Les Émirats arabes unis sont le pays le plus visé par les représailles iraniennes depuis le début de la guerre le 28 février. Jeudi 12 mars, dans la matinée, les autorités de Dubaï ont déclaré qu’un « incident mineur de drone » avait eu lieu dans le quartier d’Al Bada’a.
- Le pays a été la cible de 268 missiles balistiques, 15 missiles de croisière et 1 514 drones, soit significativement plus que le nombre de projectiles tirés sur Israël.
- Le Fairmont, un hôtel situé sur l’archipel artificiel de Palm Jumeirah, a été visé dès les premiers jours de la guerre.
- Un centre de données Amazon Web Services a également été pris pour cible, tout comme l’aéroport et le port de Jebel Ali 1.
Abou Dhabi affirme avoir intercepté 94 % des attaques de drones et 92 % des missiles, mais plusieurs dizaines de projectiles et de débris ont tout de même atteint le territoire.
- En moins de deux semaines, quatre personnes ont été tuées et plus d’une centaine d’autres ont été blessées.
- Des infrastructures civiles, militaires et énergétiques ont été endommagées, causant des millions de dollars de dégâts.
Pendant des années, l’image des Émirats arabes unis — et de Dubaï en particulier — reposait sur leur volonté affichée d’être un centre de stabilité dans une région marquée par l’instabilité et la guerre.
- Les Émirats figurent régulièrement en tête des pays les « plus sûrs » au monde, et affichent l’un des taux d’homicide les plus faibles : 0,5 pour 100 000 habitants en 2023, soit un niveau similaire au Luxembourg ou à la Suisse.
- La population du pays a augmenté de 5,6 % l’an dernier, soit le rythme le plus rapide depuis 2019, pour atteindre 3,9 millions d’habitants. Cette croissance s’explique notamment par une politique de visas de plus longue durée et par la simplification de l’accès à l’immobilier pour les étrangers.
- Dubaï, la capitale économique du pays, attire chaque année des centaines de millionnaires et milliardaires qui s’y installent afin de bénéficier d’un régime fiscal avantageux — aucune taxe ou impôts ne sont perçus sur les revenus, les plus-values ou les successions. La ville est également devenue un refuge pour les citoyens russes fortunés à la suite de l’invasion de l’Ukraine en 2022.
Tout comme le Qatar et l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis ont investi considérablement pour diversifier leur économie, notamment dans le tourisme — Dubaï a été l’année dernière la sixième ville la plus visitée au monde et le secteur de l’aviation a contribué à hauteur de 27 % au PIB de la ville en 2023 2.
- Le secteur financier est aussi en plein essor alors que le pays se positionne comme un centre financier mondial : au premier semestre 2025, plus de 1 000 entreprises se sont installées dans son centre financier, soit presque un tiers de plus qu’en 2024.
- Dubaï abrite également au moins 18 centres de données, et les Émirats arabes unis représentent plus de la moitié des investissements prévus dans les centres de données dans le Golfe. Des partenariats ont été conclus avec les géants américains de la technologie, dont OpenAI et Antropic 3.
Le lancement de la guerre a mis fin à une grande partie des flux touristiques et économiques.
- L’Iran a menacé, hier, 11 mars, de frapper « les centres économiques ayant des liens avec les États-Unis ou Israël ». Citi, Deloitte et PwC ont tous annoncé l’évacuation de leurs bureaux à Dubaï invoquant des risques pour la sécurité.
- Le trafic aérien a chuté dans les heures ayant suivi le lancement de l’offensive israélo-américaine, passant de 868 départs depuis les aéroports de Dubaï — l’un des hubs aériens les plus fréquentés au monde — et Abou Dhabi le vendredi 27 février à seulement 1 vol le dimanche 1er mars.
- Le trafic est aujourd’hui quatre fois inférieur à celui du début du mois de février, lorsque 900 avions en moyenne décollaient chaque jour des aéroports de Dubaï et d’Abou Dhabi.
Les frappes de drones iraniennes contre des hôtels, des centres commerciaux et des immeubles d’habitation pourraient rendre le pays moins attractif pour les personnes à hauts revenus, dont certaines ont déjà commencé à reconsidérer leurs déplacements et leurs futurs investissements.
- C’est notamment le cas des millionnaires et milliardaires asiatiques, qui multiplient les appels à leurs consultants et gestionnaires de patrimoine pour rapatrier une partie de leur argent à Singapour ou à Hong Kong 4.
La question centrale pour le modèle émirati sera la durée de la guerre, notamment le risque d’une phase prolongée de conflit de faible intensité, scénario dans lequel les pays de la région resteraient durablement exposés à la menace iranienne, alors qu’ils doutent de l’engagement américain.
- Le nouveau guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, a déclaré aujourd’hui, 12 mars, dans son premier message public, que les attaques contre les bases militaires américaines dans la région se poursuivraient si elles n’étaient pas fermées, exigeant ainsi que les pays du Golfe ferment « dès que possible » les bases américaines situées sur leur territoire et a affirmé que leur présence n’apportait aucune sécurité.
Tout au long de l’année 2025, les pays de la région ont tenté de médier un accord entre les États-Unis et l’Iran 5.
- Les Émirats arabes unis sont l’un des alliés les plus fidèles du président américain Donald Trump. Depuis son retour au pouvoir, le pays a promis d’investir 1 400 milliards de dollars dans l’économie américaine 6.
- La semaine dernière, dans une publication sur X, depuis effacée, le milliardaire émirati Khalaf Al Habtoor, fondateur du groupe Al Habtoor, s’est adressé à Donald Trump en déclarant : « Monsieur le Président, qui vous a donné l’autorité d’entraîner notre région dans une guerre avec l’Iran ? Avant même que l’encre ne soit sèche sur l’initiative #BoardOfPeace que vous avez annoncée au nom de la paix et de la stabilité, nous nous retrouvons confrontés à une escalade militaire qui met toute la région en danger. Que sont donc devenues ces initiatives ? Et qu’est-il advenu des engagements pris au nom de la paix ? »
Sources
- Federico Maccioni et Maha El Dahan, « Drone strikes near Dubai airport deepen Gulf aviation chaos », Reuters, 11 mars 2026.
- Aviation’s substantial contribution to Dubai’s economy revealed in latest report, Emirates, 24 octobre 2024.
- Mark Bergen, « Dinesh Nair, OpenAI, Anthropic Deals Power Abu Dhabi’s $100 Billion AI Bet », Bloomberg, 17 février 2026.
- « Asia’s Rich Having Second Thoughts on Dubai as War Rages », Bloomberg, 9 mars 2026.
- Barak Ravid, « Scoop : Gulf leaders told Trump they oppose strikes on Iran’s nuclear program », Axios, 29 mai 2025.
- Jennifer A. Dlouhy, « UAE Pledges $1.4 Trillion US Investment After Trump Meeting », Bloomberg, 21 mars 2025.