Le minage du détroit d’Ormuz par l’Iran, qui aurait déjà débuté, selon des sources américaines citées par CNN, pourrait constituer un tournant dans la guerre en cours au Moyen-Orient. Les mines marines, par leurs caractéristiques, constituent un instrument de déni d’accès remarquablement efficace. Faciles à déployer, disponibles en nombre, elles sont très difficiles à neutraliser.

Mais elles constituent pour l’Iran une option à double tranchant, incapable de discriminer les pétroliers selon leur pavillon.

  • Tirant parti de l’opacité du milieu naturel, les mines marines sont des engins explosifs pouvant fonctionner au contact d’un navire ou à l’influence de son passage (influence magnétique et/ou acoustique).
  • Si le principe de la mine de contact a peu évolué depuis la Première Guerre mondiale, les mines à influence ont bénéficié des avancées technologiques pour mieux discriminer leurs cibles et devenir plus difficiles à détecter.

Les mines de contact iraniennes sont pour la plupart dérivées d’anciens modèles soviétiques, comme la M1908/39. Avec plus de cent kilos d’explosifs, elles peuvent infliger des dommages significatifs à tout navire marchand ou militaire qui les heurte, même si un seul engin a peu de chances de couler un pétrolier.

  • Les mines de contact sont pour la plupart « à orin » : la mine est un flotteur explosif relié par un câble métallique (l’orin) à un crapaud métallique posé sur le fond. Les mines sont réglées pour se situer à quelques mètres sous la surface, invisibles.
  • La plupart des mines à influence sont des mines « de fond », posées à moins de cent mètres de profondeur, et qui sont particulièrement difficiles à localiser une fois ensouillées.

L’Iran dispose de modèles équivalents à l’ADM-500 soviétique, qui emportent environ 300 kilos d’explosifs. Elles sont compatibles avec les fonds de 80 mètres d’Ormuz.

  • Un tel engin peut couler un navire militaire ou endommager très fortement un pétrolier : l’explosion sous-marine provoque une onde de choc plus rapide que dans l’air et une bulle de gaz qui soulève le navire avant de le faire retomber, le cassant en deux sous son propre poids.

La plupart de ces mines peuvent être mises en œuvre depuis n’importe quel navire civil ou militaire, avec une simple rampe.

  • L’Iran dispose également de mines plus rares, qui peuvent être utilisées par ses sous-marins ou par des lance-roquettes depuis la côte.
  • Le pays disposerait également de quelques mines « remontantes » susceptibles d’envoyer vers la surface une charge antinavire par roquette.

Il faudrait environ 300 mines pour assurer un minage efficace du détroit, ce qui représente près de 5 % de l’arsenal iranien disponible. L’expérience du minage des eaux ukrainiennes en février-mars 2022 suggère qu’il suffit de savoir qu’un certain nombre d’engins ont été déployés en mer pour que les assureurs et les armateurs du transport maritime se retirent immédiatement, compte tenu du danger pour la navigation.

  • Selon une note d’analyse d’ING Research, une perturbation prolongée (3 mois) du trafic dans le détroit pourrait conduire à la perte de 1 380 millions de barils de brut.
  • Dans un tel scénario, le prix du Brent serait susceptible de rester au-dessus de la barre des 100 dollars par baril au cours des deuxième et troisième trimestres.
  • Le prix du contrat à terme TTF serait quant à lui multiplié par deux par rapport à février, propulsant le mégawattheure de gaz à 65 euros en moyenne au cours du deuxième trimestre (contre 30 à 34 euros avant la guerre).
  • La chasse aux mines est une compétence rare, mais bien maîtrisée par les marines occidentales, qui doivent notamment s’assurer de la sécurité des fonds près de leurs bases navales.
  • Toutefois, déminer le détroit est une opération complexe, longue, et qui devrait se faire sous la menace des batteries de missiles antinavires côtiers et des vedettes rapides iraniennes.

Il semble que la campagne de frappes américaines en cours vise à détruire un maximum de capacités navales iraniennes (navires, dépôts de mines). Reste à savoir si elle sera en mesure de neutraliser totalement une capacité de déni d’accès qui est à la fois simple à mettre en œuvre, peu coûteuse, efficace et très longue à neutraliser.