Si la Maison-Blanche n’a pas complètement écarté une potentielle offensive terrestre américaine en Iran pour atteindre ses objectifs de guerre — changement de régime, destruction des capacités balistiques et fin du programme nucléaire —, une telle opération serait très risquée politiquement pour Donald Trump, à quelques mois des élections de mi-mandat.
Mercredi 4 mars, la porte-parole de l’administration Trump, Karoline Leavitt, a déclaré qu’il s’agissait toutefois d’une « option sur la table pour le président » 1.
- La CIA et le Mossad ont discrètement apporté leur soutien à des groupes kurdes basés en Irak en amont du lancement des opérations Epic Fury et Roaring Lion, samedi 28 février.
- Certaines sources ont déclaré mercredi 3 mars à CNN que les services de renseignement américains avaient commencé à armer ces groupes plusieurs mois en amont 2.
Trump a appelé deux dirigeants kurdes irakiens, Massoud Barzani (qui dirige le PDK, un parti kurde irakien) et Bafel Talabani (à la tête de l’UPK, également un parti kurde irakien), dès le lendemain du lancement de la guerre, dimanche 1er mars, afin de « discuter de l’opération militaire américaine en Iran et de la manière dont les États-Unis et les Kurdes pourraient collaborer au fur et à mesure de l’avancement de la mission », selon des sources américaines.
- En plus d’un soutien militaire, le Mossad, les services de renseignement israéliens, auraient également promis « un soutien politique pour une région autonome kurde en Iran » en cas d’effondrement du régime 3.
La région autonome du Kurdistan irakien, située à la frontière avec l’Iran, regroupe plusieurs factions armées et forces politiques kurdes dont certaines sont composées de combattants iraniens. On estime que 9 millions de Kurdes vivent actuellement en Iran (soit 10 % de la population), principalement dans l’Ouest du pays, à la frontière avec l’Irak et la Turquie. Environ 40 millions de Kurdes vivent dans la région en Turquie, en Syrie, en Irak et en Iran.
La guerre lancée par les États-Unis et Israël pourrait être perçue par ces groupes kurdes iraniens comme une opportunité de progresser vers la création d’une région indépendante en Iran, et, potentiellement, la formation future d’un nouvel État.
- Quelques jours avant le lancement de l’opération américano-israélienne contre Téhéran, le 22 février, cinq groupes kurdes iraniens — le Parti démocratique du Kurdistan iranien (PDKI), le Parti pour une vie libre au Kurdistan (PJAK), le Parti pour la liberté au Kurdistan (PAK), l’Organisation Khabat du Kurdistan iranien et le Parti Komala du Kurdistan iranien — ont annoncé la création d’une coalition « unie contre le régime de Téhéran » 4.
- Selon le dirigeant du Komala, Abdullah Mohtadi, il s’agit de la première fois que tous les principaux partis kurdes sont réunis au sein d’une nouvelle coalition.
Ces groupes iraniens, basés en Irak, disposent de plusieurs milliers de soldats le long de la frontière avec l’Iran et contrôlent également des zones stratégiques.
- Afin de préparer le terrain pour une potentielle offensive, l’armée israélienne a lourdement frappé des bases militaires, des postes de garde-frontières, des commissariats de police et des centres de sécurité régionaux dans les provinces kurdes de l’ouest de l’Iran 5.
- De même, la campagne aérienne israélo-américaine a visé de nombreuses cibles, notamment à Téhéran, liées à l’appareil répressif iranien afin de nuire aux capacités du régime de cibler les populations kurdes en cas d’affrontements terrestres.
L’armée iranienne a frappé les bases de plusieurs groupes kurdes iraniens en Irak ces derniers jours. Un camp de l’Organisation Khabat du Kurdistan iranien a notamment subi une frappe de drone hier, jeudi 5 mars, dans la soirée 6. Certaines de ces attaques sont lancées depuis le territoire irakien, où opèrent des groupes soutenus par Téhéran, qui sont également visés par les États-Unis et Israël.
- Une telle implication pourrait être compliquée en raison de la proximité d’Ankara avec Washington, notamment dans le cadre de l’OTAN.
- Hier, jeudi 5 mars, le porte-parole du ministère turc de la Défense, Zeki Aktürk, a déclaré qu’Ankara « surveillait de près les activités du Parti pour une vie libre au Kurdistan (PJAK) », considéré comme une filiale du PKK, et « que la Turquie soutenait l’intégrité territoriale des pays voisins ».
Sources
- Rachel Wolf, « Leavitt says ground troops in Iran not currently being considered, doesn’t rule it out », Fox News, 4 mars 2026.
- Natasha Bertrand, Alayna Treene, Zachary Cohen, Clarissa Ward et Vasco Cotovio, « CIA working to arm Kurdish forces to spark uprising in Iran, sources say », CNN, 4 mars 2026.
- Barak Ravid et Marc Caputo, « Kurds backed by Mossad, CIA could lead next phase of war in Iran », Axios, 4 mars 2026.
- Seth Frantzman, « Iranian Kurdish groups unite against Tehran regime, Iraqi militias threaten Kurdistan Region », Long War Journal, 22 février 2026.
- Margherita Stancati, Anat Peled et Alexander Ward, « Why the First Shots in an Iran Ground War Could Come From the Kurds », The Wall Street Journal, 5 mars 2026.
- Assed Baig, « Iranian Kurdish group struck by drones in Iraqi Kurdistan region », Al Jazeera, 6 mars 2026.