L’impact de l’intelligence artificielle (IA) sur la productivité varie considérablement selon le secteur d’activité. Tandis que les gains peuvent aller jusqu’à +73 % dans le marketing, selon une étude publiée le 6 février qui compare les performances d’équipes avec et sans l’assistance de l’IA 1, l’impact est « proche de zéro » pour les chauffeurs de taxi qualifiés 2.

À l’échelle macro, plusieurs signes suggèrent toutefois que l’IA a un impact positif sur l’ensemble de l’économie — du moins dans les pays où son taux d’adoption est le plus élevé.

  • Comme le souligne l’économiste américain Erik Brynjolfsson, malgré une croissance de la masse salariale aux États-Unis plus faible l’an dernier qu’initialement mesurée (181 000 emplois créés, contre une première estimation de 584 000 emplois), le taux de croissance a maintenu un rythme élevé de 3,7 % au quatrième trimestre 3.
  • Selon Brynjolfsson, ce découplage entre le rythme de création d’emplois et la croissance du PIB « est la marque distinctive de la croissance de la productivité », qui aurait été boostée par l’adoption de l’IA par les entreprises. 

Dans le cadre de la dernière enquête réalisée début février par le Bureau du Census, plus d’un tiers (34,8 %) des entreprises américaines de plus de 250 employés ont déclaré avoir utilisé l’IA dans le cadre de leurs « fonctions commerciales ». C’est presque trois fois plus qu’il y a un an (12,4 %) 4.

  • Selon une étude du Centre for Economic Policy Research (CEPR), un centre de recherche basé à Londres, l’IA augmente la productivité du travail de 4 % en moyenne dans l’Union, avec toutefois d’importantes disparités 5.
  • Il existe ainsi un écart de près de 10 points entre l’utilisation de l’IA par les entreprises basées dans les pays les plus riches (Suède, Pays-Bas…) et les économies les moins développées, comme la Roumanie et la Bulgarie.

Les données de Microsoft révélaient au début d’année que l’écart était encore plus important lorsqu’on regarde la population dans son ensemble. 

  • Ainsi, plus de 40 % de la population norvégienne, française et espagnole aurait utilisé au moins un produit d’IA générative au cours du deuxième semestre 2025, contre seulement 16 % en Roumanie et 27 % en Bulgarie.

Tout comme aux États-Unis, l’utilisation de l’IA en Europe est la plus développée au sein des grandes entreprises : 45 % des structures de plus de 250 employés ont déployé l’IA dans les pays de l’Union, contre 24 % pour les entreprises de 10 à 49 employés.

  • Les grandes entreprises sont plus à même d’intégrer l’IA dans leurs processus grâce à des investissements importants, ce qui serait susceptible de creuser à terme l’écart de productivité avec les plus petites entreprises, selon le CEPR. 
  • Si l’IA peut faire gagner un temps considérable aux employés travaillant sur d’importantes quantités de données, qu’un grand modèle de langage peut aisément synthétiser et analyser, certains secteurs peinent à voir des applications concrètes.
  • L’un des principaux risques est que les gains salariaux permis par l’IA ne profitent surtout aux travailleurs très qualifiés, ce qui pourrait accroître sur le long terme les inégalités de revenus.
Sources
  1. JU, Harang et ARAL, Sinan, « Collaborating with ai agents : Field experiments on teamwork, productivity, and performance », arXiv, 6 février 2026.
  2. KANAZAWA, Kyogo, KAWAGUCHI, Daiji, SHIGEOKA, Hitoshi, et al., « AI, skill, and productivity : The case of taxi drivers », Management Science, 2026, vol. 72, n°2, p. 1376-1388.
  3. Erik Brynjolfsson, « The AI productivity take-off is finally visible », Financial Times, 15 février 2026.
  4. Cette hausse s’explique en partie par la reformulation de la question posée par le Bureau du Census début décembre 2025. Plutôt que de leur demander si elles ont utilisé l’IA « dans la production de biens ou de services », les entreprises doivent désormais dire si elles y ont eu recours dans le cadre de « l’une de ses fonctions commerciales » (apprentissage automatique, traitement du langage naturel, agents virtuels, reconnaissance vocale, etc…)
  5. Inaki Aldasoro, Leonardo Gambacorta, Rozália Pál, Debora Revoltella, Christoph Weiss et Marcin Wolski, How AI is affecting productivity and jobs in Europe, CEPR, 17 février 2026.