Par cette publication, le Grand Continent lance une nouvelle série, en ouvrant ses pages à des textes de fond signés par les principales personnalités qui ont déclaré leur candidature à l’élection présidentielle de 2027.

Dans ce moment géopolitique, il est indispensable de connaître les positions sur les questions européennes et internationales des responsables politiques qui envisagent de jouer un rôle structurant lors de l’élection la plus importante des prochaines années.

Pour pouvoir juger sur pièce (de doctrine), ces textes, publiés en libre accès, sont mis à disposition du débat public.

Les positions prises par ces personnalités n’engagent pas la rédaction indépendante de la revue.

« Lorsque, dans le cours des événements humains, il devient nécessaire pour un peuple de dissoudre les liens politiques qui l’ont attaché à un autre et de prendre, parmi les puissances de la Terre, la place séparée et égale à laquelle les lois de la nature et du Dieu de la nature lui donnent droit, le respect dû à l’opinion de l’humanité oblige à déclarer les causes qui le déterminent à la séparation. »

Thomas Jefferson, 4 juillet 1776.

Standing ovation pour Marco Rubio, le samedi 14 février, à la conférence sur la sécurité de Munich : au premier rang, les ministres allemands se lèvent, pour donner le signal de l’acclamation à la salle. Le secrétaire d’État américain a énoncé que « la fin de l’ère transatlantique n’est ni notre but ni notre souhait. Nous serons toujours des enfants de l’Europe ».

Le propos a de quoi « rassurer » Ursula von der Leyen : les dirigeants européens  éprouvent un « soulagement » face à cette marque d’un « apaisement ».

Tous voulaient croire que les choses rentraient dans l’ordre : alors que tout recommencerait comme avant, ils pourraient retrouver leur paisible servitude.

L’année s’était pourtant ouverte sous des cieux agités. À peine avait-il fait enlever le président vénézuélien que Donald Trump tournait son appétit vers l’Arctique : « Nous allons acquérir le Groenland, de la manière douce ou de la manière forte. »

Dix jours plus tôt, le Danemark avait tenté d’acheter la paix en commandant des armes aux États-Unis, pour la somme de 1,8 milliard de dollars. En vain : le protecteur se muait en prédateur.

Cette fois-ci pourtant, c’en était trop. Le vase débordait et les dirigeants européens ne se laisseraient pas faire. Ils ont sonné le tocsin : on allait voir ce qu’on allait voir. 

Tandis qu’Emmanuel Macron annonçait « l’heure d’un réveil stratégique pour toute l’Europe », le moment étant à « l’affirmation de notre souveraineté européenne », le premier ministre suédois affirmait « Nous ne nous laisserons pas intimider », quand son homologue danoise assurait que « L’Europe ne cèdera[it] pas au chantage. »

Le chef de l’Etat français brandissait l’arme de l’outil anti-coercition de l’Union européenne. Très vite pourtant, la Commission prônait le « dialogue » plutôt que « l’escalade ».

L’affaire est retombée comme un soufflet, ce qui convient à Donald Trump : « Dans les faits, il s’agit d’un accès total, jubile-t-il. Il n’y a pas de fin, pas de limite de temps. »

Qu’on se souvienne de l’année 2025. Durant sa campagne, Donald Trump avait promis à ses électeurs de mettre en place des droits de douane aux frontières des États-Unis. Il l’avait répété dans tous ses meetings et sur toutes les estrades. Mais lorsqu’il décide de mettre cette mesure en œuvre et d’imposer des droits de douane de 25 % sur les produits européens, nous sommes sous le choc : qui aurait pu prédire ?

Le premier réflexe d’Ursula von der Leyen face à ces tarifs a été de proposer à Trump… un nouveau traité commercial : alors que le président américain piétinait allègrement le libre-échange, elle lui proposait de le renforcer. 

Dans un deuxième temps, la Commission européenne a dressé une liste de milliers de produits — sur une centaine de pages —, au sujet desquels l’Union allait « riposter ». Il ne s’agissait pas des Tesla d’Elon Musk ou des smartphones d’Apple mais des bidets, des bûches de Noël, des hosties, des chewing-gums, des dentifrices, des combinaisons de ski, des serpillères, des pantoufles, des tondeuses à gazon et de la viande de renne : ces produits étaient censé affecter en priorité les productions des États républicains.

Finalement, comme on pouvait s’y attendre, nous y avons aussi renoncé.

Durant l’été, Ursula von der Leyen a accouru au golf écossais de Donald Trump et accepté en notre nom un accord totalement déséquilibré : 15 % de droits de douane d’un côté, 0 % de l’autre. Pire, elle a souscrit des engagements qui renforcent la dépendance européenne en matière d’énergie, de numérique ou d’armement, tout en jugeant utile de remercier à cette occasion « personnellement le président Trump pour son engagement et son rôle de chef de file dans la réalisation de cette avancée ». 

Les causes de la servilité

Comment expliquer un tel fossé, à répétition, entre les roulements de tambour et les grandes déclarations sur la « souveraineté » européenne et à l’arrivée une Europe qui se couche devant les États-Unis ? 

Comment l’expliquer alors que le lâchage de l’Europe par les États-Unis s’inscrit dans la longue durée ? Le président démocrate Barack Obama, déjà, boudait notre continent. Il ne s’était pas déplacé pour commémorer les vingt ans de la chute du Mur de Berlin. Il concentrait son énergie sur l’Asie, déclarant que « l’avenir du monde se joue entre Los Angeles et New Delhi ». C’est sous son mandat que la banque BNP-Paribas s’est vue infliger une amende de 10 milliards de dollars, qu’un cadre-dirigeant d’Alstom avait été mis en prison. Les lois américaines s’appliquaient déjà sans complexe de façon extraterritoriale, et unilatérale. Le président démocrate Joe Biden avait suivi le même chemin, notamment en mettant en œuvre une politique protectionniste agressive vis-à-vis de l’Europe avec l’Inflation Reduction Act, ou en nous volant le marché d’une valeur de 56 milliards des sous-marins australiens… Tout en nous caressant, lui, il est vrai dans le sens du poil en nous qualifiant de « plus vieil allié des États-Unis ».

Donald Trump n’a pas, lui, ces amabilités. Il le fait avec son propre style, sa brutalité et sa vulgarité. Il viole ouvertement, de façon décomplexée, le droit international, sans même chercher à habiller ses agressions d’hypocrisie. Et il traite ses « alliés » en ennemis. Le moment est manifestement venu pour nous d’abandonner cette relation toxique. Donald Trump nous offre une chance de retrouver notre liberté. Mais au lieu de cela, avec Ursula von der Leyen, nous donnons le sentiment d’une Union qui aime ses chaînes.

Un parallèle historique vient immédiatement à l’esprit.

En 1956, à Moscou, le rapport Kroutchev dénonçait les crimes de Staline. Mais le Parti communiste français avait refusé cette remise en cause. Il était demeuré stalinien après Staline, après que l’URSS elle-même y eut renoncé. Nous en sommes un peu au même point en Europe aujourd’hui : les États-Unis ont renoncé au libre-échange et à l’atlantisme… Pourtant nous continuons à être atlantistes sans atlantisme, libre-échangistes sans libre-échange…

Plusieurs facteurs expliquent cette servitude volontaire.

D’abord l’Ukraine et la crainte que les États-Unis abandonnent Kyiv face à l’agression russe… Mais c’est déjà largement le cas. C’est désormais l’Europe qui paie le gros des aides militaires et humanitaires apportées à l’Ukraine. Et cela sans pour autant qu’elle siège à la table des négociations, et en achetant l’armement aux États-Unis. Le risque d’une agression directe russe contre l’Union existe aussi, notamment contre les pays baltes. Bien sûr, nous dépendons également des GAFAM pour l’accès aux services numériques et aux réseaux d’opérations bancaires, qu’ils pourraient couper du jour au lendemain.

Ces faiblesses, bien réelles, sont devenues des prétextes à notre lâcheté, de bonnes raisons pour notre mauvaise soumission. La servitude européenne est en vérité volontaire. L’Union était née sous l’aile des États-Unis, et s’en voulait la copie, le pendant de ce côté de l’océan. Les dirigeants du continent sont traditionnellement plus atlantistes que véritablement européistes. Que Donald Trump les humilie aujourd’hui, relève avant tout pour eux d’un drame amoureux, un deuil qu’ils se refusent à faire. Il ne s’agit pas de se mettre à crier « US Go Home ! », mais au contraire de supplier que surtout l’Oncle Sam veuille bien rester, qu’il nous aime de nouveau, qu’il revienne. Et, sur ce plan, les gouvernants français ne font plus exception.

Nos dirigeants ont remplacé le ventre et le cœur par des tableaux Excel. Ils ne savent plus pour qui et pour quoi ils se battent.

François Ruffin

En juin 2013, sous Barack Obama, Edward Snowden, en lien avec le fondateur de Wikileaks Julian Assange, révèle que la NSA, la National Security Agency, les grandes oreilles américaines, espionnent le monde entier, et notamment leurs alliés européens (avec la complicité des services secrets danois). Les téléphones portables de 35 dirigeants internationaux sont sur écoute. Dont trois présidents de la République française successifs : Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande, ainsi que plusieurs ministres de l’Économie. Il s’agit manifestement d’une surveillance massive : 70 millions d’enregistrements téléphoniques ont été réalisés. Comment réagissent alors les Européens ? « L’espionnage entre amis, ça ne va pas du tout » déclare la chancelière allemande Angela Merkel. Mais, c’était déjà trop pour Jean-Claude Juncker, à l’époque président de l’Eurogroupe et bientôt de la Commission, qui invitait à la « prudence » : « L’Europe doit se garder de faire la leçon aux Américains ». Et  comment réagit Paris ? François Hollande se satisfaisait du fait que « le président Obama, dans le coup de téléphone que j’ai eu avec lui, m’a confirmé que la présidence de la République ne faisait plus l’objet de ciblage. » Le journal Le Monde concluait à l’époque que « l’avenir dira peut-être, un jour, pourquoi Paris est resté si discret. » L’avenir a juste confirmé notre lâcheté : la France est surveillée par un allié, jusqu’à l’Élysée, mais nous n’avons pris aucune mesure de rétorsion. Et pire encore : quand Edward Snowden et Julian Assange ont été poursuivis et traqués par nos « amis » américains nous ne leur avons apporté aucun secours. Au contraire, le 3 juillet 2013, la France a refusé qu’Evo Morales, le président bolivien, survole notre territoire à la demande des États-Unis. Pourquoi ? Parce que cet avion était soupçonné de transporter Edward Snowden pour le faire sortir d’une Russie où il avait trouvé refuge. Cette affaire était un révélateur de notre lâcheté, récurrente toutes ces dernières décennies vis-à-vis des États Unis. 

Nous étions pourtant une nation rebelle. 

Sans même remonter à 1789 ou au Front populaire, dans les urnes, nous votons à gauche en 1981, quand Outre-Atlantique et Outre-Manche, commence à souffler un vent libéral. Et dans les rues, en décembre 1995, en pleine « fin de l’histoire » et nouvel ordre mondial américain, le peuple français rejette massivement le « néolibéralisme ». Nous demeurions le talon d’Achille de l’Ouest, avec nos rêves d’idéal et nos sursauts de panache comme le « non » de Jacques Chirac à la guerre en Irak, le « non » au référendum sur le Traité constitutionnel européen ou encore le « non » des Gilets jaunes sur les ronds-points…

Pour que la France se range, son élite fut soignée avec à la tête de la Commission, Jacques Delors (1985-1995), à celle de la Banque centrale Jean-Claude Trichet (2003-2011) puis Christine Lagarde depuis 2019, à celle de l’OMC Pascal Lamy (2005-2013), et avec au FMI un règne tricolore presque ininterrompu de quarante années entre Jacques de Larosière (1978-1987), Michel Camdessus (1987-2000), Dominique Strauss-Kahn (2007-2011) et Christine Lagarde (2011-2019). Il s’agissait de hochets pour nous acheter, pour que la doxa économique vienne de nos propres dirigeants, et ne paraisse pas imposée de l’extérieur, par des Allemands ou des Américains. Derrière eux, toute une classe de cadres supérieurs, de patrons du public et du privé, ont pris l’avion de façon répétée vers « JFK » pour rechercher la conformité en se moquant de « l’exception française » comme d’une relique périmée. Un grand nombre de nos responsables, PDG, ministres, sont passés par le programme « Young Leaders » de la French American Foundation. Cela a été le cas de François Hollande ou Emmanuel Macron qui furent ainsi formés et déformés. Plus les rendez-vous annuels du groupe Bilderberg, de la Commission Trilatérale, le forum de Davos, etc. Aucun complot : il s’agissait simplement d’homogénéiser les dirigeants occidentaux pour qu’ils deviennent atlantistes, mondialistes et libre-échangistes.

Henri Rousseau, «  La tour Eiffel  », huile sur toile, vers 1898.

Et cela a bien fonctionné. Aucune élite n’a plus célébré la globalisation, n’a davantage renoncé au patriotisme, que la nôtre. Défendre les intérêts de la France et des Français ? C’était devenu trop étriqué. Le massacre de notre industrie s’explique ainsi. Péchiney fut vendu aux Canadiens, Alstom aux Américains, Arcelor aux Indiens… Ceux-là mêmes, dirigeants politiques, dirigeants économiques, qui avaient pour mission de la défendre, ont démonté notre industrie. En matière militaire, Nicolas Sarkozy, qu’un de ses ministres surnommait le président « à passeport américain », a réintégré la France dans le commandement de l’OTAN. Nous étions « normalisés ».

La grande colère populaire, qui monte depuis des décennies comme un fleuve en crue, s’explique d’abord par le sentiment d’être trahi. Le peuple français pense « non », dit « non », vote « non », mais ses dirigeants choisissent de se comporter, en son nom, comme des béni-oui-oui à l’égard des États-Unis et des idées néolibérales qu’ils diffusent. C’est là la principale source du « malheur français ». Il ne s’agit plus vraiment d’un sentiment de perte de grandeur ou de puissance. La société a acté le fait que la France n’était plus « une grande puissance ». Le deuil est fait. Il s’agit bien plus que d’une perte d’influence, le sujet est celui d’une perte d’indépendance. Nous sommes rentrés dans le rang, la tête dans les épaules, et nous avons abandonné ce qui fait notre fierté : la capacité de dire « non », « non » à l’ordre du monde imposé par les États-Unis. Nous devrions être les mauvais élèves qui soulèvent les bonnes questions. Voilà que, depuis trente ans, nous sommes devenus les fayots.

« J’ai mal à ma France. » À la mi-janvier, nous étions rassemblés pour protester contre les usines qui ferment dans ma région avec des emplois supprimés par milliers. Mais ce n’est pas de lui, de son emploi, de son porte-monnaie, dont cet ouvrier voulait me parler. Mais de cette idée qui le dépasse : la France. « Notre voix ne compte plus, s’attristait-il. On refuse le Mercosur, et ils le signent quand même. » Et il répétait qu’il avait mal à sa France, comme une douleur réelle qu’il éprouvait personnellement.

Il avait raison : oui, la diplomatie doit partir du ventre et du cœur, d’un courage, d’une révolte, du fait de savoir qui on défend. Oui, il faut une géopolitique des tripes. C’est Jeanne d’Arc libérant Orléans, c’est la Marseillaise entonnée à Valmy, c’est notre hymne repris le 11 novembre 1940 devant les Monuments aux morts. Toute la geste gaullienne, dont nous héritons, part de là, du ventre et du cœur avec le refus de la défaite, le départ à Londres, l’appel du 18 juin, « la France libre », et plus tard encore, la sortie du commandement intégré de l’OTAN. Bien sûr qu’il y a, derrière tous ces choix, de la raison, des calculs, et même des ruses mais avant cela, il y a une urgence, une nécessité qui part du ventre et du cœur : celle d’assurer l’indépendance de la France.

Mais depuis des décennies maintenant, nos dirigeants ont remplacé le ventre et le cœur par des tableaux Excel. Ils ne savent plus pour qui et pour quoi ils se battent. Pour l’Europe ? pour le couple franco-allemand ? pour l’Occident ? pour des valeurs universelles ? Non. Ils sont là pour défendre les intérêts des français, et seulement eux. Point. Et oui, ces intérêts français, c’est évident, se conjuguent le plus souvent avec ceux de nos voisins européens ainsi qu’avec ceux de peuples plus lointains. Nos intérêts ne peuvent bien entendu pas non plus être défendus efficacement dans la solitude et l’égoïsme. Il nous faut des alliances. Et aujourd’hui, nos intérêts s’accordent aussi avec l’intérêt général, global, à la paix et à un droit respecté. 

La machine à signer les traités s’emballe.

François Ruffin

Le libre échange contre notre peuple

La conviction d’une trahison, la tension entre les Français et leurs dirigeants, entre les Français et l’Europe, naît en particulier d’un sujet : le libre-échange.

Dès 1992, 60 % des agriculteurs et des ouvriers votent contre le traité de Maastricht 1

Treize ans plus tard, en 2005, après l’entrée de la Chine dans l’Organisation mondiale du Commerce, après l’élargissement de l’Union aux pays de l’Europe centrale et orientale, plus de 70 % d’entre eux se prononcent contre le Traité Constitutionnel qui entend sacraliser « la concurrence libre et non faussée » et « la libre circulation des capitaux et des marchandises ».

Leur opposition n’est pas une lubie. Eux, les producteurs, les travailleurs, le constatent : cet ordre du monde, cette mondialisation, leur nuit et profite aux nantis. Et surtout, elle détruit le pays. Qu’importe cette « épidémie de populisme », comme l’expliquait alors Jean-Claude Juncker : « Si c’est oui, nous dirons : on poursuit. Si c’est non, nous dirons : on continue ! » 2 Ce fut « non », et donc, on a continué. « Un putsch légitime est nécessaire », estimait l’éditorialiste Christophe Barbier, et de fait, ce putsch dure depuis plus de vingt ans : l’intégration européenne se poursuit sans le demos, contre le demos.

Malgré le fracas du monde, les dirigeants européens s’accrochent à leurs bibelots : « Nous voulons en revenir au libre-échange », implorait un ministre dans l’hémicycle. Ils pleurent sur le passé et veulent en revenir à un monde qui n’existe plus. Ursula von der Leyen avait imploré au G7 : « Gardons les échanges entre nous équitables, prévisibles et ouverts. Nous devons tous éviter le protectionnisme. » 3 Depuis, elle est partie en croisade pour faire de l’Union « la championne du libre-échange au niveau mondial ».

Pourquoi, alors que, déjà, à cause de ce choix, l’industrie européenne a largement fui vers l’Asie ? Pourquoi, alors que, avec quarante traités commerciaux conclus en vingt ans, l’économie européenne n’a fait que dégringoler sur le plan de la croissance, de la productivité ou encore de l’innovation ? Pourquoi, alors que les peuples européens en sont fatigués et que cette obsession met en péril nos démocraties ? Pourquoi alors que, aux États-Unis, hier promoteurs du libre-échange, Joe Biden puis Donald Trump ont renoncé à cette politique et opéré un virage protectionniste ?

Pourquoi ? D’abord parce que Ursula von der Leyen défend moins les intérêts des peuples européens que ceux des firmes multinationales. Ces firmes préfèrent, aujourd’hui comme hier, le supermarché mondial, les réserves de main d’œuvre des pays à bas coût, les terres vierges de normes sociales, environnementales. Ce penchant est prononcé en particulier chez les dirigeants allemands.

Mais aussi parce que le libre-échange est inscrit dans l’ADN de l’Union. Il en est la valeur cardinale. L’Union défend certes également les droits de l’homme, de la femme, des minorités, des religions, de l’environnement. Elle ne défend pas seulement un État de droit, mais un continent de droits, avec la Cour Européenne comme garde-fou. Et ce n’est pas rien : il est probable que demain nous en ayons bien besoin. Mais qu’est-ce que l’Union, depuis sa fondation, sinon d’abord un grand marché intérieur ? Les traités répètent « libre circulation des capitaux et des marchandises » et veulent étendre cet idéal au monde entier. En « petits soldats de Milton Friedman », comme ironisait un syndicaliste agricole, les fonctionnaires de Bruxelles se sont épanouis à l’âge d’or de l’OMC, dirigée par leur ancien collègue Pascal Lamy : c’était pour eux le temps béni de la « mondialisation heureuse » et de la « fin de l’histoire ».

Mais voilà que l’histoire se remet à tonner. Ils n’y sont pas préparés. Et Donald Trump a trouvé le truc : il lui suffit de prononcer « tarifs douaniers » pour que l’Europe se mette à trembler comme un vampire devant un crucifix ! Que les Allemands ne puissent plus exporter des Mercedes aux États-Unis, et nous notre champagne ? Ce serait la fin du monde pour cette Europe sans ventre et sans cœur, aux mains de commerciaux et de comptables.

Pour compenser, il faut signer de toute urgence un traité de libre-échange avec le Mercosur. Malgré l’opposition de la France, dont la voix n’importe plus. Malgré l’opposition de tous les syndicats agricoles, pas seulement français mais européens, de toutes les organisations environnementales, pas seulement françaises mais européennes. Malgré, également, les réticences du Parlement à Strasbourg.

Il faut signer, aussi, avec l’Inde, « la mère de tous les accords » selon Ursula von der Leyen 4. Et tant pis si nous perdons déjà notre sidérurgie, tant pis si nos emplois sont délocalisés là-bas, tant pis, ou tant mieux, si les salaires y sont trente fois moins élevés qu’en Europe : après la Chine, ce sera pour nos firmes la nouvelle poule aux œufs d’or.

Il faudra signer aussi dans la foulée avec le Vietnam, la Nouvelle-Zélande, le Kenya, le Chili, l’Indonésie, et bientôt la Malaisie, les Émirats arabes unis, l’Australie, la Thaïlande…

La machine à signer les traités s’emballe. C’est comme si, plus le libre-échange s’avérait à bout de souffle, plus il était rejeté par les opinions, plus la mondialisation se révélait malheureuse, et plus la Commission accélérait, en une course folle, et qui mène l’Union vers le gouffre. De l’extérieur, par un naufrage économique. De l’intérieur, par un naufrage démocratique : elle se fait détester de ses propres peuples, qui voient en elle non pas un bouclier contre les effets de la mondialisation, mais son bras armé sur le continent.

Au cours des vingt dernières années, la France ne s’est pas seulement désindustrialisée. Elle s’est aussi « dénumérisée ».

François Ruffin

Pour un moment français

Au pessimisme de la raison, disait Gramsci, il faut allier l’optimisme de la volonté. Et donc, regarder la période présente comme une chance. Le monde bascule, et tant mieux. Les dogmes volent en éclats. Après quarante années enserrées dans le corset du libre-échange et du marché, nos pays devraient être en ébullition. Enfin, l’imagination peut revenir au pouvoir avec des idées nouvelles, pour des politiques nouvelles. À la place, on constate une épidémie de neurasthénie, une tétanie et une léthargie généralisées.

Pourtant, c’est le moment de la France. 

Combien nous étions malheureux, dans ce « village global » où il fallait se conformer au consensus de Washington. Il fallait nous taire, nous écraser au lieu de chercher notre propre chemin, gaulois, gaullien. Au fond de nous, nous résistions cependant à cette Europe américaine, entourés d’alliés qui en étaient très heureux. Nous avions raison de ne pas vouloir mettre tous nos œufs dans le panier de l’OTAN, raison de maintenir une autonomie stratégique, raison aussi de réclamer une politique industrielle européenne. L’heure est venue que notre singularité ne soit plus malheureuse, mais utile, qu’elle s’épanouisse et entraîne nos voisins pour que nous retrouvions la voie de l’indépendance, pour nous et pour l’Europe.

L’Europe des coopérations

La priorité de notre souveraineté aujourd’hui, c’est bien sûr une défense de l’Europe, et donc une industrie de défense. Mais que l’on ne confie surtout pas ce chantier à la Commission. Ce serait comme demander à un cordonnier de faire du pain. Elle n’est pas faite pour cela. Par les règles qu’elle impose, elle empêche les choix nécessaires : elle interdit les aides d’État, elle oblige à soumettre à la concurrence les marchés publics, les critères budgétaires qu’elle impose limitent l’investissement… Comment avons-nous pu préserver une industrie de défense en France ? Incomplète certes, avec des lacunes, mais quand même ? Nous l’avons maintenue parce que notre pays ne s’est pas plié, en la matière, à l’impératif de « concurrence » européen : nous avons protégé ces entreprises, leur propriété et leurs marchés. Nous avons orienté la commande publique de nos armées vers l’achat national. Et nous avons planifié le tout sous la tutelle de la DGA, la Direction Générale de l’Armement. Donc, en ne respectant pas la concurrence libre et non faussée et en ne misant pas sur la main invisible du marché. Et oui, dès aujourd’hui, il nous faut renforcer cette industrie de défense et le faire avec nos voisins européens. Mais, sûrement pas par le biais de la Commission, une bureaucratie qui n’a jamais bâti aucune industrie ni non plus à 27, avec des compromis et des délais infinis.

Il faut une coopération entre des nations volontaires. Membres de l’Union bien sûr : avec les Scandinaves en première ligne face à la Russie et lâchés par les États-Unis, avec l’Espagne, qui dit clairement non à Trump, avec l’Allemagne qui reconvertit son industrie automobile. Mais aussi hors de l’Union, avec le Royaume-Uni notamment. Il nous faut coopérer par souci d’efficacité mais aussi plus profondément pour éviter la course aux armements entre Européens. Le chancelier allemand Friedrich Merz veut ainsi « créer l’armée conventionnelle la plus puissante d’Europe » et les dépenses militaires de l’Allemagne seront bientôt le double des nôtres. Comme l’énonçait Josep Borrell, ancien haut représentant de l’Union pour les affaires extérieures et la sécurité, « c’est la mauvaise approche, l’armée allemande la plus puissante d’Europe, on connaît, c’est déjà arrivé dans notre histoire avec les résultats que l’on sait. » 5 Sur la défense, c’est donc par la coopération entre États, et non par le supranational, que pourra s’opérer l’indispensable montée en puissance. Tout comme Airbus ou Ariane ne sont pas nés dans les bureaux du Berlaymont à Bruxelles.

Il en va de même pour un autre chantier prioritaire : nous avons besoin d’une CECA du numérique, l’acier d’aujourd’hui. 

Au cours des vingt dernières années, la France ne s’est pas seulement désindustrialisée. Elle s’est aussi « dénumérisée ». Ses groupes moteurs, Alcatel, France Télécom, Thomson, Bull, ont été sabordés. La Silicon Valley a dès lors fait son marché parmi les ingénieurs européens, et notamment français, le savoir-faire informatique partant à l’ouest, tandis que le savoir-faire industriel était parti vers l’est. Et aujourd’hui, malgré huit années de « start-up nation » — ou peut-être en partie à cause d’elles — notre dépendance numérique est complète : sur les logiciels, l’hébergement des données, la recherche en ligne, les assistants d’IA, les environnements mobiles, les réseaux sociaux et la vidéo…

Henri Rousseau, «  La Liberté invitant les artistes à prendre part à la 22e exposition des Indépendants  », huile sur toile, 1905.

Dans les entreprises européennes, 83 % des dépenses liées aux logiciels et aux clouds vont aux GAFAM américains 6. Autrement dit, si Trump coupe le robinet, nos sociétés sont asphyxiées. Il nous reste certes des miettes : seule en Europe, la France a gardé un fabricant de câbles sous-marins, Alcatel Submarine Networks, pour concurrencer les câbles sous-marins de Google. Et nous avons « CB », un opérateur national pour les paiements par carte, grâce à qui nous ne dépendons pas entièrement de Visa et Mastercard.

Hormis ces résidus, et quelques autres ailleurs en Europe, comme ASML, l’Union est une colonie numérique. Et cela doublement : une colonie des État-Unis pour le software, et de la Chine pour le hardware.

Une CECA du numérique s’impose, pour notre survie : sans autonomie sur l’infrastructure physique (satellites, câbles), l’hébergement des données (cloud) et l’intelligence artificielle (modèles fondateurs), il n’y aura plus demain de souveraineté ni politique, ni militaire, ni diplomatique.

La « coalition du numérique » des nations volontaires doit libérer les énergies et financer les pépites, notamment par la commande publique. Pour l’instant, les mauvaises habitudes perdurent : la Banque Publique d’Investissement (BPI), censée encourager les entreprises françaises, fait encore appel à Amazon pour gérer et stocker ses données. La DGSI a renouvelé, en décembre dernier, son contrat avec Palantir, l’entreprise américaine spécialiste des logiciels de surveillance. Le grand entrepôt français qui stocke les données de santé, le « Health Data Hub », est toujours hébergé chez Microsoft… Tout cela doit cesser. L’État, les États, ne doivent plus abreuver les GAFAM, mais devenir le premier client de la technologie européenne.

Il n’y a aucun dilemme : nous pouvons refuser à la fois, la vassalisation par les États-Unis, et la mise sous pression de l’impérialisme russe.

François Ruffin

Surtout, nous avons cette chance : la coopération est inhérente à l’univers du numérique. Les « geeks » possèdent un langage commun et sont, par leur culture, en faveur de l’open source, du logiciel libre, des algorithmes ouverts. Il a fallu toute l’ardeur de firmes comme Microsoft et compagnie, pour contrer cet ethos et réussir à privatiser les logiciels, verrouiller les codes, cacher les algorithmes. Dès lors, nos États doivent payer des talents, non pour développer des produits spécifiques, l’un pour l’administration française, l’autre pour l’espagnole, avec un droit de propriété, mais au contraire, les payer, pour qu’ils mettent le résultat de leur travail sur la place publique. Et que les informaticiens du monde entier, amateurs et professionnels, participent de cette grande libération encouragée par des nations européennes. Cette initiative née en Europe peut et doit entraîner au-delà pour saper la mainmise des firmes américaines ou chinoises sur nos données personnelles et nos réseaux sociaux.

Voilà de quoi nous armer d’un numérique plus robuste, plus respectueux de la vie privée, de la démocratie, et plus souverain. Nous devons nous inspirer de Jean-Baptiste Kempf, créateur du lecteur multimédia VLC, ou d’Octave Klaba, fondateur du fournisseur français de services de cloud OVH, plutôt que des prédateurs de  Microsoft, Amazon ou Google : ce sont eux, et mille autres de leurs semblables, qui doivent être demain invités à l’Élysée ! C’est d’ailleurs également la stratégie retenue par la Chine : une certaine ouverture comme meilleur moyen de rattraper les États-Unis avec DeepSeek contre Open IA. Pourquoi l’Europe ne ferait-elle pas le même choix ?

C’est la même logique qui devrait valoir dans toute la recherche : les scientifiques, eux aussi, ont comme instinct le partage de leurs découvertes, la mise en commun de leurs avancées que le Capital, les grands laboratoires pharmaceutiques notamment, viennent enfermer avec des brevets, des droits à la propriété, le secret des affaires… Notre pays, notre continent, peuvent devenir la terre d’une science ouverte, et qui partage les connaissances avec le Sud et participer d’une diplomatie renouvelée. 

Enfin, quelle Europe géographique voulons-nous ? Donald Trump offre aujourd’hui à la Russie un plan de paix généreux, quasiment sur mesure, avec des concessions territoriales et un renoncement de l’Ukraine à l’OTAN. C’est pourtant en traînant des pieds que Vladimir Poutine envoie des émissaires à la table des négociations. Et il poursuit ses bombardements sur Kyiv, sur les réseaux électriques, sur les trains, avec des milliers de civils touchés, des victimes qui s’ajoutent aux deux millions de soldats tués, blessés ou disparus des deux côtés. Alors, oui, nous voulons une Europe de l’Atlantique jusqu’à l’Oural, sans construire un nouveau rideau de fer pour cinquante ans. Mais avant de restaurer des relations diplomatiques ou commerciales avec Moscou, avant de signer avec eux des contrats sur le gaz et sur le pétrole, ne serait-ce que pour diversifier nos approvisionnements, sans retomber dans la dépendance d’hier, le préalable, c’est la paix, une paix respectée et qui s’inscrit dans la durée.

Il n’y a aucun dilemme : nous pouvons refuser à la fois, la vassalisation par les États-Unis, et la mise sous pression de l’impérialisme russe. Ce sont, au fond, les deux mâchoires d’une même tenaille. Ces deux puissances partagent aujourd’hui l’essentiel : le recours ad libitum à la violence et le mépris du droit international.

Et bizarrement, ce sont nos nationalistes qui, eux, acceptent ces deux impérialismes. Dès 2011, Marine Le Pen confessait son « admiration pour Vladimir Poutine » 7 et lui rendait visite au Kremlin. Elle refusait ensuite de qualifier d’illégale l’occupation de la Crimée et acceptait des prêts de banques russes pour financer ses campagnes. Mais elle se tournait aussi vers les États-Unis. En 2017, elle a fait le pied de grue à la Trump Tower pour essayer de rencontrer Donald Trump. Elle a invité Steve Bannon comme intervenant d’honneur à son grand meeting de la refondation en 2018. Puis elle a participé en 2025 à un rassemblement pro-Trump à Madrid. Jordan Bardella saluait la réélection de Donald Trump comme « une bonne nouvelle », « un vent de liberté », « une opportunité pour notre pays », etc.. En bon ami, le président américain renvoyait l’ascenseur et tweetait, lors de la condamnation des dirigeants du RN pour détournement de fonds publics, « LIBÉREZ MARINE LE PEN ! » 8. Avec ce paradoxe, à l’arrivée : les patriotes autoproclamés sont des ennemis de notre souveraineté.

Se protéger de l’Est sur le travail : le plan des 100

Pour rappel, nous sommes bénéficiaires dans nos échanges commerciaux avec les États-Unis, et notamment notre industrie : à hauteur de 50 milliards d’euros pour la France en 2024, de 200 milliards pour l’Union. Il serait dès lors stupide de répliquer aux droits de douane américains par des droits de douane aux portes de l’Europe. 

Même par temps de tempête trumpiste, nous ne devons pas lâcher la proie pour l’ombre. La concurrence sur les biens vient de l’Asie. C’est là que réside notre dépendance industrielle, c’est de là que provient l’énorme part de notre déficit commercial, et la ruine de secteurs entiers, depuis des décennies : textile, métallurgie, pneumatiques, etc. Le vent de la désindustrialisation vient de l’Est. Et depuis deux ans, il se transforme en tornade.

Dès l’élection de Donald Trump, nous avions tiré la sonnette d’alarme : la Chine est en surcapacité, le continent américain lui sera bientôt fermé, où va-t-elle déverser ses gigantesques surproductions ? Chez nous, dans notre Europe toujours ouverte. Comment avons-nous réagi ? Rien n’a été fait. Si, une vague mesure a été prise concernant les voitures électriques 9 et une taxe de trois euros imposée sur les petits colis 10. Mais sur le reste, rien d’autre. Résultat ? Les exportations chinoises vers l’Union se sont accrues de 10,4 % en un an. +125 %, plus qu’un doublement, sur les produits électroniques, +15 % sur les matériels de transport, +10 % pour le textile 11. C’est un deuxième choc industriel majeur après celui qui avait suivi l’entrée de la Chine dans l’OMC, au début des années 2000. 

« Il nous faut protéger immédiatement la production européenne », dit France Chimie, la fédération patronale du secteur 12. « On a absolument besoin de cette protection » renchérissent les sous-traitants automobiles. « Tous les pays dans le monde qui ont une industrie automobile s’organisent pour protéger leur marché. Sauf l’Europe » souligne le patron de Renault 13. « Il nous faut de la régulation. » Le patron de La Poste propose quant à lui d’instaurer « une taxe à la Trump sur les colis chinois : 100 % de la valeur des colis. » 14

Mais que font Ursula von der Leyen et la Commission européenne ? Elles attendent. 

On nous promet que l’Union a pris conscience, qu’elle va changer d’orientation, que des initiatives arrivent, mais celles-ci se révèlent généralement timides, tardives et incohérentes. Ainsi, le 1er février, le commissaire français Stéphane Séjourné a lancé un appel, avec 1 141 chefs d’entreprise, en faveur d’une préférence européenne dans les achats publics 15. Mais le même saluait, la semaine précédente, « l’accord historique » entre l’Europe et l’Inde, un « marché de deux milliards d’habitants » qui va permettre « d’ouvrir un nouveau cycle de croissance pour nos entreprises » 16. Et ce, alors qu’ArcelorMittal annonçait la délocalisation de ses fonctions supports vers l’Inde justement. Notre sidérurgie y déménage tranquillement et c’est déjà fait pour les principes actifs de nos médicaments.

Que faire à la place ? Mettre en place des barrières douanières et des quotas d’importation, bref, des protections comme nous le réclamons, avec constance, depuis vingt ans. Il ne s’agit pas de relever, à l’aveugle, tous les tarifs douaniers de 20 %, ou 30 %, ou 100 % comme l’a fait Donald Trump. Il nous faut un plan des 100. 

Un plan qui s’applique aux 100 produits prioritaires essentiels à notre souveraineté pour lesquels nous souhaitons retrouver notre autonomie.

Cela doit concerner les aliments, les médicaments et l’armement ; les masques et les surblouses en cas de crise sanitaire ; la poudre, les drones et les obus, en cas de guerre. Les panneaux photovoltaïques pour la transition énergétique. L’acier, évidemment, car sans acier, pas d’industrie, c’est l’industrie de l’industrie. Et sur ces produits, il nous faut appliquer sans hésiter des tarifs douaniers et des quotas d’importation, mais aussi soutenir la production européenne avec de la commande et des subventions publiques.

Comment avons-nous, à Amiens, sauvé Eurolysine, le dernier fabricant de lysine en Europe ? Comment, alors que la Chine produisait deux fois moins cher, bien que cette production soit cinq fois plus polluante ? Grâce à un relèvement des tarifs douaniers de 80 %. Mais la bataille n’est pas finie : les prix chinois ont encore baissé, et sans un nouveau relèvement des tarifs douaniers, l’usine et ses trois cents salariés seront de nouveau en difficulté.

Avec ses résidus de souveraineté et sa grande volonté, la France doit être la locomotive d’une indépendance européenne.

François Ruffin

La politique commerciale n’est pas une question annexe, technique. C’est un levier clef pour mettre en œuvre une politique agricole, industrielle et sociale. La question centrale est bien sûr de savoir qui a à y gagner et à y perdre. Les travailleurs ou les actionnaires ? Les entreprises locales ou les multinationales ? La politique commerciale est profondément politique. Elle ne doit pas être laissée aux mains de bureaucrates, à Bruxelles ou à Bercy. Elle doit être largement débattue. C’est un outil dont l’Europe, par dogmatisme, a refusé de se saisir jusqu’ici.

Ursula von der Leyen a annoncé à l’automne dernier sa volonté de « passer à la majorité qualifiée dans certains domaines, notamment la politique étrangère. Le moment est venu de nous libérer du carcan de l’unanimité au Conseil. » 17 La France doit s’y opposer avec fermeté : la diplomatie et la défense relèvent des États et doivent le rester. La Commission dispose déjà d’assez de « compétences », et notamment ce levier clef : la politique commerciale.

C’est là-dessus que la France, à Bruxelles, doit peser de tout son poids : faire basculer la politique commerciale du libre-échange vers la protection. Pour nous protéger, protéger nos populations, nos emplois, nos entreprises.

Henri Rousseau, «  Les Représentants des puissances étrangères venant saluer la République en signe de paix  », huile sur toile, 1907.

Se protéger de l’Ouest sur le capital : mobiliser l’épargne nationale

En dix ans, 1 500 entreprises françaises ont été rachetées par des capitaux états-uniens. 1 500, dont des actifs stratégiques 18. Et le plus tragique, c’est qu’Emmanuel Macron en a fait une fierté. Tous les ans, avec Choose France, le président de la République s’adonne en effet à une danse du ventre devant les capitaux anglo-saxons. Il inaugure en grande pompe hier des entrepôts Amazon, aujourd’hui des « data centers », qui servent à la sous-traitance régionale des GAFAM états-uniens. Lorsque la French Tech arrive à accoucher de licornes, les fonds américains s’en saisissent rapidement. Mais le président de la République célèbre cette dépendance numérique en recevant à l’Élysée ou à Versailles, Elon Musk, Mark Zuckerberg et tous les maîtres américains du secteur. Tout en discourant parallèlement sur la « souveraineté » numérique européenne. Sur ce plan, le Président de la République est à l’image de notre élite administrative et économique pour qui il faut laisser-faire le marché et en particulier nos alliés d’Outre-Atlantique. LMB Aerospace, un fabricant de ventilateurs pour nos sous-marins nucléaires et notre porte-avion, vient ainsi d’être vendu à un groupe américain, avec l’aval du Ministère de l’Économie. Tandis que, sur le volet numérique, le fonds américain Carlyle entre au capital de Ciril Group, un cloud sécurisé français.

Auparavant, Latécoère, fleuron de l’aviation civile et militaire, avait été vendu en 2019 au fonds américain Searchlight. Exxelia et ses composants électroniques, avait été cédé en 2023 au groupe américain Heico et Ommic, fabricant de semi-conducteurs pour la défense, à l’américain Macom. Exaion, une filiale d’EDF, spécialisée dans le calcul de haute performance serait désormais dans le viseur du groupe américain Mara. Sur plusieurs centaines de rachats d’entreprises par des capitaux étrangers examinés ces trois dernières années, Bercy n’a mis son véto qu’à six ventes…Soit 0,5 % des dossiers.

Il faut dire qu’à Paris, de nombreuses banques et cabinets d’avocats d’affaires sont américains. Ils recrutent, à prix d’or, les meilleurs juristes et surtout, ils puisent dans le vivier politique : « on va se fournir à la sortie des ministères », achetant moins les talents que les carnets d’adresses. On parle souvent des « lobbies », mais le mot est désormais trop faible : il suppose une pression sur l’État de l’extérieur. Or, c’est de l’intérieur que l’État est colonisé par les intérêts privés, notamment étrangers.

C’est le « pacte de corruption », que dénonçait le député Olivier Marleix, à propos de la vente d’Alstom à General Electric, lorsqu’Emmanuel Macron était ministre de l’Industrie. « Tout Paris avait été loué », lâche de son côté Arnaud Montebourg, ancien ministre de l’Économie. Les intermédiaires ont perçu plus de cent millions d’euros : le cabinet d’avocats américano-britannique, Hogan Lovells (21 millions d’euros), la banque Rothschild (12 millions d’euros), la Bank Of America (10 millions d’euros), qui embauchera en cours de négociations le directeur général de l’Agence des participations de l’État, le cabinet de droit des affaires Weil, Gotshal et Manges (9 millions), le Boston Consulting Group (5 millions), plus la banque Lazard, Publicis, etc. 19

À chaque vente d’un morceau du patrimoine national, qu’il s’agisse d’une grande et vieille industrie née du néo-colbertisme gaullien, ou d’une jeune pousse arrosée par des centaines de millions de subventions, c’est tout un grouillement de conseillers en tous genres qui prospère. Nous devons protéger les entreprises françaises de ces requins. Il faut établir un cordon sanitaire.

Plutôt que de chercher à attirer les capitaux américains, nous devons nous en protéger. Et pour financer les entreprises, nous disposons d’une épargne nationale record, près de 19 % du revenu des ménages en 2025, du jamais vu depuis cinquante ans, largement au-dessus de la moyenne de la zone Euro. Avec 2 000 milliards d’assurance-vie, nous disposons de largement assez de fonds pour investir dans nos industries, dans notre avenir.

Créer une passerelle avec les « Suds » : pour un Erasmus global

La France a conservé son armée. Elle dispose encore d’une vision stratégique. Elle est présente sur tous les océans. Elle est enfin le seul pays de l’Union à disposer à la fois de l’arme nucléaire et d’un siège au Conseil de sécurité des Nations-Unies. Avec ses résidus de souveraineté et sa grande volonté, la France doit être la locomotive d’une indépendance européenne. Elle doit entraîner avec elle, des alliés pour bâtir, en Europe, notre propre sécurité, notre propre dissuasion.

Les peuples ne vibrent pas qu’au son des millions. Il faut leur parler, leur parler de notre avenir, leur parler de nos histoires.

François Ruffin

Mais desserrer l’étau, s’éloigner des États-Unis, se protéger de la Russie et de la Chine, ce n’est pas s’isoler dans un continent-citadelle. Cela implique au contraire de se rapprocher d’autres pays au sein du vaste monde. Il nous faut nous rapprocher de toutes les nations qui respectent le multilatéralisme, ses institutions, l’ONU, la Cour Internationale de Justice… Voilà sans doute la nouvelle division du monde : moins entre démocraties et dictatures, qu’entre les États qui respectent le droit international et le soutiennent et ceux qui le foulent aux pieds.

Coincé entre deux blocs, sous la menace d’un hiver nucléaire, le général de Gaulle avait su faire résonner la voix de la France. Face à un Reagan va-t-en-guerre, François Mitterrand avait, contre l’avis de tous ses partenaires européens, refusé la Guerre des étoiles. Dans un monde devenu unipolaire, Jacques Chirac avait dit « non » à la guerre en Irak. Ils l’avaient fait dans des conditions très difficiles. De nos jours la tâche est en réalité plus aisée. Le Sud dit « global » — l’Afrique du Sud, le Brésil, l’Indonésie, l’Arabie saoudite, l’Inde… — a fait plus qu’émerger. Il ne baisse plus les yeux devant le Nord et joue à égalité sur la scène mondiale. Nous avons ainsi une multitude de partenaires possibles, pour des échanges et pas uniquement pour le libre-échange.

C’est un rôle qu’a longtemps joué la France : être un pont, une passerelle, avec les pays du Sud. Mais elle a choisi de s’aligner sur « l’Occident », sans doute au pire moment : celui de son déclin. Et tant mieux si le Nord ne domine plus le monde, s’il n’impose plus son hégémonie. Nous ne regrettons absolument rien de ce temps révolu. C’est un rôle que joue désormais davantage l’Espagne. Notre voisin du Sud des Pyrénées rappelle avec constance et cohérence les principes du droit international et il a fait un franc mea culpa sur son passé colonial. 

Comment se faire entendre de nouveau ? Les relations internationales ne se résument pas qu’au commerce. Les peuples ne vibrent pas qu’au son des millions. Il faut leur parler, leur parler de notre avenir, leur parler de nos histoires.

« Les profits obscènes tirés de l’esclavage et les idéologies racistes qui sous-tendaient la traite sont toujours parmi nous. » disait le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, l’an dernier 20. Et Pierre-Yves Bocquet, de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, de plaider : « Il est temps que la France dise enfin la nature criminelle de la colonisation, qu’elle assume enfin sa responsabilité à l’égard de ses victimes et qu’elle cherche enfin officiellement à en réparer les séquelles. » 21 Se confronter à notre passé colonial est en effet un préalable pour se rapprocher des pays du Sud. Pour que ce passé appartienne bien au passé, et que le soupçon ne s’immisce pas qu’à présent nous demeurerions en réalité une puissance néocoloniale. C’est indispensable pour pouvoir désormais leur parler d’égal à égal et ne plus laisser le champ libre aux nouveaux impérialistes, russes, chinois, américains.

Et il nous faut surtout, au présent, cesser le double standard. Sur l’Ukraine, nous avons aussitôt condamné Vladimir Poutine et imposé des sanctions (nous en sommes au dix-neuvième train de sanctions…). Nous avons mis Moscou au ban des nations et livré des armes à Kiev. Mais sur les massacres à Gaza et sur les violations du droit international en Cisjordanie ? Rien, rien n’est venu de l’Union en dehors de quelques communiqués indigents. Aucune sanction, pas de suspension de l’accord d’association entre l’Union et Israël, aucun boycott, même symbolique, des compétitions sportives ou de l’Eurovision comme on le fit pour l’Afrique du Sud du temps de l’apartheid. Et côté français, ce fut en zigzag, avec timidité : Emmanuel Macron assura d’abord le gouvernement israélien de son « soutien sans faille » 22. En Jordanie et en Égypte, le portrait d’Emmanuel Macron était brûlé et son nom hué. Il ne restait plus grand-chose de « la politique arabe » de la France. Après cela, le Président de la République a certes fini par appeler Israël à cesser les bombardements en durcissant le ton : « Des bébés, des femmes, des personnes âgées sont bombardés et tués. » 23 Avant de rétropédaler prétendant qu’on l’avait mal compris… « J’ai du respect pour Benjamin Netanyahou » 24, lâchait-il, à propos d’un chef d’État poursuivi par la justice internationale pour crimes de guerre alors que les rapporteurs de l’ONU pointaient déjà un génocide. L’avion du Premier ministre israélien put survoler notre territoire sans être arraisonné 25. À l’automne dernier, la France a bien, enfin, reconnu la Palestine comme État, mais après tant de contorsions que ce fut sans aucun élan. Et cela n’a été suivi derrière d’aucune action ni sanctions face aux exactions commises par le gouvernement de Benyamin Netanyahou.

En moins tragique, on a pu observer le même genre de tergiversations à propos de l’enlèvement du président Nicolas Maduro.

Dans le message de Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie de l’Union, à ce sujet pas une seule fois « Donald Trump » n’est cité 26. Le droit international est violé, mais il n’est violé par personne. Ursula von der Leyen, elle, ne mentionne même pas les États-Unis dans sa déclaration 27. Quant à Emmanuel Macron, il fait encore mieux, ou pire : il n’évoque ni Donald Trump, ni les États-Unis, ni le droit international 28. Il se réjouit juste que le pays soit débarrassé d’un dictateur… Mais la semaine suivante, les mêmes brandissaient le droit international pour défendre le Groenland. 

Henri Rousseau,«  Un centenaire d’indépendance  », huile sur toile, 1892.

Avec ce deux poids, deux mesures, comment prétendre, ensuite, défendre le droit international, nos « valeurs », la « démocratie », les « droits de l’homme » ? Voilà qui, dans les pays du Sud, prête à la moquerie, ou à la colère.

Enfin, en vingt ans, nous avons divisé par deux notre budget pour les échanges scientifiques et artistiques. C’est tout l’inverse qu’il nous faut faire : ranimer cette coopération, que les Alliances françaises, les Instituts français, les conseillers culturels, ne se débrouillent plus avec des bouts de ficelle. Que fleurissent les partenariats, entre ingénieurs, chercheurs, cinéastes, chanteurs. Que nous apportions un soutien, là où il en est besoin en matière médicale, pharmaceutique, contre la malaria, le choléra, les épidémies. Que nous compensions, en partie au moins, les coupes effectuées par Donald Trump dans les budgets d’aide au développement américains. Erasmus a sans doute été la meilleure trouvaille de l’UE, la plus humaniste. Ce programme doit être dopé sur notre continent, ouvert aux non-étudiants, aux apprentis, aux hésitants, à une jeunesse en quête de sens. Mais surtout, il nous faut l’élargir au Brésil, à l’Inde, au Nigéria, etc. Il faut permettre à nos jeunes d’apprendre à l’autre bout du monde, et d’apprendre de l’autre bout du monde. Nous devons encourager ces voyages qui forment notre jeunesse, par des engagements au loin, dans les associations, dans les agences des Nations-Unies.

Ce monde a besoin d’une France qui dérange, pas d’une France qui se range. 

François Ruffin

Et bien sûr les binationaux, les diasporas africaine, marocaine, algérienne, vietnamienne, chinoise, ne doivent plus être traités avec soupçon mais au contraire vues comme une chance : c’est notre lien le plus fort, le plus puissant, avec le grand et vaste monde. Nous devrions le cultiver, le renforcer, plutôt que de le dénoncer.

Voilà l’internationalisme dont nous avons besoin. Un internationalisme qui n’est pas la négation des nations, mais le lien entre les nations. Un internationalisme qui, comme le décrivait Jean Jaurès, présuppose « l’existence de nations fortement constituées » et invite entre elles à la « coopération ». C’est avec ces peuples que nous devons desserrer l’étau des empires. Ces peuples ont payé cher leur indépendance, par des guerres, par des vies, et y tiennent donc à tout prix. Toutes ces nations refusent, comme nous, d’être prises entre le marteau américain et l’enclume chinoise.

Au sujet de la Chine, il faut s’en protéger, commercialement, protéger notre industrie, nous l’avons dit. Il faut mettre à nu ses manœuvres de déstabilisation, sans naïveté, sur Tahiti, sur la Nouvelle-Calédonie et dénoncer l’espionnage qu’elle mène à grande échelle. Nous devons combattre les algorithmes de TikTok, qui nourrissent les divisions et la discorde. Il nous faut dire notre solidarité avec un Taïwan démocratique et ne pas nous taire sur les Ouïghours, les Tibétains, Hong Kong, et sur tous les opposants victimes de la répression. Sous la présidence de Xi Jinping, la main de fer de la dictature du PCC ne se desserre pas, loin de là. Mais les Chinois, et même leurs dirigeants, ne sont pour nous ni des ennemis, ni même des adversaires. Avec eux, il nous faut établir une nouvelle relation.

Notre ambassadeur dans l’Indo-Pacifique résume ainsi la « posture » de la France : « Pas de confrontation avec la Chine, pas d’équidistance entre les États-Unis (nos alliés) et la Chine, et pas d’alignement stratégique sur Washington (selon la fameuse formule « alliés mais pas alignés ») ». Nos armées de mer et de l’air mènent cependant, porte-avions Clémenceau en tête, des exercices dans le Pacifique, aux côtés des États-Unis et du Japon, « afin d’accroître l’interopérabilité avec la 7e flotte des États-Unis ». Cette position doit évoluer vers un autre équilibre. Au sujet de l’ordre international, la Chine présente jusqu’ici l’avantage d’être plus stable, plus prévisible… et — surtout pour nous — plus lointaine que les États-Unis. Le conflit entre elle et eux, n’est pas le nôtre, à nous Français et Européens. Ce n’est pas notre affaire, nous ne prendrons pas parti entre ces deux impérialismes. Nous ne renoncerons sous la pression à aucun partenariat avec la Chine : ni sur les technologies numériques, ni sur la transition écologique. Il ne s’agit pas de substituer une tutelle à une autre, mais bien de se frayer entre eux un chemin de liberté.

*

Donald Trump est une chance pour l’Europe : il nous offre une occasion de reprendre notre destin en main. Le chemin de la liberté s’ouvre à nous. Il est cependant, c’est évident, jalonné d’immenses dangers. La servitude volontaire, choisie par nos dirigeants, est plus rassurante et plus confortable.

Mais l’heure est moins que jamais à la résignation. Le champ des possibles se rouvre. L’hégémonie des États-Unis s’effrite. Ils nous méprisent, nous maltraitent et leur dirigeant foule aux pieds nos « valeurs ». Qu’on s’éloigne donc nous aussi, sans forcément casser la vaisselle ou claquer la porte. Nous nous rendrons compte alors combien l’air est frais dehors, combien il y a matière à inventer dans ce vaste monde et combien de nombreux partenaires sont prêts à le faire avec nous…

Ce monde a besoin d’une France qui dérange, pas d’une France qui se range. 

Et surtout, les Français en ont besoin. Nous sommes des millions à avoir « mal à notre France. » Il y a, chez nous, une profonde aspiration à être fier et à cesser de courber l’échine. Il est temps qu’on retrouve notre France, « cet air de liberté au-delà des frontières »

Sources
  1. Référendum 29 Mai 2005 : le sondage sorti des urnes, Ipsos, 29 mai 2005.
  2. Jacques Dockiert, « Juncker : ‘Si c’est ‘non’, nous dirons : on continue’, Les Échos, 26 mai 2005.
  3. « G7 : Ursula Von der Leyen appelle à ‘éviter le protectionnisme’ », BFM Business, 16 juin 2025.
  4. Voir « Pourquoi les Européens signent avec l’Inde ‘la mère de tous les deals’ », Radio France, 26 janvier 2026.
  5. « Josep Borrell : ‘Une nouvelle Union européenne est nécessaire pour sortir du protectorat américain’ », Alternatives économiques, 21 août 2025.
  6. La dépendance technologique aux softwares et cloud services américains : une estimation des conséquences économiques en Europe, Asterès, avril 2025
  7. « Marine Le Pen dit ‘admirer’ Vladimir Poutine », Le Point, 13 octobre 2011.
  8. Voir « ‘FREE MARINE LE PEN !’ : dans un long message, Donald Trump apporte son soutien à Marine Le Pen », Ouest-France, 4 avril 2025.
  9. La Commission européenne impose des droits compensateurs sur les importations de véhicules électriques à batterie (VEB) en provenance de Chine, Commission européenne, 12 décembre 2024.
  10. Douanes : le Conseil convient de percevoir des droits de douane sur les petits colis dès le 1er juillet 2026, Conseil de l’Union européenne, 12 décembre 2025.
  11. China-EU Goods Trade in 2025, World Economic Forum, 2025.
  12. Communiqué de presse de France Chimie, 11 février 2026.
  13. « Automobile : Stellantis et Renault implorent l’Union européenne de simplifier en urgence sa réglementation », 20 Minutes, 6 mai 2025.
  14. Emma Allamand, « ‘Une blague’ : l’Union s’accorde sur une taxe de 3 euros sur les petits colis », TF1 Info, 15 décembre 2025.
  15. Voir « ‘Buy European’ : le commissaire européen Stéphane Séjourné et 1 141 dirigeants d’entreprise lancent un appel en faveur de la préférence européenne dans les achats publics », Les Échos, 2 février 2026.
  16. Stéphane Séjourné, Instagram, 27 janvier 2026.
  17. État de l’Union 2025, Commission européenne, 10 septembre 2025.
  18. Caroline Quevrain, « VÉRIF’ – 1500 entreprises françaises ont-elles été ‘avalées par le capital américain’ en dix ans ? », TF1 Info, 10 avril 2025.
  19. « La liste de ceux qui ont croqué dans la vente d’Alstom à General Electric », Marianne, 27 septembre 2019.
  20. Traite des esclaves : l’ONU appelle à lutter contre le révisionnisme, Nations unies, 25 mars 2025.
  21. Julien Bouissou « ‘L’Europe doit faire face à son passé colonial si elle veut se rapprocher des pays du Sud’ », Le Monde, 3 février 2026.
  22. « Guerre entre le Hamas et Israël : Emmanuel Macron réaffirme son soutien à l’État hébreu », franceinfo, 13 octobre 2023.
  23. Voir « Guerre contre le Hamas : Macron exhorte Israël d’arrêter de tuer ‘des femmes et des bébés’ à Gaza », Le Parisien, 10 novembre 2023.
  24. Emmanuel Macron, X, 30 mars 2025.
  25. « Question n°7089 : Survol de l’espace aérien français par Benjamin Netanyahu », Assemblée nationale, 15 juillet 2025.
  26. Statement by the High Representative on the aftermath of the U.S. intervention in Venezuela, European Union External Action, 4 janvier 2026.
  27. Ursula von der Leyen, X, 3 janvier 2026.
  28. Emmanuel Macron, X, 3 janvier 2026.