Une crise pétrolière désigne, en économie de l’énergie, une rupture brutale entre l’offre mondiale de pétrole et la demande, produisant simultanément une forte hausse des prix, des contraintes physiques d’approvisionnement et des effets macroéconomiques systémiques (inflation, récession, réorganisation industrielle).
- Les précédents canoniques sont l’embargo arabe consécutif à la guerre du Kippour (1973-1974), la désorganisation des exportations liée à la révolution iranienne et à la guerre Iran-Irak (1979-1981) ou le choc de la guerre du Golfe (1990-1991) 1.
- Plus récemment le choc énergétique consécutif à l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine (2022) a produit une crise de prix sans véritable pénurie physique mondiale.
Un conflit ouvert impliquant directement l’Iran pourrait réunir les conditions d’un choc pétrolier systémique, non pas seulement par destruction de capacités de production mais par l’apparition d’une prime de risque géopolitique sur les flux mondiaux.
Une étude récente du Center for Strategic and International Studies 2 envisage quatre scénarios.
- Dans le premier scénario, une campagne visant les exportations iraniennes, notamment le terminal de Kharg Island, pourrait retirer environ 1,6 million de barils par jour du marché. L’effet serait surtout une hausse globale des prix — estimée autour de 10 à 12 dollars par baril — liée au réajustement des flux commerciaux et à la montée des primes d’assurance, avec un choc réversible si les opérations cessent.
- Deuxième scénario : l’Iran chercherait à perturber le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz par des attaques, saisies de navires ou minages. Une partie des quelque 18 millions de barils par jour transitant par le Golfe pourrait être temporairement affectée, provoquant une hausse rapide des prix du pétrole, du coût du transport et de l’assurance jusqu’à rétablissement de la sécurité maritime.
- Troisième scénario : des frappes américaines ou israéliennes contre les installations pétrolières iraniennes pourraient endommager durablement les capacités d’exportation et de production du pays. La perte potentielle de plusieurs millions de barils par jour, combinée au risque d’escalade, rendrait probable un passage durable du baril au-dessus de 100 dollars.
- Quatrième scénario : des attaques iraniennes contre les champs, terminaux ou plateformes offshore des États arabes du Golfe constitueraient le choc le plus sévère, menaçant une part significative des exportations régionales et pouvant entraîner une flambée des prix supérieure aux pics observés en 2022. Une interruption parallèle des exportations de GNL qatari via Ormuz amplifierait la crise en affectant également les marchés mondiaux de l’électricité.
La menace d’une opération américano-israélienne en Iran a déjà provoqué une hausse considérable du prix du pétrole. Le Brent a atteint 71,95 dollars par baril le vendredi 20 février, soit 11 dollars de plus qu’au 31 décembre (+ 18 %).
Si la production iranienne pourrait être impactée par de potentielles frappes, les marchés évaluent également les risques d’une perturbation plus large à l’échelle régionale.
- En moyenne, près de 17 millions de barils de brut et de condensats ont transité chaque jour par le détroit d’Ormuz en 2025.
- Le goulot d’étranglement pourrait être jugé impraticable par les entreprises pétrolières en cas de campagne militaire prolongée.
Si les principaux producteurs de pétrole, comme l’Arabie saoudite (6,6 million de barils exportés par jour) et les Émirats arabes unis (3,2 millions), pourraient détourner une partie de leur production vers la mer Rouge ou le golfe d’Oman, l’Iran, le Koweït, l’Irak et le Qatar dépendent d’Ormuz pour la totalité de leurs exportations. Les 10 milliards de mètres cubes de GNL exportés chaque jour par le Qatar risqueraient eux aussi d’être bloqués en cas de fermeture du détroit.
Les objectifs poursuivis par les États-Unis et Israël en Iran restent peu clairs. Trump a déclaré vendredi 20 février, en réponse aux questions des journalistes, qu’il envisageait une frappe limitée contre le pays.
- Des sources proches de l’administration affirment que le Pentagone a présenté plusieurs options au président américain, parmi lesquelles un scénario maximaliste qui prévoit l’élimination de l’ayatollah, de son fils et des mollahs 3.
L’accumulation massive de moyens militaires américains au Moyen-Orient, qui dure depuis plusieurs semaines, éloigne la perspective d’une résolution diplomatique.
- Le consultant américain Rapidan Energy Group a ainsi écrit dans une note publiée après la rencontre du 17 février entre le ministre Iranien des Affaires étrangères, Witkoff et Kushner : « Le compte rendu des négociations entre les États-Unis et l’Iran à Genève indique que la voie diplomatique touche à sa fin » 4.
- Rapidan estime désormais à 30 % la probabilité qu’une riposte iranienne entraîne une perturbation importante des flux énergétiques dans le Golfe — contre 20 % avant les dernières négociations.
Les consommateurs américains pourraient bientôt faire face à un prix plus élevé du gallon d’essence. Celui-ci était passé sous la barre symbolique des 3 dollars le 1er décembre, mais n’a cessé d’augmenter depuis les premières menaces d’intervention de Trump, début janvier.
- Le CSIS estime qu’une riposte iranienne contre les pays du Golfe pourrait entraîner une flambée des prix du pétrole, potentiellement supérieure à 130 dollars par baril — ce qui pourrait se traduire par un prix à la pompe de 4 dollars par gallon 5.
- Un tel niveau n’avait pas été atteint depuis 2022, suite au lancement de l’invasion russe de l’Ukraine.
Sources
- Daniel Yergin, The Prize : The Epic Quest for Oil, Money & Power, Simon & Schuster, 1991 et Matthieu Auzanneau, Or noir, la grande histoire du pétrole, Paris, Paris, La Découverte, 2015
- Clayton Seigle, If Trump Strikes Iran : Mapping the Oil Disruption Scenarios, CSIS, 18 février 2026.
- Barak Ravid et Marc Caputo, « Trump’s Iran options : « Token » nuclear enrichment to taking out Khamenei », Axios, 21 février 2026.
- Alex Longley et Mia Gindis, « Oil Rises as Traders Weigh Risk of US-Iran Conflict After Talks », Bloomberg, 18 février 2026.
- Clayton Seigle, If Trump Strikes Iran : Mapping the Oil Disruption Scenarios, CSIS, 18 février 2026.