Le journal danois DR a publié aujourd’hui, jeudi 19 mars, une enquête, reposant sur douze sources anonymes occupant des postes clefs au sein du gouvernement et des forces armées danoises. De hauts responsables français et allemands se sont également exprimés 1.

Cet article, dont toutes les informations sont confirmées par au moins deux sources indépendantes, est potentiellement explosif, car il révèle pour la première fois, de manière aussi étayée, que le Danemark a préparé, en janvier 2026, une défense armée du Groenland contre une éventuelle attaque américaine.

Si les menaces contre le Groenland ont structuré toute la première année du deuxième mandat de Donald Trump — le Danemark a d’ailleurs publiquement déclaré être engagé dans des opérations de contre-insurrection sur l’île —, le point de bascule a été l’attaque américaine contre le Venezuela, le 3 janvier 2026, qui a transformé les menaces de Trump en scénario crédible aux yeux de Copenhague.

  • L’attaque américaine contre le Venezuela a convaincu Copenhague que Trump, désormais privé de conseillers modérés, était capable de mettre ses menaces sur le Groenland à exécution : « L’administration américaine ne fonctionne pas comme d’habitude » explique une source. 
  • Selon une autre source : « Trump n’est plus entouré des mêmes personnes qu’avant, capables de le dissuader. C’est extrêmement dangereux ».
  • Le lendemain de l’opération au Venezuela, Donald Trump a fait une déclaration au sujet du Groenland — provoquant l’hilarité du sénateur Lindsey Graham et du secrétaire au Commerce Lutnick : « Nous allons nous occuper du Groenland dans les vingt prochains jours… Nous avons besoin du Groenland ».

Pour répondre à ces menaces qualifiées de « sérieuses », un dispositif stratégique a été mis en place en urgence et repose sur trois piliers :

  • Une unité d’intervention d’élite composée de soldats danois, français, allemands, norvégiens et suédois a été envoyée à Nuuk et à Kangerlussuaq. Ils y transportent des explosifs et des poches de sang provenant des banques de sang danoises. 
  • Leur mission consiste à se tenir prêts à détruire préventivement les pistes de Nuuk et Kangerlussuaq afin d’empêcher tout atterrissage de troupes américaines, tout en étant en mesure de porter secours à d’éventuels blessés.
  • Peu après, des soldats du régiment de dragons de Holstebro, des soldats d’élite du Jægerkorps et des chasseurs alpins français, entraînés pour combattre dans les régions froides et montagneuses, les rejoignent.
  • Dans le même temps, des F-35 danois et un navire de guerre français ont été dépêchés vers l’Atlantique Nord.

La stratégie danoise ne visait pas à vaincre militairement les États-Unis, ce qui avait été jugé impossible, mais à augmenter le coût politique d’une attaque explicite contre des soldats européens de plusieurs nationalités.

  • L’opération, présentée publiquement comme l’exercice Arctic Endurance, n’était pas un exercice. Comme l’explique une source : « Lors des exercices militaires de routine, dont l’objectif est de s’entraîner avec des alliés, on ne transporte ni du sang ni des explosifs […] Au contraire, cela fait partie de la procédure de préparation à une éventuelle attaque ».
  • Selon l’enquête de DR, la France s’est montrée particulièrement prompte, promettant « plusieurs centaines de soldats », un soutien naval et aérien sur simple demande danoise.
  • Ce n’est pas la première fois : lors de sa visite le 15 juin 2025, le président de la République avait défendu l’intégrité territoriale du Groenland avant de monter à bord d’un hélicoptère militaire, en lançant un très discret signal nucléaire
  • L’Allemagne, la Norvège et la Suède ont également contribué, transformant l’opération en une démonstration de solidarité européenne.

Face à cette réaction européenne coordonnée, l’opinion publique et une partie de la classe politique américaine ont également exprimé de fortes réserves.

  • Selon nos calculs, au moins 13 sénateurs républicains sur 53 ont déclaré s’opposer à une prise de contrôle du Groenland par la force.
  • Selon un sondage YouGov du 7 janvier, 73 % des Américains y sont opposés — dont 87 % de démocrates, 60 % de républicains, et jusqu’à 85 % des électeurs de Trump.
  • Ce n’est que le 21 janvier lors de son intervention à Davos que Trump a finalement exclu le recours à la force, tout en maintenant que les États-Unis « ont besoin » du Groenland.

Si la menace est pour le moment enrayée, des sources de haut niveau au Danemark, en France et au niveau européen ont confié au Grand Continent qu’elle pourrait à tout moment redevenir urgente.

  • Les activités militaires danoises et européennes au Groenland se poursuivront désormais sous égide de l’OTAN.
  • Le Danemark a d’ores et déjà engagé une coopération nucléaire stratégique avec la France et sept autres pays européens, accélérée par la crise.
Sources
  1. Niels Fastrup, Lisbeth Quass, Mads Korsager, Nielsen Rikke et Gjøl Mansø, « Danmark forberedte sig på muligt angreb fra USA : Fløj poser med blod til Grønland og gjorde klar til at sprænge landingsbaner i luften », DR, 19 mars 2026.