Rêves et cauchemars du Chancelier de l’Empire Trump : J. D. Vance au Claremont Institute (texte intégral commenté)
Il y a quelques jours, J. D. Vance était invité par l’influent Claremont Institute à donner sa définition d’un « homme d’État » en 2025.
Dans un discours important, le vice-président des États-Unis a surtout proposé un modèle en négatif — concentrant sa prise de parole sur le candidat à la mairie de New York Zohran Mamdani.
Sa vision d’un futur « post-libéral » dans l’Amérique de Trump, centrée sur les politiques migratoires, mérite d’être étudiée.
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- Guillaume Duval •
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J. D. Vance aime les honneurs et les grands discours. Mais pour comprendre la portée de celui-ci, il faut surtout mesurer le rôle joué par un organisme clef, le Claremont Institute, dans la montée en puissance d’une forme de trumpisme de gouvernement.
Célébrant le vice-président des États-Unis le 5 juillet dernier en lui remettant le « Prix de l’homme d’État » (Statesmanship Award), l’institut californien marque un coup important et confirme son influence centrale dans la constitution a posteriori d’une doctrine et d’une théorie de l’État pour les années Trump.
Comme l’explique dans ces pages l’historienne Maya Kandel, qui a pu y mener plusieurs terrains de recherche : « Avant la Heritage Foundation, la structure originelle du trumpisme est très clairement le Claremont Institute, un think-tank de taille relativement modeste mais en plein développement. Le Claremont a été créé en 1979 en Californie, dans une charmante petite ville proche de Los Angeles, à côté de l’université de Claremont McKenna, située au même endroit, et qui partage quelques chercheurs avec l’Institut. Il a été fondé par des disciples de Leo Strauss, l’une des figures les plus influentes du mouvement néoconservateur. Ses fondateurs se sont regroupés autour d’un autre intellectuel, Harry Jaffa, qui est à l’origine de l’Institut et enseignait à Claremont McKenna » et auquel Vance rend d’ailleurs hommage dans le discours.
Pourquoi cette prise de parole est-elle importante ?
Par le lieu où elle est prononcée, elle marque d’abord le rôle désormais capital joué par cette institution, devenue « le fournisseur idéologique de la première administration Trump » et désormais un puissant relais privilégié par celle-ci.
Par son contenu et son sujet, elle est également une tentative de définition par J. D. Vance de la feuille de route à mettre en œuvre par les nouvelles élites trumpistes : un nationalisme « au-delà des principes ».
À cet égard, il est remarquable que Vance consacre presque la moitié de son discours à la figure de Zohran Mamdani, candidat dissident à la primaire démocrate à New York. Pour le vice-président, il s’agit surtout de dresser ici le portrait de ce qui serait selon lui un « anti-homme d’État », se construisant une stature en opposition, avec une forme particulière de radicalité : « Ce qui unit les islamistes, les étudiants en études de genre, les urbains blancs libéraux sur le plan social, et les lobbyistes de l’industrie pharmaceutique, ce ne sont ni les idées de Thomas Jefferson, ni même celles de Karl Marx… — c’est la haine. »
Merci, Ryan. C’est incroyable. Je ne sais pas comment nous allons rapporter ce trophée chez nous. Il va falloir organiser une collecte rien que pour l’expédier jusqu’à Washington, D.C. Mais c’est une magnifique récompense. Et bien sûr, je suis honoré de la recevoir.
Ryan Williams est le président du Claremont Institute.
Je voudrais remercier quelques personnes avant de commencer. Tout d’abord, Ryan, pour ton remarquable leadership à la tête de cette institution exceptionnelle. Le Claremont Institute a joué un rôle important dans ma propre formation intellectuelle. J’ai lu les travaux de ses chercheurs. Le tout premier grand discours que j’ai prononcé — bien avant même d’envisager me présenter au Sénat — l’a été lors d’une conférence du Claremont Institute, en 2021 je crois. Cette institution a beaucoup compté pour moi. Merci à vous tous d’être ici ce soir.
Si Vance met l’accent sur la dimension « intellectuelle », le Claremont Institute entretient aussi des liens étroits avec l’alt-right américaine et les conspirationnistes les plus sulfureux, avec une visée clairement opérationnelle. Comme le rappelle Maya Kandel : « C’est du Claremont qu’est issu John Eastman, l’auteur du mémo ayant servi de base à la tentative de contestation des résultats de l’élection de 2020 et à l’assaut du Capitole ayant suivi le 6 janvier 2021. L’argument d’Eastman reposait sur une lecture de la Constitution selon laquelle le vice-président Mike Pence disposait du pouvoir de rejeter unilatéralement certains votes d’États accusés par Trump de fraude électorale. »
Beaucoup de gens connaissent bien sûr le Claremont Institute comme un centre intellectuel du conservatisme californien — une espèce malheureusement de plus en plus menacée. D’aucuns le considèrent aussi comme le foyer intellectuel d’Henry Jaffa et d’autres grands penseurs américains du mouvement conservateur, notamment au cours des cinquante dernières années.
Henry Jaffa (1918-2015) est un philosophe américain conservateur influent, disciple de Leo Strauss, et inspirateur du Claremont Institute.
Pour ma part, je connais le Claremont Institute comme ce groupe — peut-être le seul en Californie — qui me fait passer pour un modéré raisonnable, un républicain tout à fait « normie », en comparaison avec ses membres. Et je suis honoré d’être parmi vous.
Alors Ryan, merci de m’avoir invité, et merci pour cette récompense exceptionnelle.
Je veux remercier mon cher ami Charlie Kirk. Charlie, merci pour tout ce que tu fais. Beaucoup de gens ne se rendent pas compte à quel point Charlie travaille dur pour donner corps à sa vision du conservatisme américain.
Charlie Kirk est un influenceur et militant conservateur trumpiste qui dirige des organisations de mobilisation et de collecte de fonds en ciblant principalement des étudiants.
Le travail qu’il accomplit auprès des jeunes, ses efforts d’organisation, son soutien aux candidats — en particulier aux excellents candidats lors des primaires républicaines — sont réellement transformateurs. Et, pour être franc, c’est en grande partie grâce à lui que je suis devenu sénateur des États-Unis, puis vice-président. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles la prochaine génération du conservatisme est entre de très bonnes mains. Alors merci, Charlie, pour tout ce que tu fais.
Et enfin — last but not least, comme on dit — je dois remercier ma merveilleuse épouse, non seulement d’être ici ce soir, mais pour tout ce qu’elle fait pour moi et pour notre famille. Je t’aime, mon cœur. Je plaisante souvent avec Usha en disant qu’elle est mon meilleur baromètre pour savoir si j’ai dit quelque chose d’un peu trop osé. Donc j’en entendrai sûrement parler après.
Usha Vance, née Usha Bala Chilukuri, est une avocate, fille d’immigrés indiens originaires de l’Andra Pradesh. Dans le roman autobiographique de Vance, Hillbilly Elegy, elle est présentée comme une sorte de guide aidant l’enfant du Midwest à naviguer parmi les élites de la côte Est.
Malheureusement pour vous tous, accrochez-vous, parce que j’ai le micro — et pendant les trente prochaines minutes, je vais dire absolument tout ce que j’ai envie de dire.
Qu’est-ce qu’un homme d’État en 2025 ?
Je sais que le thème de ce soir porte sur la question de la stature d’homme d’État — et, plus précisément, sur la manière dont notre mouvement devra répondre aux défis qui l’attendent dans les années à venir. Et cette notion d’« homme d’État » est, à mon sens, une question essentielle, car nous en manquons cruellement aux États-Unis en 2025. C’est l’une des ressources les plus rares aujourd’hui.
Derrière l’idée « d’homme d’État », il y a la question centrale à laquelle réfléchissent le Claremont et d’autres think tanks trumpistes, de la conversion d’une coalition électorale forte qui a gagné dans les urnes 2024 en une élite politique et administrative capable d’installer ce projet contre-révolutionnaire dans l’État fédéral sur le long terme.
Je crois qu’il est utile de réfléchir à la situation dans laquelle se trouvent les États-Unis en ce moment. Avant de parler de notre vision positive, et d’un thème qui me tient particulièrement à cœur, je pense qu’il vaut la peine de s’arrêter un instant sur ce qu’est devenue la gauche américaine en 2025. Car si vous êtes comme moi, vous étiez sans doute assez optimistes après la raclée qu’elle a subie lors des élections de 2024 — vous pensiez peut-être qu’elle allait enfin connaître un moment de lucidité, un « come to Jesus moment », comme on dit.
Qu’elle allait peut-être se dire : « Vous savez quoi ? Le peuple américain n’acceptera pas que des hommes adultes battent des femmes dans les compétitions sportives féminines. Le peuple américain ne tolérera pas une frontière sud totalement ouverte, qui a permis à des dizaines de millions de personnes d’entrer dans notre pays, tirant vers le bas les salaires des travailleurs américains, et rendant bien sûr notre société beaucoup moins sûre. »
Peut-être, pensions-nous, la gauche allait-elle comprendre qu’il fallait changer de cap.
Mais ce que nous avons appris, au cours de ces six derniers mois, c’est que le Trump Derangement Syndrome — cette maladie aussi terminale que dangereuse — semble plus virulent que jamais chez les démocrates américains, alors que nous sommes à la moitié de la première année du second mandat du président Trump.
La primaire démocrate de New York : une étude de cas
La semaine dernière — c’est devenu l’un des principaux sujets politiques de ces derniers jours — un communiste de 33 ans, candidat dissident, a battu un politicien issu de la machine démocrate, soutenu par des millions de dollars, lors de la primaire municipale démocrate à New York. Je ne veux pas trop m’attarder sur une élection locale, mais deux éléments issus de la victoire de Mamdani méritent notre attention : ils sont révélateurs de l’état actuel de la gauche américaine dans son ensemble.
Dans l’élection pour la mairie de New York, le socialiste Zohran Mamdani a battu à la primaire démocrate l’ancien gouverneur de l’État de New York et candidat de l’establishment Andrew Cuomo à la suite d’une campagne électorale marquée par une forte présence numérique et la mobilisation massive de militants au niveau local.
Le premier point, c’est qu’on voit à quel point les électorats respectifs des deux grands partis ont évolué. Si notre victoire — la victoire du président Trump en 2024 — reposait sur une large coalition des classes populaires et moyennes, la coalition de Mamdani est en quelque sorte l’exact inverse. Lorsqu’on examine ses résultats électoraux, circonscription par circonscription, on voit une gauche qui a complètement abandonné le cœur du pays américain.
Cet homme a remporté les suffrages des New-Yorkais diplômés de l’enseignement supérieur et à hauts revenus, en particulier les jeunes très diplômés. Mais il a obtenu ses pires résultats auprès des électeurs noirs et de ceux qui n’ont pas fait d’études supérieures. C’est une coalition intéressante — peut-être efficace dans une primaire démocrate new-yorkaise, mais je doute fort qu’elle fonctionne à l’échelle nationale.
Cette remarque sur la répartition sociologique du vote Mamdani est vraie mais comme le dit lui-même Vance, elle reflète un état de fait à New York et, surtout, dans une course qui ne mobilisait de toute façon pas d’électeurs républicains. Cette « étude de cas » est donc en réalité difficilement transposable à l’échelle du pays.
Il a obtenu de bons résultats dans les quartiers bangladais de New York, mais de très mauvais scores chez les immigrés asiatiques non bangladais — en particulier chez les Américains d’origine chinoise.
Et si l’on observe les circonscriptions où il a obtenu les meilleurs résultats, ce sont les quartiers en voie de gentrification de New York : Ridgewood, Bushwick — des endroits dont je n’avais jamais entendu parler, mais que j’ai découverts dans la presse. Sa victoire est le fruit d’un électorat jeune, qui vit une existence plutôt confortable, mais qui constate que ses diplômes prestigieux ne tiennent pas toutes leurs promesses. Leur avenir, grevé de dettes étudiantes, semble parfois moins prometteur que celui de leurs parents.
Le surendettement lié aux études universitaires est un sujet majeur dans la société américaine auquel Joe Biden avait tenté de s’attaquer mais sur lequel l’administration Trump n’a aucune intention d’agir.
Je ne dis pas cela pour les critiquer.
Nous devons nous soucier de tous nos concitoyens, y compris de ces jeunes diplômés en voie de déclassement qui ont le sentiment que le rêve américain n’est peut-être pas à la hauteur de sa réputation. Mais il faut être honnête sur la nature de sa coalition : ce ne sont pas les démunis, ce ne sont pas les pauvres, ce n’est pas l’expression d’une dépossession. C’est plutôt une colère, la marque d’un désenchantement des élites.
La politique identitaire comme instrument politique
Le parti des élites très diplômées mais en voie de déclassement constitue une base militante extrêmement active. Et je ne parle pas seulement des New-Yorkais diplômés de l’enseignement supérieur. Cette base a été complétée par des blocs ethniques soigneusement ciblés, découpés dans l’électorat à l’aide de la politique identitaire comme d’un scalpel.
Et c’est cela, à mon avis, qui explique les prises de position étranges de Mamdani sur la politique étrangère — destinées à envoyer un signal à tel ou tel groupe particulier de New-Yorkais.
Posons-nous la question : pourquoi un candidat à la mairie de la plus grande ville d’Amérique annonce-t-il vouloir interdire la venue de Bibi Netanyahou — dirigeant d’un pays dont la population est à peu près équivalente à celle de New York — et menace-t-il de l’arrêter s’il tente de venir dans la ville ? Pourquoi un candidat à la mairie de New York s’en prend-il à Narendra Modi, Premier ministre de l’Inde, en le qualifiant de criminel de guerre ? Pourquoi parle-t-il de « mondialiser l’Intifada » ? Et d’ailleurs, qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire — ici, à Manhattan ?
Les contradictions de la gauche moderne
Ce qui pourrait sembler être une contradiction prend sens si l’on gratte un peu la surface.
Pensez à un mouvement qui fulmine contre la classe des milliardaires — alors même que cette classe soutient massivement la gauche contemporaine. Un mouvement qui idolâtre des religions étrangères, tout en rejetant les enseignements mêmes de ces confessions. Cette nouvelle gauche moderne vitupère contre les Blancs, alors que nombre de ses bailleurs de fonds et de ses militants de terrain sont eux-mêmes des Blancs privilégiés.
Je ne parle peut-être pas au nom de vous tous, mais pour ma part, j’ai longtemps été rassuré par ces contradictions au sein de la gauche actuelle. Comment des Blancs favorisés pourraient-ils manifester avec le plus grand sérieux contre le « privilège blanc » ? Comment des progressistes peuvent-ils prétendre aimer les musulmans conservateurs, alors même que ceux-ci ont des opinions tranchées sur les questions de genre et de sexualité ?
Lorsqu’on y réfléchit, la réponse saute aux yeux. Et c’est une réponse à la fois très dangereuse et profondément inquiétante. Les radicaux de l’extrême gauche n’ont pas besoin d’une idéologie cohérente pour dire ce qu’ils défendent — parce qu’ils savent parfaitement ce qu’ils combattent.
Ce qui unit les islamistes, les étudiants en études de genre, les urbains blancs libéraux sur le plan social, et les lobbyistes de l’industrie pharmaceutique, ce ne sont ni les idées de Thomas Jefferson, ni même celles de Karl Marx… — c’est la haine.
La haine qui anime l’extrême gauche américaine
Ils haïssent les personnes présentes dans cette salle.
Ils haïssent le président des États-Unis.
Plus que tout, ils haïssent ceux qui ont voté pour ce président lors de l’élection de novembre dernier. Voilà le véritable moteur de l’extrême gauche américaine.
Soyons clairs : cela ne s’applique pas à la majorité des électeurs démocrates.
La plupart d’entre eux sont des gens bien, qui essaient simplement de s’en sortir, même si nous estimons qu’ils se trompent dans leurs choix politiques. Mais écoutez attentivement ce que disent les dirigeants de ce mouvement, en dehors des spots de campagne bien léchés et des éléments de langage soigneusement testés pour les élections générales : ce qui les anime réellement devient évident.
L’extrême gauche ne se soucie pas du fait que le mouvement Black Lives Matter ait provoqué une hausse de la criminalité violente dans les quartiers noirs des grandes villes — ce qui est bel et bien arrivé — parce que ce même mouvement a aussi semé le chaos dans les quartiers blancs de la classe moyenne. Elle ne se préoccupe pas du fait que l’islamisme hait les homosexuels et opprime les femmes et que c’est un instrument de mort contre les Américains. Et elle ne s’inquiète pas du fait que trop d’entreprises pharmaceutiques s’enrichissent grâce à des thérapies hormonales expérimentales, parce qu’au passage, cela contribue à détruire la prétendue binarité de genre qui structure les relations sociales entre les sexes dans toute la civilisation occidentale.
Le fait que l’expulsion des immigrés à bas salaire pourrait faire augmenter les salaires des natifs ne l’inquiète pas beaucoup parce qu’elle ne cherche pas à améliorer le niveau de vie de ceux qui sont nés et ont grandi ici — qu’ils soient noirs, blancs ou d’une autre couleur de peau. Ce qu’elle veut, c’est les remplacer par des gens qui seront réceptifs à ses appels ethniques et religieux de plus en plus délirants.
Ce sont des pyromanes. Et ils s’allieront avec quiconque est prêt à craquer l’allumette.
C’est pourquoi Mamdani est un instrument si séduisant pour la gauche. Il incarne à lui seul tant de contradictions apparentes du mouvement. Un homme qui affirme que la cause palestinienne est au cœur de son identité, tout en défendant des positions comme l’avortement à la demande ou le financement, par l’argent public, de chirurgies de transition pour les mineurs. Des positions, bien sûr, parfaitement incompréhensibles dans les rues de Gaza.
Cet homme incarne cette contradiction. Comment peut-on soutenir l’intifada tout en défendant des idées qui constituent totalement des anathèmes pour ceux-là mêmes au nom desquels on prétend lutter ?
À environ un tiers d’un discours consacré à la figure de l’homme d’État, Vance a essentiellement parlé de la gauche à travers la victoire d’un candidat dissident à la primaire démocrate de New York : Mamdani sert d’anti-modèle mais l’évocation de sa figure pourrait aussi témoigner d’une réelle inquiétude devant le succès de sa campagne.
La réponse est simple : il ne cherche pas à bâtir un programme positif. Il ne cherche pas à construire la prospérité. Il cherche à détruire. Et il est particulièrement habile pour articuler tout ce que l’extrême gauche déteste dans l’Amérique contemporaine.
Devenir un homme d’État signifie : être pour quelque chose
Ryan, ainsi que toutes les personnes remarquables ici présentes, m’ont demandé de parler de ce que signifie incarner une véritable stature d’homme d’État. Et je crois qu’un des premiers devoirs d’un homme d’État est de reconnaître ce que l’autre camp — ce que l’extrême gauche — cherche à faire subir à l’Amérique en 2025.
Mais le plus important, dans l’art de gouverner, c’est d’être porteur de quelque chose.
D’avoir un projet.
C’est, je crois, ce qui distinguait fondamentalement la campagne du président Trump de trente années d’échecs accumulés par les responsables politiques républicains de ma génération. Il ne se contentait pas de dénoncer ce qui n’allait pas. Il ne se bornait pas à dire que la gauche avait perdu tout sens commun. Il proposait aussi une vision positive, dans laquelle les gens pouvaient se reconnaître et qu’ils pouvaient soutenir.
C’est le second fil conducteur que je veux évoquer aujourd’hui.
Car si la gauche veut détruire, alors nous devons construire. Non seulement au cours des prochaines années, mais pour toute une génération.
Et la manière la plus évidente d’y parvenir, c’est de s’assurer que les citoyens que nous servons puissent mener une vie meilleure, dans ce pays que leurs parents et leurs grands-parents ont bâti.
C’est cela, plus que tout, qui me rend fier du travail accompli par notre administration au cours des six derniers mois.
Au-delà des préoccupations matérielles : la crise du libéralisme occidental
Mais comme vous le savez — et comme le Claremont Institute le comprend sans doute mieux que quiconque — ce n’est pas une question purement matérielle. Car nous ne sommes pas seulement des producteurs et des consommateurs : nous sommes des êtres humains créés à l’image de Dieu. Et nous aimons notre pays non seulement parce que nous y gagnons notre vie, mais parce que c’est ici que nous découvrons notre vocation, notre sens.
Aujourd’hui, dans toutes les sociétés occidentales, nous observons des problèmes démographiques et culturels majeurs.
Il y a quelque chose, dans le libéralisme occidental, qui semble presque suicidaire — ou du moins socialement parasitaire — une dynamique qui se nourrit d’un corps social sain jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien. C’est pourquoi les tendances démographiques dans l’ensemble du monde occidental sont si inquiétantes. C’est pourquoi tant de jeunes — à des niveaux historiquement élevés dans tous les pays d’Europe — disent qu’ils ne seraient pas prêts à mourir pour leur propre patrie : parce qu’en 2025, quelque chose dans le projet libéral est brisé.
Les idées de J. D. Vance ont été influencées par le théoricien du post-libéralisme Patrick J. Deneen, qui affirmait dans ces pages : « aux États-Unis, nous disposons d’un riche réservoir de pratiques non libérales avec lesquelles nous pouvons renouer. Aujourd’hui, il nous manque une philosophie qui nous permette d’imaginer à quoi cela pourrait ressembler. Le « laissez-faire » ne suffit pas : nous avons besoin d’une articulation philosophique qui explique pourquoi et comment les pratiques non libérales pourraient être renforcées. »
Et je crois savoir ce que c’est : ils sont devenus terriblement efficaces pour démolir, mais ils sont incapables de reconstruire.
C’est cela, notre tâche.
L’Amérique de 2025 est plus mixte qu’elle ne l’a jamais été. Et pourtant, les institutions qui doivent transformer cette diversité en culture commune sont plus faibles que jamais. Tandis que nos élites nous répètent que « la diversité est notre plus grande force », elles détruisent les institutions mêmes qui nous permettraient de nous épanouir, de nous unir autour d’un sens commun du bien et de l’identité nationale.
Nous faisons face à une société où il y a de moins en moins de choses partagées, communes, et où les leaders culturels semblent n’avoir aucun intérêt à réparer cela. Souvenez-vous : il y a à peine quatre ans, certains promouvaient des hymnes nationaux alternatifs… un des derniers symboles américains encore capables de transcender les différences ethniques et culturelles.
Ils ont essayé de nous enlever le football américain. C’était l’un des derniers bastions non politiques — la gauche a voulu nous l’enlever.
Je sais qu’il y a des gens de l’Ohio dans la salle. Un peu trop même. N’allons pas trop loin — il faut qu’on gagne le Michigan en 2026, les amis. Pas trop de ferveur pro-Buckeye ici !
Chaque année, un match de football américain oppose l’équipe des Michigan Wolverines à celle des Ohio Buckeyes.
Trop nombreux parmi ceux qui prétendent aujourd’hui à la stature d’homme d’État restent prisonniers de ce moment de folie, de cette séquence absurde ouverte il y a quelques années. Ils sont peut-être moins bruyants, mais leurs actions restent animées par les mêmes principes.
À l’extrême gauche, trop de gens semblent déterminés à saper ce qui pousse un Américain à enfiler l’uniforme et à sacrifier sa vie pour notre nation commune.
Immigration et cohésion sociale
La première chose à faire pour résoudre notre problème — et c’est sans doute la plus importante — c’est d’arrêter l’hémorragie. C’est pourquoi, selon moi, les politiques migratoires du président Trump constituent l’aspect le plus essentiel du succès de ces six premiers mois à la Maison-Blanche.
Les liens sociaux se forment entre des personnes qui ont quelque chose en partage — qu’elles vivent dans le même quartier, fréquentent la même église ou envoient leurs enfants à la même école. Si l’on cesse d’importer chaque année des millions d’étrangers dans notre pays, alors ces liens sociaux peuvent se tisser naturellement.
Il est difficile de devenir le voisin de ses concitoyens quand votre propre gouvernement continue, année après année, à vous imposer de plus en plus de nouveaux voisins en nombre record.
Qu’est-ce qu’un Américain ? Les limites du nationalisme fondé sur les principes
Dans ce contexte, en 2025, à la question « qu’est-ce qu’un Américain ? », il faut bien le dire que très peu de nos dirigeants proposent aujourd’hui une réponse satisfaisante.
Est-ce simplement le fait d’adhérer aux principes fondateurs de l’Amérique ?
Je sais que le Claremont Institute est profondément attaché à la vision fondatrice des États-Unis. C’est une vision magnifique, admirable — mais elle ne suffit pas à elle seule.
Comme l’analyse Maya Kandel : « La ligne du Claremont consiste à revenir à l’esprit des pères fondateurs. Ils considèrent que le système de gouvernance américain a été exemplaire jusqu’à la présidence de Wilson, qui marque la naissance de la domination du libéralisme — au sens où ils l’entendent —, marquée notamment par une politique étrangère interventionniste, mais aussi par le début de l’expansion de l’appareil de sécurité nationale et de la bureaucratie, avec la création de nouvelles agences par le Congrès. Dans la lignée de Leo Strauss, la pensée des membres de l’Institut repose sur l’idée que toute bureaucratie finit par devenir antidémocratique. Il serait donc parfois nécessaire, notamment en temps de crise, d’avoir un leader fort, élu au suffrage universel, qui représente la vraie légitimité du peuple. C’est dans cette optique que les penseurs du Claremont dénoncent l’administrative state (l’État administratif), synonyme du deep state qui est la cible du mouvement MAGA. »
Car si vous définissez l’américanité par l’adhésion aux principes de la Déclaration d’indépendance, vous obtenez une définition à la fois trop large… et trop étroite.
Trop large parce qu’elle incluerait potentiellement des centaines de millions — voire des milliards — d’étrangers qui partagent ces principes. Devons-nous les accueillir tous demain ?
Mais trop étroite parce qu’elle exclurait de nombreux citoyens — souvent qualifiés d’« extrémistes » par les libéraux — dont les ancêtres ont combattu lors de la guerre d’Indépendance ou de la guerre de Sécession.
Et je trouve absurde — comme semble vouloir le faire la gauche moderne — d’affirmer qu’on ne peut être Américain si l’on ne souscrit pas au progressisme libéral version 2025. Je pense, au contraire, que ceux dont les ancêtres ont versé leur sang pour ce pays ont une bien plus grande légitimité à se dire Américains que ceux qui voudraient aujourd’hui leur en dénier le droit.
Redéfinir la citoyenneté américaine : la souveraineté
C’est pourquoi je pense que l’une de nos missions les plus urgentes, en tant qu’hommes d’État, est de redéfinir ce que signifie être citoyen américain au XXIe siècle.
Je n’ai pas toutes les réponses — je ne prétend pas le contraire. Mais voici quelques pistes que je peux vous proposer. Et comme vous êtes tous ici des intellectuels brillants — je vois Michael Anton dans la salle, c’est sans doute le plus brillant d’entre nous — je crois que c’est l’un des grands chantiers que nous devons porter dans les prochaines années. Que signifie être Américain en 2025 ?
Michael Anton est un politologue conservateur devenu directeur du policy planning au Département d’État américain en janvier dernier. Il fait partie des personnalités liées au Claremont qui ont exercé une influence majeure sur les élites trumpiennes à travers la revue de l’institut, la Claremont Review of Books. Anton y a par exemple légitimé le néoréactionnaire Bronze Age Pervert en publiant une recension importante de son livre Bronze Age Mindset. Ce compte-rendu laudateur avait fait date et permis de créer un pont intergénérationnel entre une base disparate sur Internet et des élites essayant de penser les politiques publiques du trumpisme pendant le premier mandat.
Dans ses analyses sur l’Institut, Maya Kandel cite aussi, à côté d’Anton, « l’auteur de l’expression ‘guerre civile froide’ Angelo Codevilla (…) l’un des grands critiques de la ‘classe dirigeante’ — les bureaucrates, les universitaires, les médias et les responsables démocrates — en opposition à ‘une majorité d’Américains opprimée’, rejetée comme ‘arriérée’ et ‘raciste’. »
Premièrement, cela doit aller de pair avec l’idée de souveraineté.
Être citoyen américain, c’est appartenir à une nation qui protège la souveraineté de son peuple, face à un monde moderne qui cherche à dissoudre les frontières et les différences nationales.
Cela implique un gouvernement qui défend activement les attributs fondamentaux de cette souveraineté : protéger la frontière contre les invasions étrangères ; défendre ses citoyens et leurs entreprises face à des systèmes fiscaux étrangers injustes ; ériger des barrières contre le terrorisme et d’autres menaces à notre industrie ; éviter les guerres lointaines, longues et inutiles.
Cela implique aussi de préserver les droits légaux fondamentaux liés à la citoyenneté :
— le droit de vote, y compris au niveau local et régional ; — l’accès à certaines prestations publiques, comme les programmes de santé gérés par l’État.
Et si vous y prêtez attention, la plupart des cris d’orfraie au sujet du Big Beautiful Bill tournent autour de cette idée fondamentale : le président Trump pense que Medicaid, Medicare et la Sécurité sociale doivent bénéficier aux citoyens américains — et non aux immigrés illégaux qui n’ont pas le droit d’être ici.
Quand certains États — comme celui où nous nous trouvons actuellement — choisissent de verser ces aides aux illégaux, ils vident de sa substance la notion même de citoyenneté.
Et un pays qui refuse de faire cette distinction ne restera pas un pays très longtemps.
La citoyenneté, c’est construire
Je dirais aussi que la citoyenneté au XXIe siècle doit signifier vouloir bâtir.
Car l’Amérique n’est pas qu’une idée : c’est un lieu concret, un peuple singulier, un mode de vie particulier.
Nos ancêtres ont compris que bâtir une nation sur une terre nouvelle signifiait créer des choses tangibles : des maisons, des villes, des infrastructures pour apprivoiser un continent sauvage.
C’est cela, notre héritage d’Américains.
Cet esprit a permis de construire les plus grandes villes du monde, les gratte-ciel les plus hauts, les barrages et canaux les plus impressionnants jamais réalisés.
Et cet élan a élargi notre horizon : nous avons conquis les airs puis l’espace extra-atmosphérique une génération plus tard.
Nos innovations — les innovations américaines — ont révolutionné la communication, la médecine, l’agriculture… prolongeant l’espérance de vie humaine de plusieurs décennies.
Malgré ces avancées, l’espérance de vie des Américains est aujourd’hui inférieure de plusieurs années à celle des Européens.
Rien de tout cela n’aurait été possible si nos citoyens s’étaient résignés à vivre dans une ère « post-industrielle ».
On ne marche pas sur la Lune avec des produits financiers dérivés.
On marche sur la Lune avec des ingénieurs et avec des machines.
Nous vivons une époque où nos meilleurs esprits se consacrent à des activités spéculatives ou à rédiger des algorithmes pour faire de nous des consommateurs plus efficaces. Ce sont peut-être des métiers utiles, parfois honorables — mais cela ne suffit pas.
Le XXIe siècle doit être le siècle de la construction.
Il nous faut créer ici, pour le bien de nos compatriotes — et pour les générations futures.
Innover, inventer, bâtir des maisons, des bibliothèques, des usines… que nos descendants contempleront un jour avec fierté.
Et nous devons construire ensemble, comme une seule famille américaine.
Aller sur la Lune a nécessité des scientifiques brillants, armés de règles, de calculatrices et d’ingéniosité. Mais cela a aussi demandé un système éducatif national qui a formé ces génies, qui les a inspirés à viser les étoiles pour leur patrie.
Il a fallu des ingénieurs, des soudeurs, des techniciens, des agents d’entretien… tous ensemble.
Un projet national, au vrai sens du terme.
Des docteurs comme des Américains sans diplôme.
Pour être citoyen au XXIe siècle, il faut voir notre avenir de cette manière.
Il faut penser et construire des projets à cette échelle, ensemble, comme une famille américaine.
La citoyenneté doit inclure la fierté de notre passé — bien sûr.
Mais elle doit aussi nous pousser à considérer les exploits comme les missions sur la lune non pas comme un sommet inaccessible… mais comme un point de départ pour accomplir encore davantage, en alignant les ambitions des Américains à tous les niveaux de la société.
Et n’oublions pas : quand nous sommes allés sur la Lune, quand nous avons bâti l’avenir glorieux de l’après-guerre, nous l’avons fait avec nos concitoyens.
Nous devons rejeter tous ceux — qu’ils soient politiciens démocrates ou oligarques — qui prétendent que l’avenir ne peut être construit qu’en important des millions de travailleurs sous-payés.
Nous pouvons le faire avec les citoyens américains.
Il nous suffit d’en avoir la volonté.
Les devoirs envers nos concitoyens américains
Enfin, je dirais que la citoyenneté doit aussi signifier la reconnaissance d’un lien unique — mais aussi d’obligations — que nous partageons tous envers nos concitoyens.
On ne peut pas remplacer dix millions d’Américains par dix millions de personnes venues d’ailleurs, et prétendre que le pays restera inchangé.
De la même manière qu’on ne peut pas simplement exporter la Constitution vers un pays quelconque et s’attendre à ce qu’y naisse le même système de gouvernement.
Ce n’est pas quelque chose qu’il faut déplorer : c’est au contraire un motif de fierté.
Nous vivons un moment singulier, dans un lieu singulier, avec un peuple singulier.
Les fondateurs de notre pays l’avaient compris mieux que quiconque.
Ils savaient que nos qualités communes, notre héritage, nos valeurs, nos manières, nos coutumes nous conféraient un avantage à la fois spécial et décisif — y compris face à ce qui était alors la plus grande puissance militaire du monde.
Cela a encore du sens aujourd’hui.
La véritable citoyenneté ne repose pas seulement sur des droits.
Dans un monde où le commerce et les communications sont globalisées, elle implique aussi des devoirs — en particulier les devoirs que nous avons envers nos compatriotes.
Cela suppose de reconnaître que nos concitoyens ne sont pas des rouages interchangeables dans l’économie globale — et qu’ils ne doivent en aucun cas être traités comme tels, ni en droit ni en fait.
Et je pense qu’il est impossible d’éprouver un sens du devoir sans éprouver de la gratitude.
Nous devrions exiger de notre peuple — qu’il soit américain de première ou de dixième génération — qu’il ressente de la gratitude pour ce pays.
Je crois — et mon propre parcours en témoigne — que oui, l’immigration peut enrichir les États-Unis d’Amérique.
Ma merveilleuse épouse est la fille d’immigrés venus s’installer ici, et je suis certain d’en être sorti grandi — je crois même que tout notre pays en est sorti grandi.
Mais nous devons attendre de chaque personne vivant ici, qu’elle soit descendante des colons arrivés avant la guerre d’Indépendance ou débarquée sur nos côtes il y a quelques mois, qu’elle ressente une forme de gratitude.
Et nous devons nous méfier de quiconque ne ressent pas cette gratitude — surtout s’il prétend vouloir diriger cette grande nation.
Une question de gratitude
Cela m’amène enfin à évoquer celui qui sera sans doute le prochain maire de New York.
Après une parenthèse assez brève consacrée à définir « ce qu’est un Américain », Vance axe la dernière partie de son discours sur celui qui a déjà été sa cible dans tout le premier tiers de cette intervention : le candidat à la mairie de New York sorti victorieux de la primaire, Zohran Mamdani.
Aujourd’hui, nous sommes le 5 juillet 2025, ce qui signifie qu’hier, nous avons célébré le 249e anniversaire de la naissance de notre nation.
Or selon plusieurs médias, la personne qui aspire à diriger notre plus grande ville n’a jamais mentionné la fête de l’indépendance de façon sincère et publique.
Et lorsqu’il l’a fait cette année, voici ce qu’il a déclaré — c’est une citation exacte :
« L’Amérique est belle, contradictoire, inachevée. Je suis fier de notre pays, même si nous nous efforçons sans cesse de l’améliorer. »
Il n’y a aucune gratitude dans ces mots.
Aucun sens du devoir envers cette terre et envers ceux qui ont transformé son état sauvage en civilisation.
Le père de Zohran Mamdani a fui l’Ouganda lorsque le dictateur Idi Amin a entrepris une purification ethnique contre la population indienne du pays.
Sa famille a fui la haine raciale violente… pour venir ici, dans un pays qu’il ne connaissait pas, un pays d’une générosité immense envers sa famille, un refuge contre ce genre de conflits ethniques meurtriers qui sont fréquents dans l’histoire du monde — mais pas ici.
À l’occasion du 249e anniversaire de cette nation qui l’a sauvé, il n’a pas trouvé le moyen de lui rendre hommage… Il a préféré insister sur son « inachèvement » et sa « contradiction ».
Je me demande : a-t-il jamais lu les lettres des jeunes soldats de l’Union envoyées à des parents ou à des fiancées qu’ils ne reverraient jamais ? A-t-il déjà visité la tombe d’un proche tombé pour bâtir une société qui permettrait à sa famille d’échapper à la haine et à la violence ? A-t-il jamais regardé son reflet et compris qu’il ne serait peut-être pas en vie sans la générosité de ce pays qu’il ose aujourd’hui insulter — le jour le plus sacré de notre calendrier national ? Mais pour qui se prend-il ?
Un 4 juillet en famille
Hier, pour ma part, j’ai tenu un discours très différent — comme vous l’avez sans doute vu.
Nous avons passé un excellent 4 juillet en famille.
Le 3 juillet, nous avons emmené nos trois enfants au Mont Rushmore.
Et le 4 au matin, nous étions dans le parc national Theodore Roosevelt, dans les Badlands du Dakota du Nord — une région magnifique de notre pays.
Nous avons fait de la randonnée dans les Badlands. Et croyez-moi, avec un enfant de 8 ans, un de 5 ans et une petite de 3 ans, c’est un vrai défi pour les parents.
Ils ne sont pas aussi robustes que je l’espérais, mais ils s’en sont très bien sortis.
Mon fils de 5 ans voulait absolument voir un bison — il en parlait depuis des semaines. Et dans le parc, il en a vu une bonne douzaine.
Un joli présage : mon fils de 8 ans a aperçu un pygargue à tête blanche posé sur une falaise… le jour de l’Indépendance. Pas mal comme signe du Seigneur.
Si l’utilisation par Vance de sa famille pour réactiver les mythes nationaux — le pygargue à tête blanche est l’emblème national — s’inscrit dans une pratique habituelle de la vie politique américaine, la mention du Mont Rushmore mérite d’être relevée. Dans le Dakota du Sud, ce massif rocheux est le site de la statue monumentale qui voit de gauche à droite les visages des présidents américains George Washington, Thomas Jefferson, Theodore Roosevelt et Abraham Lincoln directement sculptés dans le bloc de granite. Depuis sa réélection, Donald Trump a fait part de sa très vive volonté de voir son profil rejoindre le monument.
Le moment du pissenlit
Et puis, ma petite de 3 ans m’a offert un pissenlit.
Je n’oublierai jamais ce moment.
C’est l’un de ceux que l’on garde toute une vie.
Elle m’a tendu ce pissenlit parfait — mais ses petits poumons n’étaient pas assez puissants pour souffler dessus et disperser les graines. Alors elle m’a demandé de le faire à sa place.
Je me souviens de son visage qui s’illuminait en voyant les graines s’envoler au-dessus des collines.
À ce moment précis, j’ai ressenti une gratitude immense envers ce pays.
Une gratitude pour sa beauté naturelle.
Pour les pionniers qui ont bâti une civilisation au cœur de la nature sauvage.
Une gratitude pour l’histoire d’amour entre sa mère et moi — cette union rendue possible par cette terre.
Une gratitude pour cette joie simple et bouleversante : voir le visage émerveillé de ma fille, ses yeux brillants suivant les graines dansant dans le vent devant une formation rocheuse millénaire.
Notre foyer, notre héritage
Ce pays n’est pas une contradiction.
C’est une nation forgée par d’innombrables hommes et femmes extraordinaires au fil des générations.
C’est une terre d’invention, de tradition, de beauté.
Mieux, c’est notre foyer.
Pour la grande majorité des Américains, c’est ici que nous naissons, que nous élevons nos enfants, nos petits-enfants… et c’est ici que nous serons un jour enterrés.
Et lorsque ce jour viendra, j’espère que mes enfants trouveront du réconfort en sachant que leur héritage, en tant qu’Américains, n’est pas un projet inachevé ou contradictoire — mais un foyer.
Un foyer qui leur a offert, à eux comme à leurs parents, abri, nourriture, et une infinité d’amour.
Mais pour qu’ils en prennent pleinement conscience, à nous de nous mettre au travail.
Que Dieu vous bénisse. Merci.