiens de la Révolution ont annoncé dès le 28 février la fermeture du détroit.  
  • Le 12 mars, dans son premier message, le nouveau guide suprême Mojtaba ‌Khamenei a déclaré que le régime iranien maintiendrait le détroit fermé. 
  • Depuis le 28 février, le trafic maritime est pratiquement à l’arrêt avec un transit très limité voire complètement arrêté — de 51 navires civils sortant vers l’océan Indien au 27 février à 3 le 13 mars.
  • Dans le même temps, presque 14 millions de barils de pétrole iraniens ont été exportés via le détroit depuis 28 février — à destination de la Chine principalement. 
  • Le 13 mars, un pétrolier battant pavillon indien a quitté la partie orientale du détroit. La veille, une source du gouvernement indien avait déclaré que le pays avait trouvé un accord avec Téhéran pour assurer le passage de ses navires, mais cette information avait été démentie, selon Reuters, par une source iranienne. 
  • Selon le Financial Times, certains pays européens dont la France chercheraient également à négocier avec Téhéran pour assurer le passage de leurs navires. Le gouvernement italien a toutefois démenti l’information.

Outre la fermeture du détroit par l’utilisation de missiles antinavires basés à terre, de drones ou d’engins télécommandés chargés d’explosifs, l’Iran peut aussi recourir aux mines pour assurer un blocage de longue durée — une opération qui, selon CNN, aurait déjà débuté. Selon nos analyses, Téhéran n’aurait besoin de déployer que 5 % de son arsenal disponible pour miner efficacement le détroit d’Ormuz.

La disruption d'Ormuz en images authentifiées et localisées

La guerre s’accompagne d’une mise en scène visuelle revendiquée par la Maison-Blanche, une dimension spectaculaire et ludifiée que nous avons analysée ici. Le régime iranien applique une stratégie similaire : des images de destruction, souvent produites par intelligence artificielle, lui permettent de mettre en scène sur les réseaux sociaux la perturbation de la circulation maritime et les attaques dans les pays du Golfe. Conformément à notre protocole éditorial, nous avons analysé les principales images circulant en source ouverte concernant le détroit d’Ormuz, en les soumettant à une analyse systématique de géolocalisation et d’authentification avant leur publication.

Le cours du pétrole : vers 200 dollars le baril ?

Selon Olivier Blanchard, le scénario central qui s’impose est celui de prix du pétrole durablement élevés vers 150–200 dollars le baril, nettement supérieurs aux prix actuels du marché, en raison de trois contraintes structurelles : la perte de contrôle du détroit d’Ormuz, l’insuffisance des capacités de substitution de l’offre et la faible élasticité-prix de la demande à court terme.

Navires civils attaqués dans le détroit d'Ormuz

Destinations du pétrole brut et des condensats transportés via Ormuz, en 2025

Les craintes d’une perturbation longue des approvisionnements ont fait bondir le prix du Brent, qui a frôlé les 120 dollars par baril à l’ouverture des marchés le lundi 9 mars. 

  • Il reste aujourd’hui au-dessus des 100 dollars, soit le niveau le plus élevé depuis l’été 2022.
  • Faute de pouvoir emprunter le détroit d’Ormuz les réserves des pays producteurs sont désormais pleines et ne peuvent plus charger leur pétrole. Depuis le 28 février, quatre pays parmi les principaux producteurs au monde ont réduit ou complètement cessé leur production : l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Irak et le Koweït. 
  • Le FMI estime que chaque hausse de 10 % du prix du pétrole entraîne une hausse de 40 points de base de l’inflation globale et une baisse de 0,1 à 0,2 % de la production mondiale. 

Cours du baril de pétrole Brent

Réponses et alternatives

Plusieurs rapports font déjà état d’une sous-estimation par Washington de la capacité et de la volonté de Téhéran de fermer le détroit d’Ormuz avant le lancement de l’opération Epic Fury. 

  • Pour répondre à la hausse des prix du pétrole — à huit mois des élections de mi-mandat —, Donald Trump a déclaré dès le 3 mars avoir ordonné à la US International Development Finance Corporation de fournir une assurance contre les risques politiques aux navires « à un prix très raisonnable ». 
  • Il a également évoqué la possibilité que la marine américaine escorte les navires dans le détroit. 

Deux actions ont été mises en place pour le moment : 

  • Une décision du 11 mars des 32 membres de l’Agence internationale de l’énergie de prélever 400 millions de barils sur leurs réserves stratégiques de pétrole — la libération la plus importante de l’Agence depuis sa création en 1974 ;
  • Une dérogation de 30 jours, valable jusqu’au 11 avril, annoncée le 13 mars par les États-Unis, permettant aux pays d’acheter du pétrole brut et des produits pétroliers russes — visés par des sanctions — actuellement bloqués en mer. Selon Kirill Dmitriev, cette mesure concernerait environ 100 millions de barils.

Le prix du baril de brut russe a augmenté de plus de 70 % depuis le début de la guerre le 28 février. La valeur des cargaisons de brut russe exportées depuis le port de Primorsk, sur la mer Baltique, a bondi à 54 millions de dollars début mars, contre environ 35 millions de dollars en février. 

Le président français, Emmanuel Macron, avait proposé une mission « purement défensive » pour « rouvrir » le détroit d’Ormuz et escorter les navires « après la fin de la phase la plus chaude du conflit ». Le secrétaire au Trésor américain a pour sa part déclaré le 12 mars que la marine américaine pourrait escorter des navires dans le détroit d’Ormuz dans le cadre d’une coalition internationale.

Pays membres de l'Agence internationale de l'énergie

Les principaux pays producteurs du Golfe — l’Arabie saoudite, l’Irak, l’Iran, le Koweït, Bahreïn, le Qatar et les Émirats arabes unis — utilisent le détroit pour exporter leur brut. 

Les pays du Golfe dépendent du détroit d'Ormuz pour la majeure partie de leurs exportations de pétrole

Exposition estimée au détroit d'Ormuz

  • Le Koweït, le Qatar et Bahreïn ne disposent pas d’alternative maritime pour exporter leurs hydrocarbures. L’Iran lui aussi est dépendant du détroit, son pétrole étant exporté depuis l’île de Kharg situé dans le golfe Persique.
  • L’Arabie saoudite peut rediriger une partie de ses flux via l’oléoduc Est-Ouest reliant ses champs pétroliers au port de Yanbu sur la mer Rouge, qui peut transporter jusqu’à 7 millions de barils par jour. 
  • Les Émirats peuvent aussi utiliser l’oléoduc Habshan-Fujaïrah, qui relie leurs champs pétroliers à un port situé sur le golfe d’Oman et qui peut transporter environ 1,5 million de barils par jour.
  • L’Irak dispose d’un oléoduc reliant la région du Kurdistan au port turc de Ceyhan. 

Les pays d’Asie sont les plus exposés à la fermeture du détroit. Mais les prix du pétrole étant déterminés sur les marchés mondiaux, le blocage d’Ormuz a une influence considérable sur les coûts énergétiques mondiaux.

Le grand contexte

Situé entre l’Iran au nord et les Émirats arabes unis et Oman au sud, le détroit d’Ormuz constitue l’un des passages maritimes les plus stratégiques au monde. Il relie le golfe Persique à l’océan Indien et s’étend sur près de 212 kilomètres de long. À son point le plus étroit, il ne mesure qu’environ 55 kilomètres, avec une profondeur moyenne de 80 mètres. 

  • Environ 20 % du pétrole transporté par voie maritime dans le monde transite par cette route.
  • Le détroit est également clef pour le commerce du gaz naturel liquéfié — à destination notamment des marchés asiatiques. 
  • Au-delà des hydrocarbures, il s’agit d’un passage essentiel pour les engrais aussi. 
  • Entre le 27 février et le 8 mars, le volume de marchandises transitant par le détroit s’est effondré de 98,28 %. 

Prix d'une tonne d'urée granulée

Volume du commerce transitant par le détroit d'Ormuz

Le détroit d’Ormuz est l’un des principaux goulets d’étranglement du commerce maritime mondial. Selon une analyse portant sur 49 porte-conteneurs opérant sur les routes reliant l’Asie, le Moyen-Orient, l’Europe et l’Afrique, 57 % des navires continuent leur route vers le Golfe persique, indiquant que la plupart des opérateurs maintiennent leurs itinéraires habituels. 33 % des navires sont redirigés à l’intérieur de l’océan Indien et 10 % sont totalement détournés hors de la région. Les stratégies varient selon les compagnies : le géant chinois Cosco maintient par exemple l’intégralité de ses trajets.

Principaux goulets d'étranglement du commerce maritime mondial (nombre moyen annuel d'escales en transit)

Comment les principaux transporteurs adaptent-ils leurs stratégies de routage face à la perturbation du trafic dans le détroit d'Ormuz ?