Les élections du 7 juin seront les premières législatives à ne pas avoir lieu de manière anticipée depuis 2017 en Arménie. Marquent-elles une forme de retour à la normale de la vie politique du pays ? 

S’il est en effet important de souligner ce point, la situation géopolitique régionale demeure extrêmement complexe et volatile. C’est ce contexte qui place l’Arménie en position de grande vulnérabilité à la veille du scrutin.

L’accord de paix avec l’Azerbaïdjan n’est toujours pas signé et reste une préoccupation pour le pays. À cela s’ajoutent des relations tendues avec la Russie : en réponse au rapprochement d’Erevan avec l’Union européenne, Moscou a annoncé des représailles commerciales. L’Arménie subit également les conséquences du conflit en Iran, pays avec lequel elle partage l’une de ses seules frontières ouvertes ainsi que d’importantes relations commerciales. Enfin, le processus de normalisation engagé avec la Turquie ne s’est pas encore concrétisé, notamment en raison des pressions de l’Azerbaïdjan sur Ankara. 

Quelles sont les forces en présence lors de cette élection ?

Le principal clivage oppose, d’une part Contrat civil (KP), le parti de Nikol Pachinian au pouvoir depuis 2018, et, d’autre part, une opposition morcelée qui défend globalement une ligne plutôt conservatrice et favorable au maintien de liens étroits avec la Russie. Elle est en partie issue de l’ancienne élite dirigeante.

Si leur poids respectif dans les sondages reste limité, trois grandes forces d’opposition se distinguent.

En premier lieu, l’oligarque russo-arménien Samvel Karapetian est celui qui a reçu le plus de visibilité. Il se présente aux élections à la tête du parti Arménie forte, et reçoit un soutien plus ou moins formel du Kremlin. La deuxième est l’Alliance pour l’Arménie, menée par l’ancien président Robert Kotcharian, qui a dirigé le pays jusqu’en 2008. Comme tous les dirigeants arméniens jusqu’à Pachinian, il est issu de la région du Haut-Karabakh. Sa répression violente des manifestations qui ont suivi l’élection présidentielle de 2008 lui ont valu d’être emprisonné après l’arrivée de Pachinian au pouvoir. Il avait d’ailleurs reçu les vœux de Vladimir Poutine pour son anniversaire pendant qu’il purgeait sa peine, ce qui était un signal très clair des liens qu’il entretient avec la Russie. Le troisième parti s’appelle L’Arménie prospère ; il est également dirigé par un oligarque, Gagik Tsaroukian. L’un des dirigeants de cette formation a été officiellement mis en examen au mois de mai pour espionnage et trahison au profit de la Russie.

Qu’est-ce qui distingue entre elles ces trois forces politiques d’opposition ?

Sur le plan strictement idéologique, elles sont assez similaires. La véritable différence est que l’une d’entre elles a déjà exercé le pouvoir : Robert Kotcharian a en effet été président de l’Arménie jusqu’en 2008 bien qu’il soit fortement rejeté par une majorité de la population arménienne qui n’a oublié ni les morts causés par la répression des manifestations d’alors, ni la corruption des anciennes élites.

De manière notable, aucune opposition libérale ne semble émerger pour l’instant. Ces positions restent incarnées par des figures isolées qui, lors des dernières élections, n’ont pas réussi à accéder au Parlement.

Il faut également souligner l’aspect directement oligarchique des formations de Karapetian et de Tsaroukian. Nikol Pachinian s’était d’ailleurs attaqué à ces milieux dès son arrivée au pouvoir, en tentant notamment de démanteler l’empire de Gagik Karapetian.

Ce thème est-il encore un levier de campagne pour Pachinian ?

La lutte contre la corruption a été l’une des pierres angulaires de sa politique depuis son arrivée au pouvoir.

Le mouvement qui a donné lieu en 2018 à ce qu’on a appelé la « révolution douce » (en référence à la Révolution de Velours) s’inscrivait dans la continuité de plusieurs séries de manifestations, locales et nationales, organisées depuis la fin des années 2000 contre la corruption au sein du pouvoir en place. La société arménienne de l’époque réclamait une gouvernance rénovée, une vraie lutte contre la corruption et plus de transparence et de démocratisation.

À l’époque, Pachinian était apparu comme une figure de dirigeant capable d’incarner ce mouvement, ce dont manquaient les précédentes mobilisations.

Si le Premier ministre sortant est donné en tête, il semble très loin de reproduire son score de l’élection précédente. Faut-il voir dans ces prévisions la possibilité d’une alternance ?

Tous les sondages le donnent en tête. Mais il faut rappeler que son score lors de l’élection de 2021 avait constitué une très grande surprise. Une nouvelle surprise n’est donc pas impossible. 

Cela étant dit, il est difficile d’imaginer l’opposition gagner.

Pourquoi ? 

D’abord parce qu’elle est fragmentée, mais aussi parce qu’elle est en partie décrédibilisée, en particulier dans le cas de Kotcharian. On pourrait imaginer que ces trois partis se coalisent de manière purement tactique. Mais je crois plutôt à une victoire de Contrat civil.

La clef de cette élection réside du reste moins dans les sondages que dans les conditions concrètes du scrutin. La campagne a été relativement délétère et polarisée des deux côtés, avec un Premier ministre qui a lui-même parfois eu recours à des attaques ad hominem. Ce climat est propice à la déstabilisation. Vladimir Poutine y avait d’ailleurs fait allusion plusieurs semaines auparavant en déclarant qu’il espérait que les partis d’opposition pourraient concourir librement. 

L’Union européenne a apporté une aide sur ce sujet, notamment par une mission inspirée de celle déployée en Moldavie, afin de lutter contre la désinformation et les risques de déstabilisation électorale par la Russie. 

Certains acteurs ont dénoncé une répression de l’opposition. Faut-il prendre ces accusations au sérieux ? Si Pachinian devait l’emporter, faudrait-il craindre une forme de recul démocratique ?

S’il serait sans doute excessif de parler de basculement autoritaire, la situation est toujours plus complexe que ce qu’on croit. Pachinian bénéficie dans la plupart des médias occidentaux de l’image positive d’un dirigeant pro-démocratique et pro-européen. Or ce tableau est largement à nuancer. Son exercice du pouvoir est fortement personnalisé et il participe lui-même à la polarisation du spectre politique. Durant cette campagne, il n’a d’ailleurs pas hésité à avoir recours à une rhétorique agressive.

Il existe donc des signaux sérieux et préoccupants. Il appartient à l’Union européenne d’en tenir compte et de ne pas laisser l’Arménie dériver comme certains de ses voisins. Une pression effective des acteurs internationaux pourrait rendre possible un tournant davantage démocratique mais tout dépendra de leur attitude.

La principale menace qui pèse sur l’élection reste toutefois l’ingérence que la Russie tente d’exercer par le biais de la désinformation. Comment l’Arménie s’y est-elle préparée ?

C’est une question extrêmement difficile car la désinformation n’est pas le seul levier utilisé par la Russie. Il existe bien une manipulation de l’information, qui permet à Moscou d’appuyer sur les vulnérabilités de l’Arménie — par exemple en affirmant que le pouvoir actuel trahit l’Église — mais certaines menaces vont beaucoup plus loin.

Il a par exemple été question de manipuler directement les résultats de l’élection en envoyant des Arméniens de Russie voter sur le territoire. Or on sait qu’une technique comparable a déjà été employée en Moldavie à une échelle moindre : la menace semble ici beaucoup plus importante numériquement. Ces ingérences ne sont pas indirectes et peuvent donc toucher le vote en lui-même.

Cette tentative pourrait-elle porter ses fruits ?

Ce n’est pas sûr. Ces dernières années, on a assisté à une très forte désillusion vis-à-vis de la Russie. Après la guerre de 2020 et la signature d’un cessez-le-feu sous les auspices de Moscou, le coup fatal a été porté lors de la reprise par la force du Karabakh par l’Azerbaïdjan après neuf mois de blocus du corridor de Latchine, la route qui reliait le Karabakh à l’Arménie. Selon les termes du cessez-le-feu de 2020, la Russie était censée protéger ce corridor bloqué par l’Azerbaïdjan. Elle ne l’a pas fait.

Une autre désillusion, peut-être encore plus importante, concerne les incursions azerbaïdjanaises sur le territoire internationalement reconnu de l’Arménie, en particulier en 2022. Les autorités arméniennes ont alors demandé l’intervention de l’Organisation du traité de sécurité collective, ou OTSC dont l’Arménie et la Russie sont membres. L’Organisation a tellement tardé à envoyer une mission que l’Union européenne l’a devancée. L’image de la Russie comme garant de sécurité ne s’en est pas relevée : l’OTSC était capable d’intervenir pour réprimer des manifestants au Kazakhstan, mais n’envoyait pas de mission, ou alors trop tard et de manière limitée, lorsque des incursions touchaient directement le territoire arménien.

Vu d’Europe, avons-nous sous-estimé ce moment ?

Absolument. Il s’agit d’un véritable tournant, non seulement au niveau du gouvernement arménien mais aussi de la population. Tous les sondages et enquêtes réalisés auprès de la population sur la confiance envers les partenaires étrangers montrent une distanciation récente à l’égard de la Russie. Actuellement, c’est d’ailleurs la France qui est considérée comme le partenaire le plus fiable d’Erevan.

L’Union européenne fait cependant face à son manque de levier sécuritaire dans la région. Depuis 2023, une mission d’observation de la frontière avec l’Azerbaïdjan a été déployée à la demande de l’Arménie. L’Union avait proposé cette mission aux deux pays, mais l’Azerbaïdjan l’a refusée. Elle ne satisfait pas entièrement la partie arménienne, car il s’agit seulement d’une mission d’observation et son mandat reste limité. C’est une limite potentielle.

La question européenne est-elle un déterminant du vote ?

Elle n’est pas en soi polarisante en Arménie. La véritable ligne de fracture concerne plutôt l’attitude à adopter vis-à-vis de la Russie.

Il faut se souvenir que l’Arménie avait négocié un accord d’association avec l’Union européenne  bien avant Pachinian. Le président de l’époque, Serge Sarkissian, arrivé au pouvoir en 2008 après l’épisode sanglant de la répression des manifestations, avait déjà fait le constat qu’il fallait sortir l’Arménie de sa vulnérabilité économique et que le modèle européen pouvait constituer un cadre utile à cet égard. Le rapprochement économique avec l’Union, de même que l’adoption de standards européens, ne posent pas de problème tant qu’il n’impose pas un choix stratégique exclusif. C’est d’ailleurs le discours de Pachinian : l’Arménie n’en serait pas encore à « l’heure des choix ». Peu importe le résultat du scrutin, il est peu probable que cette position d’équilibre de l’Arménie vis-à-vis de l’Union européenne change radicalement.

Cela étant dit, si ce rapprochement se poursuit, il faudra faire un choix plus net. Or pour que l’Arménie conclut un accord de libre-échange complet et approfondi, comparable à ceux de l’Ukraine, de la Moldavie ou de la Géorgie, ou à celui qu’elle avait elle-même négocié avant 2013, elle devra quitter l’Union économique eurasiatique : si l’opposition gagne, il est certain que l’Arménie ne franchira pas cette étape ; si Pachinian l’emporte, il a d’ores et déjà indiqué que le moment du choix n’était pas encore arrivé. 

Serait-il d’ailleurs vraiment envisageable que l’Arménie suive le chemin d’une adhésion vers l’Union sans la Géorgie ?

Je ne le crois pas et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle la consolidation autoritaire en Géorgie constitue une très mauvaise nouvelle de ce point de vue. Pachinian, en appelant l’Union européenne à faire preuve de retenue vis-à-vis des autorités géorgiennes, cherche à éviter une rupture des liens avec Tbilissi, car il est conscient qu’il s’agit de la porte d’entrée de l’Union européenne dans le Caucase.

La dimension internationale est un fort déterminant de l’élection. Selon quelles lignes de fracture s’est déployée la campagne ? 

Pour l’essentiel, les deux thématiques structurantes à cet égard restent la question de  l’alignement sur la Russie mais aussi celle, centrale, du Karabakh et de sa reprise en 2023 par l’Azerbaïdjan, qui touche au cœur de l’identité nationale. Depuis l’indépendance de l’Arménie à la fin de l’année 1991 jusqu’en 2018, la question de l’Artsakh a toujours constitué une priorité absolue pour les élites du pays. Il s’agissait de maintenir le contrôle sur cette région et d’assurer la sécurité après la victoire arménienne des années 1990. Cette priorité a guidé la diplomatie de l’Arménie et son alliance sécuritaire avec la Russie jusqu’à récemment.

La garantie sécuritaire offerte par Moscou — jusqu’aux désillusions récentes — explique en partie les liens entretenus avec les forces d’opposition. Ce facteur sécuritaire se conjugue à un facteur économique d’ailleurs tout aussi important : certaines des forces d’opposition sont menées par des oligarques, notamment Samvel Karapetian, qui a fait fortune en Russie dans un environnement post-soviétique marqué par des pratiques proches de celles des oligarques russes. 

Cela pourrait-il pénaliser Pachinian dans les urnes ?

Dans l’ensemble, plutôt pas. Mais il est intéressant de noter qu’on observe l’émergence de tensions entre Nikol Pachinian et les réfugiés du Karabakh. Plusieurs incidents et tensions sont survenus pendant la campagne. Pachinian a laissé entendre que la région n’avait jamais vraiment fait partie de l’Arménie, ce qui choque profondément certains Arméniens. Il a également suggéré que la population arménienne du Karabakh n’avait pas été capable de se défendre.

Quelle part de l’électorat représente la population déplacée ? 

Si ces déplacés sont ethniquement arméniens, la situation est en réalité très complexe. L’Artsakh n’ayant jamais été reconnu par aucun pays au monde — y compris l’Arménie, qui se contentait d’une reconnaissance de facto — ses autorités étaient purement locales, avec un appui logistique, financier et politique d’Erevan. Or lorsque les populations sont arrivées en Arménie en 2023 — soit environ 120 000 personnes dans un petit pays — la question s’est posée de savoir comment les accueillir : comme des réfugiés ou comme des citoyens. Les autorités les encouragent désormais à faire des démarches pour prendre la nationalité arménienne, en reconnaissant donc qu’elles ne l’ont pas de facto

Plus généralement, la question de savoir qui votera en Arménie est donc centrale. Les menaces russes d’envoyer des Arméniens installés en Russie mettre des bulletins dans l’urne lors des élections du 7 juin sont une illustration de la manière dont ce levier peut-être arsenalisé.

Qu’en est-il de la diaspora ?

Elle est très critique à l’égard de Pachinian, qu’elle accuse d’être responsable de la perte du Karabakh. Ces tensions se sont accentuées depuis 2020 et la défaite dans la guerre dite des quarante-quatre jours. Ce mécontentement est encore renforcé par les relations tendues entre le gouvernement et l’Église apostolique arménienne, qui constitue un pilier de l’identité nationale, auquel le Premier ministre a proposé d’apporter une réforme — une mesure très mal vue par la diaspora, ainsi que par l’opposition et une partie des Arméniens.

Quel rôle ont joué les questions économiques comme le prix de l’énergie ou le niveau de vie dans la campagne ?

La santé ou l’accès au logement sont des préoccupations centrales pour les Arméniens. La question du logement a notamment été affectée par les différents bouleversements géopolitiques et par deux arrivées massives de populations. D’abord, celles de l’Artsakh, qui disposent d’un passeport arménien mais pas nécessairement de la nationalité. Or l’accès au logement est conditionné à l’obtention d’un statut de citoyen, ce qui entraîne des tensions avec les populations réfugiées. Ensuite, l’arrivée de nombreux Russes depuis 2022 a contribué à une augmentation des prix de l’immobilier, en particulier à Erevan, et a pu alimenter des tensions sociales. 

Les pressions exercées par la Russie, ainsi que les menaces ou les représailles effectives, renforcent ces tensions. Des embargos ont récemment été décrétés sur plusieurs produits arméniens importés par la Russie : eau, fruits et légumes, certains alcools, etc. L’économie constitue donc aussi un puissant instrument de déstabilisation pour la Russie, d’autant que celle-ci a largement perdu son levier sécuritaire en même temps que le Karabakh.

La Russie reste donc toujours en arrière-plan ?

En effet. L’Arménie a rejoint l’Union économique eurasiatique en 2015 sous la pression russe, après avoir négocié un accord d’association avec l’Union européenne auquel elle avait dû renoncer en 2013. Or dix ans après cette adhésion, les bénéfices réels qu’elle en a retirés paraissent assez minces. Le principal bénéfice tangible avait été d’éviter les représailles russes : au milieu des années 2010, Moscou menaçait entre autres d’augmenter drastiquement les prix de l’énergie. Aujourd’hui, à l’approche des élections, la Russie a malgré tout décidé d’y avoir recours : c’est un signe de plus que les processus d’intégration régionale dirigés depuis le Kremlin sont avant tout des instruments au service de la politique étrangère russe.

On ne peut d’ailleurs pas comprendre la politique de Pachinian vis-à-vis de l’Union européenne autrement que comme une distanciation à l’égard de la Russie, ou du moins d’une tentative de diversification des partenariats. C’est aussi en partie pour cela qu’on a vu le Premier ministre arménien mettre en scène à l’excès sa proximité affichée avec Donald Trump, mais aussi avec l’Inde.

Au-delà de la Russie de Poutine, Trump est en effet un acteur plus inattendu de cette campagne. Le soutien officiel de l’administration américaine au Premier ministre dans le cadre du corridor « TRIPP » et la visite de J. D. Vance à Erevan en février ont-ils eu un impact sur l’opinion publique ? 

La relation d’Erevan avec Washington est essentiellement de nature transactionnelle et s’articule autour de deux piliers : l’accord de paix négocié à la Maison-Blanche avec l’Azerbaïdjan et, en effet, le projet de « Route Trump pour la Paix et la Prospérité Internationale », ou TRIPP, promu par le président américain. Politiquement, ce point n’a rien d’anecdotique. Depuis son indépendance après l’effondrement de l’URSS, l’Arménie souffre considérablement de son enclavement. Les deux frontières principales du pays sont fermées depuis près de trente ans en raison du premier conflit du Karabakh et de la victoire arménienne en 1994. Le désenclavement est un sujet central pour le gouvernement. 

Cela étant dit, la visite d’Aliev et de Pachinian à Washington remonte à près d’un an et aucune mesure concrète n’a été prise depuis. L’accord n’a pas été signé, et la rhétorique belliciste de l’Azerbaïdjan peut interroger sur sa bonne foi dans ce processus de paix et sur les leviers effectifs dont disposent Donald Trump à son égard.

Du reste, le désenclavement passe aussi par la normalisation des relations avec la Turquie et par l’ouverture de la frontière turco-arménienne, fortement souhaitée par les autorités arméniennes. Si cette ouverture semble relativement proche, Aliev continue d’exercer des pressions sur les autorités turques pour empêcher qu’elle ne se concrétise.

À cet égard, le véritable changement récent est que les États-Unis ne sont plus nécessairement une force d’appui dans le processus de démocratisation ni dans le soutien à la société civile : de nombreuses ONG arméniennes ont souffert de la réduction drastique des programmes d’aide américains.

L’opération de séduction de Donald Trump, à laquelle s’est prêté Pachinian notamment en mettant en scène son adhésion au « Board of Peace », a-t-elle trouvé des partisans dans la population ?

De manière générale, ceux qui sont politiquement favorables à un rapprochement avec l’Union européenne sont ceux qui prônent un alignement plus étroit avec les États-Unis. Cela correspond à la ligne d’une diversification de la politique étrangère arménienne et d’une distanciation progressive à l’égard de la Russie. 

La principale ligne de fracture porte donc toujours sur la fidélité à l’alliance avec le Kremlin. Les États-Unis comme l’Union européenne ne viennent qu’au second plan, ce qui est compréhensible eu égard à la situation géographique particulière de l’Arménie.

Pachinian lui-même n’a d’ailleurs jamais prôné une rupture totale des liens avec Moscou. Il s’est montré extrêmement prudent depuis son arrivée au pouvoir, présentant la transformation du pays comme un changement intérieur sans influence sur la politique étrangère. Celle-ci n’avait de fait pas connu de modification substantielle jusqu’à récemment. Le tournant de 2023, évoqué précédemment, est donc bien une clef de lecture pour comprendre cette élection : les autorités arméniennes et une large partie de la population considèrent désormais que la Russie n’a pas été capable de répondre à ses obligations. Reste à voir si cela aura un impact dans les urnes.