Palantir, l’entreprise de surveillance co-fondée par Peter Thiel, a signé plus d’une centaine de contrats avec une quinzaine d’agences et de départements fédéraux depuis le début de l’année. Le montant des sommes engagées — c’est-à-dire les crédits que l’État fédéral s’est formellement engagé à verser dans le cadre de ces contrats — s’élève à près de 900 millions de dollars, un niveau inédit depuis la création de l’entreprise en 2003.

Palantir aide désormais l’armée américaine à un niveau tactique, notamment en fournissant au commandement le logiciel d’aide à la prise de décision « Maven Smart » ; produit du matériel militaire via le programme TITAN, un camion défini comme le « premier véhicule défini par l’IA » ; et contribue à l’optimisation des chaînes d’approvisionnement de la base de défense américaine. L’entreprise a ainsi signé la semaine dernière un contrat avec la marine pour accélérer la production de ses sous-marins de classe Virginia et Columbia 1.

La multiplication des contrats signés par Palantir avec le Pentagone s’inscrit dans une dynamique plus large, favorable aux start-ups de la défense.

  • Thiel, Alex Karp, Joe Lonsdale et les autres co-fondateurs de l’entreprise ont lancé Palantir au début des années 2000 avec pour objectif de relancer l’écosystème américain d’innovation dans le domaine de la défense 2.
  • La fin de la guerre froide et l’anticipation d’une baisse des dépenses avaient abouti à une consolidation de la base industrielle de défense puis à l’émergence des « Big Five » : les cinq principaux fournisseurs du Pentagone 3.
  • Le nombre des entreprises de défense fournissant du matériel à l’armée a ainsi été divisé par 10 au cours des années 1990, passant de 51 à 5. Depuis près de trois décennies, aucune nouvelle entreprise n’a réellement été en mesure de contester cet oligopole.

Les start-ups du secteur de la défense (Anduril, Saronic, Chaos Industries…) ont remporté 1,3 % des contrats du Pentagone au cours des trois premiers trimestres, contre 0,6 % en 2024. La part des Big Five est restée stable, tandis que celle des entreprises européennes a reculé, passant de 7,4 à 6,6 % 4. Cette tendance est encouragée par le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, qui a déclaré en novembre vouloir « passer d’un système actuel dominé par les principaux contractants à un avenir alimenté par un environnement dynamique de fournisseurs » 5.

  • Palantir, avec sa capitalisation boursière supérieure à 400 milliards de dollars et sa spécialisation dans le domaine des logiciels et de l’IA plutôt que du matériel, occupe une place intermédiaire dans ce paysage. 
  • L’an dernier, le département de la Défense a acheté pour près de 500 millions de dollars de produits Palantir, soit un chiffre significativement plus élevé que des start-ups comme Shield AI et Epirus, mais beaucoup plus faible que les Big Five 6.
  • Lockheed Martin, qui produit notamment les avions de chasse F-35, avait ainsi perçu près de 50 milliards de dollars du Pentagone, soit 100 fois plus que Palantir.
Sources
  1. U.S. Navy Partners with Palantir to Modernize Shipbuilding Supply Chain and Accelerate Shipbuilding, Palantir, 10 décembre 2025.
  2. From Last Supper to First Breakfast : The Defense Tech Ecosystem, Palantir, 8 septembre 2023.
  3. Ces derniers sont : Lockheed Martin, Raytheon, Boeing, General Dynamics et Northrop Grumman.
  4. David Jeans, Mike Stone et Joe Brock, « Silicon Valley-backed defense firms face growing pains after hot streak », Reuters, 8 décembre 2025.
  5. Remarks by Secretary of War Pete Hegseth on the Arsenal of Freedom (As Delivered), U.S. Department of War, 7 novembre 2025.
  6. Lizette Chapman, Julia Janicki, Tom Fevrier et Allyson Versprille, « Silicon Valley Is Coming for the Pentagon’s $1 Trillion Budget », Bloomberg, 8 mai 2025.