Donald Trump a autorisé près de 6 000 frappes sur sept pays depuis son retour au pouvoir, en janvier 2025. La majeure partie (5 000, selon le U.S. Central Command) de ces frappes ont visé l’Iran entre le 28 février et le 10 mars 2026.
En plus de ces actions militaires, Trump, son administration et plusieurs de ses proches ont proféré des menaces à l’encontre de neuf pays.
- Le Canada, le Groenland (territoire du royaume de Danemark), le Panama (convoité pour son canal) et l’Islande ont fait l’objet de menaces d’annexion de leur territoire.
- Après que Trump a répété à plusieurs reprises l’an dernier qu’il souhaitait faire du Canada le « 51e État » américain, William Long, nommé pour occuper le poste d’ambassadeur à Reykjavik, a « plaisanté » en janvier en déclarant que l’Islande allait devenir « le 52e État » et qu’il en serait le « gouverneur ».
Trump a lui-même mené la charge contre plusieurs de ces pays, notamment le Canada, le Groenland, la Colombie ou le Nigeria. En Amérique latine et, plus récemment, dans le Golfe, ces menaces d’intervention ont surtout été alimentées par des membres de son administration ou des élus républicains.
Marco Rubio, dont les parents sont des immigrés cubains qui ont fui le pays dans les années 1950, a déclaré à plusieurs reprises vouloir renverser le régime castriste et opérer un changement de régime.
- Le secrétaire d’État américain a également maintenu la pression sur Caracas depuis la capture de Maduro début janvier et son remplacement par sa vice-présidente, Delcy Rodríguez.
- Le 28 janvier, lors d’une audition devant la commission des Affaires étrangères du Sénat, celui-ci a ainsi déclaré que l’administration Trump était prête à « recourir à la force pour garantir une coopération maximale si d’autres méthodes venaient à échouer ».
La semaine dernière, jeudi 5 mars, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a menacé les pays d’Amérique latine d’adopter une approche plus agressive contre les cartels, avertissant que l’administration Trump pourrait sinon agir de manière unilatérale et « passer à l’offensive » dans la région.
- Cette menace vise surtout le Mexique, qui partage une frontière longue de plus de 3 000 kilomètres avec les États-Unis 1.
S’il n’occupe pas de poste au sein de l’administration, le sénateur républicain de Caroline du Sud, Lindsey Graham, joue un rôle central dans la politique interventionniste et d’intimidation de l’administration Trump.
- Graham, soutien de l’assistance militaire américaine à l’Ukraine et partisan d’une ligne dure vis-à-vis de Moscou, est également l’un des élus du Congrès les plus pro-Israël.
- Dès la victoire de Trump en novembre 2024, il a entamé une campagne visant à convaincre Trump de lancer une guerre contre l’Iran.
- La semaine dernière, quelques jours après le lancement de la guerre israélo-américaine contre Téhéran, il déclarait : « Nous [Trump et lui, ndlr] avons très tôt réfléchi au fait que l’Iran était un obstacle à l’extension des accords d’Abraham et à la stabilité au Moyen-Orient […] Je lui ai dit avant son entrée en fonction que s’il parvenait à faire tomber ce régime terroriste, ce serait comme le mur de Berlin » 2.
Graham, partenaire de golf de Trump, est également l’un des plus fervents partisans d’un changement de régime à Cuba.
Hier, lundi 9 mars, il a menacé l’Arabie saoudite — et les autres pays membres du Conseil de coopération du Golfe — de « conséquences » en raison du refus de Riyad de prendre part aux opérations militaires contre l’Iran.
- Plus tard, dans la soirée, il déclarait sur Fox News : « À tous les antisémites, à tous les isolationnistes… Laissez tomber. Je ne suis pas avec vous. Je suis avec Israël. Je serai avec Israël jusqu’à notre dernier souffle. C’est le meilleur allié que nous puissions espérer ».
Il s’agit de la première fois qu’un élu républicain proche de Trump émet de telles menaces à l’encontre d’un pays du Golfe allié avec Washington.
- L’Arabie saoudite s’est engagée à investir 1 000 milliards de dollars aux États-Unis depuis le retour au pouvoir de Trump.
- En novembre, le Prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, avait exprimé son ouverture à normaliser les relations du royaume avec Israël en échange d’un soutien américain à la création d’un État palestinien 3.
Au-delà de la relation bilatérale, le président lui-même — par le biais de la Trump Organization — a lancé plusieurs projets dans le pays, dont la construction d’une Trump Tower à Djeddah, qui devrait être suivie par un Trump Plaza et plusieurs projets immobiliers à Riyad en partenariat avec le promoteur Dar Global, ou encore des deals avec les dirigeants de LIV Golf, un circuit professionnel financé par le fonds souverain saoudien.
Sources
- Remarks by Secretary of War Pete Hegseth at the Americas Counter Cartel Conference (As Delivered), Département de la Défense américain, 5 mars 2026.
- Jordain Carney, « How Lindsey Graham got Trump to yes on Iran », Politico, 4 mars 2026.
- Barak Ravid, « MBS tells Trump he wants to join Abraham Accords subject to path for Palestinian state », Axios, 18 novembre 2025.