Les manifestations en Iran, qui ont commencé le 28 décembre à Téhéran, à la suite d’une mobilisation des petits commerçants puis du grand Bazar, se sont rapidement étendues, pour se concentrer d’abord dans les grands centres urbains et dans la région d’Ilam.
- Les premières manifestations de très grandes ampleurs ont ainsi eu lieu dans la région d’Ilam, à la frontière avec l’Irak, dont la population est majoritairement kurde.
- Dans la ville d’Abdanan, qui compte environ 20 000 habitants, de larges démonstrations se sont déroulées dès le mardi 6 janvier.
- Dans la vidéo ci-dessous, on voit un important rassemblement dans la ville d’Abdanan scandant le message : « Mort à Khamenei ! ».
- L’ampleur des manifestations dans cette ville résulterait d’une réaction aux tirs de la police, le 4 janvier, sur l’hôpital Imam Khomeini, où se trouvaient des personnes ayant participé aux rassemblements 1.
- Mardi 6 janvier, le ministre de l’Intérieur, Eskandar Momeni, a envoyé une délégation dans la région afin de mener une enquête sur les violences survenues à l’hôpital et d’inviter au dialogue avec les autorités locales, dans une volonté apparente de cantonner l’extension des manifestations.
Historiquement, les régions kurdes — les provinces d’Ilam, de Kermanshah, du Kurdistan, et de l’Azerbaïdjan occidental, à l’Ouest du pays — ont été l’un des points chauds des mobilisations populaires, en raison de leur précarité économique, des politiques anti-kurdes de la République islamique et de l’hostilité à l’égard du régime qui en a résulté 2.
- Lors du mouvement révolutionnaire « Femme, vie, liberté », qui a suivi l’assassinat de Mahsa Jina Amini, elle-même kurde, ces régions ont été le point de départ d’une extension massive du mouvement.
- Les Gardiens de la révolution justifiaient des opérations militaires contre les manifestants, affirmant que ceux-ci étaient liés à des milices kurdes en Irak 3.
Symptôme de cette centralité dans la mobilisation, le slogan du mouvement « Femme, vie, liberté » (« Zan, Zendegi, Âzadi »), était directement inspiré du slogan kurde « jin, jîyan, azadî ».
- Plusieurs partis kurdes iraniens, le Parti démocratique kurde d’Iran, le Parti Komala du kurdistan iranien et le Parti de la vie libre au kurdistan — lié au PKK —, ont appelé à la grève générale le 8 janvier 4.
Téhéran est actuellement l’épicentre du mouvement.
- Initialement concentré dans les quartiers populaires de Narmak, à l’est, et de Naziabad, au sud, le mouvement s’est étendu aux quartiers plus aisés du nord, notamment Gheytarieh, Gholhak, Sa’dabad, Tajrish et Vanak, mais aussi à Machhad (Nord-Est), bastion conservateur et centre de pouvoir des autorités religieuses du pays.
- La ville — l’une des plus peuplées d’Iran, avec plus de quatre millions d’habitants — est aussi le lieu de naissance du Guide Ali Khamenei et abrite le siège de plusieurs fondations religieuses centrales pour les dirigeants de la République islamique, notamment Astan-e Qods, que le président Ibrahim Raïssi avait dirigé.
D’autres villes symboliques sont le théâtre d’importantes manifestations, comme Khomeynichahr, la ville natale de l’ex-Guide Khomeini, située à proximité d’Ispahan, où l’on a pu voir des manifestants brûler des panneaux sur lesquels est inscrit le nom de Rouhollah Khomeini, le Guide de la Révolution de 1979.
Une coupure d’Internet à l’échelle nationale est signalée dans l’ensemble de l’Iran depuis hier, jeudi 8 janvier, à 17 h. En conséquence, les informations concernant la soirée de jeudi et la matinée de vendredi demeurent limitées.
- L’évolution des manifestations au cours de la journée du vendredi 9 sera clef pour comprendre la direction que prendra le mouvement.
- Le Guide Ali Khamenei a déclaré aujourd’hui, vendredi 9, que le régime ne « reculerait pas » face aux manifestants, accusés d’être des « saboteurs » et des « vandales ».
- Il a également visé Donald Trump, qui avait menacé « d’intervenir » dans le pays si des manifestants étaient tués, lui intimant de « s’occuper des problèmes dans son propre pays » et l’accusant d’avoir les mains « tachées du sang de plus d’un millier d’Iraniens ».
- Au moins 29 manifestants ont été tués en Iran depuis le 28 décembre, selon des chiffres publiés hier, jeudi 8, par l’ONG Human Rights Activists in Iran (HRANA).
Sources
- Vidéo partagée sur la chaîne Telegram Vahid Online, 4 janvier 2026.
- Allan Hassaniyan, Kurdish Politics in Iran. Crossborder Interactions and Mobilisation since 1947, Cambridge University Press, 2021.
- Iran Crisis Updates, Critical Threats, 22 septembre 2022.
- « Kurdish parties urge general strike in support of Iran nationwide protests », Iran Intelligence, 6 janvier 2026.