Dans son rapport annuel 2025, l’application de rencontre Hinge décrit les célibataires appartenant à la génération Z — les personnes ayant moins de 30 ans aujourd’hui — comme étant « curieux » vis-à-vis des outils d’IA et envisage d’utiliser l’intelligence artificielle uniquement comme un « outil » pour les assister dans leurs conversations plutôt que comme un « substitut » 1.
On voit néanmoins émerger de plus en plus de services proposant de créer des compagnons sur-mesure alimentés par l’IA.
- Les chatbots conçus spécifiquement pour créer des liens romantiques ou sexuels rassemblent près de 30 millions d’utilisateurs actifs mensuels 2.
- L’industrie propose notamment des services premium pour doter son compagnon d’une mémoire plus importante, afin de lui permettre de se souvenir de discussions passées ou de traits de personnalité 3.
- En Chine, des applications mobile comme Xingye (星野), Zhumeng Dao (筑梦岛) ou Duxiang (独响) proposent de générer des thèmes et des intrigues dans lesquelles le compagnon IA et l’utilisateur peuvent vivre une réalité parallèle.
Aux États-Unis, 19 % des adultes ont déjà discuté avec un chatbot d’IA entraîné spécifiquement pour agir comme un partenaire romantique, selon un sondage conduit pour le Wheatley Institute de la Brigham Young University 4. Parmi les jeunes adultes de 18 à 30 ans, ce taux atteint près d’un homme sur trois (31 %) et près d’une femme sur quatre (23 %).
- Si elles sont de plus en plus courantes, les relations entre humains et IA restent un sujet délicat. Plusieurs études notent que les consommateurs de ces services craignaient des moqueries de leurs proches 5.
- Afin de tenter de briser ce tabou, l’application américaine EVA AI a organisé les 11-12 février à New York une « expérience », vraisemblablement la première de ce type, en réservant un bar à vin de Manhattan pour ses utilisateurs.
- Ces derniers ont ainsi pu vivre un « date » réel, en « tête à tête » avec leurs compagnons numériques, ainsi que des « speed datings » avec la centaine de profils différents proposés par l’application 6.
Si les utilisateurs de services de compagnon d’IA s’engagent dans des relations numériques afin de rompre la solitude et reposent, parfois, sur leurs « partenaires » numériques pour obtenir un soutien émotionnel, celles-ci peuvent également présenter des risques.
- Les IA n’ont pas tendance à questionner les décisions, réflexions ou choix — à part si elles ont été programmées explicitement pour —, mais donnent systématiquement raison à l’utilisateur.
- L’absence de toute remise en question peut conduire à un renfermement et entraîner un rapport de dépendance malsain dans lequel l’utilisateur recherche plus une forme de validation qu’une véritable connexion.
Afin de lutter contre les formes de dépendance, le gouvernement chinois a publié fin décembre des propositions de règles visant à contraindre les plateformes à mettre en place des outils pour identifier l’état des utilisateurs et évaluer leurs émotions 7. Des limites pourraient aussi être imposées pour bloquer la génération de contenus violents ou obscènes.
Sources
- Closing The Communication Gap, 2025 Gen Z D.A.T.E. Report, Hinge, 19 novembre 2025.
- Zilan Qian, « Why America Builds AI Girlfriends and China Makes AI Boyfriends », ChinaTalk, 7 octobre 2025.
- Angelo Leone, Fiona Lodge et Zilan Qian, The companionship market, Ada Lovelace Institute, 21 janvier 2026.
- Brian J. Willoughby, Jason S. Carroll, Carson R. Dover et Rebekah H. Hakala, COUNTERFEIT CONNECTIONS. The Rise of Romantic Al Companions and Al Sexualized Media Among the Rising Generation, Wheatley Institute, 2025.
- HO, Jerlyn QH, HU, Meilan, CHEN, Tracy X., et al., « Potential and pitfalls of romantic Artificial Intelligence (AI) companions : A systematic review », Computers in Human Behavior Reports, 2025, vol. 19.
- Brittany Spanos, « Inside the New York City Date Night for AI Lovers », Wired, 13 février 2026.
- « China issues draft rules to regulate AI with human-like interaction », Reuters, 27 décembre 2025.