Le prix du baril de brut russe a augmenté de plus de 70 % depuis le début de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, le 28 février. Selon les données de Trading Economics, le baril d’Oural (100,67 dollars) se négociait à un prix supérieur au Brent (98,96 dollars), la référence mondiale, au lundi 9 mars.
- La valeur des cargaisons de brut russe exportées depuis le port de Primorsk, sur la mer Baltique, a bondi à 54 millions de dollars cette semaine, contre environ 35 millions de dollars en février 1.
- Le blocage du détroit d’Ormuz et la suspension de la production de pétrole dans plusieurs du Golfe ont conduit des pétroliers russes en route vers le détroit de Malacca, en Asie du Sud-Est, à faire demi-tour et à repartir vers l’Inde.
Les raffineurs indiens, qui s’étaient détournés du pétrole russe suite à l’imposition de sanctions américaines en octobre, ont acheté 30 millions de barils de brut russe suite à la dérogation temporaire accordée par Washington vendredi 6 mars 2. Cette mesure, qui vise à favoriser la circulation du pétrole sur les marchés, bénéficie considérablement au Kremlin, dont les revenus fossiles ont considérablement diminué depuis 2022.
- En janvier, les recettes provenant de la vente de brut ont atteint leur point le plus bas depuis plus de cinq ans.
- Moscou a perçu 193 milliards d’euros pour ses exportations d’hydrocarbures l’an dernier, soit une baisse de 27 % par rapport à 2021.
Si la hausse du prix du pétrole sur les marchés mondiaux devrait entraîner une augmentation significative des revenus fossiles russes, plusieurs facteurs suggèrent que cet effet pourrait être limité à court terme.
- La Russie est confrontée en ce moment à une pénurie de navires qui provoque une augmentation des coûts d’affrètement. Les vendeurs russes doivent débourser 22 à 23 millions pour transporter une cargaison entre la Baltique et l’Inde, soit près du double des tarifs pratiqués au début du mois de février.
- De plus, la hausse du prix du baril d’Oural intervient à un moment où de récentes frappes de drones ukrainiens ont endommagé des terminaux d’exportation, comme à Novorossiisk, sur la mer Noire, où les expéditions ont été mises en pause pendant une semaine.
- Enfin, le déficit budgétaire est tel qu’il faudrait que le baril de Brent passe la barre des 200 dollars pour que les finances publiques russes retrouvent une situation d’équilibre, selon l’économiste russe Evguéni Nadorchine 3.
La guerre au Moyen-Orient pourrait toutefois renforcer la position de Poutine dans sa guerre contre l’Ukraine.
- La riposte iranienne et l’utilisation par les États-Unis et les pays du Golfe de centaines de missiles intercepteurs pourrait ralentir le rythme des livraisons à Kiev, dont les défenses reposent en partie sur des systèmes américains Patriot pour faire face aux attaques.
- En plus d’avoir momentanément mis en pause le processus de discussion entre l’Ukraine et la Russie, ce qui permet à Poutine de gagner du temps, la guerre lancée contre l’Iran pourrait également nuire à la crédibilité de Washington dans le cadre des négociations.
- Selon le politologue russe Andreï Kolesnikov, les guerres et frappes ordonnées par Donald Trump depuis son retour au pouvoir pourraient contribuer à délégitimer la capacité des États-Unis à s’imposer comme arbitre dans le règlement des conflits 4.
Sources
- « Russian oil prices soar though tanker costs eat into gains », Reuters, 10 mars 2026.
- Rakesh Sharma et Serene Cheong, « India Buys 30 Million Barrels of Russian Oil After US Waiver », Bloomberg, 10 mars 2026.
- Сергей Кагермазов, « Нефть по 100 долларов. Поможет ли война в Иране российскому бюджету ? », BBC, 9 mars 2026.
- Fiona MacDonald, Alberto Nardelli, Alex Wickham et Julian Lee, « Putin’s Iran War Dividend Raises Alarm Among Some US Allies », Bloomberg, 11 mars 2026.