Hier, mercredi 8 avril, Hamid Hosseini, le porte-parole de l’Union des exportateurs de pétrole, de gaz et de produits pétrochimiques d’Iran, a expliqué le processus que Téhéran entend mettre en place pour le transit dans le détroit d’Ormuz, ainsi que le fonctionnement d’une taxe sur le passage de navires.
- Selon Hosseini, chaque pétrolier doit envoyer un e-mail aux autorités iraniennes pour les informer de sa cargaison. Puis, ces dernières communiqueront le montant des taxes à payer en cryptomonnaies.
- Il a précisé que le tarif s’élevait à 1 dollar par baril de pétrole, ajoutant que les pétroliers vides pouvaient passer librement 1.
Selon des responsables de la région cités par Bloomberg, aucun des États du Golfe n’acceptera que le détroit d’Ormuz soit pris en otage par l’Iran, ni qu’un droit de péage leur soit imposé pour l’exportation de leurs marchandises 2.
- Le président américain a néanmoins exprimé hier, mercredi 8, une claire ouverture par rapport au projet, déclarant que les États-Unis pourraient être favorables à une opération conjointe américano-iranienne visant à sécuriser le détroit, ce qui laisse entendre que Washington pourrait bénéficier, au moins en partie, du péage.
La capacité moyenne d’un pétrolier transitant par le détroit d’Ormuz est d’environ 1 à 2 millions de barils. Le montant que devrait donc payer un pétrolier pour pouvoir transiter s’élèverait ainsi à environ 2 millions de dollars.
- En imposant un droit de passage, le régime pourrait percevoir jusqu’à 120 milliards de dollars par an, soit environ un quart de son PIB (475 milliards).
Environ 20 % de l’offre mondiale de pétrole transite par le détroit d’Ormuz, un goulet d’étranglement critique du système énergétique mondial. L’Arabie saoudite, l’Irak et les Émirats arabes unis dépendent de ce passage pour plus de 50 % de leurs exportations de brut. Ce chiffre atteint 100 % pour le Koweït et le Qatar.
- Si l’Iran parvient à imposer un droit de passage sur le long terme, cette nouvelle taxe n’affectera certainement pas l’économie mondiale, d’autant que la fin du conflit permettrait de rouvrir le trafic, ce qui conduirait à une baisse des prix mondiaux de l’énergie.
- De plus, le prix du péage reste relativement faible par rapport au prix du baril — qui dépasse actuellement les 100 dollars, contre autour de 70 avant la guerre.
- Mais les producteurs du Golfe se retrouveraient certainement dans la position la plus défavorable, car ce sont eux qui assumeraient la plus grande partie des coûts en raison de leur dépendance structurelle au détroit.
- Il s’agirait ainsi, pour eux, de partager la rente pétrolière avec l’Iran.
- Par exemple, pour l’Arabie saoudite, qui exporte environ 2 milliards de barils de pétrole par an par le détroit d’Ormuz (soit 5 mb/j), il s’agirait d’un transfert d’environ 2 milliards de dollars vers Téhéran (si le pays prend en charge 100 % de la taxe, et un peu moins si une partie est transmise aux consommateurs via le prix du baril) 3.
L’imposition d’un péage dans le détroit d’Ormuz aurait d’importantes conséquences stratégiques.
- D’abord, car la liberté de navigation dans les eaux internationales est un droit fondamental reconnu par le droit international.
- Toute taxe ou péage légitimerait également le contrôle stratégique du détroit par les Gardiens de la révolution, et créerait un précédent pour d’autres goulets d’étranglement critiques du commerce mondial — avec le détroit de Taïwan comme source clef d’inquiétude.
Sources
- Najmeh Bozorgmehr, Alice Hancock, Verity Ratcliffe et Rachel Millard, « Iran demands crypto fees for ships passing Hormuz during ceasefire », Financial Times, 8 avril 2026.
- Fiona MacDonald, Sam Dagher et Peter Martin, « Gulf Greets Iran Truce Warily as Doubts, Attacks Persist », Bloomberg, 9 avril 2026.
- Strait of Hormuz Factsheet, Agence internationale de l’énergie, février 2026.