Est-ce que le détroit
d’Ormuz est ouvert ?

OUI NON

Observatoire de la bataille d’Ormuz

 

Dernière mise à jour : 28 avril 2026

Après quarante-huit jours de fermeture, l’Iran a annoncé, le 17 avril, la réouverture du détroit. Le lendemain, le 18 avril, Téhéran a déclaré qu’Ormuz était à nouveau fermé.

La circulation maritime est quasi-interrompue

Depuis le début de la guerre contre l’Iran le 28 février, au moins 24 navires civils — pétroliers, porte-conteneurs et autres cargos — ont été attaqués dans le détroit d’Ormuz.

Navires ayant traversé le détroit d'Ormuz depuis le 12 mars

Passages de navires via le détroit d'Ormuz, par jour

  • Les Gardiens de la Révolution ont annoncé dès le 28 février la fermeture du détroit d’Ormuz.  
  • Le 12 mars, dans son premier message, le nouveau guide suprême Mojtaba ‌Khamenei a déclaré que le régime iranien maintiendrait le détroit fermé. 
  • Depuis le 28 février, le trafic maritime est pratiquement à l’arrêt avec un transit très limité — de 160 navires transitant par le détroit le 27 février à 12 par jour en moyenne au cours du mois de mars.
  • Depuis le 13 avril, l’armée américaine applique un blocus maritime dans la mer d’Arabie sur les navires partant ou rejoignant les ports iraniens, à l’exclusion du trafic dans le golfe Persique et le golfe d’Oman.
  • Aucun navire iranien transportant du pétrole ne semble avoir passé le détroit d’Ormuz depuis l’entrée en vigueur du blocus. Cette mesure, inédite dans l’histoire récente, vise à accroître le coût économique d’une fermeture prolongée par l’Iran du détroit. En effet, depuis le début de la guerre le 28 février Téhéran a pu maintenir ses exportations de brut — à destination de la Chine principalement — et même bénéficier de la hausse des prix sur les marchés mondiaux.

La disruption d'Ormuz en images authentifiées et localisées

La guerre s’accompagne d’une mise en scène visuelle revendiquée par la Maison-Blanche, une dimension spectaculaire et ludifiée que nous avons analysée ici. Le régime iranien applique une stratégie similaire : des images de destruction, souvent produites par intelligence artificielle, lui permettent de mettre en scène sur les réseaux sociaux la perturbation de la circulation maritime et les attaques dans les pays du Golfe. Conformément à notre protocole éditorial, nous avons analysé les principales images circulant en source ouverte concernant le détroit d’Ormuz, en les soumettant à une analyse systématique de géolocalisation et d’authentification avant leur publication.

Le cours du pétrole : vers 200 dollars le baril ?

Selon Olivier Blanchard, le scénario central qui s’impose est celui de prix du pétrole durablement élevés vers 150–200 dollars le baril, nettement supérieurs aux prix actuels du marché, en raison de trois contraintes structurelles : la perte de contrôle du détroit d’Ormuz, l’insuffisance des capacités de substitution de l’offre et la faible élasticité-prix de la demande à court terme.

Navires civils attaqués dans le détroit d'Ormuz

Destinations du pétrole brut et des condensats transportés via Ormuz, en 2025

Les craintes d’une perturbation longue des approvisionnements ont fait bondir le prix du Brent, qui a frôlé les 120 dollars par baril à l’ouverture des marchés le lundi 9 mars. 

  • Il reste aujourd’hui autour des 100 dollars, soit le niveau le plus élevé depuis l’été 2022.
  • Faute de pouvoir emprunter le détroit d’Ormuz, les réserves des pays producteurs sont désormais pleines et ne peuvent plus charger leur pétrole. Depuis le 28 février, quatre pays parmi les principaux producteurs au monde ont réduit ou complètement cessé leur production : l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Irak et le Koweït. 
  • Le FMI estime que chaque hausse de 10 % du prix du pétrole entraîne une hausse de 40 points de base de l’inflation globale et une baisse de 0,1 à 0,2 % de la production mondiale. 

Cours du baril de pétrole Brent

Prix spot du gaz naturel TTF, en Europe

Réponses et alternatives

Plusieurs rapports font déjà état d’une sous-estimation par Washington de la capacité et de la volonté de Téhéran de fermer le détroit d’Ormuz avant le lancement de l’opération Epic Fury. 

  • Pour répondre à la hausse des prix du pétrole — à huit mois des élections de mi-mandat —, Donald Trump a déclaré dès le 3 mars avoir ordonné à la US International Development Finance Corporation de fournir une assurance contre les risques politiques aux navires « à un prix très raisonnable ». 
  • Il a également évoqué la possibilité que la marine américaine escorte les navires dans le détroit. 

Une seule mesure a été prise pour le moment au niveau international :

  • Le 11 mars, les 32 membres de l’Agence internationale de l’énergie ont pris la décision de prélever 400 millions de barils sur leurs réserves stratégiques de pétrole — la libération la plus importante de l’Agence depuis sa création en 1974.

Le président français, Emmanuel Macron, avait proposé une mission « purement défensive » pour « rouvrir » le détroit d’Ormuz et escorter les navires « après la fin de la phase la plus chaude du conflit ». Le secrétaire au Trésor américain a pour sa part déclaré le 12 mars que la marine américaine pourrait escorter des navires dans le détroit d’Ormuz dans le cadre d’une coalition internationale. Une nouvelle réunion menée par la France et le Royaume-Uni en vue de la constitution d’une mission multinationale afin de protéger la liberté de navigation a eu lieu ce 17 avril.

Pays membres de l'Agence internationale de l'énergie

Les principaux pays producteurs du Golfe — l’Arabie saoudite, l’Irak, l’Iran, le Koweït, Bahreïn, le Qatar et les Émirats arabes unis — utilisent le détroit pour exporter leur brut. 

Les pays du Golfe dépendent du détroit d'Ormuz pour la majeure partie de leurs exportations de pétrole

Exposition estimée au détroit d'Ormuz

  • Le Koweït, le Qatar et Bahreïn ne disposent pas d’alternative maritime pour exporter leurs hydrocarbures. L’Iran lui aussi est dépendant du détroit, son pétrole étant exporté depuis l’île de Kharg situé dans le golfe Persique.
  • L’Arabie saoudite peut rediriger une partie de ses flux via l’oléoduc Est-Ouest reliant ses champs pétroliers au port de Yanbu sur la mer Rouge, qui peut transporter jusqu’à 7 millions de barils par jour. 
  • Les Émirats peuvent aussi utiliser l’oléoduc Habshan-Fujaïrah, qui relie leurs champs pétroliers à un port situé sur le golfe d’Oman et qui peut transporter environ 1,5 million de barils par jour.
  • L’Irak dispose d’un oléoduc reliant la région du Kurdistan au port turc de Ceyhan. 

Les pays d’Asie sont les plus exposés à la fermeture du détroit. Mais les prix du pétrole étant déterminés sur les marchés mondiaux, le blocage d’Ormuz a une influence considérable sur les coûts énergétiques mondiaux.

Le grand contexte

Situé entre l’Iran au nord et les Émirats arabes unis et Oman au sud, le détroit d’Ormuz constitue l’un des passages maritimes les plus stratégiques au monde. Il relie le golfe Persique à l’océan Indien et s’étend sur près de 212 kilomètres de long. À son point le plus étroit, il ne mesure qu’environ 55 kilomètres, avec une profondeur moyenne de 80 mètres. 

  • Environ 20 % du pétrole transporté par voie maritime dans le monde transite par cette route.
  • Le détroit est également clef pour le commerce du gaz naturel liquéfié — à destination notamment des marchés asiatiques. 

Prix d'une tonne d'urée granulée

Volume du commerce transitant par le détroit d'Ormuz

  • Au-delà des hydrocarbures, il s’agit d’un passage essentiel pour un grand nombre de matières premières, dont l’aluminium, les engrais et le polyéthylène, l’un des plastiques les plus utilisés dans le monde.
  • Depuis le 27 février, le volume de marchandises transitant par le détroit s’est effondré de 96 %.

 

Principaux goulets d'étranglement du commerce maritime mondial (nombre moyen annuel d'escales en transit)

Prévisions de croissance du PIB pour 2026