Plus la Russie avance, plus Trump cède : la méthode Poutine pour manipuler les « négociations »
Pour la Russie, il n’y a pas de pourparlers, mais une guerre de conquête, des objectifs territoriaux chiffrés.
En réponse à la proposition américaine, Poutine veut désormais « la reconnaissance de jure, et non pas seulement de facto, comme l’indique le plan Trump, de la Crimée et du Donbass ». Et le président américain s’apprêterait à céder — encore.
Nous traduisons et commentons le discours de Bichkek.
- Auteur
- Guillaume Lancereau
Ce 27 novembre, Vladimir Poutine a pris prétexte d’une visite à Bichkek au Kirghizistan, dans le cadre d’un sommet de l’Organisation du traité de sécurité collective, pour commenter les récentes évolutions de la situation sur le front militaire et diplomatique
Si Poutine est si loquace, c’est qu’il fait la guerre en parlant de la guerre ou en n’en parlant pas, conservant le silence lorsque les choses se déroulent selon ses plans, les embellissant au contraire lorsqu’elles contrarient ses visées.
Comme toujours en ces occasions, la scénographie officielle de la conférence de presse était bien rodée : les questions adressées par les journalistes accrédités par le Kremlin — dont certains entretiens et autres publications ont déjà été traduits dans nos pages — ne présentaient aucune surprise ni difficulté pour le président russe, qui a donc eu tout loisir de dérouler sa vision des événements.
Le principal sujet était naturellement le plan de paix de Donald Trump, que la plupart des observateurs ont caractérisé comme un véritable cadeau fait à la Russie et la condamnation de l’Ukraine à une capitulation funeste. Le président russe avait donc toutes les raisons de persévérer dans ses exigences maximalistes — dont il n’a pas dévié depuis le début du conflit. Dans la droite ligne de la doctrine Gromyko, l’exégèse de la diplomatie poutinienne tient en peu de mots : rester inflexible, toujours insister. Vladimir Poutine n’a donc pas donné le sentiment d’un chef d’État prêt à la paix, mais d’un souverain prêt à toute forme de guerre pour atteindre ses fins.
Le sommet de Bichkek a également permis de préciser les contours des relations entre la Russie et un certain nombre de pays amis, à commencer par la Hongrie. Après avoir loué la position plutôt « objective » de Viktor Orbán sur la question ukrainienne, Vladimir Poutine s’est entretenu vendredi avec le Premier ministre hongrois. Au cours de cet entretien, Viktor Orbán a confirmé que les livraisons russes restaient la base de la sécurité énergétique de son pays et qu’il entendait poursuivre un dialogue constructif avec la Russie, notamment en tant que pays frontalier de l’Ukraine, directement intéressé donc à la paix. Au lendemain des sorties de Vladimir Poutine envers les responsables des pays d’Europe supposément prompts à agiter le chiffon russe par pur arrivisme politique, la déclaration de Viktor Orbán sonnait étrangement, puisque le dirigeant hongrois mène précisément une campagne xénophobe à l’encontre des immigrés ukrainiens et utilise la guerre en Ukraine comme un argument politique pour se maintenir au pouvoir alors qu’il doit affronter une campagne électorale difficile — peut-être la plus difficile depuis qu’il est au pouvoir —, laissant planer l’idée que « voter Orbán, c’est éviter la guerre ».
Pour ce qui concerne l’architecture de sécurité au sein de l’OTSC, un point peu remarqué a été la déclaration de Vladimir Poutine relative à l’extension de la lutte collective contre « l’extrémisme », « le terrorisme » et « la propagation d’idées radicales auprès de la jeunesse ».
Si l’on se rappelle que Pussy Riot ou l’organisation d’Alexeï Navalny sont, depuis cette semaine, respectivement considérées en Russie comme « extrémiste » et « terroriste », cette déclaration laisse présager le pire scénario politique : généralisation du régime russe de censure et de répression à une partie croissante de son espace proche.
La paix de Trump et la volonté russe
Pour ce qui concerne le projet de traité, je dois préciser qu’il n’y a pas eu, à proprement parler, de « projet », mais seulement une série de questions proposées à la discussion en vue de leur résolution définitive.
Comme je l’ai déjà indiqué à plusieurs reprises, nous avions débattu de tout cela avec les négociateurs américains avant même mon déplacement aux États-Unis. C’est après le sommet en Alaska qu’est apparue cette liste de 28 points en vue d’un potentiel accord, dont nous avons pris connaissance après l’avoir reçue par des canaux déterminés, comme je l’ai déclaré publiquement. Entretemps, des pourparlers avaient été organisés à Genève entre les délégations américaine et ukrainienne, qui ont convenu qu’il fallait répartir ces points en quatre grandes parties, et c’est sous cette forme que nous les avons reçus.
De notre point de vue, cette base peut effectivement servir de fondement à un futur accord. Il serait toutefois déplacé de ma part d’évoquer des dispositions finales de cet accord puisqu’elles n’ont pas encore été déterminées.
Certaines de ces questions revêtent une importance fondamentale.
Dans l’ensemble, nous constatons une réelle prise en compte de notre position par la partie américaine, à laquelle nous l’avions exposée avant et après Anchorage. Cela ne retire rien au fait que, pour régler certains problèmes, il faudra revenir à la table des négociations et les discuter sérieusement point par point, et dans la langue diplomatique appropriée.
Ainsi, c’est une chose d’affirmer que la Russie n’a pas l’intention de s’en prendre à l’Europe (une idée qui sonne presque comiquement à nos oreilles, n’est-ce pas, puisque nous n’en avons jamais eu l’intention) ; c’en est une autre de l’écrire noir sur blanc, et nous le ferons volontiers si c’est cela qu’on attend de nous.
Toute la difficulté tient au fait que certaines personnes semblent avoir quelque peu perdu la raison, lorsqu’elles ne se conduisent pas tout simplement comme des voyous : c’est le cas lorsqu’elles déclarent à leur population, à leurs concitoyens, que la Russie se prépare à attaquer l’Europe et qu’il faut renforcer de toute urgence les moyens de défense. Peut-être servent-elles directement les intérêts du complexe militaro-industriel, autrement dit des intérêts privés ; peut-être cherchent-elles à faire remonter leur popularité en berne, dans un contexte économique et social déplorable. On ne saurait dire ce qui les anime vraiment, mais une chose est sûre : de notre point de vue, ces accusations relèvent du délire ou du pur mensonge.
Poutine fait entendre ici un son de cloche familier dans la bouche des élites russes à propos des Européens : ceux-ci seraient dirigés par des personnes « délirantes ». Dans une interview télévisée, le principal cerveau géopolitique de Poutine, Sergueï Karaganov, appelait à « instiller la terreur » aux Européens pour les réveiller de leur torpeur malade : « Nous sommes confrontés à des débiles qui ont perdu la raison. Pardonnez-moi ce terme désagréable, mais il s’agit bien de débiles enragés. Ce sont, purement et simplement, des débiles. Des élites européennes dégénérées qui ont perdu toute crainte de Dieu et, pour l’instant du moins, toute crainte de la mort. »
Et malgré tout, s’ils sont parvenus à instiller cette peur dans l’opinion publique, s’ils ont terrorisé leurs concitoyens au point que ces derniers aient besoin d’entendre de notre part une déclaration formelle, d’entendre que nous n’avons aucun plan, aucune visée agressive vis-à-vis de l’Europe, alors nous sommes naturellement prêts à l’écrire noir sur blanc.
Peut-être le faut-il, si jamais nous voulons réellement ouvrir un dialogue de fond sur tous les enjeux relatifs à la sécurité européenne. De fait, nous l’avions nous-mêmes proposé un temps. Si nos « partenaires » (appelons-les ainsi) occidentaux sont disposés à reprendre ce dialogue, alors nous y sommes prêts. Mais nous savons tous pertinemment que cela demande de s’asseoir à la table des négociations et de discuter en profondeur de chaque aspect, car en cette matière, chaque mot compte.
(…)
Pour ce qui concerne les négociations, il va de soi que le principal représentant de la partie russe sera le ministre des Affaires étrangères. Lorsque nous nous assiérons véritablement à la table des négociations pour parler du fond, discuter méthodiquement de chaque proposition, cela sera l’œuvre du ministère des Affaires étrangères et, de notre côté, du côté de l’Administration présidentielle, de Vladimir Medinski, conseiller du président de la Fédération de Russie, qui s’occupe de ce dossier depuis le début. Pour les affaires courantes et la préparation de ce travail, j’y ai aussi associé mon conseiller Iouri Ouchakov, qui est en lien permanent avec nos collègues américains. Mais il ne peut pas prendre l’ensemble du travail sur ses épaules : c’est aussi la tâche du ministère et, en partie, de l’Administration présidentielle, que d’examiner cet ensemble considérable de questions, de les poser définitivement, de les rédiger adéquatement en posant tous les points sur les « i ». Il n’y a aucune autre manière de procéder.
Quant aux questions sur Abou Dhabi, j’ai effectivement été témoin d’un certain bruit médiatique à ce propos. Pourtant, il ne se passe rien là-bas d’inhabituel, et rien de secret non plus. Il se trouve simplement que nos services spéciaux, les services spéciaux russes et ukrainiens, continuent aujourd’hui encore d’échanger, même dans les circonstances les plus difficiles. Leur travail porte sur une série d’enjeux humanitaires, et en priorité sur les échanges de prisonniers de guerre. La plateforme d’Abou Dhabi se prête parfaitement à ces échanges, et nous sommes reconnaissants au président des Émirats arabes unis de nous en avoir généreusement offert la possibilité. Grâce à ses efforts, ce sont ainsi des centaines de nos gars, de nos héros, qui ont pu rentrer au pays.
Or la partie ukrainienne avait pris l’initiative de planifier une nouvelle rencontre, qui s’est effectivement tenue à Abou Dhabi. De notre côté y figurait l’un des dirigeants du FSB [Service de sécurité de la Fédération de Russie]. Était également présent un représentant de l’administration américaine, ce qui, pour nous, était assez inattendu. Malgré notre surprise, nous n’avons pas rompu la discussion. Après avoir, donc, discuté avec le représentant russe, il a évoqué la possibilité de ne pas attendre la semaine prochaine pour poursuivre le dialogue, mais d’organiser une rencontre à Moscou dès cette semaine.
Je ne l’ai appris personnellement qu’après avoir atterri à Bichkek et j’ai aussitôt répondu que nous étions prêts à discuter à tout moment. La question est si importante pour nous tous : aussi sommes-nous prêts dès aujourd’hui, à n’importe quel moment du jour ou de la nuit ; s’il le faut, je reviens à Moscou ce soir même, ce jeudi, ou ce vendredi, ce samedi, ce dimanche, peu importe, quand ils veulent. L’essentiel est toutefois que chacune des parties, nous-mêmes comme l’Administration présidentielle des États-Unis, s’entende sur le cadre et les membres de cette rencontre. La dernière information que j’ai reçue à ce propos, hier soir encore, était que le président Trump avait finalement décidé de s’en tenir à l’accord précédent, proposé par les États-Unis, soit une rencontre à Moscou la semaine prochaine. Nous y restons parfaitement disposés.
Trois sources de tensions
Il reste cependant un problème de fond, selon moi.
En quoi consiste-t-il ?
À vrai dire, il ne dépend pas de nous, mais plutôt de la lutte entre opinions concurrentes qui se déroule actuellement dans l’Occident collectif et au sein même des États-Unis quant au meilleur moyen de mettre un terme à la guerre, aux hostilités.
Avant même Anchorage, nous avons rencontré M. Witkoff ; puis, je me suis rendu en Alaska, où nous avons poursuivi des négociations. Mon impression d’alors était que nous allions quelque part, que nous partagions une certaine compréhension du point où nous en étions et des démarches à entreprendre en vue d’une cessation des hostilités. Nous nous sommes alors séparés, mon collègue Donald Trump et moi tombant d’accord pour dire que chacun devait regagner sa capitale, réfléchir, soupeser, consulter son administration, ses ministres, ses alliés, avant de poursuivre la discussion. Enfin, Lavrov et Rubio se sont rencontrés à New York en marge de l’Assemblée générale de l’ONU et ont échangé des vues très générales. Entre la Russie et les États-Unis, la situation était tout sauf conflictuelle et nous restions sur les bases posées à Anchorage.
C’est alors que, tout d’un coup, les États-Unis ont annoncé des sanctions à l’encontre de deux compagnies pétrolières russes. Pourquoi donc ? Pour vous le dire en toute honnêteté, je n’ai toujours pas compris ce qui se passait.
Le 22 octobre dernier, les États-Unis ont, contre toute attente, imposé des sanctions à l’encontre de Rosneft et Lukoïl. Il s’agissait des premières sanctions infligées à la Russie par la nouvelle Administration Trump. Si l’on en croit Vladimir Poutine, cette réponse à l’impasse dans laquelle il avait lui-même placé les négociations aurait été une surprise pour le Kremlin lui-même.
Sur le sujet des avoirs russes et de leur possible confiscation, un pays comme la Hongrie, membre de l’Union européenne, est bien placé pour savoir comment cette décision pourrait affecter la monnaie européenne. Il est clair qu’une résolution de cette nature aurait des conséquences négatives pour le système financier mondial dans son ensemble, avec un effondrement drastique et instantané de la confiance dans la zone Euro. Sur fond de difficultés économiques, avec un moteur de l’économie européenne, l’Allemagne, en récession depuis trois ans, je pense qu’il s’agira pour l’Europe d’une épreuve pour le moins douloureuse.
Au cas où cette hypothèse se confirmerait, j’ai demandé au gouvernement de la Fédération de Russie de travailler à un ensemble de mesures qui serviraient de réplique. Il est clair pour tout le monde, tout le monde le dit ouvertement, que la confiscation de ces actifs serait du vol, rien d’autre qu’un détournement de la propriété d’autrui.
À ce propos, je ne peux pas m’empêcher de me demander ici qui est le maître et qui est l’élève… Est-ce que les Européens ont été pris pour exemple par les pillards d’État ukrainiens, ceux qui dépouillent leurs concitoyens comme leurs alliés occidentaux (et je rappelle ici les scandales de corruption qui ont éclaté récemment à Kiev), ou au contraire les Européens qui s’inspirent des autorités ukrainiennes ? Dans un cas comme dans l’autre, cela reste du vol. C’est ainsi que nous voyons les choses et nous préparons donc des réponses que le gouvernement rendra publiques le cas échéant.
(…)
Pour ce qui concerne enfin la déclaration de Donald Trump relative à de nouveaux essais nucléaires auxquels les États-Unis pourraient procéder, j’ai demandé de rassembler toutes les informations complémentaires sur les actions de la partie américaine, de les analyser et de me soumettre des propositions d’action.
L’une des suggestions qui nous est parvenue consisterait justement à travailler ensemble sur ce sujet. De fait, nous sommes prêts à réfléchir avec l’Administration américaine à tous les enjeux de stabilité stratégique. Si cette question surgit lors des négociations à Moscou, la semaine prochaine, nous en discuterons ; et d’ailleurs, si elle ne surgit pas, nous la soulèverons, car la préparation d’essais nucléaires est un sujet qui demande du temps, et les États-Unis le savent aussi bien que nous. En même temps, il est évident que nous ne pouvons pas nous permettre de laisser les États-Unis réaliser un essai tandis que nous mettrions encore un an et demi à nous y préparer.
Les dynamiques sur le front ukrainien
Pendant ce temps, la dynamique positive se maintient sur tous les axes.
Plus encore : nos troupes progressent à un rythme croissant, sensiblement croissant.
Pour notre adversaire, la principale difficulté réside dans l’écart entre les pertes humaines et le nombre de soldats qu’ils sont en mesure d’envoyer sur la ligne de contact. Cet écart se creuse : en octobre, ils ont enregistré 47 000 pertes et quelques, 47 500, alors que de l’autre côté ils mobilisaient 16 500 hommes, et encore, par une mobilisation forcée, auxquels se sont ajoutés 16 500 environ, ou 14 500, ou 15 000 hommes renvoyés au front à la sortie de l’hôpital. (…) Et c’est sans compter les déserteurs. Les médias et les rapports du ministère de la Défense confirment que la désertion est un phénomène de masse. Même les médias occidentaux en parlent, tant il est impossible de le dissimuler. En somme, la dynamique est positive sur tous les axes. (…) Prenons l’exemple de la zone de Koupiansk. Les principales opérations se déroulent dans les directions de Krasnoarmeïsk et autour de la ville de Dimitrov, qui sont complètement encerclées, comme l’avait été Koupiansk il y a peu. (…) Si vous regardez la carte, un peu plus à l’Est, au Nord-Est, vous avez Komsomolsk, et plus au Nord encore, Koupiansk, Slaviansk, puis Seversk. À Komsomolsk, au cœur même de la ville, les hostilités se poursuivent. Nos troupes ont libéré un grand nombre de bâtiments et leur progression se poursuit.
Cet exemple est d’autant plus intéressant qu’il n’existe pas. Aucune ville ne porte le nom de « Komsomolsk » dans la zone d’opérations désignée par le président russe.
Il y a bien en Ukraine une ville qui porta ce nom jusqu’en 2016, mais elle se trouve à 300 kilomètres de la ligne de front, dans la région de Poltava. En lieu et place de Komsomolsk, Vladimir Poutine a sans doute voulu parler de Konstantinovka, où des combats ont effectivement lieu selon les renseignements ukrainiens. Faut-il voir une erreur délibérée ou une marque de fatigue dans ce lapsus soviétique d’un ancien agent du KGB ?
En Occident, certains voient clairement la trajectoire qui se dessine, et ceux-là insistent justement sur la nécessité de mettre fin aux hostilités au plus vite — même si, pour cela, il faut obtenir un certain nombre de concessions de la part des autorités de Kiev. Ils comprennent bien que, si le front commence à se fissurer dans certaines directions, les forces armées ukrainiennes perdront bientôt toute capacité de combat, sacrifiant leurs unités les mieux aguerries, comme c’est le cas en ce moment dans la région de Krasnoarmeïsk. Et donc, ceux qui voient les choses ainsi s’empressent de dire à l’Ukraine : « Arrêtez tout, ce à quoi il vous faut penser maintenant, c’est à la préservation du noyau dur de vos forces armées et de votre État ». Au contraire, ceux qui fantasment une reprise de Koupiansk par les forces armées ukrainiennes, ceux-là poussent à la poursuite des hostilités jusqu’au dernier Ukrainien. Voilà à quoi tient la différence entre les deux approches.
Les conditions d’un accord de paix
Pour ce qui concerne la question territoriale, notamment celle du Donbass, je vais vous dire les choses de la manière la plus claire et la plus compréhensible possible. Nous continuons de recevoir des propositions tendant à arrêter les hostilités ici, là ou ailleurs… Mais les choses sont simples : que les troupes ukrainiennes se retirent des territoires qu’elles occupent, et alors les hostilités cesseront ; si elles ne s’en retirent pas, nous les en chasserons par la voie des armes, et voilà tout.
En cas d’accord de paix, un autre problème se posera : celui des interlocuteurs côté ukrainien. Comme je l’ai déjà dit et répété, il n’y a aucun sens à signer des documents avec la direction ukrainienne.
À mon sens, cette direction ukrainienne actuelle a commis une erreur fondamentale, une erreur stratégique majeure lorsqu’elle a eu peur de se présenter aux élections présidentielles. Dès lors, le président a été privé de toute légitimité. Alors que notre pays se trouve, lui aussi, en conflit, nous n’avons pas eu peur d’organiser des élections, les élections présidentielles se sont tenues, et même, encore récemment, des élections municipales et régionales. Ainsi, nous en serions capables, mais l’Ukraine, non ?
Le problème est que, dès la conclusion d’un accord de paix, quel qu’en soit le contenu concret, la cessation des combats devra entraîner la levée du régime de loi martiale actuellement en vigueur en Ukraine et, par conséquent, l’organisation d’élections.
Or dans les conditions actuelles, il est difficile, voire complètement impossible pour la direction politique actuelle en Ukraine d’espérer une victoire électorale sans falsifier les résultats. Bien sûr, on peut toujours recourir à la logique de Staline : « Ce qui compte n’est pas de savoir qui vote, mais qui compte les voix ». Et, de fait, ils peuvent encore compter sur les ressources administratives disponibles. Mais il s’agit malgré tout d’une situation difficile pour eux, d’autant plus que la prochaine étape, sera l’organisation d’un référendum sur les enjeux territoriaux. C’est du moins ce que prévoit leur Constitution. Par la suite, les résultats du référendum doivent encore être confirmés par la Cour constitutionnelle. (…)
Or, quel est le problème avec la Cour constitutionnelle ? C’est que depuis la prolongation du mandat présidentiel, elle a été mise en suspens. Non seulement la Cour constitutionnelle ne fonctionne pas, mais son président est lui-même en prison pour corruption. Vous vous rendez compte, ce sont les rois des corrompus qui ont mis en prison le président de la Cour suprême du pays pour corruption ! Pendant ce temps, les prérogatives des membres de ladite cour sont arrivées à leur terme, ce qui signifie qu’après la fin de la loi martiale, l’élection présidentielle et l’organisation d’un référendum, il faudra par-dessus le marché constituer une nouvelle Cour constitutionnelle pour en valider les résultats : c’est à n’en plus finir.
Assurément, « c’est à n’en plus finir », comme cela se produit dans un pays dont les dirigeants entretiennent un rapport à la loi et aux procédures constitutionnelles différent de celui de Vladimir Poutine, qui remodèle constamment l’ensemble des normes selon son bon vouloir.
Quant aux accusations de corruption, si la personne dont elles émanent ne change rien à leur contenu, il y a quelque chose d’improbable à les entendre prononcer par le propriétaire d’un palais caché d’un milliard de dollars au bord de la mer Noire.
Or tout cela a son importance, car en cas de violation des accords par l’Ukraine et d’intrusion sur les territoires sous souveraineté russe, par exemple, il faudra bien savoir s’il s’agit d’une attaque contre la Fédération de Russie (ce qui entraînera de notre part la réplique appropriée) ou d’une tentative de récupérer un territoire appartenant légalement à l’Ukraine. Vous comprenez bien que ce sont deux choses tout à fait différentes.
Telle est bien la raison pour laquelle nous exigeons une reconnaissance de cette souveraineté territoriale, mais, à l’heure actuelle, pas de l’Ukraine. J’espère toutefois que nous parviendrons à terme à nous entendre aussi avec les Ukrainiens, dont beaucoup sont des gens tout à fait sains d’esprit et désireux de construire des relations de long terme avec la Russie.
L’un des points clefs en la matière sera précisément la reconnaissance de jure et non pas seulement de facto, comme l’indique le plan Trump, de la Crimée et du Donbass. Ce point crucial doit faire l’objet de négociations avec la partie américaine.