Du « regime change » au « regime collapse » : comment les néoconservateurs cherchent à refaçonner le trumpisme
Les frappes américaines que prépare Trump contre l’Iran sont-elles vouées à n’avoir aucun impact ?
Pour faire tomber la République islamique, il faut une opération systémique.
Dans un aggiornamento à la doctrine néoconservatrice, un rapport préconise une nouvelle stratégie totale pour renverser l’Iran des mollahs : le « regime collapse ».
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Un an avant les frappes historiques de juin 2025 de l’opération « Midnight Hammer », Barak Seener avait produit un rapport passé relativement inaperçu qui préconisait de telles attaques.
Juste après celles-ci, il a signé un important aggiornamento qui précise sa théorie du regime change. Celui-ci pourrait inspirer la Maison-Blanche, alors que Trump n’a jamais été aussi proche d’une intervention militaire.
Pour Seener, le régime iranien est certes sorti très affaibli de la séquence de la guerre des douze Jours mais le régime de l’ayatollah Khamenei tiendrait grâce à une résilience propre à sa forme révolutionnaire, perpétuellement dynamique, dans un alliage de « philosophie islamique, de nationalisme persan et d’utilisation ciblée de la technologie ».
« La capacité du régime à résister et à contrer l’opposition culturelle, économique et politique dépend du système politique iranien et de l’uniformité de son élite, qui lui permet de sombrer dans un autoritarisme accru afin de renforcer la survie du régime.
Cette résilience est facilitée par la capacité du régime à coopter l’opposition ou à réprimer la dissidence. »
En d’autres termes, l’axe de la résistance pourrait se reformer — et à nouveau menacer Israël et les États-Unis.
La clef de la nouvelle proposition de Seener repose sur l’inflexion qu’il donne à l’opération d’ingérence américaine qu’il appelle de ses vœux.
Pour lui, il est manifeste que Trump ne se lancera pas dans une version maximaliste du regime change avec des troupes au sol, par crainte d’avoir à gérer la construction d’une transition sur un territoire aussi vaste et aussi peuplé que l’Iran.
Les spectres irakien et afghan inhibant les initiatives pour un changement de régime « piloté », la stratégie préconisée par l’auteur est en fait plus radicale et potentiellement beaucoup plus risquée : l’effondrement — et l’étouffement par le chaos, de Chiraz à Téhéran, de toute possibilité d’une menace pour la région.
Par quoi passe cette théorie du regime collapse ?
« Les décideurs politiques occidentaux doivent au minimum mener une politique visant à provoquer l’effondrement du régime (regime collapse) sous l’influence occidentale, plutôt qu’un changement de régime contrôlé par l’Occident.
L’effondrement du régime implique de saper continuellement la capacité du gouvernement à exercer son pouvoir, ce qui aboutit au renversement de la structure politique iranienne.
Cela ne peut être réalisé qu’en combinant des frappes militaires externes, par opposition à une intervention militaire à grande échelle, qui ciblent les centres de pouvoir iraniens, notamment les installations d’enrichissement d’uranium, les centres de commandement et de contrôle du Corps des Gardiens de la révolution islamique, les dirigeants de celui-ci et les scientifiques nucléaires. »
S’il en dit peu sur « l’après » — appelant à ne pas reproduire en Iran les erreurs de l’ère post-Saddam Hussein — l’auteur prévoit quand même certains risques.
Pour lui, il n’est ainsi pas exclu que les Pasdaran survive à l’effondrement du régime tout comme la milice Basij, décentralisée et difficilement ciblable ou influençable.
De l’aveu de l’auteur, une telle perspective serait presque pire pour les ennemis de l’Iran : en dehors de la vision stratégique du Guide suprême, une résistance purement paramilitaire décentralisée n’aurait plus aucune limite pour agir par la force.
Dans son scénario d’anticipation du pire, Barak Seener va encore plus loin en imaginant le cas où le régime s’effondrerait en laissant place à un gouvernement autoritaire, opposé à la démocratie et fondamentalement hostile à l’Occident.
Pour anticiper un tel cas de figure, l’auteur suggère qu’il faudrait bel et bien avoir recours à une stratégie de state-building :
« Un élément essentiel pour ce moment post-régime est celui qui offre une stabilité alternative au modèle étatique structuré du Velayat-e faqih (le gouvernement du docte). En l’absence d’un tel modèle, le régime, bien que profondément impopulaire, reste un ‘mal connu’ préférable à l’inconnu et au chaos potentiel.
L’Occident doit travailler avec les groupes d’opposition libéraux qui sont pro-occidentaux dans leur orientation afin de leur donner les moyens de trouver une solution pour ‘le jour d’après’. À cette fin, le présent rapport examine la coordination occidentale des forces d’opposition afin de promouvoir une transition qui offre un certain degré de continuité pour éviter un vide de gouvernance qui compromettrait l’efficacité de l’opposition. »
Nous traduisons les principaux extraits de cette stratégie.
Le rapport est téléchargeable en intégralité à ce lien.
Endiguer la menace par le chaos : la théorie du regime collapse
« Un Iran non nucléaire qui n’exporterait pas le terrorisme est dans l’intérêt stratégique de l’Occident.
Cela implique l’effondrement du régime (regime collapse).
L’Occident doit travailler avec les groupes d’opposition libéraux qui sont pro-occidentaux dans leur orientation afin de leur donner les moyens de trouver une solution pour ‘le jour d’après’.
À cette fin, le présent rapport examine la coordination occidentale des forces d’opposition afin de promouvoir une transition qui offre une certaine continuité, pour éviter un vide de gouvernance qui compromettrait l’efficacité de l’opposition.
Il est extrêmement improbable que le régime s’effondre de lui-même.
Les réformistes et les factions radicales divergent sur les tactiques à adopter — telles que le degré d’engagement avec l’Occident ou les réformes internes — mais ils s’alignent étroitement sur les doctrines stratégiques fondamentales : non-nucléarisation, hostilité envers Israël et les États-Unis, et soutien aux réseaux régionaux de mandataires.
L’opposition aux États-Unis et à Israël reste le point de consensus en Iran, et l’idée de « l’axe de la résistance » est au cœur de la politique étrangère de la République islamique. »
L’auteur reprend en l’adaptant à l’Iran les grandes lignes de la doctrine néoconservatrice qui ont guidé la politique américaine dans sa « guerre contre la terreur ». Le cadre théorique n’est cependant plus celui de « l’empire bienveillant » de Robert Kagan ou du deuxième discours d’investiture de Bush : il ne s’agit plus d’exporter la démocratie américaine dans le monde pour assurer la stabilité globale mais de défendre les intérêts de l’Occident en établissant les conditions d’un endiguement du terrorisme — que l’Iran finance dans le golfe Persique.
C’est dans ce sens que cet aggiornamento s’inscrit dans la lignée du premier rapport de Seener sur la dissuasion.
Il apporte toutefois une nuance doctrinale forte : il ne s’agit plus de « changer » le régime mais de provoquer son « effondrement » sans avoir la prétention de contrôler la suite mais en se laissant les marges de manœuvre nécessaires pour le faire si besoin.
« Si les décideurs politiques occidentaux doivent proposer une formation à tous les groupes d’opposition pour l’après-révolution, l’Occident ne doit soutenir que les groupes d’opposition qui se situent en dehors des structures politiques iraniennes et qui soutiennent l’effondrement du régime.
Cela permettrait de tirer parti de l’aliénation du public et de renforcer la partie de l’opposition qui cherche à renverser le régime, ce qui pourrait accroître la fragilité de ce dernier. L’alternative serait de contribuer involontairement à l’enracinement d’une culture autoritaire. »
Il est admis qu’avant même la brutalité du régime de la République islamique, l’installation de la dynastie des Pahlavi par l’opération Ajax pilotée par la CIA et d’autres agences de contre-espionnage a contribué à cette « culture autoritaire » que l’auteur préconise d’éradiquer.
« Les pays occidentaux ont une excellente occasion de compléter leur interventionnisme militaire en reconnaissant les groupes d’opposition en exil et en Iran, et en coordonnant leurs positions afin d’atténuer les effets négatifs potentiels de l’effondrement du régime lors de la transition du pouvoir et de l’autorité. »
D’une manière plus fine que par le soutien à une seule figure extérieure — comme le fils du shah, Reza Pahlavi, poussé par Israël et les États-Unis — l’auteur du rapport suggère ici que l’interventionnisme militaire devrait se doubler d’une stratégie agressive d’influence sur les membres de la diaspora. Là encore, il trace une ligne de continuité avec la tradition américaine.
« L’effondrement du régime pourrait aussi conduire à une guerre civile en raison du vide politique qui s’ensuivrait et de l’effondrement des institutions fondamentales, suivi par l’escalade du conflit entre factions armées rivales et soutiens étrangers.
Par conséquent, même si l’Iran n’est pas actuellement au bord de la guerre civile, la stratégie de propagande du régime jette les bases potentiellement dangereuses d’une fragmentation et d’une guerre civile en cas d’effondrement du régime. »
Même parmi les tenants d’une ligne très interventionniste, les expériences de l’Irak et de l’Afghanistan constituent un trauma. L’auteur met en garde ici contre le risque bien identifié que l’effondrement du régime se transforme en chaos.
Au fil du rapport, l’interventionnisme épouse une ligne de crête : si l’auteur s’inscrit en faux contre une croyance naïve dans l’efficacité « automatique » du regime change, il cherche à mettre au point des tactiques pour prévenir le chaos pouvant suivre l’effondrement provoqué du régime.
Manuel pour une opération d’effondrement
« Les frappes militaires israéliennes ont déclenché une vague de nationalisme iranien, comblant momentanément les divisions idéologiques de longue date entre les groupes nationalistes et musulmans progressistes, qui s’opposaient tous deux aux frappes contre l’Iran. Cependant, cette unité est tactique et éphémère, car elle renforce le discours du régime sur les menaces extérieures et détourne l’attention de la pression en faveur d’une réforme interne.
Les futures frappes militaires doivent donc s’accompagner de campagnes d’influence visant le public iranien, affirmant que c’est leur régime qui constitue une aberration historique pour l’Iran, par opposition à l’intervention militaire occidentale. L’alternative serait que l’usage de seules frappes militaires permette au régime de pénétrer la société iranienne en suscitant un effet de ralliement autour du drapeau.
L’autoritarisme accru et la concentration du pouvoir créent, par ironie, des fissures au sein du régime. Dans un cadre politique où le Guide suprême et le Corps des Gardiens de la Révolution empêchent le pluralisme et entravent la formation d’un consensus, un fossé peut se creuser entre les factions rivales, telles que les partisans de la ligne dure et les réformistes. Une campagne d’information et de communication menée par des acteurs étrangers peut galvaniser l’opposition opérant en dehors du régime, ce qui peut priver les réformistes opérant au sein du régime du soutien de la population. Cela peut pousser le régime vers l’implosion, à mesure que les schismes au sein de celui-ci deviennent réels. »
Dans ces développements, l’auteur précise ce qui distingue fondamentalement l’intervention qu’il appelle de ses vœux en Iran d’autres opérations comme l’enlèvement de Nicolas Maduro à Caracas au moment de l’opération « Absolute Resolve ».
Même si un tel acte pourrait avoir une influence considérable en termes de représentation, « décapiter » le régime en le privant de l’ayatollah Khamenei ne serait pas suffisant pour le faire tomber. Comme dans les covert ops de la CIA, les États-Unis et Israël devraient user de tous les leviers de la désinformation pour mettre un coin entre les factions rivales au sein du régime et provoquer son éclatement.
« … le seul moyen efficace d’empêcher l’Iran de reconstruire ses installations nucléaires endommagées pourrait finalement se dérouler en deux étapes : à court terme, des frappes aériennes supplémentaires menées par Israël et les États-Unis sur les sites nucléaires iraniens, et à plus long terme, le renversement du régime iranien et de ses dirigeants actuellement au pouvoir, ainsi que des capacités de commandement et de contrôle du CGRI… Les campagnes de communication devraient inclure une augmentation des émissions destinées au peuple iranien, ainsi qu’une aide secrète à l’opposition nationale et le financement d’ONG. »
Là encore, s’il n’est pas motivé de la même manière que dans la guerre contre le terrorisme, l’interventionnisme de Seener s’inscrit dans la tradition néoconservatrice en s’appuyant sur des relais clefs comme la télévision, les ONG et l’aide secrète. Étonnamment, le rapport ne préconise pas de mettre en place une stratégie plus intégrée et plus agressive en ligne.
« Le sectarisme dans les régions périphériques peut se militariser à mesure que les groupes ethniques résistent au déploiement de la milice Basij et des Pasdaran dans leurs régions. En outre, si le régime iranien subit de nouvelles frappes militaires ou est soumis à des tensions résultant de manifestations de masse liées à des griefs économiques et culturels, cela pourrait encourager les groupes sécessionnistes à intensifier leurs attaques contre les cibles du régime. Les groupes sécessionnistes disposant d’armes paramilitaires comprennent : l
— Le KDPI, le PJAK et le Komala, qui opèrent dans le Kurdistan oriental, à Kermanshah et en Azerbaïdjan occidental.
— Le Mouvement arabe de lutte pour la libération de l’Ahwaz (ASMLA) et le Mouvement de libération arabe d’Al-Ahwaz, qui opèrent dans la province du Khuzestan au nom des Arabes ahwazis.
— Jaish al-Adl et Jaish al-Adl, qui opèrent dans la province du Sistan-et-Baloutchistan au nom des Baloutches et des Perses sistanis.
Ces groupes sécessionnistes pourraient prendre pour cible les Gardiens de la Révolution ou l’armée régulière, et empêcher le détournement des ressources et des revenus en cas d’attaque extérieure contre l’Iran. Cela compromettrait le développement militaire et infrastructurel de l’Iran dans le centre du pays et contribuerait à l’effondrement du régime.
Ce n’est pas sans précédent. En 2007, la CIA a engagé Jaysh al-Adl (JAA), anciennement connu sous le nom de Jundallah, un groupe insurgé baloutche, pour mener des actions de sabotage à l’intérieur de l’Iran. Cela s’inscrivait dans le cadre d’un programme secret de la CIA contre le régime iranien autorisé par le président Bush. »
Si son rapport n’est pas présenté comme un manuel contre-insurrectionnel, force est de constater que Seener déploie le playbook de l’ingérence américaine. Ici, il préconise de s’appuyer sur une variété de groupes sécessionnistes pour attaquer le pouvoir central en s’inscrivant dans la continuité d’un programme de l’administration Bush.
Diriger le jour d’après
« Une fragmentation de l’Iran ou un Iran marqué par un conflit à grande échelle est un scénario qu’il faut à tout prix éviter.
Le meilleur moyen d’y parvenir serait que les pays occidentaux aident les différents mouvements d’opposition iraniens à intégrer les mouvements ethniques non sécessionnistes dans un cadre gouvernemental post-régime capable de gérer les identités concurrentes, et qu’ils offrent une place aux groupes ethniques tels que les Arabes, les Azéris, les Kurdes et les Baloutches dans un avenir post-régime.
L’Initiative de La Haye pour la coopération internationale estime que l’autodétermination interne et le pluralisme sont essentiels pour réduire l’attrait du séparatisme et renforcer la légitimité de l’État : ‘Des modèles de gouvernance fédéraux ou décentralisés, adaptés au contexte iranien, pourraient garantir l’autonomie locale tout en préservant l’unité nationale.’
Cette remarque peut être lue comme une réponse à certaines propositions de faucons israéliens visant à démembrer l’Iran pour endiguer la menace. Une telle position avait été diffusée au cours de la guerre de juin 2025 dans un éditorial du Jerusalem Post — un quotidien en langue anglaise, concurrent de droite de Haaretz, très lu par la communauté juive républicaine aux États-Unis.
Dans cet éditorial, le Jerusalem Post s’adressait directement à Donald Trump en lui demandant « d’adopter le changement de régime comme politique » et de former une coalition au Moyen-Orient pour la partition de l’Iran ».
Seener considère ici au contraire que l’intégrité territoriale de l’Iran serait au contraire vitale pour la sécurité de la région.
« Le défi auquel est confrontée l’opposition iranienne est triple : mettre en relation l’opposition en exil avec les groupes d’opposition nationaux ; coordonner leurs positions ; et empêcher l’émergence d’un vide politique à la suite de l’effondrement du régime iranien.
Afin d’atténuer le risque d’un vide politique qui découragerait l’opposition au régime iranien, les États occidentaux doivent coordonner les groupes d’opposition iraniens avant l’effondrement du régime afin de faciliter la mise en place d’une structure gouvernementale qui prendra sa place.
(…) Une campagne d’information et de communication peut les aider à coordonner leurs activités et à partager leurs positions entre eux ainsi qu’avec la communauté internationale. Celle-ci doit à son tour reconnaître et nouer des alliances avec l’opposition qui dispose des technologies de l’information et de la communication nécessaires pour contourner la censure en ligne du régime.
Une partie de la coordination de l’opposition implique l’organisation d’une conférence soutenue par l’ONU pour que les différents groupes sécessionnistes planifient leur intégration dans un cadre gouvernemental fédéral ou décentralisé qui garantisse l’autonomie locale tout en préservant l’unité nationale. Dans le même temps, les États occidentaux devraient se coordonner avec les États voisins de l’Iran afin de stabiliser les régions frontalières en cas d’effondrement du régime. Des unités de sécurité composées de personnel déserteur peuvent assurer une surveillance rapide des frontières. »
Si elle cherche à se distinguer d’un pur regime change, la stratégie préconisée par Seener est ambiguë : on voit mal en quoi ce processus de légitimation d’une autorité politique alternative à la République islamique, encore imprécis, pourrait trouver une manière de se stabiliser.
« L’objectif déclaré du président Donald Trump — ‘Make Iran Great Again’ — doit être considéré dans le contexte de la promotion de l’effondrement du régime (regime collapse).
Mais cette stratégie n’est viable que si l’on parvient à éviter le chaos qui pourrait éclater à la suite de l’effondrement d’un régime iranien dont la stabilité repose sur la suppression de ses contradictions internes.
L’élimination totale des capacités terroristes et nucléaires de l’Iran mérite d’être envisagée de manière stratégique.
Cela signifie que la promotion de l’effondrement du régime par une intervention militaire et une campagne de communication doit s’accompagner d’une coordination entre les États occidentaux et les États voisins de l’Iran afin d’apporter une aide humanitaire et de stabiliser les régions frontalières.
Cette coordination devrait s’accompagner d’une harmonisation des positions des groupes d’opposition qui se consacrent à la promotion d’un Iran libéral et démocratique, et contribuer à l’avènement d’un avenir iranien auquel participeront le plus grand nombre possible d’Iraniens. »
L’aggiornamento du state building de Seener n’a rien à voir avec la « théorie réactionnaire de la paix » proposée par Curtis Yarvin dans son essai « Comment occuper et gouverner un État étranger » de 2008 ; mais cet interventionnisme se distingue aussi d’une simple mise à jour du logiciel néoconservateur.
Dans les ambitions exposées à la fin du document, l’auteur se propose d’adopter une approche « limitée », au fond assez proche de celle par laquelle le pouvoir israélien a justifié l’opération Am Kalavi : c’est parce que l’effondrement du régime serait la seule manière de dissuader l’Iran et de démanteler son programme nucléaire qu’il serait « nécessaire ».