Le prix d’un litre de vodka payé par les consommateurs russes a connu une hausse de 16 % entre février 2025 et 2026, selon les derniers chiffres officiels de Rosstat 1. Celui-ci se situe désormais à près de 950 roubles, soit environ 9,7 € le litre. D’autres alcools comme la bière, les vins fortifiés ou les spiritueux ont eux aussi connu une augmentation à deux chiffres.

Plusieurs facteurs expliquent cette hausse soudaine des prix.

  • Depuis le 1er janvier, les droits d’accise sur les spiritueux ont progressé de 11,4 % pour atteindre 824 roubles par litre d’alcool 2. Le prix de vente minimum d’une bouteille de vodka de 0,5 litre a quant à lui bondi de 17 %.
  • Les taux directeurs élevés — qui ont été baissés de 0,5 point à 15 % vendredi 20 mars, soit 6 points de moins par rapport au pic atteint entre octobre 2024 et juin 2025 — favorisent quant à eux la hausse des coûts de production et logistiques.
  • Afin d’accroître ses ressources fiscales, le Kremlin a également mis fin au régime fiscal simplifié dont bénéficiaient plusieurs fournisseurs jusqu’au 1er janvier. Ces derniers sont désormais soumis au paiement intégral de la TVA, dont le taux a été porté de 20 à 22 % au début d’année.

Même avec cette hausse des prix, la Russie reste l’un des pays où l’alcool est le moins cher au monde.

  • Selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le prix moyen d’une boisson alcoolisée standardisée est de 6,5 dollars (aux taux de change officiels) en Russie, contre près de 30 dollars en France ou 11 dollars en Allemagne et en Italie.
  • Or, le ministère de la Santé russe estime que jusqu’à 25 % des décès sont « souvent liés à la consommation d’alcool » — ce qui représenterait plus de 450 000 personnes en 2024.
  • Huit des dix pays où l’alcool contribue le plus aux causes de mortalité dans le monde faisaient partie de l’ex-Union soviétique.

En plus de préoccupations démographiques — Vladimir Poutine a déclaré à plusieurs reprises ces derniers mois vouloir augmenter le taux de fertilité d’ici 2030 afin d’éviter « l’extinction » du peuple russe —, la réduction de la consommation d’alcool constitue également une priorité en matière de sécurité publique, alors que la guerre contre l’Ukraine pourrait conduire à une montée de la violence au sein de la société russe.

  • À l’été 2025, un fonctionnaire du ministère de l’Intérieur russe, V. A. Maslov, écrivait dans un article scientifique publié dans la revue Lex Russica qu’il fallait s’attendre à ce que « l’impact négatif provoqué par la guerre sur la situation criminelle actuelle se poursuive à l’avenir » 3.
  • Celui-ci détaillait les multiples facteurs susceptibles de conduire à une hausse massive de la criminalité après la guerre : grâces octroyées à des prisonniers en échange de leur recrutement dans l’armée, anciens combattants souffrant de syndromes post-traumatiques, hausse du nombre d’armes à feu en circulation…
  • Selon Maslov, les vétérans de la guerre contre l’Ukraine « ne voudront guère trouver un emploi où ils gagneront à nouveau moins bien leur vie ».

La hausse du prix de la vodka pourrait conduire à une baisse des ventes de 2 à 3 % cette année, selon un spécialiste du marché cité par Kommersant 4. Cette tendance devrait toutefois principalement toucher les produits d’entrée de gamme, achetés par les plus modestes, tandis que les ventes de bouteilles haut de gamme pourraient augmenter.