Friedrich Merz : le prochain chancelier allemand appelle l’Europe à prendre son indépendance des États-Unis
« Je n’aurais jamais pensé dire cela à la télévision... »
Lors de la confrontation télévisuelle traditionnelle suivant les résultats (Elefantenrunde), le prochain chancelier allemand a créé l'étonnement.
Dans une prise de parole d'une dureté inédite, Friedrich Merz a décidé de charger les États-Unis, la nouvelle administration et — nommément — Elon Musk en appelant à « l'indépendance » de l’Europe contre « l’ingérence » américaine.
Nous le traduisons.
- Auteur
- Le Grand Continent •
- Image
- © AP Photo/Markus Schreiber
Le premier rendez-vous post-électoral après l’annonce des résultats a généralement lieu à la télévision publique avec les poids lourds des partis, leurs présidents ou leurs candidats à la chancellerie, d’où le nom d’Elefantenrunde ou « cercle des éléphants ».
Son visionnage permet souvent d’entrevoir vers quelles options gouvernementales les différents chefs de parti se dirigent.
Friedrich Merz a consacré une partie de son intervention à une charge inédite contre les États-Unis, en comparant explicitement l’ingérence de la Maison-Blanche à celle de Moscou : « nous sommes sous pression des deux côtés. Notre priorité c’est de renforcer l’Europe. »
Connu pour être un atlantiste convaincu, le prochain probable chancelier a dit être « en contact étroit avec plusieurs dirigeants européens » pour « renforcer aussi vite que possible l’Europe afin que nous puissions, pas à pas, obtenir une indépendance » vis-à-vis des États-Unis — avant d’avouer : « je n’aurais jamais pensé dire cela dans une émission de télévision. Mais il est clair que les Américains, ou du moins cette administration, sont indifférents au destin de l’Europe ».
Merz était au premier rang lors du discours de J. D. Vance à Munich qu’il avait critiqué, en affirmant que les Américains n’avaient « pas à dicter comment les Allemands doivent défendre leurs institutions démocratiques ».
Ce soir, il a renchéri : « les ingérences de Washington ont été aussi scandaleuses et éhontées que celles de Moscou. »
De mon point de vue, la priorité absolue est que les Européens s’entendent, qu’ils soient d’accord entre eux.
Actuellement, la majeure partie de la politique européenne a lieu sans l’Allemagne.
Cela est bien sûr lié à la campagne électorale et à la phase intermédiaire dans laquelle nous nous trouvons.
Pourtant je suis en contact étroit avec de nombreux Premiers ministres, chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne, et ma priorité absolue sera de renforcer l’Europe le plus rapidement possible, de manière à ce que nous obtenions peu à peu une véritable indépendance vis-à-vis des États-Unis.
Je n’aurais jamais cru devoir dire une chose pareille dans une émission de télévision.
Au plus tard depuis les déclarations de Donald Trump la semaine passée, il est devenu clair que les Américains, ou en tout cas cette partie des Américains, ce gouvernement, sont largement indifférents au sort de l’Europe.
Je suis très curieux de voir quelle trajectoire nous prendrons d’ici au sommet de l’OTAN fin juin, si nous parlerons encore de l’OTAN dans sa forme actuelle ou si nous ne devrons pas établir beaucoup plus rapidement une capacité de défense européenne autonome.
C’est pour moi une priorité absolue, et je ne me fais absolument aucune illusion quant à ce qui se passe aujourd’hui en Amérique.
Regardez les ingérences d’Elon Musk dans la campagne électorale allemande, jusqu’à ces derniers jours. La situation est inédite.
Les ingérences de Washington n’ont pas été moins dramatiques, pas moins drastiques, et finalement pas moins scandaleuses que celles que nous avons subies du côté de Moscou.
Nous sommes soumis à une telle pression d’un côté comme de l’autre que ma priorité absolue sera de créer l’unité en Europe.